Obligé de mettre la pédale douce sur le terrain à cause d’une blessure, Jean-Philippe Goyette demeure toujours impliqué dans le petit monde du badminton local.

Jean-Philippe Goyette: mettre la pédale douce

Jean-Philippe Goyette a longtemps pensé qu’il pourrait faire du badminton de compétition presque toute sa vie. Mais il y a trois ans au championnat provincial, une douleur à une hanche l’a incité à consulter. Le diagnostic a été cruel. Il ne lui restait que 40 % de sa hanche blessée et il devait mettre la pédale douce dans la pratique de son sport.

«Ce fut un choc, lance l’athlète qui s’est notamment signalé avec le Rouge et Or. Je voyais mes chums arrêter parce qu’ils avaient mal à une épaule ou à un coude et moi à 42 ans, à part de petites douleurs, je n’avais rien. Je pensais pouvoir jouer au moins jusqu’à 60 ans au championnat provincial. Et il y a eu cette histoire de hanche. Je ne pouvais plus pratiquer mon sport à un haut niveau et je perdais mon outil pour relaxer et me changer les idées.» 

«Ça été difficile et ça l’est encore. Mais je garde espoir. J’ai entendu dire qu’il existait des chirurgies pouvant régler mon problème. Mon but est d’étirer le temps afin de laisser les spécialistes trouver des solutions. Et je verrai... Mais si on peut permettre à mon body de recommencer à jouer au badminton comme avant et pendant longtemps, pourquoi pas.»

Goyette a connu une carrière fructueuse. Gagnant de plusieurs titres provinciaux, il a aussi tiré son épingle du jeu au niveau national où il a gagné deux championnats en plus de jouer sur l’équipe nationale. Il a pris part à de prestigieux tournois en Europe comme le All England et remporté quelques titres. Un cv qui lui a ouvert les portes du Temple de la renommée du badminton québécois en 2017.

«C’est incroyable comment j’ai été chanceux. D’avoir eu les parents que j’ai eus. Pour eux, il n’y a rien qui n’était pas permis en badminton. Du moment que je scorais dans mes études. Ils m’ont facilité la vie. Mais aussi d’avoir pu compter sur des entraîneurs de qualité. Jean-Claude Laprise puis quand je suis devenu un adolescent un peu plus rebelle, Pierre Olivier qui m’a emmené à travailler ma condition physique, et Marie-Claude Lachance qui m’a donné de la corde quand c’était le temps et qui l’a serrée en d’autres occasions. Si ce monde-là n’avait pas été là, peut-être que je ne jouerais plus au badminton. Parce qu’en trois occasions, j’ai failli arrêter. Et il y a eu quelqu’un pour me ramener.»

Revenant sur ses succès, Goyette est d’avis qu’il avait toujours eu une bonne tête de badminton. Malgré son talent, sa rapidité et une bonne puissance, il n’était pas le plus grand, ce qui le pénalisait quand venait le temps d’aller chercher certains coups. Il se cassait donc la tête pour trouver des moyens de gagner, lui qui haïssait perdre. 

Études en pharmacie

Malgré une carrière bien remplie, Goyette s’est toujours fait un devoir de demeurer sur les bancs d’école où il a étudié pour devenir pharmacien. «J’ai choisi un bac où il y avait beaucoup de connaissances qui étaient dans les livres. Quand je partais en voyage, j’apportais mes livres. Tout ce que j’avais à faire, c’était de mettre le temps nécessaire pour étudier et d’être discipliné, même si des fois, c’était moins facile.»

Ses études terminées, le Québécois a mis toutes ses énergies sur le badminton. Ambitionnant de prendre part aux JO de Sydney, il a été ignoré pour les épreuves de qualification, l’entraîneur de l’équipe nationale lui disant qu’il serait à son meilleur lors des Jeux suivants. 

«Il n’était pas question que je mette ma carrière de pharmacien en veilleuse pendant quatre ans. J’ai un peu claqué la porte de l’équipe. Regrettant la manière dont ça c’était fini, j’ai recommencé à jouer, quatre ans plus tard, avec Philippe Bourret lors des championnats canadiens et quelques tournois internationaux. On a joué ensemble pendant deux ans.»

«Même si la manière dont ma carrière avec l’équipe nationale s’est terminée est un peu plate, je suis convaincu que j’aurais regretté d’avoir attendu quatre ans avant de commencer ma carrière de pharmacien.»

Goyette était propriétaire de deux pharmacies quand il a tout vendu pour se concentrer sur sa famille quand ses enfants sont venus au monde. Maintenant âgé de 45 ans, il se dit à la croisée des chemins. «Si jamais j’avais le désir de relever un défi au niveau professionnel, ça serait le temps d’embarquer.»

Membre du conseil d’administration de l’équipe de badminton du Rouge et Or depuis huit ans, Goyette est aussi coach au civil et il s’est impliqué dans l’organisation des championnats canadiens des maîtres Yonex présentés au PEPS (28 avril au 3 mai) qui réuniront des athlètes de plusieurs pays dont Nick Pounting et Rebecca Pantenay. Faisant-fi des recommandations de son médecin, il jouera en simple, en double et en mixte avec Jody Patrick. L’objectif sera toujours le même. Gagner.

«La fameuse défaite qui ne se digère pas, ça ne s’améliore pas en vieillissant. Mais je suis capable de mettre les choses en perspective. Ce que je hais, c’est d’échapper des matchs serrés. La rivalité est toujours aussi forte sur le terrain. Mais à l’extérieur, on va avoir beaucoup de plaisir lors des activités au programme.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

R  La finale en simple du Championnat canadien à Québec que j’ai perdue en trois sets. Tout était pourtant là pour que j’écrase. Je n’étais pas habitué à jouer devant de grosses foules, j’étais à des nationaux et c’était la première fois que j’étais parmi les aspirants pour le titre même si je n’étais pas dans les favoris. Mais j’ai joué le meilleur badminton de ma vie. Ç’a été magnifique même si ma défaite m’a toujours laissé un petit arrière-goût.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  La préparation et la pression de livrer, mais te sentir prêt. Arriver à une compétition et regarder tout le monde dans les yeux et me dire : «Je suis prêt. Essayez-moi!» Je haïssais entendre dire : «Ça fait trois ans qu’il gagne, c’est encore lui qui va gagner». J’aimais avoir des choses à prouver. Je détestais ne pas pouvoir impressionner personne.

Q  Personnalités marquantes.

R  Mes entraîneurs Jean-Claude Laprise, Pierre Olivier et Marie-Claude Lachance, ç’a été du bonbon. Aussi Johanne Falardeau. Et mes parents. Ils ont mis énormément de temps, d’énergie et d’argent. Ils n’ont pas compté.

Q  Plus grande fierté

R  Sur le plan personnel, mes enfants. Les voir aller, les voir grandir, les voir apprendre... Au niveau de ma carrière, c’est l’ensemble de l’œuvre. D’avoir réussi à étudier fort tout en ne me privant pas de voyages et d’avoir eu tout ce que j’ai eu au badminton et d’avoir vécu tout ce que j’ai vécu. Je ne suis pas peu fier d’avoir concilié tout ça.

Q  Modèle

R  Johanne Falardeau. Quand je suis arrivé dans le club Yonex élite, j’avais 14 ans et elle était plus en fin de carrière. Je connaissais son talent et son parcours et j’étais impressionné. Et elle m’avait un peu pris sous son aile. Je l’avais trouvée tellement fine.

Q  Des regrets

R  De ne pas avoir gagné le championnat canadien senior. Que ça soit en simple ou en double. J’ai fait deux finales. C’est une petite question d’orgueil, je peux vivre sans ça.

Q  Ce dont tu t’ennuies le moins

R  Les longues attentes entre les matchs assis sur ton banc de bois. Ce n’était pas le fun

Q  Dans 20 ans

R  Je ne serai pas bien bien loin du badminton. 

Q  Rêve

R  J’aimerais qu’un jour on se réunisse une gang d’anciens joueurs de badminton, qu’on s’achète un lopin de terre et qu’on se bâtisse un gym, un endroit civil où les joueurs de badminton pourraient se réunir pour jouer. Un club où il y aurait juste des ligues de badminton, juste des ligues pour les terrains de badminton.