Même si 14 ans ont passé, l’ex-Rouge et Or Jean-Frédéric Tremblay n’a pas oublié la journée où il a été repêché en première ronde par les Argonauts de Toronto.

Jean-Frédéric Tremblay: une empathie récurrente

Même s’il ne connaît pas personnellement les joueurs du Rouge et Or admissibles au repêchage 2018 de la Ligue canadienne de football, Jean-Frédéric Tremblay aura une petite pensée pour eux, jeudi. «Quand le repêchage arrive, je me mets un peu à la place des gars», explique l’ancien receveur de passes, premier choix des Argonauts de Toronto (septième au total) en 2004. «Ils devraient vivre des émotions semblables à celles que j’ai vécues.

«Leur situation est cependant différente. Dans mon temps, on n’avait presque pas de contacts avec les recruteurs. Aujourd’hui, les gars sont suivis à l’année et ils connaissent les équipes qui s’intéressent à eux. Quand j’avais choisi Laval, c’était pour me développer, mais surtout pour contribuer aux succès de l’équipe. Dans ma tête, le football, c’était fini après. Comme Laval a acquis une solide réputation au niveau du développement des joueurs, bien des gars viennent à l’UL pour la manière dont ils seront préparés pour un ‘‘après’’ possible. Mais même si j’avais hâte et que j’étais anxieux, je n’avais aucune pression. Il n’y a pas grand monde qui me parlait du repêchage. Ça n’a rien à voir avec ce que les gars vivent maintenant.»

L’athlète originaire de Boischatel n’a pas oublié sa journée de repêchage. Réunis dans le bureau des entraîneurs, les joueurs du R et O l’avaient suivie sur le Web. «Il y avait tellement de monde que je ne voyais pas l’ordi. Justin Ethier rafraîchissait l’écran. Les trois premiers choix avaient été dévoilés assez rapidement, mais par la suite, il avait fallu attendre plusieurs minutes avant de voir de nouveaux noms s’ajouter. Cinq étaient apparus et Justin avait crié : “Jean-Fred, Toronto”. Je lui avais demandé s’il était certain, si son ordi fonctionnait bien.»

Tremblay n’avait pas d’attente lors du repêchage. Quand il avait commencé à jouer au football au Petit Séminaire de Québec, sa seule ambition était d’accéder au collégial AAA. Par la suite, alors qu’il évoluait au Collège André-Grasset, il souhaitait disputer un match universitaire. C’est après avoir atteint cet objectif qu’il a pensé aux pros.

«Être repêché en première ronde, c’est bien. Mais ce qui compte, c’est la finalité. J’ai vu des gars choisis en sixième ronde avoir des carrières extraordinaires, meilleures que la mienne.»

Après trois fois

Tremblay n’a joué que deux saisons avec les Argos. Aux prises avec une blessure récurrente à l’ischio-­jambier, il a renoncé deux fois à sa carrière avant de la reprendre. La troisième fois, il est retourné à Québec pour de bon.

«Les deux premières fois, je m’étais dit que ça ne pouvait pas finir comme ça. Mais la troisième, j’ai pensé que, même si c’était plate, c’est comme ça que ça finirait. C’était la bonne chose à faire. Outre mon problème d’ischio, j’avais subi une solide commotion cérébrale. Moi qui suis ennuyeux, je ne voyais pas souvent la femme de ma vie qui faisait carrière à Québec. Le salaire n’était pas faramineux et j’avais des maisons à payer à Québec et à Toronto. Le football professionnel n’était pas nécessairement un rêve de vie pour moi. Et j’étais heureux de mon parcours, j’avais vécu plein de choses positives et fait plein de rencontres extraordinaires.»

Tremblay indique que sa conquête de la Coupe Grey n’avait pas pesé très lourd dans la balance. Bien que fier de cet accomplissement, il n’avait jamais espéré la remporter. En comparaison, il avait caressé l’objectif de gagner la Coupe Vanier dès son arrivée à Laval. Et aujourd’hui, des deux bagues qu’il possède, celle qui a la plus grande valeur émotionnelle est celle qui a le moins de valeur monétaire. «Avant d’arriver avec le Rouge et Or, j’avais toujours été dans des programmes perdants. Je voulais changer ça. Quand j’ai gagné la Coupe Vanier, je me suis dit : “Je peux quasiment mourir en paix”.»

Coupure facile

De retour dans la vie «normale», l’ex-numéro 88 n’a jamais regretté sa décision. Et il a complètement tourné la page sur le football. «Je pense que je ne serais même pas capable de nommer 10 joueurs de la NFL. Peut-être que tout ce qui m’est arrivé m’a permis de faire une coupure ultra-facile.»

Détenteur d’un bac en administration, Tremblay a travaillé une douzaine d’années chez SSQ. D’abord comme analyste d’affaires, puis comme chargé de projets. Ayant démissionné pour passer du temps en famille, il a été approché par l’ex-Rouge et Or Martin Bédard, qui l’a convaincu d’aller travailler avec lui chez La Capitale. «C’est un super beau défi. Je n’ai jamais joué avec Martin, mais on a vécu les mêmes choses. Et comme gestionnaire, il a les mêmes valeurs que moi. On se comprend très bien.»

Très actif physiquement, Tremblay a toujours le même besoin intense de se surpasser. Que ce soit en triathlon, en crossfit ou en canot à glace. «Il n’y a rien qui me donne plus de satisfaction que de faire une heure ou deux de sport et de finir complètement brûlé. C’est un besoin physique. Tant que mes jambes vont me permettre de faire du sport, je vais en faire. Quand elles ne me le permettront plus, je vais être malheureux.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant

R La conquête de la Coupe Vanier de 2003. Un moment aussi beau que je l’avais espéré.

Q Ce qui te manque le plus

R La collégialité et le fait d’être avec les gars. Se battre pour un objectif commun, et quand je dis se battre c’est vraiment aller à la guerre, ce sont des souvenirs qui me manquent. 

Q Ce qui te manque le moins

R Le football, c’est demandant. Ce n’était pas un calvaire pendant que j’en faisais mais je ne referais plus ça. Les gars qui jouent au football, je les admire.

Q Personnalité marquante

R Tony Tondino, mon entraîneur à Grasset. J’ai eu de bons coachs mais lui, il n’a pas été seulement un entraîneur, il a aussi été un deuxième père. Quand, à l’âge de 17 ans, je suis arrivé à Montréal et que je me sentais un peu perdu dans la grande ville, lui et sa femme Carmen m’ont beaucoup aidé.

Q Dans 10 ans

R Je suis un gars de routine. Alors je me vois à la même place, pas différent. Si tout le monde autour de moi est heureux et que ça va bien dans mon travail,  je vais moi aussi être heureux.

Q Défi

R Réaliser un Ironman. J’ai aussi fait deux marathons, mais ça n’a pas bien été. Ce fut une bonne leçon d’humilité. J’aimerais donc courir un autre marathon mais cette fois le faire dans les règles de l’art et réaliser un très bon temps.

Q Idoles de jeunesse

R Barry Sanders. Encore aujourd’hui, c’est pour moi le meilleur athlète de tous les temps, tous sports confondus. Et c’était quelqu’un de très humble. Les porteurs de ballon sont pour moi les plus beaux athlètes. Même si j’avais pas la shape, j’ai joué porteur de ballon au Petit séminaire et même un peu à André-Grasset. À mon arrivée à  Laval, j’avais dit à Jacques Chapdelaine que je pouvais être porteur. Mais il m’avait regardé et m’avait dit que je ne le serais jamais.