Vincent Pelletier

Vincent Pelletier: une décision audacieuse

Juriste au ministère de la Justice, Vincent Pelletier a pris une décision audacieuse quand, à l’aube de la trentaine, il a décidé d’abandonner sa carrière pour se consacrer à l’escrime à temps plein dans le but de se qualifier pour les Jeux olympiques. Même si c’est en vain qu’il a poursuivi son rêve pendant une dizaine d’années, il n’a jamais regretté sa décision.

«Plus jeune, même si j’adorais l’escrime, c’est sur mes études que je mettais mon focus», indique l’épéiste. «J’ai complété mon bac en trois ans puis j’ai fait mon barreau. Par la suite, je me suis concentré sur le début de ma carrière professionnelle. Malgré tout, j’ai continué à m’améliorer tranquillement et à avoir des résultats pas pires. C’est ce qui m’a fait songer à abandonner ma carrière de juriste pour me consacrer à l’escrime. Je me suis demandé quel pourrait être mon plus grand regret à l’âge de 50 ans. Celui de ne pas avoir essayé d’aller aux Jeux ou celui d’avoir quitté mon emploi pendant quelques années. Et mon choix a été facile à faire. À 50 ans, tu peux toujours être un excellent avocat mais tu ne peux plus être un bon escrimeur.

«Je n’ai pas réalisé mon rêve mais je n’ai aucun regret. Mon but était de repousser mes limites et pour voir jusqu’où je pouvais me rendre. Et je crois que je l’ai fait parce que mon corps m’a lâché à deux reprises. C’est un indice que je travaillais très fort, que j’étais sérieux à l’entraînement et en dehors et que je faisais tout ce que je devais faire et tout ce que les entraîneurs me disaient de faire pour progresser. Je suis vraiment allé au bout de mes limites et je vais toujours être heureux de l’avoir fait. Si c’était à recommencer, je reprendrais la même décision.»

C’est en 2009 que Pelletier a mis de côté sa carrière au ministère de la Justice afin de s’entraîner à temps plein. Son objectif : se classer pour les JO de Londres (2012). Et ses chances d’y aller pour l’épreuve en équipe étaient très bonnes. Malheureusement, le CIO abandonna la présentation de la discipline au profit au sabre féminin. Et, comble de malheur, juste avant les Championnats du monde, le Québécois dû combattre une mononucléose. Affaibli, il a raté sa qualification pour l’épreuve individuelle.

Pelletier obtint ensuite en 2013 ses meilleurs résultats en carrière sur la scène internationale. Il a terminé dans le top 8 des Championnats du monde et a gagné une médaille à la Coupe du monde de Bernes. Motivé, il a augmenté la cadence à l’entraînement l’été suivant. Il a été victime de surentraînement. Il a obtenu quand même de bons résultats en équipe mais le Canada a saboté ses chances de se qualifier pour les JO de 2016 à Rio en étant incapable de faire un top 4 lors des championnats panaméricains.

«Par la suite, j’ai été un peu in and out sur l’équipe nationale. J’avais encore beaucoup de plaisir à faire de l’escrime mais j’étais un peu moins motivé à m’entraîner intensément. Au niveau individuel, j’ai fait une couple de coupes du monde dans le but de me qualifier pour les JO de 2016. Je trouvais que ça valait la peine d’essayer même si je vieillissais. Et je suis passé très proche d’y arriver.»

De retour comme juriste

Ayant abandonné son rêve olympique il y a quelques mois, Pelletier ambitionne de retourner à ses anciennes amours et de travailler comme juriste au gouvernement. Lors de son passage au ministère de la Justice, il avait notamment travaillé sur l’élaboration du nouveau code des procédures civiles, un projet adopté par l’Assemblée nationale quelques années après son départ du gouvernement. Il a aussi œuvré sur le dossier de la rémunération des juges de la Cour du Québec dans les cours municipales et sur un projet visant à limiter les poursuites abusives.

«J’aimerais retourner au gouvernement parce que j’aime le travail que j’y faisais et parce que c’est là que je me sens le plus à l’aise. Mon travail n’est peut-être pas très visible que celui que je pourrais faire en tant qu’avocat, mais quand tu es dans le milieu, tu sais que les projets sur lesquels tu travailles touchent énormément de gens et qu’ils ont un impact dans la société. Je trouve ça super important. Et c’est très valorisant.»

Toujours passionné d’escrime, Pelletier continue à s’entraîner et à prendre part à des compétitions. Il a cependant limité ses sorties aux circuits provincial et national. Officiel national, il est aussi entraîneur au club Estoc où il fait profiter de son expérience les athlètes de haut niveau, un travail qu’il adore, et coordonne le groupe d’entraînement dans la région de Québec en préparation physique.

Pelletier indique que ses objectifs comme athlète sont maintenant différents. «Gagner facilement, je trouve ça super platte. Je préfère perdre dans le top 4 un match serré où j’ai eu du plaisir. Si j’ai eu une bonne journée et que j’ai tiré comme j’en suis capable, j’aurai eu une bonne compétition, peu importe mon classement final.

«J’ai cependant encore un objectif à long terme, soit les Championnats du monde des Masters. Comme c’est chez les 50 ans et +, ça ne sera pas avant une couple d’années parce je viens de rentrer dans la catégorie Vétérans (40 ans et +]. Pour moi, c’est un défi intéressant. Il faut juste que ça le reste pendant encore une dizaine années.»