Tommy Belisle a grandi dans une famille de volleyeurs.
Tommy Belisle a grandi dans une famille de volleyeurs.

Tommy Belisle: se faire un nom

Tommy Bélisle avait toujours rêvé de suivre le même parcours sportif que son cousin Karl de Grandpré et de jouer pour le Rouge et Or. Mais le jour où il a fait son entrée dans le gymnase du PEPS et qu’il rejoint celui qui avait été son modèle et son inspiration, il s’est aperçu que ce qu’il croyait être une fin était en soi n’était finalement qu’un commencement.

«Quand j’ai amorcé ma carrière à Laval, je n’avais même pas de nom», lance en riant l’ex-volleyeur. «J’étais le cousin de Karl de Grandpré. C’est certain que je ressentais un petit peu de pression. Karl était un des meilleurs joueurs du circuit universitaire québécois. Mais je pense que j’en avais eu davantage avant d’arriver avec le Rouge et Or parce que dans ma tête c’était clair. Je désirais me rendre où il s’était rendu. 

«Une fois à Laval, j’ai eu tellement de plaisir à jouer avec Karl que je n’ai pas vraiment ressenti la pression. Karl c’est un peu comme un frère pour moi. Nos mères étant jumelles, on avait passé beaucoup de temps ensemble quand on était jeunes. Aussitôt que l’on est tombé dans la même équipe, on s’est comme retrouvé. Et peu importe ce que l’on faisait ensemble, on avait du fun. Et jouer avec lui fut pour moi un grand honneur.»

Natif de Pierreville, en Mauricie, Belisle a grandi dans une famille de volleyeurs. Sa mère et sa tante, la sœur jumelle de sa mère, y ont toujours joué pour le plaisir, tout comme son beau-père d’ailleurs. Pas étonnant que les enfants aient voulu imiter leurs parents. Tommy et Karl ont joué universitaire avec le Rouge et Or et la sœur de Tommy l’a fait avec les Patriotes de l’UQTR. «J’ai toujours beaucoup admiré mon cousin. Et j’ai voulu suivre ses pas. Sauf que jamais j’ai pensé que je serais capable d’aller aussi loin que lui. Jouer en première division au collégial, je n’y pensais même pas. C’est quand je suis arrivé au niveau collégial et que j’ai été approché par à peu près tous les cégeps du Québec que j’ai réalisé que j’étais capable de continuer à pousser. Et quand j’ai réussi à ma première année à Limoilou à faire ma place sur le six partants alors que j’étais le plus jeune, je me suis dit qu’en continuant à travailler, je pourrais peut-être aller loin.»

Carrière écourtée

Bélisle était au sommet de son art en 2014 — il avait été choisi joueur par excellence au Québec en plus d’être élu sur l’équipe d’étoiles canadienne — quand une grave blessure au poignet l’a forcé à prendre sa retraite et à renoncer à ses deux dernières campagnes universitaires. Une grande déception pour lui. 

«La journée où le médecin t’annonce que tu ne pourras plus frapper un ballon, tes rêves s’éteignent assez vite. J’aurais aimé jouer mes cinq années à Laval. Vicho (Vicente Ignacio Parraguirre Villalobos) est entré à Laval la saison qui a suivie ma retraite. Lors de son passage avec le Rouge et Or, il a été nommé cinq fois de suite meilleur athlète de volleyball au Québec. J’aurais aimé pouvoir jouer un an ou deux avec lui et voir ce que l’on aurait pu réaliser comme duo comme j’avais eu la chance de le faire avec Karl à ma première année. J’aurais aimé aller un petit peu plus loin et montrer ce que je pouvais faire avec un nouveau groupe. Malheureusement, les blessures ce sont des choses que l’on ne peut pas contrôler.»

Belisle ne cache pas qu’il lui était arrivé de douter du diagnostic de son spécialiste et qu’il avait remis en question sa décision de quitter le R-O. Comme la fois où il avait recommencé à jouer au volleyball pour le plaisir et que son poignet amoché ne le faisait presque pas souffrir. Ses doutes ont cependant brusquement été effacés quand il a pris part à un tournoi et qu’à sa deuxième journée de compétition, il ne pouvait plus frapper tellement la douleur était intense. «J’ai réalisé que je n’avais pas arrêté pour rien.»

Malgré sa déception d’avoir dû tourner la page sur le volleyball d’une manière inattendue après s’être investi pendant tant années dans son sport, Belisle confie qu’il n’a aucun regret quand il pense à sa carrière. Car même s’il a vécu difficilement les premiers mois de sa retraite, il a réalisé que celle-ci lui avait ouvert des portes qui n’auraient probablement été ouvertes si sa carrière s’était étirée deux ans de plus. Quand au rêve qu’il avait d’évoluer sur l’équipe nationale, l’ex-volleyeur avoue qu’il y avait renoncé avant même d’être obligé d’arrêter de jouer. Joueur technique, il n’était pas assez grand et il ne sautait pas assez haut pour rivaliser avec les athlètes de la scène internationale. 

«Je frappais fort mais j’ai toujours été plus costaud. Quand j’ai été sur les équipes nationales (junior et B) mon défi fut de surmonter mon déficit de hauteur. Et même si j’ai vraiment apprécié mon passage avec l’équipe canadienne, j’en étais venu à la conclusion, à ma dernière année là-bas, que je n’étais pas intéressé par une carrière professionnelle en Europe. Je ne voulais pas passer trois-quatre mois par année loin de ceux que j’aimais, loin de ma famille et de mes amis à m’entraîner six heures par jour, six jours par semaine. J’avais beaucoup donné pour mon sport et ça m’avait limité dans certaines choses. 

«Aujourd’hui, je peux dire que j’ai été très chanceux. La plupart des choix que j’ai faits m’ont porté fruit. Ainsi au début, je n’étais pas certain de vouloir déménager à Québec. Mais c’est dans cette ville que j’ai quasiment eu les plus belles années de ma vie. Je suis aussi content de ce que mes choix m’ont permis de vivre au cégep, à l’université et avec l’équipe nationale. J’ai eu à surmonter des épreuves, mais j’ai réussi à faire ma place. Et je suis très fier de mes accomplissements.»

L’ex-athlète fait le même constat en ce qui concerne ses choix au niveau professionnel. Au début, il faisait un bac en biologie. Mais il s’est aperçu que même s’il aimait la bio, il ne se voyait pas y travailler toute ma vie. «J’ai changé pour la kinésiologie, un domaine qui me rejoignait et dans lequel je pourrais aider les gens. Dès le début de ces nouvelles études, j’ai senti que c’était ma branche. Et quand j’ai commencé à y travailler, je me suis rendu compte que j’aimais vraiment ça.»

Kinésiologue dans un centre de réadaptation de Joliette où il était aussi le coordonnateur, Bélisle et sa conjointe ont décidé de revenir s’installer dans la Vieille capitale où ils ont encore de nombreux amis. «Je retourne dans mes pantoufles. Québec m’appelait. Il fallait que j’y revienne.»

Sa passion pour le volleyball ne s’étant jamais éteinte, l’ex-Rouge et Or continue à jouer pour le plaisir avec sa conjointe, une ex-porte-couleurs lavalloise elle aussi, mais également avec des amis, d’anciens joueurs comme lui. Et on s’en doute, il a toujours la même soif de victoire. «Sauf qu’après une défaite frustrante, ça prend trois minutes à s’en remettre au leu de trois jours (rires). Et ce n’est pas vraiment une problématique non plus de ne plus être au niveau que j’étais au moment de prendre ma retraite. Je vais avoir 30 ans, j’ai décidé d’arrêter de m’entraîner aussi fort que je le faisais et je ne joue plus aussi souvent. Je ne suis plus le joueur que j’étais même. Et je ne le serai jamais. Mais ça ne me dérange pas, je l’ai accepté. Je joue maintenant au volley pour le fun et pour le feeling d’être avec mes vieux chums», conclut l’athlète qui se fait aussi plaisir en pratiquant des sports auxquels il avait dû renoncer pendant sa carrière en volleyball. Il s’est notamment acheté un équipement de gardien de but pour jouer au hockey et une nouvelle planche à neige.

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QUESTIONS/RÉPONSES

Tommy Bélisle était au sommet de son art en 2014: il avait été choisi joueur par excellence au Québec en plus d’être élu sur l’équipe d’étoiles canadienne.

Q  Fait marquant

R  Notre victoire au Championnat canadien disputé à l’Université Laval (2013).

Q  Performance mémorable

R  C’est au championnat du monde junior. J’ai fini premier marqueur du Canada quand juste avant le début du tournoi, j’étais sur le banc. On ne voulait pas me faire jouer sur le six partant. Mais finalement après un demi-set, on m’y a envoyé. J’ai joué le tournoi au complet et j’ai été le meilleur marqueur de l’équipe. C’est le moment où j’ai le plus trippé.

Q  Plus grande déception

Notre défaite en finale du Championnat canadien de 2012 à Queen’s. C’était ma première saison avec le Rouge et Or et je jouais avec Karl (de Grandpré). On avait perdu en finale contre Trinity Western.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  C’est d’aller avoir du fun à chaque jour avec de bons chums. Parce que dans la plupart des équipes avec lesquelles j’ai évolué, les gars ont vraiment été tous des chums. Je m’ennuie ces moments là.

Q  Ce dont tu ne t’ennuies pas

R  C’est d’avoir des entraînements juste avant un examen ou des choses comme ça. Tu as le stress dans le tapis, tu manques de temps, ça ne te tente pas pantoute, mais il faut quand même que tu ailles dans le gym. C’était les moments les moins agréables.

Q  Entraîneurs marquants

R  C’est sûr que Rock Picard et Pascal Clément sont les deux coachs qui m’ont le plus marqué alors que j’étais devenu un bon joueur. Mais celui qui m’a appris le plus et qui m’a développé le plus, c’est Olivier Frigon, un entraîneur quand j’étais à Trois-Rivières.

Q  Dans 10 ans

Probablement que je vais être à Québec. J’espère juste que j’aurai alors ma petite famille, qu’une routine se sera installée, que ma vie sera un petit plus tranquille et que j’aurai du temps pour voir mes vieux chums parce que présentement, avec le déménagement, notre installation, la vente de notre maison dans la région de Joliette, les changements de jobs, etc., c’est un compliqué pour nous 

Q  Si tu n’avais pas joué au volleyball, tu aurais fait quel sport?

Je voulais tellement jouer au volley quand j’étais jeune que je m’y suis consacré à 100 % quand j’ai commencé à y jouer. Et même si j’ai pratiqué d’autres sports, je n’y ai pas joué assez longtemps pour voir le potentiel que j’avais. Alors je dirais le hockey, un sport que j’ai toujours aimé. 

Q  Rêve ou défi

R  C’est plus au niveau professionnel. Je commence à travailler au CHUL. Avec les années, j’aimerais monter dans la hiérarchie. Je crois que c’est toujours ça  le but quand on arrive quelque part.