L’ex-patineuse de vitesse longue piste Sylvie Cantin exerce aujourd’hui la médecine familiale en Ontario.

Sylvie Cantin: se donner une dernière chance

Avoir des regrets ou des remords? Sylvie Cantin s’est posé la question à un an des Jeux de Nagano. Sentant le besoin de s’investir à fond dans sa carrière de patineuse de vitesse longue piste et de le faire juste pour elle, juste pour avoir du plaisir et juste pour voir une dernière fois où le sport pourrait l’emmener, elle a décidé de mettre ses études en médecine en veilleuse et de miser le tout pour le tout pour réaliser son rêve.

«Le cheminement qui permet à un athlète de se rendre aux Jeux est souvent une victoire en soi», explique Sylvie, qui a attendu jusqu’à la dernière minute pour annoncer sa décision à ses parents de peur qu’ils la fassent changer d’idée. «J’avais manqué les Jeux de Lillehammer par sept dixièmes de secondes. Par la suite, j’étais déménagée à Montréal pour y poursuivre mes études, alors que l’équipe était basée à Québec, et pendant deux ans, je n’avais pu m’entraîner autant que les autres. J’avais donc décidé de me donner une autre chance en arrêtant mes études et en cinq mois, j’avais réussi à me qualifier au 1000 m pour les Jeux de Nagano en réalisant le 13e meilleur chrono de l’année.

«Ma seule déception fut d’avoir été malade pendant les Jeux et d’avoir fini en 33e place. Mais quand j’analyse par où j’ai dû passer, je me dis que ma médaille, je l’ai eue en me rendant à Nagano.»

Dynamisée par sa rapide progression, l’ex-patineuse s’est demandé à son retour du Japon quel genre de performances elle pourrait obtenir si elle mettait encore plus d’efforts dans sa carrière sportive. Elle a pris un mois pour réfléchir à la situation et pour consulter les personnes importantes autour d’elle. Ayant des dettes d’études, elle en est venue à la conclusion que financièrement parlant, c’était impossible. Elle a aussi craint de ne plus retourner étudier si elle demeurait trop longtemps loin des bancs d’école.

«Il n’y a pas grand monde qui gagne sa vie en faisant du patinage de vitesse. Il fallait que je pense au futur. C’est certain, j’avais des petits regrets de ne pas avoir eu une carrière senior aussi prolifique que ma carrière junior. Mais à partir du moment où j’ai pris ma décision, j’ai été en paix avec moi même. Et avec les années, j’ai réalisé l’ampleur de ce que j’avais accompli.»

Pour Sylvie, la transition entre le patin et les études s’est faite en douceur. Comme elle avait déjà passé deux ans en médecine, elle a pu retourner dans un milieu qu’elle connaissait bien. Et même si elle perdait sa gang de patin, elle retrouvait sa gang d’université.

Médecine ou physio

Ayant toujours eu le désir d’aider les gens, Sylvie s’était découvert des intérêts pour le domaine de la santé lors de ses études collégiales. Elle a d’abord pensé poursuivre des études en physiothérapie. Mais après avoir complété son bac en sciences de l’activité physique à l’UL, elle a plutôt décidé de s’inscrire en médecine. «Je me disais que si je n’étais pas acceptée, ça me donnerait une année de plus pour me concentrer sur le patin. Quand j’ai reçu la réponse que j’étais acceptée, j’ai presque pleuré parce que je croyais que mon rêve de faire les Olympiques était terminé. Mais je me suis ressaisi. Je me suis dit que j’allais prendre les années une à la fois et que si malgré mes études, j’étais capable de rester dans le top 5 au Canada, j’allais me donner la chance d’aller à Nagano.»

Exerçant aujourd’hui la médecine familiale en Ontario, Sylvie a une pratique assez diversifiée. En plus de recevoir des patients en clinique, elle travaille à l’urgence de l’hôpital de Pembroke, de même qu’en pédiatrie et en soins palliatifs. Et une fois par semaine, elle se retrouve en chirurgie, un intérêt qu’elle a développé avec les années. 

«Il n’y a pas de doute que mon bagage d’athlète m’a façonné comme médecin et qu’il m’aide toujours dans ma manière de gérer certains problèmes.»

Mère de trois enfants, dont deux garçons, Sylvie a aujourd’hui troqué ses longues lames pour des patins de hockey afin d’enseigner la technique du patinage à ses deux fils qui, bon sang oblige, sont aussi d’excellents patineurs. Elle garde cependant contact avec son sport via les réseaux sociaux, où elle suit les exploits de la nouvelle génération en patinage de vitesse.

«Pour la première fois cette année, on a décidé avec des amis de réserver des heures de glace pour patiner. J’ai besoin de continuer à être active. Je fais de la course à pied et l’été, je joue au soccer. Mais même si je demeure compétitive et que j’ai le goût de me dépasser, la performance à tout prix n’est plus ce que je recherche. Je l’ai vécue, mais c’est maintenant fini.»

Même si à cause de ses obligations personnelles et professionnelles, elle doit encore courir après le temps comme elle le faisait jadis sur les anneaux de glace, Sylvie a compris avec les années qu’elle devait s’arrêter. Surtout quand elle est bouleversée après avoir dû composer avec des cas plus tragiques.

«Dans ce temps-là, je me dis qu’il faut que j’apprenne à vivre le moment présent, à être heureuse de ce que j’ai réalisé et à profiter de la vie.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Une performance marquante?  

Ma sélection sur l’équipe canadienne pour le 1000 m des Jeux de Nagano. La semaine avant, j’avais probablement eu mon pire 1000 m de l’année. Je peux encore visualiser toute ma journée à partir du moment où je me suis levée jusqu’à la fin de ma course.

Q Qui ont été des personnalités marquantes pour toi? 

Mon père et ma mère. Ce qu’ils ont fait pour nous est extraordinaire. Ce sont eux qui m’ont permis de vivre tous les rêves que j’ai vécus.

Q Qu’est-ce qui te manque le plus? 

La camaraderie avec les autres athlètes. On avait une belle gang à Sainte-Foy, nous étions comme une petite famille.

Q Qu’est-ce qui te manque le moins? 

R Le froid... et le vent mordant qui soufflait constamment quand on entrait dans le premier tournant de l’anneau de glace à Sainte-Foy.

Q Quelle est ta plus grande qualité?

R La persévérance.

Q Un point que tu as eu à améliorer?  

R J’ai eu une période où je ne cessais de comparer mes performances à celles que j’avais réalisées dans le junior. Je vivais un peu trop dans le passé, ce que je n’ai pas fait à ma dernière année, alors que j’ai réussi à vraiment vivre le moment présent.