Après avoir raté sa qualification pour les Jeux d’Athènes, Sophie Simard a terminé sa carrière de nageuse en beauté en établissant notamment une marque canadienne au 200m libre lors des Mondiaux aquatiques de Montréal.

Sophie Simard: finir sur une bonne note

Dévastée après avoir raté sa sélection pour les Jeux olympiques d’Athènes (2004), un échec qu’elle qualifie de plus grande déception de sa carrière, Sophie Simard en était venue à la conclusion qu’elle devait tourner la page sur sa carrière de nageuse. Mais après quelques mois de réflexion pendant lesquels elle a fait le vide, elle a repris le chemin de la piscine convaincue de pouvoir nager à la hauteur de ses attentes.

«C’est la meilleure décision que j’ai pu prendre», confie l’athlète originaire de Chicoutimi ayant fait carrière avec le Rouge et Or. La raison pour laquelle je revenais, c’était pour m’assurer de terminer ma carrière sur une bonne note. Je ne voulais pas quitter mon sport fâchée contre lui. Je voulais le quitter en paix. Et le fait que les Mondiaux aquatiques avaient lieu à Montréal a pesé lourd dans la balance. Savoir que l’on va nager devant les nôtres a ajouté à ma motivation de vouloir revenir. 

De retour à l’entraînement, Sophie n’a pas mis de temps avant de reprendre sa place parmi l’élite canadienne. Lors des Mondiaux Aquatiques de 2005 où elle était inscrite dans trois épreuves, elle a établi une marque nationale au 200m libre.

«Ces championnats ont été le moment le plus importants de ma carrière. Pour l’expérience que j’ai eue, mais aussi pour le plaisir que j’ai ressenti. Je ne dis pas que je n’avais pas eu de plaisir avant. Mais là, je suis vraiment allée le chercher pour moi.»

Après les Mondiaux, Sophie a pris part aux Jeux du Commonwealth de Melbourne. C’était clair qu’il s’agissait de sa dernière compétition en carrière. Une décision prise plusieurs mois auparavant. Et même si en nageant deux ans de plus, elle aurait pu tenter de se qualifier pour les JO de 2010, elle a préféré accrocher son maillot.

«Pour moi, le nom de la compétition n’avait pas d’importance. Je voulais juste être bien avec ce que je faisais. J’étais revenue parce que je voulais terminer sur une bonne note. Et je désirais avoir le contrôle là-dessus.»

Les blessures

À bien des égards, Sophie Simard a connu une carrière plus souvent qu’autrement très frustrante. Qualifiée pour ses premiers Jeux à l’âge de 18 ans (1996) et vouée à un très bel avenir, elle a ensuite été victime de blessures à répétition. Revenue d’une longue convalescence peu de temps avant les qualifications pour les Jeux de Sydney, elle n’a eu aucune chance de bien figurer. «Je n’étais pas désappointée, j’étais juste heureuse d’avoir pu nager.» 

Mais quatre ans plus tard, alors qu’elle avait réussi à éviter les blessures en écoutant davantage les messages que lui envoyait son corps et qu’elle semblait avoir les outils pour réussir à mériter une place sur l’équipe canadienne aux JO d’Athènes, elle échoua à réaliser son standard. Aujourd’hui, c’est avec philosophie qu’elle analyse sa carrière.

«C’est très bien d’avoir des rêves. Ça nous permet de travailler fort et de persévérer dans ce que l’on fait. Parfois on les réalise et parfois pas. Il ne faut alors pas s’arrêter au fait de ne pas avoir réalisé “son” rêve. On peut s’en fixer un autre et être aussi heureux à l’atteindre.

«J’ai vécu plusieurs déceptions, mais je n’ai aucun regret. Comme je disais aux jeunes à qui je donnais récemment une conférence : “Si vous tapez mon nom dans Google, vous verrez que je suis allée aux Jeux olympiques. Mais vous ne verrez jamais tout ce qui s’est passé dans ma carrière, toutes les frustrations et les déceptions, toutes les satisfactions et les plaisirs, tous les efforts et les sacrifices. Mais c’est ça qui est le plus important.»

Détentrice d’un baccalauréat en administration de l’Université Laval, Sophie a travaillé pendant une dizaine d’années dans le milieu bancaire. Sa carrière d’athlète lui ayant appris à être travaillante, acharnée et persévérante, elle n’a eu aucune difficulté à être performante dans son milieu de travail.

Ayant déménagé à Peterborough où son conjoint médecin avait décroché un emploi de chirurgien orthopédique, Sophie est devenue maman d’une seconde petite fille maintenant âgée de 16 mois. Prête à retourner sur le marché du travail, elle a décidé de fonder son entreprise qui sera lancée au printemps.

«Je vais pouvoir travailler de la maison. Je vais profiter de mon expérience en affaires pour être consultante auprès de petites et de moyennes entreprises. Je vais faire de la tenue de livres et offrir du support en ressources humaines et au niveau du service de paie. Je commence comme ça, je verrai ensuite comment je pourrai faire grandir mon entreprise.»

Après avoir été longtemps loin des piscines, Sophie a aussi renoué avec la natation grâce à sa fille qui a commencé à nager après avoir vu une de ses amies prendre part à une compétition. «J’étais contente de retourner sur le bord de la piscine et de revivre des choses que j’avais vécues», indique Sophie qui songe aussi à éventuellement retourner nager chez les maîtres. «Je suis vraiment heureuse que ma fille fasse de la natation. Mais je m’assure qu’elle le fait pour elle. Je ne veux surtout pas qu’elle ressente de pression.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Personnalité marquante

R  Mes parents. Il y a beaucoup de personnes qui ont joué des rôles importants à différents moments de ma carrière, sauf que mes parents ont été là du début à la fin. Que j’aie bien nagé ou pas, ils étaient là pour ouvrir leur bras, pour dire que c’était correct et me réconforter. Et maintenant que c’est moi qui a le rôle de mère, il y a des choses que je comprends comme la manière dont ils pouvaient se sentir.

Q  Entraîneur marquant

R  Michel Bérubé. Il a fait une grande différence au niveau personnel et au niveau de ma carrière.

Q  Fait marquant

R  Les Mondiaux aquatiques de Montréal. J’ai fait un record canadien au 200m libre mais surtout, ce fut l’aboutissement de tous les efforts et le travail faits dans un contexte difficile alors que je revenais d’une grosse déception.

Q  Quel autre sport aurais-tu aimé faire?

R  J’ai toujours beaucoup aimé le volleyball. Mais dans mon temps, on se spécialisait très jeune dans un sport. Et j’ai éliminé les autres sports extrêmement rapidement. Ainsi, je faisais du ski mais j’ai arrêté d’en faire à 12 ans parce que l’on me disait que je risquais de me blesser. Mais c’était comme ça et c’est correct.

Q  Ce qui te manque le plus

R  Ce n’est pas la compétition, c’est l’entraînement avec les autres et la complicité. J’aime ça la complicité entre les gens. Et la natation est tellement un bel univers.

Q  Ce qui ne te manque pas

R  Les entraînements tôt le matin. Il arrive que des amis me disent «viens-tu, on va aller faire du vélo. On se lève à 5h30». Je réponds : «Non merci, moi j’ai donné dans les entraînements très matinaux».

Q  Dans 20 ans

R  J’aurai 60 ans. Je serai proche de la retraite, mais je travaillerai toujours. On projette de s’acheter un chalet pour notre retraite. J’espère que nous auront aidé nos enfants à s’assurer un avenir dans lequel ils seront heureux. Et s’ils étaient dans le domaine des affaires, je pourrais leur transférer mon entreprise. J’aimerais aussi pouvoir voyager.