L'ex-capitaine des Remparts Shawn Collymore a été un choix de cinquième ronde au repêchage de 2001 (139e au total). Il dirige aujourd'hui sa propre école de hockey, Shawn Collymore Hockey, et il est entraîneur dans le programme sport-études de hockey de l'école secondaire Des Sources, à Pierrefonds.
L'ex-capitaine des Remparts Shawn Collymore a été un choix de cinquième ronde au repêchage de 2001 (139e au total). Il dirige aujourd'hui sa propre école de hockey, Shawn Collymore Hockey, et il est entraîneur dans le programme sport-études de hockey de l'école secondaire Des Sources, à Pierrefonds.

Shawn Collymore: un déclic salutaire

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Shawn Collymore a passé quelques années à se chercher au lendemain de se retraite. Obligé de composer avec les séquelles de ses nombreuses commotions cérébrales et malheureux de faire du 9 à 5 à occuper des emplois peu valorisants, il s’est demandé comment il pourrait améliorer la situation. Puis est venu le déclic. Il a réalisé qu’il avait les outils pour redevenir la personne qu’il avait été. Et sa vie a complètement changé.

«Je me suis dit que j’avais été parmi le petit pourcentage de joueurs de hockey à avoir été repêché par une équipe de la Ligue nationale et que j’avais côtoyé de grands joueurs qui m’avaient beaucoup appris», lance l’ex-capitaine des Remparts. «Si j’avais pu faire ça c’était à cause de mon attitude, de mon focus, de mon éthique de travail et mon leadership. Et je pouvais transposer ça dans ma vie. Je l’ai fait et je me suis découvert une passion pour aider et inspirer les autres. Quand je devais travailler en équipe, par exemple, j’essayais d’être quelqu’un de rassembleur. Et j’ai commencé à être plus heureux.

«À partir de là, je me suis demandé pourquoi je n’aiderais pas dans le milieu dans lequel j’avais le plus d’expertise. Et c’est là que j’ai décidé de retourner dans le monde du hockey pour aider les jeunes et que j’ai fondé ma compagnie Collymore Hockey. J’avais une nouvelle passion.»

Ce retour aux sources a permis à l’ex-Remparts de renouer avec le hockey. Il raconte qu’après avoir disputé son dernier match avec les Flyers de Heerenveen, aux Pays-Bas, il avait décidé de sortir le hockey de sa vie. Pendant un an, il n’a même pas chaussé les patins. Par la suite, ce n’est qu’occasionnellement qu’il a sauté sur la patinoire avec des amis. «Ce n’est pas moi qui les appelais pour aller jouer. C’était eux. Et quand je le faisais, je disais non la plupart du temps.

Avec les Remparts

Collymore avant 16 ans quand il s’est joint aux Remparts de Québec à l’automne 1999. Rapidement, il s’imposa. À cause de son talent, mais aussi de son éthique de travail et de son implication au jeu. «Quand j’étais sur la patinoire, j’essayais toujours d’y aller à 100 % et de donner l’exemple physiquement comme les coachs me le demandaient.»

Meilleur compteur des siens lors de la saison suivante, il montra aussi hors de tout doute qu’il était un leader dans l’âme. Une campagne qui lui permit d’être repêché par les Rangers de New York au cinquième rang (139au total). Collymore n’oubliera jamais ce moment puisqu’il s’était rendu avec ses parents afin d’assister à l’événement. Et après avoir vécu la déception de ne pas être sélectionné lors de la première journée qui était réservée aux trois premières rondes, il vit sa patience être récompensée lors de la seconde.

Considéré comme l’un des 10 plus beaux espoirs des Rangers, le Montréalais fut invité à l’automne 2001 à prendre part au «gros» camp d’entraînement de l’équipe qui à l’époque alignait les Mark Messier, Eric Lindros, Theoren Fleury, Brian Leetch, son idole Pavel Bure, etc.

«C’était quelque chose de les avoir à mes côtés et de les voir jouer. Mais quand je sautais sur la patinoire, c’était des joueurs comme les autres. Je devais les respecter mais en même temps, il fallait que je compétitionne à 100 % contre eux. Je voulais bien faire, travailler fort dans les coins et compléter leurs jeux.»

Son passage au camp des Rangers terminé, Collymore retourna avec les Remparts pour y disputer sa troisième année avec l’équipe qui lui donna le chandail de capitaine. Une grande fierté mais aussi de grandes responsabilités pour celui qui n’avait que 18 ans. Et comme il était gêné de nature, il dut sortir de sa coquille afin d’exercer son leadership dans le vestiaire. «Depuis ce temps là, je suis un peu moins gêné quand je suis en public. Mais je ne suis pas devenu complètement extroverti parce que ce n’est pas dans ma nature.»

Alors qu’il filait le parfait bonheur à Québec, le natif de Ville Lasalle dut faire ses valises après avoir été échangé aux Foreurs de Val-d’Or à la mi-saison 2002-2003. Un choc. Il ne cache d’ailleurs pas qu’à l’époque, il avait bien mal pris la nouvelle qu’il compare à une première peine d’amour. Qu'à cela ne tienne, c’est avec la rage au coeur qu’il termina la campagne à Val-d’Or et il finit la saison avec 33 buts, son plus haut total dans la LHJMQ. «Je voulais aider les Foreurs mais aussi, je voulais montrer aux Remparts qu’ils avaient eu tort de m’échanger.»

Sa carrière dans la LHJMQ, Collymore tenta sa chance chez les pros. Comme les Rangers ne lui avaient pas offert de contrat, il se retrouva dans l’organisation des Red Wings de Detroit qui l’envoyèrent dans la East Coast League. Par la suite, le Montréalais évolua dans les circuits mineurs nord-américains avant de prendre la direction de l’Europe où il joua jusqu’en 2014.

«Si j’ai joué aussi longtemps c’est parce que dans ma tête, j’étais un joueur de hockey et que j’allais évoluer un jour dans la Ligue nationale. Puis un moment donné, les blessures ont fait que j’ai décidé d’arrêter de jouer. J’avais subi plusieurs commotions cérébrales au cours des années. Il fallait que je pense à ma santé. C’est certain que je n’étais pas super excité de commencer ma vie après le hockey parce que je n’avais pas nécessairement un grand plan pour la suite des choses. Il fallait que je recommence de zéro. Mais c’était la décision à prendre si je ne voulais pas vivre avec de graves séquelles de mes commotions.

«D’ailleurs, dans les mois qui ont suivi ma retraite, j’ai dû composer avec des séquelles. J’étais plus négatif. Il y avait des journées où les choses s’amélioraient et d’autres pas. Et je me demandais si j’allais m’en sortir. Mais j’ai fini par passer par-dessus de tout ça.

Je ne dis pas que je suis en santé à 100 %, mais je pense que le fait d’avoir changé ma manière de voir ma vie a eu un effet sur ma guérison.»

Appelé à faire le bilan de sa carrière de hockeyeur, l’ex-hockeyeur dit qu’il en était très fier. Il explique qu’avec les Remparts, il avait eu la chance de jouer dans une bonne organisation ayant de bonnes valeurs, d’être dirigé par Guy Chouinard qui lui avait appris des systèmes de jeu de qualité qu’il utilise encore aujourd’hui, et Gaétan Duchesne de qui il avait aussi beaucoup appris, et de vivre des expériences enrichissantes. Revenant sur la décision des Rangers de ne pas lui offrir un contrat, il indique que l’hernie discale dont il avait été victime lors de la saison 2001-2002 avait probablement joué un rôle.

«Ce n’est peut-être pas la raison pourquoi je n’ai pas eu de contrat, mais il ne faut pas oublier que les Rangers étaient capables d’aller chercher des joueurs de premier plan grâce à leur masse salariale. À cette époque-là, les Rangers c’était une équipe d’étoiles. Après ma participation au camp d’entraînement de l’équipe, un recruteur m’avait dit que je serais prêt à avoir une vraie chance l’année suivante. Mais même si des discussions pour un premier contrat avaient été amorcées pendant les séries éliminatoires de 2003, elles n’ont jamais abouti. Mais par la suite, les Rangers ont fait le ménage au sein du personnel de leur deuxième étage. Et je me suis retrouvé parmi les joueurs qui ont été laissés de côté.»

Parlant de sa nouvelle passion, Collymore a indiqué qu’il avait beaucoup de plaisir à enseigner aux jeunes à son école de hockey et à ceux du programme sport-étude de hockey de l’école secondaire Des Sources, à Pierrefonds, où il travaille aussi. Il dit emmener l’attitude du capitaine des Remparts chaque fois qu’il saute sur la patinoire pour diriger ses entraînements.»

«Je suis très heureux présentement. Et je ne changerais rien à ma vie. Je mentirais si je disais que je n’aurais pas aimé ça mettre les patins dans la Ligue nationale. Mais je n’ai aucun regret. Il y a beaucoup de joueurs dans la Ligue nationale qui ne sont pas heureux dans leur après-carrière. Je suis donc conscient que je suis très chanceux d’avoir trouvé cette niche-là. Je suis vraiment passionné par ce que je fais.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Shawn Collymore

Q Faits marquants de ta carrière?

Mon invitation à Équipe Canada junior. J’avais pu prendre part au premier camp de sélection Halifax. À cette époque, parmi les joueurs invités il y avait Jason Spezza, Rick Nash, etc. C’était juste des gros noms. J’étais là avec plusieurs joueurs de la LHJMQ et on n’avait pas eu l’air fou. Nous étions heureux de ce que nous avions fait même s’il y en a pas beaucoup qui avaient fait l’équipe. Personnellement, j’avais bien performé. Je pense que c’est le moment où je me suis le plus donné parce que je voulais avoir le chandail du Canada sur le dos. Et mon camp avec les Rangers avec Pavel Bure. 

Q Performance marquante?

R C’est le la première ronde des séries de 2001-2002. On [les Remparts] avait terminé huitième de notre division et on s’était classé de justesse pour les éliminatoires. On devait alors affronter l’équipe qui avait terminé en tête soit les Saguenéens qui alignaient Pierre-Marc Bouchard. On n’était pas supposé gagner. Mais on avait fait un upset et on les avait battus en cinq matchs. Je me souviens que l’on avait suivi le système de jeu à la lettre. Ça avait été très cool pour moi.

Q Ce dont tu t’ennuies le plus de ta carrière de hockeyeur?

R Être dans le vestiaire avec les gars quand on a laissé aller la pression. Se sentir un peu plus libre, le plaisir, les fous rires, etc.

Q Ce qui te manque le moins?

R Les blessures d’abord. Mais aussi la pression que je me mettais sur les épaules. Et les longues randonnées en autobus.

Q Idoles de jeunesse?

R C’était pas mal Pavel Bure. Chez les Rangers, il y a aussi eu Eric Lindros. C’était un impressionnant monsieur sur la patinoire. C’était incroyable de le voir. Et il était très gentil avec moi même s’il ne me connaissait pas.

Q Entraîneurs marquants?

Guy Chouinard et Gaétan Duchesne qui étaient d’anciens hockeyeurs de la LNH qui avaient eu de belles carrières. À chaque entraînement, ils aiment jouer avec nous sur la patinoire afin de nous enseigner leur technique et leurs trucs. Des coachs, j’en ai eu plusieurs autres dans ma carrière. Mais ce sont mes deux favoris.

Q Dans 10 ans?

Dans 10 ans, je me vois toujours à travailler au développement de ma compagnie (Collymore Hockey). J’aimerais aussi pouvoir faire profiter de mon expérience à davantage de gens. J’aime beaucoup enseigner aux jeunes mais je me verrais bien aider  les joueurs de hockey à apprivoiser leur après-carrière. 

Q Rêve que tu aimerais réaliser?

R J’aimerais avoir plus de flexibilité au niveau professionnel. Ce que je souhaite, c’est d’aider le plus de gens possible. Je pourrais travailler comme entraîneur auprès des jeunes hockeyeurs, mais aussi comme coach de vie auprès des gens en général. C’est un projet que j’ai dans la tête. Le bien-être, c’est la meilleure chose que tu peux donner et recevoir. C’est d’ailleurs pour cette raison que pendant la première vague du coronavirus, je me suis inscrit à l’université. Je voulais faire quelque chose de difficile et j’ai commencé à suivre des cours en ligne en psychologie et d’autres pour devenir coach de vie. Il m’arrive aussi parfois de rêver de devenir entraîneur dans le midget AAA ou la LHJMQ quand mon enfant sera plus âgé. Pour le moment, je suis heureux d’être coach au niveau local. Ça me permet d’apprendre le travail d’entraîneur et de prendre de l’expérience.