Serge Hénault a commencé à pratiquer l’escrime en 1972. Presque 49 ans plus tard, celui qui est devenu Maître d’armes et qui dirige le club Esquadra est toujours passionné. Il indique d’ailleurs que même s’il aura bientôt 67 ans, l’heure de la retraite est encore loin pour lui.
Serge Hénault a commencé à pratiquer l’escrime en 1972. Presque 49 ans plus tard, celui qui est devenu Maître d’armes et qui dirige le club Esquadra est toujours passionné. Il indique d’ailleurs que même s’il aura bientôt 67 ans, l’heure de la retraite est encore loin pour lui.

Serge Hénault: «L’escrime, c’est ma vie»

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Il y aura bientôt 49 ans que l’escrime fait partie de la vie de Serge Hénault. Et s’il n’en tient qu’à l’ex-athlète devenu entraîneur, elle le demeurera pendant encore plusieurs années. «Quand je suis devenu maître d’armes en 1982, j’avais dit aux gens que j’allais coacher jusqu’à l’âge de 82 ans», explique Hénault. «Je vais avoir 67 ans en novembre. Et j’aime toujours autant l’escrime. C’est ma vie. Alors théoriquement, je devrais me rendre jusque là.»

Natif de la région de Montréal, Hénault est le septième enfant d’une famille de 15. Ayant le sport dans ses gênes, il joua au soccer et remporta le championnat pee-wee de la Ville de Montréal, une conquête qui lui permit d’aller à Toronto pour se mesurer à des jeunes de la Ville reine. Hénault réalisa qu’il avait un certain talent et qu’avec le travail, venaient des résultats. Il se dit que s’il s’entraînait, il arriverait peut-être à quelque chose. 

Adepte de films de capes et d’épées, le futur maître d’armes rêvait secrètement de faire de l’escrime. À son arrivée au Cégep Rosemont en août 1971, il décida de vivre son fantasme et il s’inscrivit à un cours d’escrime. Mais il fut refusé. En janvier 1972, il postula de nouveau pour le même cours et cette fois il fut accepté.

«Au début, j’ai détesté ça. Pendant les six premières semaines, c’était juste de la technique. On faisait du ballet classique. J’ai donc voulu abandonner mon cours, mais on m’a répondu qu’il était trop tard, qu’il aurait fallu que je le fasse la semaine d’avant. Mais au cours suivant, le prof nous a dit : “Ce matin, on fait des combats”. Je pense que c’est là que j’ai accroché.»

Son DEC en poche, c’est à l’Université Laval que Hénault poursuivit ses études. Et parce qu’il avait joué au volleyball collégial, il aurait bien aimé se joindre à l’équipe du Rouge et Or. «À l’époque, il y avait sur le club des gars comme Gilles Lépine, Paul Poirier, etc. J’étais peut-être bon, mais eux autres étaient pas mal meilleurs. J’ai donc choisi de faire de l’escrime à l’UL avec le club Esquadra. Et à partir du moment où j’ai fait davantage de combats et que j’ai commencé à performer en compétition, je me suis aperçu que s’il y avait une place où je me sentais compétent dans un sport, c’était bien là. D’ailleurs, je n’ai pas eu d’entraîneur quand j’étais athlète. Il fallait donc que j’aie ça dans le sang», lance celui qui prit part aux Championnats canadiens en 1977, aux Jeux du Canada en 1979 — où il fut de la finale — et qui remporta un championnat canadien universitaire en équipe en 1977. 

C’est un peu par accident que Hénault devint entraîneur. L’équipe lavalloise se retrouva sans coach à l’automne 1976 et il a reçu la mission, en tant que président du conseil d’administration de la formation, d’en trouver un. Mais les candidats ne se bousculèrent pas aux portes. Et c’est après avoir été mis au défi de prendre le poste qu’il accepta. Il suivit une formation en coaching de deux semaines au Cégep Limoilou donnée par des maîtres d’armes français et il prit les destinées de la formation lavalloise parallèlement à sa carrière d’athlète.

«Je me suis rendu compte que j’aimais coacher. Le point tournant est cependant survenu à l’automne 1977 quand j’ai suivi une formation avec Livio Di Rosa, celui qui a réformé l’escrime en Italie dans les années 60 et l’entraîneur du champion olympique des Jeux olympiques de Montréal au fleuret. Même si je tirais d’instinct, j’ai vu qu’il était possible de bien encadrer ce que je faisais. 

«J’ai décidé d’abandonner ma carrière d’athlète pour me concentrer sur le coaching en 1980. J’aimais faire de l’escrime. Et j’aime encore ça. Mais un moment donné comme entraîneur, tu fais des gestes techniquement tout croche pour favoriser le bon geste. Tu fais des erreurs pour que ton athlète fasse les bons mouvements. Sauf que sans m’en rendre compte, je suis devenu un athlète avec plein de défauts. Alors j’ai décidé d’aller en France pour suivre ma formation de Maître d’armes où j’ai étudié avec le Hongrois Laszlo Szepesi. Mon but c’était de gagner ma vie avec l’escrime. Mais ça n’a pas été aussi facile que ça [rires].»

Carrière ruinée

De retour au Québec en 1982, Hénault reprit les reines du club Esquadra de l’UL. Il assista bien malgré lui au déclin de l’escrime de compétition au niveau collégial. Puis en 1991, ce fut au tour de l’Université Laval de mettre fin aux activités du club d’escrime en ses murs. Deux ans plus tôt, Hénault avait dû vivre un autre coup dur quand un de ses athlètes, qu’il a dirigé pendant une dizaine de mois, avait été reconnu coupable de dopage.

«Ça n’a pas été évident pour moi. Je me souviens qu’au départ de la délégation des premiers Jeux de la francophonie, le chef de mission, qui avait été mon chef de mission aux Jeux du Canada en 1979, avait lancé devant tout le monde : “Eille, c’est lui l’entraîneur de l’athlète dopé en escrime”. Mais je n’avais rien à voir là-dedans.

«L’athlète a été suspendu pour deux ans, mais un mois plus tard, sa suspension a été levée. Et toutes les procédures qui avaient été amorcées ont été arrêtées moins d’un an plus tard. Mais cette histoire m’a fait énormément de torts. J’étais dans la poursuite de ma carrière. J’avais même postulé pour être entraîneur de l’équipe nationale. Cette histoire a ruiné ma carrière.»

À la tête d’un club n’ayant plus d’espaces pour s’entraîner, Hénault se tourna vers les municipalités. Il fonda des clubs satellites à Beauport, Saint-Augustin, Charlesbourg et Lévis où les jeunes pouvaient s’initier aux trois types d’armes officielles de l’escrime moderne aux olympiques, soit le fleuret, l’épée et le sabre. L’Esquadra a ensuite ajouté à son offre, un volet pour les vétérans.

«Nous avons une philosophie italienne au fleuret et une dimension hongroise au sabre. Quand tu mêles tout ça ensemble, ça fait l’escrime à l’Esquadra.»

Comme un poisson dans l’eau

Parallèlement à sa carrière de coach, Hénault a aussi occupé le poste de directeur général de l’URLS de Chaudière-Appalaches pendant une vingtaine d’années. À son arrivée, sa mission fut de mettre sur pied la première délégation de la nouvelle venue sur la scène des Jeux du Québec pour le rendez-vous de Rimouski en 1999. «C’était un beau dossier. J’ai toujours aimé les jeux du Québec. 

«Je dirais qu’à L’URLS, j’étais comme un poisson dans l’eau. Je pouvais aider les gens de passion comme moi à transmettre leur passion. Parce que nous avions des subventions, nous avons pu permettre à des entraîneurs d’avoir accès à des formations pour l’obtention de leurs niveaux 1 et 2. J’ai aussi investi beaucoup dans les Jeux du Québec. Je me disais : «c’est la base de tout. Si les jeunes peuvent vivre au moins une fois l’expérience des Jeux olympiques du Québec, que l’on appelle les Jeux du Québec, et s’ils peuvent à travers ça développer certaines facettes de leurs talents, ça sera un plus dans leur vie». En parallèle, j’ai découvert secondaire en spectacles qui est l’équivalent des Jeux, mais dans les arts de scène.»

Hénault a quitté l’URLS il y a quelques mois pour prendre une retraite bien méritée. Et c’est la tête pleine de projets qu’il a amorcé sa nouvelle vie. Il allait d’abord continuer à coacher, mais il comptait aussi travailler sur un ambitieux projet d’écrire l’histoire de ses familles maternelle et paternelle depuis qu’elles sont arrivées en Nouvelle-France.

Fier du chemin parcouru et du travail accompli, Hénault a cependant une grande inquiétude. Qui prendra sa relève au club Esquadra lorsqu’il ne sera plus là? Car même s’il peut actuellement compter sur des gens comme François Bouchard pour l’aider, il ne sait pas si une de ces personnes acceptera de le remplacer.

«Ce n’est pas évident parce que nous ne sommes pas dans les bonnes structures. Les clubs dans les cégeps meurent tous les uns après les autres. Et il n’y en a plus dans les universités. Il reste le civil où ce sont quelques individus entourés de bénévoles qui portent les clubs sur leurs épaules. Pourquoi? Parce que quand les entraîneurs finissent leur carrière, il n’y a personne qui veut prendre leur relève. Alors oui, ma grande crainte c’est qu’il n’y ait pas personne pour prendre ma relève. Mais je me console en me disant qu’en prenant ma retraite à 82 ans, ça me donne encore 15 ans pour trouver quelqu’un.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Serge Hénault aux Jeux du Canada en 1979

Q Faits marquants?

Ma participation aux Championnats canadiens en 1977. C’est la performance qui m’a fait réaliser que j’avais du talent et elle m’a permis de participer aux Jeux du Canada en 1979. Et être allé à Paris pendant deux ans pour faire ma formation de Maître d’armes, moi un petit gars venant d’un milieu pauvre. Comme coach, la période pendant laquelle j’ai travaillé avec Marie-Huguette Cormier, une athlète qui est allée aux Jeux olympiques. Je l’ai accompagnée pendant un an et demi, soit de son arrivée au club, en janvier 1987, à sa participation aux Jeux de Séoul.

Q Performances marquantes?

R Avoir été champion pee-wee de la ville de Montréal en soccer, ç’a marqué ma vie. Et le fait d’être passé proche d’aller à l’émission télé-quilles. À l’époque, j’étais un bon joueur. Et j’avais comme modèle le champion François Lavigne. J’avais donc pris part à un tournoi qui permettait aux six meilleures équipes de passer à la télé. Alors que l’on pensait être éliminés, on avait accédé à la ronde des 12 meilleures formations avec un pointage de 178. Par la suite, on avait raté notre qualification pour jouer à la télé malgré un score de 290. Je dirais que ce sport m’a habitué à la performance et à demeurer bien concentré. Ça m’a aidé dans ma carrière en escrime. Et comme coach, parce que mon but a toujours été de faire en sorte que mes athlètes se dépassent, je dirais tous les bons résultats qu’ils ont eus. Pour moi, ce sont des réussites. 

Q Les athlètes que tu as coachés qui t’ont marqué?

R Il y en a eu plusieurs. Louise Chamberland, qui venait de l’Estoc et qui avait eu une bonne carrière junior, et évidemment Marie-Huguette Cormier. J’ajouterais les athlètes qui m’ont aidé à repartir le club Esquadra à l’Université Laval. Bernard Landry, Philippe-Pierre Caire et Philippe Côté. Ils m’ont permis de former et de développer mes premiers champions de haut niveau. À l’époque, il y avait une compétition présentée cinq fois par année qui était comparable à un championnat canadien. Bernard Landry l’a gagnée quatre fois en une saison. Je me souviens aussi qu’il s’était blessé en faisant de l’escalade et qu’il avait été au rancart pendant un an. À son retour, il avait fait le championnat canadien et il avait gagné la médaille de bronze. Ce sont des gars qui marquent un peu.

Q De quoi tu t’ennuies le plus de ta carrière d’athlète?

R Les combats. Et ce que j’aimais le plus c’était les combats par équipe parce que c’était un challenge. Dans le temps, on était quatre contre quatre. On faisait 16 matchs, quatre chacun. La première formation qui en gagnait neuf méritait la victoire. J’aimais la formule par équipe. Des chums qui s’encourageaient et qui devaient composer avec la pression. Car si en combat individuel, tu peux parfois relâcher, en équipe tu n’as pas le droit parce que tu vas pénaliser tes coéquipiers. Alors chaque touche est importante. Et moi, ç’a toujours été un peu ma devise au club Esquadra. Chaque touche est un duel et tu joues ta vie à chaque touche. Et c’est encore plus vrai pour le dernier membre de l’équipe sur qui souvent repose la victoire. La compétition d’escrime aux Jeux du Canada se faisait selon la formule par équipe. Même chose pour le championnat canadien universitaire où nous [le Rouge et Or] avions remporté le titre.

Q Qu’est-ce qui ne te manque pas de ta carrière d’athlète?

R Les mauvaises décisions de l’arbitre. J’en ai vécu comme athlète, mais aussi comme entraîneur. On dit que l’arbitre a droit à une erreur par cinq touches. Mais une erreur sur cinq touches, c’est 20 %. Elle peut être cruciale à un moment où c’est 4-4 à la dernière touche. Et ça m’est arrivé. L’action avait bien été décrite, mais l’arbitre avait inversé le départ. Et ça m’avait coûté une médaille de bronze à mes premiers championnats canadiens. C’est certain qu’aujourd’hui, l’électronique diminue de beaucoup les erreurs. Mais malgré ça, à partir du moment où il y a deux lumières qui s’allument, tout est possible.

Q Ta plus grande qualité d’athlète?

Ma volonté de gagner.

Q Ta plus grande qualité d’entraîneur?

D’être capable de faire en sorte que chaque athlète développe son escrime à elle ou à lui. Je n’enseigne pas la technique classique. Et je n’ai jamais enseigné en imposant un moule. J’essaie de voir à travers ce qu’un athlète doit faire, ce qui lui appartient et comment son corps réagi. On me l’a souvent dit. Mes athlètes ont tous comme une signature personnelle. Et ma pédagogie. Je ne crie jamais après mes athlètes. J’ai beaucoup de compréhension et de psychologie qui font en sorte que l’humain se développe le plus possible avec son potentiel à lui. C’est à moi à de m’adapter à un athlète et à ce qu’il est comme individu. Ça me demande beaucoup, mais d’un autre côté, ça crée une meilleure relation humain à humain. 

Q Un défi?

Poursuivre le travail généalogique que j’ai amorcé il y a une vingtaine d’années. Je suis quand même assez avancé parce que mon père avait eu, à ses 30 ans, l’arbre généalogique des deux familles. J’essaie maintenant de meubler l’histoire et j’essaie de comprendre le pourquoi des choses. C’est le fun.

Q Dans 10 ans?

J’espère avoir écrit mon livre sur l’histoire de mes familles. Je souhaite aussi continuer à enseigner l’escrime. Dans 10 ans, je vais avoir 77 ans. Je vois un gars comme Henri Sassine, qui a 80 ans et qui continue à coacher. Alors c’est possible. Et j’espère avoir la chance de le faire afin de transmettre ma connaissance en escrime pour que quelqu’un puisse poursuivre cet œuvre-là. L’escrime le mérite. Elle a traversé le temps. Il y avait de l’escrime au temps des Romains et il y en a encore aujourd’hui. Même les Égyptiens, en 200 avant Jésus-Christ, en faisaient.