Sébastien Laflamme est aujourd’hui médecin en Australie.
Sébastien Laflamme est aujourd’hui médecin en Australie.

Sébastien Laflamme: l’amour des défis

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Sébastien Laflamme a toujours été un homme de défis. Adepte de sports d’endurance, il a choisi de faire du triathlon, une carrière qu’il a amorcée à la fin de son bac en physiothérapie et qu’il a ensuite menée parallèlement à ses études en médecine. Aujourd’hui médecin en Australie, il continue de s’entraîner religieusement, et ce, même si en plus de son travail, il est copropriétaire de trois cliniques médicales.

«J’ai toujours aimé les défis, le dépassement de soi et la compétition», mentionne Laflamme détenteur de trois baccalauréats. «Et j’adorais m’entraîner. Pour moi, c’était une routine quotidienne. Parallèlement, je savais que je devais avoir un plan B quand ma carrière sportive prendrait fin. D’où l’énergie que j’ai mise dans mes études universitaires.

«C’est certain que mener de front ma carrière sportive et mes études en médecine me demandait beaucoup de sacrifices. Mais quand on est dédié à quelque chose, ce n’est pas vraiment un problème. Ma vie sociale, c’était l’entraînement. Tout tournait autour. Je me souviens, j’étais allé à Cancun faire une compétition et j’avais apporté mes livres d’anatomie. Pendant que les autres athlètes prenaient ça mollo sur le bord de la piscine et qu’ils se faisaient masser, moi j’étudiais et je lisais.»

Laflamme avait découvert le triathlon au milieu des années 90 à l’Université Laval via un petit groupe d’athlètes qui le pratiquait. Grâce à son passé de nageur et de sports d’endurance et à ses aptitudes naturelles en vélo, il a rapidement obtenu du succès.  

«Comme j’étais parmi les premiers à sortir de l’eau et qu’ensuite j’étais très rapide en vélo — je crois que c’était vraiment ma force — j’avais une bonne avance sur tout le monde quand j’amorçais mon épreuve de course à pied, mon talon d’Achille, et je pouvais gagner des courses. Ces résultats m’ont permis de compétitionner sur le circuit international et de goûter aux voyages. À la fin, j’en faisais une dizaine par année. Rencontrer des gens et découvrir de nouvelles cultures, c’était pour moi une très belle récompense. Voir des gens qui font la même chose que moi avec la même passion, c’est ce que j’adorais le plus.»

Laflamme ne le cache pas, sa carrière sportive et ses études en médecine l’ont obligé à se centrer sur lui. Il ajoute que sans la présence de ses parents et de sa conjointe, qui l’avaient toujours supporté, il n’aurait pas pu mener la carrière qu’il a eue. «Je m’entraînais et j’étudiais. Ma conjointe travaillait comme enseignante. Je n’avais pas à m’inquiéter, il y avait toujours de la nourriture dans le frigo.»

Devant composer à ses débuts avec des budgets très limités afin de mener sa carrière, l’ex-triathlète a dû utiliser toutes ses ressources afin de prendre part aux compétitions à l’extérieur du pays. Il a ainsi pu profiter des rabais chez Air Canada dont bénéficiait un membre de sa famille qui y travaillait. En d’autres occasions, il a multiplié les vols pour se rendre à destination et d’y revenir afin de minimiser les coûts de ses billets d’avion ou il a choisi d’arriver la veille d’une compétition et de repartir le lendemain afin de réduire ses dépenses de voyage et de limiter le temps de ses absences à l’université.

«J’ai été chanceux. Dans le temps, je ne gagnais pas un sou. Et j’ai quand même pu prendre part à de nombreuses compétitions.» 

La retraite

Laflamme a pris sa retraite en 2004 avec la satisfaction du devoir accompli. Quatre ans plus tôt, il avait décidé de prolonger sa carrière de quatre ans dans le but de se qualifier pour les Jeux olympiques, et ce, même s’il amorçait ses études en médecine. Un rêve qu’il ne réalisa pas.

«Peut-être est-ce parce que je n’ai pas mis tout le temps et l’énergie nécessaires, et ce, même si je m’entraînais entre 20 et 22 heures par semaine. Mais en quelque part, on a aussi le talent que l’on a. Le triathlon avait changé et la clé était vraiment la course à pied. Je n’étais pas un athlète qui pouvait courir un 10 km en 30 minutes. Mon meilleur chrono était de 32m30. Alors mes meilleurs résultats en Coupe du monde ont été des 16e et des 20e places alors qu’il aurait fallu que j’aille des top 8 et des top 6. 

«J’ai fait mes derniers Championnats du monde à Madère où j’ai fini autour de la 30e place. C’est là que j’ai décidé d’arrêter. Ma conjointe était enceinte, il y a plein de nouveaux défis qui s’en venaient. Arrêter le triathlon n’était donc pas une fin en soi. Surtout que par la suite, comme j’aimais l’entraînement, j’ai continué à faire de la compétition en vélo. Je n’ai donc pas eu de deuil à faire. J’avais plein de choses pour me driver

Quand il pense à sa carrière, Laflamme n’a aucun regret. Même s’il n’a pas réalisé son rêve de prendre part aux Jeux d’Athènes, il a participé à trois Championnats du monde et à de nombreuses Coupes du monde aux quatre coins de la planète. Il a aussi passé deux étés en France à courir avec une équipe de triathlon de première division et il a pris part à un camp de trois mois à Hawaii où un médecin faisait une étude sur l’entraînement en altitude.

«Si je pouvais retourner dans le temps, je commencerais ma carrière plus jeune. Ça me permettrait peut-être de me rendre un peu plus loin dans mon sport, peut-être même d’aller aux Jeux, le rêve ultime de tout athlète. Mais en même temps, peut-être pas. Qui sait si je n’aurais pas pris ma retraite plus jeune parce que je me serais brûlé.  En triathlon, la ligne est mince entre ne pas s’entraîner assez et le sur-entraînement. Et moi j’étais quelqu’un qui y allait toujours au maximum. Une chose est sûre, je ne serais la personne que je suis devenue avec ma conjointe et nos quatre merveilleux enfants. Et je ne serais peut-être pas en Australie. Je n’ai donc pas d’amertume.»

Médecin à Baie-Saint-Paul à la fin de ses études, Laflamme a été charmé par l’idée d’un confrère qui, dans le but de permettre à ses jeunes enfants d’apprendre l’anglais et de découvrir le monde, avait été travailler en Nouvelle-Zélande. Et son amour des défis a été rallumé. Après un an de préparation, il a quitté Charlevoix, qu’il qualifie de paradis d’entraînement et d’où il garde de très beaux souvenirs, pour aller en Nouvelle-Zélande où il devait demeurer un an. C’est pendant des vacances en Australie qu’il a rencontré un agent de recrutement qui l’a convaincu d’y travailler. Le Lévisien qui avait toujours souhaité vivre à la chaleur s’est installé avec sa famille dans Queensland où la température moyenne est entre 30 et 32 degrés l’été et de 22 à 27 degrés en hiver. 

Il y a un an, il s’est associé avec un autre médecin et il est devenu copropriétaire d’une clinique médicale. Aujourd’hui, les deux hommes exploitent trois cliniques qui sont situées dans les villes de Blibli, Mulluloba et Buderin, sur la Sunshine Coast.

«Nous avons 12 médecins, bientôt 14, et 18 infirmières et réceptionnistes. En Australie, tu as un médecin de famille et s’il y a quelque chose qui ne va pas, peu importe la nature du problème, c’est lui que tu vas voir. Nous sommes la première ligne. Les hôpitaux sont réservés pour la médecine spécialisée. Nous référons les patients aux spécialistes quand on sent le besoin. Chaque médecin trouve cependant un peu sa niche. Ainsi, il y a des médecins de famille qui font juste des cancers de peau, d’autres de la pédiatrie.»

Même si les années ont passé, Laflamme est toujours un athlète dans l’âme. Il dit s’entraînera jusqu’au jour où il ne pourra plus se lever. Quant à son besoin de compétitionner, il est toujours aussi intense.

«Je nage quatre-cinq fois par semaine. Quand je suis dans un groupe, j’essaie d’être le premier dans le corridor et je pousse. Et quand je suis avec des jeunes qui viennent de terminer leur carrière, et qui sont plus en forme que moi, j’essaie de les suivre. J’ai la broue dans le toupet. J’ai toujours le même désir de compétitionner. Mais ce n’est plus sérieux comme ça l’était avant. Maintenant, je le fais avec le sourire.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Sébastien Laflamme a pris sa retraite du triathlon en 2004.

Q  Fait marquant

Il n’y a pas un fait comme tel. Je pense que c’est toute ma carrière et la série d’événements qui se sont succédés. Elle m’a permis de découvrir le monde et d’autres cultures. Si je n’avais pas eu cette carrière là, je ne serais pas allé au Japon, en Chine et dans plein de pays européens. Elle m’a aussi de me faire de nombreux amis et d’acquérir plein de connaissances. Ça n’a pas de prix.

Q  Résultat ou performance le plus satisfaisant

R  Ça été de me qualifier pour deux championnats du monde d’affilée, ceux de Cancun et de Madère. Je pouvais me dire que j’étais dans les tops des Canadiens. Et même si je n’ai pas terminé dans les premiers, j’ai fini la course avec le sourire et je me suis dit : «c’est ça que j’ai accompli. Je me suis rendu au maximum de mes capacités.» Pour moi participer aux Championnats du monde c’était ça.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

Des entraînements en groupe où on était sur la belle piste extérieure de l’Université Laval à s’époumoner et à s’arracher le cœur en faisant nos intervalles de 200m et de 400m. La piste extérieure de l’Université Laval que j’ai vue être construite pendant ma carrière, quel bel espace d’entraînement. Je m’ennuie aussi de ces entraînements près du boulevard Laurier où on faisait nos kilomètres de répétition, le soir, avec la gang de course. Et les entraînements de natation que je faisais avec la gang. Ce sont de ces entraînements là dont je m’ennuie le plus. 

Q  Ce dont tu ne t’ennuies pas

C’est quand tu embarques dans une compétition et que tu n’as pas un bon feeling. C’est dur. Je ne m’ennuie pas des papillons quand tu es sur le départ et que tu dis : «Ça va-tu bien aller, ça va-tu mal aller?». C’est un feeling qui est bon, mais qui peut être malsain aussi. Tu es trop nerveux, tu es trop crispé. Et tu rentres dans l’eau et tes bras son pleins d’acide lactique au départ. Ça c’est un feeling que je ne voudrais pas revivre.

Q  Personnalités marquantes

R  Mes parents et ma conjointe m’ont toujours supporté et encouragé. Financièrement par exemple, mes parents m’ont beaucoup aidé. Ma conjointe, c’est la personne la plus importante dans ma carrière, c’est elle qui m’a supporté à travers les défaites, les victoires et l’adversité. Et tous les bons coachs que j’ai eus qui m’ont appuyés à différents niveaux et à différents moments de ma carrière et que je préfère ne pas nommer de crainte d’en oublier un. Ils ont tous été importants.

Q  Dans 10 ans

R  Je me vois encore en train de faire ce que je fais, à aider les gens et à être à l’écoute. Médecin, c’est une profession qui n’est pas facile, mais qui est très valorisante. On marque des vies, des fois on change des trajectoires de vie. C’est très gratifiant. Je me vois donc encore travailler comme médecin. En Australie ou ailleurs. Mais je pense que je suis embarqué ici pour longtemps avec mes cliniques. Je nous vois encore grossir. On a des projets d’ouvrir une autre clinique cette année. Je me vois donc encore en train de grossir dans le côté business là de ma carrière.

Q  Rêve

Pour célébrer nos 25 ans de couple, ma conjointe et moi on devait faire un beau voyage cette année. On devait aller en Italie. Ç’a toujours été notre rêve d’y aller elle et moi. On est très bouffe, on est très cuisine. On a grandi avec les Daniel Pinard, et Josée Distasio. Et pour nous, l’Italie était une belle destination au niveau de la bouffe. On voulait passer trois semaines en Italie. Mais avec tout ce qui se passe, on a été obligés de canceller. Un voyage en Italie sera notre prochain rêve à réaliser. Mais je ne sais pas quand est-ce que ça va arriver.