Robert Picard a passé 13 saisons dans la Ligue nationale où il a amassé 423 points, dont 104 buts, en 899 matchs en saison régulière. Il a joué notamment avec le Canadien et les Nordiques.

Robert Picard loin des feux de la rampe

Il y a 28 ans que Robert Picard a accroché ses patins au terme d’une carrière de 13 campagnes dans la LNH où il disputé 899 matchs en saison régulière. Et si jadis, peu importe où il allait, il ne passait jamais inaperçu, l’ex-défenseur est aujourd’hui loin des feux de la rampe où il mène une vie plus normale qu’il a appris à apprivoiser et à apprécier.

«Pendant toutes les années où j’ai joué dans la Ligue nationale ou après, quand j’ai évolué avec des anciens joueurs à Detroit, j’ai retiré beaucoup de fierté à être reconnu par les amateurs de hockey», mentionne l’ex-hockeyeur. «Et je garde de très beaux souvenirs de cette époque-là. J’ai encore de belles photos de moi dans mon bureau et à la maison. Mais j’ai appris à vivre sans ça. 

«Aujourd’hui, je suis une personne «normale.» Et je vis comme tel. La majorité des gens que je rencontre ne savent pas que j’ai joué dans la LNH. Et je ne suis pas le genre à crier : “Je suis Robert Picard, regardez-moi”. Ce n’est pas dans mon bag

Picard a joué son hockey junior avec le Bleu-Blanc-Rouge et le Junior de Montréal. À l’âge de 14 ans, il avait cependant été invité par Maurice Filion à prendre part au camp des Remparts. Il aurait pu demeurer avec l’équipe, mais ses parents auraient dû déménager dans la Vieille Capitale.

Le défenseur fit une entrée remarquée chez les pros. Repêché en première ronde (3e) par les Capitals de Washington, il fut aussi un choix de quatrième ronde (38e) des Nordiques de l’AMH. Après s’être entendu avec les Capitals, il signa un contrat avec les Nordiques. Les Caps le menacèrent de poursuites. Picard, lui, affirma dans les médias qu’il aimerait mieux livrer de la pizza à Québec que de jouer à Washington. «J’étais certain que je n’avais pas signé de contrat avec les Capitals. J’étais jeune, j’ai commis une erreur. Et j’en ai fait d’autres dans ma carrière. Finalement, j’ai été obligé de retourner à Washington.

«Même si j’avais beaucoup de pression à mon arrivée avec les Caps, je ne pense pas avoir déçu personne pendant les trois saisons que j’ai passées avec l’équipe. Le côté bénéfique de ce que j’avais vécu, c’est que j’avais vieilli rapidement et que j’avais acquis beaucoup de maturité. Et j’ai été très désappointé de quitter Washington quand j’ai été échangé aux Maple Leafs.»

Picard ne joua qu’une demi-saison à Toronto. Il passa au Canadien où il connut des saisons difficiles. Il regarda une trentaine de matchs de la galerie de presse à sa première année. Par la suite, il fut incapable de s’imposer. Il fut troqué à Winnipeg en retour d’un choix de troisième ronde au repêchage de 1984 qui permit au Canadien de mettre la main sur Patrick Roy.

«Je me suis retrouvé avec les Jets. J’ai recommencé à jouer comme je savais le faire. Et j’ai aussi amélioré mon jeu défensif, ce qui m’a permis d’ajouter six, sept ans à ma carrière.»

Picard s’est ensuite retrouvé avec les Nordiques avec qui il évolua de 1985 à 1990. Après avoir vécu la pression de jouer à Montréal, il vécut celle d’évoluer à Québec. «Une pression différente. À Mont­réal, il fallait composer avec les succès passés de l’équipe et sa réputation. On avait la pression de gagner à Québec, mais tout était à construire et nous étions une formation en progression.»

Le défenseur quitta Québec en 1990 pour Detroit. Il se fractura la cheville en toute fin de campagne. Cette blessure sonna le glas à sa carrière. «J’ai pris part au camp d’entraînement l’année suivante, mais j’avais perdu de la vitesse. Et ça, ça ne pardonne pas. Mon nom a été placé au ballotage, aucune équipe ne m’a réclamé. J’ai rencontré le dg et j’ai décidé de prendre ma retraite. Il était temps de me concentrer sur ma famille.

Picard fait un bilan plus que positif de sa carrière. Et il en est très fier. «Je n’ai qu’un seul regret et c’est de ne pas avoir réussi à Montréal comme je l’avais fait ailleurs. J’étais un petit gars de Montréal jouant pour le Canadien. J’aurais aimé être à la hauteur des attentes qui étaient placées en moi.»

Réorganiser sa vie

À la retraite, Picard n’a pas mis beaucoup de temps à réorganiser sa vie. Il est demeuré dans la région de Detroit et il s’est inscrit à des cours de marketing et de gestion. Il a ensuite été engagé par Sunny’s Enterprise, une compagnie spécialisée dans la vente de lave-auto. Parallèlement, il a travaillé comme pompier volontaire. Mais ce qui lui a permis de bien faire la transition entre sa carrière de hockeyeur et la vie «normale», c’est d’avoir adapté son style de vie.

«Ma femme et moi, nous avons gardé la tête froide et les pieds sur terre afin de ne pas être trop extravagants dans nos dépenses, notre vie publique et tout ça. On a décidé de vivre avec un plateau moyen plutôt qu’avec un plateau non accessible. Ç’a rendu les choses plus faciles.»

Aujourd’hui, Picard habite en Floride où il a déménagé après avoir obtenu un poste de gérant de région pour Sunny’s, pour qui il travaille depuis 26 ans. Et s’il est très fier de sa carrière de hockeyeur, il l’est tout autant de sa carrière dans la vente où il est parti de zéro. Quant à sa passion pour le hockey, il avoue que celle-ci s’est un peu estompée avec les années. «Ça fait 10 ans que je n’ai pas chaussé les patins. Et je suis moins le hockey. Il n’y a qu’en séries éliminatoires que je regarde des matchs.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  La série Montréal-Québec (1987) que l’on (Nordiques) a malheureusement perdu en sept matchs. Ça été un des moments les plus excitants et intenses que j’ai vécu au hockey. Aussi, quand j’ai représenté le Canada aux Championnats du monde (1978 et 1979) et d’avoir été choisi parmi les 25 meilleurs joueurs de la LNH pour jouer lors de la Challenge Cup en 1979, à New York.

Q  Idoles de jeunesse

R  Mon idole a toujours été M. Jean Béliveau.

Q  Les coachs avec qui tu as eu la meilleure entente

R  Michel Bergeron et Barry Long, à Winnipeg.

Q  Personnalité marquante

R  Ma mère. Elle se levait à 4h30-5h pour m’emmener à l’aréna Maurice-Richard. Il fallait prendre deux autobus et ça prenait une heure, une heure et demie pour s’y rendre. Et quand j’ai commencé à patiner, c’est elle qui se levait le matin pour arroser la patinoire pour que je puisse jouer.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  La camaraderie, l’esprit de gang.

Q  Ce dont tu t’ennuies le moins

R  La pression

Q  Rêve 

R  Traverser le Canada et les États-Unis à bord d’un motorisé.