René Labbé est maintenant policier dans la Gendarmerie royale du Canada. Il a joué avec les Remparts de Québec durant la saison 1978-1979.

René Labbé, Néo-Brunswickois d’adoption

Même si ses racines sont québécoises, René Labbé se sent depuis plusieurs années déjà un Néo-Brunswickois. Exilé au sud de la frontière afin de jouer au hockey, il y a non seulement fait sa vie, mais il y a acquis une grande notoriété.

«Ça fait 36 ans que je vis au Nouveau-Brunswick», indique Labbé. «J’y suis arrivé à l’âge de 20 ans après mon hockey junior. C’est certain qu’au fond de moi, je serai toujours un Québécois. Mais j’ai fait ma place ici, j’ai été accepté par les gens, j’aime mon emploi et je vis dans un beau coin de pays, à Campbellton.»

L’amour que porte Labbé pour le Nouveau-Brunswick est réciproque. Toutes les villes par où il a passé l’ont adopté, à commencer par Edmundston qui, en mai 2014, l’a officiellement fait entrer dans son histoire en l’élisant dans son Temple de la renommée pour ses exploits sur la patinoire. Une grande fierté pour Labbé conscient qu’il allait se retrouver parmi des personnalités locales ayant accompli de grandes choses pour Edmundston.

«Même si je suis très bien à Campbellton, Edmundston c’est chez moi. J’y ai joué au hockey, j’y ai étudié et j’y ai travaillé. J’ai adoré la mentalité des gens et j’ai aimé y demeurer. J’y ai encore plein d’amis.»

Membre de la première édition des Couillards de Sainte-Foy de l’entraîneur-chef Jean-Claude Cantin, Labbé a d’abord évolué dans la LHJMQ pour les Remparts qui l’ont échangé, lors de la campagne 1979-1980, aux Draveurs de Trois-Rivières. Cette année-là, le hockeyeur, aussi reconnu pour son style robuste, a inscrit 39 buts et amassé 35 passes en 57 matchs. Une production qu’il croyait suffisante pour être repêché par une équipe de la LNH. Ce qui n’arriva pas. «C’est à ce moment-là que j’ai perdu l’illusion de la Ligue nationale. Je m’attendais tellement à sortir. Même si c’était en 10e ronde. Par la suite, j’ai continué à jouer junior, mais la motivation n’était plus là.

«Aujourd’hui, je fais quand même un bilan positif de mes années junior. Mais j’aurais peut-être pu en faire un peu plus. Même si je prenais le hockey au sérieux, je ne m’entraînais pas beaucoup. En le faisant, j’aurais pu avoir le petit step qui m’aurait peut-être permis de franchir une étape de plus comme jouer dans la Ligue américaine.»

Invité au camp d’entraînement des Nordiques à l’automne 1982 puis rétrogradé à celui de l’Express, Labbé a poursuivi sa carrière dans la défunte Ligue républicaine puis dans le circuit Roger-Lizotte.

Prendre sa vie en main

Labbé dit qu’entre 20 et 25 ans, il fut un hockey bum. «Ce n’est pas que j’étais un bum. Je ne l’ai jamais été. Mais je vivais du hockey. Et l’été, je jouais à la balle pour la Table du Roi. Je n’avais pas de grandes attentes, je ne vivais pas richement, mais j’avais du plaisir et j’étais heureux.

«Vers l’âge de 26 ans, j’ai décidé de me prendre en main. Je suis retourné aux études en nursing. Parce que j’aimais travailler avec les gens, mais aussi parce que je savais que c’était un domaine où il y avait de la demande. J’ai gradué en 1991 et je suis tout de suite tombé en amour avec mon travail. J’ai œuvré pendant huit ans en santé mentale.»

Ambitionnant depuis toujours d’être policier, Labbé a vu son rêve se réaliser quand, après avoir placé son nom sur une liste d’attente pendant plusieurs années, la Gendarmerie royale du Canada l’a recruté. «Je m’étais toujours dit que si j’étais appelé et que ça avait du sens au niveau d’où j’étais rendu dans ma vie, je ferais le move. Les gens de mon entourage connaissaient mes intentions. Ça fait 20 ans. Et je n’ai jamais regretté ma décision.»

Aidé par son expérience en santé mentale, son bagage de vie, le fait d’avoir été affecté à Campbellton, un coin du Nouveau-Brunswick qu’il connaissait bien, Labbé n’a pas eu de difficulté à s’adapter à son nouveau travail. Parallèlement, il a continué à jouer au hockey senior jusqu’à l’âge de 43 ans. Son emploi de policier a été l’une des raisons l’ayant poussé à accrocher ses patins. 

«La semaine, je me battais sur la patinoire contre des gars que j’arrêtais la fin de semaine quand je travaillais. Ça me mettait un petit peu en conflit avec mon travail. Je suis devenu entraîneur. Depuis trois ans, je coache à Kedgwick, dans le circuit Roger-Lizotte.»

L’ex-hockeyeur dit que ce n’est pas plus difficile pour lui de coacher parce qu’il est policier. «Au début de la saison, je mets les choses au clair avec les gars. Je leur dis : “Vous savez quelle job je fais et vous savez ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.”»

Jeune hockeyeur, Labbé rêvait de prendre la route qui le mènerait à la Ligue nationale. La vie a fait qu’il a pris un tout autre chemin. «Ma Ligue nationale à moi, c’est où je suis rendu. Le hockey m’a permis de vivre toutes sortes d’expériences, de développer toutes sortes d’habiletés et de connaître plein de gens. Et j’ai de la misère à m’imaginer comment je me serais rendu où je suis si je n’avais pas connu le cheminement que j’ai eu dans le hockey.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Quelles sont tes personnalités marquantes?

Les entraîneurs qui m’ont dirigé, mais surtout Alain Boucher, qui m’a coaché quand j’étais pee-wee avec les Papillons du parc Dollard, Jean-Claude Cantin, un des meilleurs entraîneurs que j’ai eus, et Michel Bergeron et Jacques Demers. C’étaient tous d’excellents motivateurs. On voyait que ce qu’ils faisaient, ils le faisaient à fond.

Q Quel est ton fait marquant? 

Mon intronisation au Temple de la renommée d’Edmundston. Un grand honneur. Pour moi, c’est comme si on m’avait dit : «René, merci pour ce que tu as fait, ce que tu as accompli ici à Edmundston.»

Q Ce qui te manque le moins? 

Les coups et les blessures.

Q Ce qui te manque le plus? 

R Ce qui se passe pendant le match. L’esprit de corps, l’esprit d’équipe, les gars qui se tiennent comme quand ton chum est mal pris et que tu vas l’aider, ou que quand tu es mal pris, il vient te donner un coup de main.

Q Où te vois-tu dans 10 ans? 

R J’aimerais juste être en santé et que ma fille, le garçon de ma conjointe et ma conjointe le soient aussi afin que l’on puisse se voir et passer du bon temps ensemble. Si je peux conserver la santé jusqu’à la fin de ma carrière de policier et que les gens autour de moi se portent bien, je serais très heureux.

Q Qui sont tes idoles de jeunesse? 

J’ai toujours été un fan des Flyers de Philadelphie. Mon idole c’était Bobby Clarke. Même s’il souffrait de diabète et même s’il n’était pas le plus gros joueur des Flyers, il allait à la guerre tous les soirs. Il donnait toujours son plein rendement. Et après sa carrière de hockeyeur, il a gravité dans l’entourage des Flyers et il a occupé des postes clés.

Q Si tu pouvais changer quelque chose… 

R À 18-19-20 ans, je mettrais définitivement les efforts nécessaires pour atteindre des niveaux supérieurs au hockey.