Reggie Laplante en 2002
Reggie Laplante en 2002

Reggie Laplante: un homme discret sur son passé

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Reggie Laplante a tant de choses à raconter sur sa carrière de baseballeur. Mais il demeure un homme discret lorsqu’il est question de son passé. Le choix de sixième ronde des Yankees de New York au repêchage de 1999 explique que lorsqu’il rencontre une personne qui ne le connaît pas, jamais il abordera sa carrière glorieuse sur les losanges.

«Ce n’est pas que je veux cacher quoi que ce soit ou que j’ai des frustrations par rapport à ma carrière», explique le lanceur droitier. «C’est juste que pour moi, ce n’est pas important d’en parler. Si quelqu’un le sait et qu’il le souligne, ça va me faire plaisir d’en jaser. Mais si on me demande qu’est ce que je fais dans la vie, je réponds que je suis représentant et que je vends de la publicité. Ça s’arrête là. Jamais au grand jamais je ne parlerai de mon passé.»

Cette humilité ne date pas d’hier. Le confrère Carl Tardif racontait dans une entrevue publiée dans Le Soleil en 2001 que jamais le natif de Baie-Comeau ne portait de vêtements aux couleurs des Yankees, même une casquette, en dehors du terrain si ce n’était pour une photo avec Le Soleil. «Ça donne quoi de “péter de la broue” avec ça?» avait-il alors lancé.

«Dans mon livre à moi, dans mes valeurs, c’est illégal», ajoute-t-il une vingtaine d’années plus tard. «Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse mais moi, je n’ai jamais affiché quoi que ce soit ou parlé de quoi que ce soit. Je n’ai pas été élevé comme ça.»

Laplante ne le cache pas, il a quand même dû vivre pendant quelques années avec la notoriété que lui avait apportée sa sélection par les Yankees et la signature de son contrat avec la formation new-yorkaise. Pour bien des amateurs de baseball, il était devenu une vedette. Il raconte qu’il était toujours surpris quand une personne qu’il ne connaissait pas l’abordait et agissait avec lui comme s’il était un ami de longue date.

«Il arrivait même que des gens me prennent par le cou. Parce qu’ils m’avaient vu jouer au baseball ou qu’ils avaient entendu parler de moi dans les journaux, ils me connaissaient. Ça me faisait sourire. On s’entend, j’étais loin d’être une vedette. Mais ça me faisait toujours plaisir de prendre le temps de jaser avec les gens. Être une personne un peu plus publique, ça peut être sympathique. Je n’ai jamais eu de mauvaises expériences avec ça, bien au contraire.»

Repêché par les Dodgers

C’est en 1997, alors qu’il n’avait que 17 ans que Laplante vit sa carrière prendre une nouvelle tangente. Choix de 56e ronde des Dodgers de Los Angeles, il poursuivit l’automne suivant sa carrière dans un collège américain. Il est d’avis qu’il était peut-être trop jeune pour vivre une telle expérience, mais que celle-ci lui avait permis d’apprendre l’anglais et de se familiariser avec le baseball américain. C’est aussi à cette époque qu’il a commencé à penser que le baseball affilié pourrait lui être accessible et que peut-être, il y pourrait gagner sa vie.

Les Dodgers ne lui ayant pas offert de contrat, Laplante fut de nouveau repêché en 1999 quand les Yankees en firent leur choix de sixième ronde. Il signa un contrat de deux ans et il fut assigné à la Ligue des recrues. L’année suivante, il brilla de tous ses feux, fut choisi le lanceur de l’année de l’organisation des Yankees et il termina la saison dans le A moyen à Greensboro. Et c’est avec cette formation qu’il commença la saison 2001.

«Des fois, le sport est bien particulier. Les choses allaient super bien en l’an 2000 mais l’année d’après, j’ai eu à composer avec un peu de fatigue dans mon bras. Après un certain temps, je n’ai pas eu le choix que d’en parler à mon coach qui m’a proposé d’aller passer deux semaines dans l’extended season de la ligue des recrues. Et je ne suis jamais remonté. Je me suis retrouvé dans une équipe qui avait une quinzaine de lanceurs. Et l’entraîneur-chef était aussi recruteur. Trois des lanceurs qu’il avait recrutés étaient avec l’équipe.

«Toujours est-il que les trois gars recrutés par le coach avaient souvent la balle. Les autres... Quand tu avais une bonne sortie, deux jours plus tard tu avais la balle. Mais quand ça allait un peu moins bien, tu étais une semaine sans lancer. Un moment donné, tu perds un peu confiance. Et au niveau où j’étais, les gars ont à peu près tous le même potentiel. C’est entre les deux oreilles que ça se joue.»

Libéré par les Yankees, Laplante a ensuite tenté de relancer sa carrière avec les Capitales. Il dut alors composer avec un problème de dystonie ou le yips, comme on dit dans le monde du sport. Un athlète d’élite qui en souffre devient incompétent, du jour au lendemain, à exécuter le mouvement de précision qu’il a pourtant réussi des milliers de fois auparavant.

«C’est comme si la foudre m’avait frappé. Je n’étais plus capable de lancer une prise. J’en avais lancé toute ma vie les yeux fermés, sans même me poser de question. Et là, je n’étais même pas capable d’atteindre une cible de sept pieds de large. J’ai travaillé fort avec Michel Laplante pour remédier à la situation, mais finalement j’ai quitté les Capitales.»

C’est grâce à la rencontre fortuite d’un psychologue sportif que l’ex-Diamants put terminer sa carrière sur une note positive. Alors qu’il s’entraînait en gymnase avec Luc Bédard, il jasa avec l’homme qui le ramena mentalement dans un environnement où il lançait bien et où il avait du plaisir à être sur le monticule. Le droitier se mit à rire au point qu’il dut arrêter de lancer. Et quand finalement il effectua un autre tir au receveur Bédard, il réalisa un lancer parfait. «J’avais lancé dans le creux d’un 10 cents. Je me sentais tellement bien.»

Le droitier consulta une autre fois le spécialiste puis il décida de se joindre à la formation de Trois-Rivières de la nouvelle Ligue canadienne. Même si l’équipe ferma les livres à la mi-saison, son retour au jeu eut l’effet d’un baume pour lui.

«Je n’avais pas choisi d’arrêter de jouer au baseball. J’avais été obligé de le faire. Et pas parce que j’avais été retranché, pas parce que mon corps ne suivait plus, j’étais en pleine forme et je n’avais mal nulle part, mais parce que je n’étais plus capable de lancer une balle. Aller à Trois-Rivières m’a permis de finir ma carrière tranquillement. J’ai eu une saison correcte, mais le plus important c’est que j’ai redécouvert le plaisir de lancer et de vouloir être sur le monticule quand il y a du monde dans les estrades.»

C’est à la fin de cette campagne que Laplante décida d’accrocher ses crampons pour de bon. Il réalisa qu’il était temps d’assurer son avenir et il profita de la bourse d’études que lui avaient offerte les Yankees à la signature de son contrat pour s’inscrire à l’Université Laval en administration. Son plus grand défi a cependant été d’apprendre à se gérer, à lui-même décider de sa routine de vie, quelque chose qu’il n’avait pas eu besoin de faire quand il jouait au baseball puisque d’autres le faisaient pour lui.

Pendant environ six mois, l’ex-baseballeur chercha son identité. Il quitta finalement l’université pour aller travailler chez Cannon Canada. Par la suite, il fut engagé par l’entreprise Farm Business Communications où depuis 15 ans il est représentant en publicité.

Même s’il est discret sur son passé, Laplante n’en est pas moins très fier. Et il ne garde aucune amertume de la manière dont s’est terminée sa carrière dans l’organisation des Yankees.

«Même si je trouve que c’était insensé qu’un recruteur puisse être coach, je dis tout le temps que si j’avais brûlé la ligue, on m’aurait fait lancer et que je me serais retrouvé à un niveau supérieur l’année suivante. Il y a toujours de la place pour un gars qui brûle la ligue. Je pense qu’un moment donné, j’ai atteint mon maximum. C’est pour ça que je n’ai jamais broyé du noir, pété une coche ou quoi que ce soit. Si j’avais été le meilleur, j’aurais joué en haut. Et ce n’était pas le cas.

«Et c’est la même chose quand je retourne voir les Capitales. Je n’ai pas de pincement au cœur. Les Capitales ce ne sont que de beaux souvenirs, que du positif en soi.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Choix de sixième ronde des Yankees de New York au repêchage de 1999, Reggie Laplante, qui a joué son baseball junior avec les Diamants de Québec, a été choisi le meilleur lanceur de l'organisation des Yankees en 2000.

Q Performance marquante

R C’est arrivé lors de mon voyage avec l’équipe nationale avant le repêchage. J’ai joué contre les meilleurs joueurs au monde et c’est vraiment là que ça s’est passé. On avait une très bonne équipe. Et j’ai probablement eu l’une de mes meilleures performances à vie sur un terrain de balle en termes d’efficacité. C’est ce qui a fait que j’ai pu jouer au baseball affilié par la suite,

Q Fait marquant

R Avoir été repêché par les Yankees en sixième ronde. C’est une journée extraordinaire dans la vie d’un jeune homme, d’un jeune sportif... et dans celle de sa famille. Parce que ça se vit en famille. Ce fut donc une journée mémorable autant pour ma mère que pour mon père. Il y a même un de mes oncles qui était avec nous. C’était super cool. Contrairement aux autres sports professionnels, au baseball, ça se passe au téléphone. Et tu attends.... À l’époque, on ne pouvait pas suivre ça sur le Web. On était dans les années 90. On n’avait pas Internet chez nous. Alors tu sais à peu près où c’est rendu en première ronde puis quand la deuxième commence mais pas plus. Tu te dis que le téléphone va sonner un moment donné, mais tu ne sais pas quand. Et tu as très hâte qu’il sonne. Ce fut une journée super cool.

Q Ce dont tu t’ennuies le plus

R L’esprit de gang et mes chums de balle. De toujours être avec les boys quand tu t’en vas sur la route.

Q Qu’est-ce qui te manque le moins

R Le baseball, c’était à tous les jours ou à peu près. C’était des horaires très chargés. Je ne m’ennuie pas de ça et j’apprécie le fait d’avoir mes étés pour jouer au golf.

Q Entraîneurs marquants

R Il y en a plusieurs. Mais à la base, si j’ai réussi à jouer dans le baseball organisé c’est grâce à Patrick Lowe, à Baie-Comeau, et Éric Lajoie. Patrick avait un contact à Québec qui s’appelle Éric Lajoie. Et il a fait en sorte que je sois invité à prendre part à deux entraînements du midget AAA. Je suis arrivé là et personne ne me connaissait. Mais après ces deux entraînements, Éric Lajoie a dit : «ce kid-là, je le prends». N’importe quel autre coach aurait probablement pensé : «je ne peux pas me fier sur deux pratiques pour sélectionner un joueur que je ne connais pas». J’ai donc joué midget AAA et je suis entré dans le système. Et c’est ce qui a fait que quelques années plus tard, j’ai été remarqué par les recruteurs et que j’ai figuré dans leurs plans.

Q Idoles de jeunesse

R Quand j’étais jeune, je tripais sur Dennis Oil Can Boyd, alias la canisse. J’aimais bien ce personnage-là. Et dans les années où j’ai joué, c’est sûr que j’ai eu comme idole Pedro Martinez qui était un modèle d’excellence et d’efficacité à mes yeux. Pendant une couple d’années, il a été sur une autre planète.

Q Ton équipe préférée

Quand j’étais un petit gars, j’ai toujours aimé les Expos. C’était mon équipe. Aujourd’hui, peu importe le sport, je n’ai pas de formation favorite. J’aime regarder le hockey que ça soit le Canadien qui joue ou une autre équipe. Au football, c’est la même chose. 

Q Dans 10 ans

R Je dirais que je me vois en bonne santé avec une petite famille qui a bien grandi. Quand on tombe papa, les choses vont vite. Des enfants, ça change la dynamique quand on parle de se responsabiliser. Ça change la perspective d’une vie. Et dans mon cas, ce fut pour le mieux. J’ai des enfants de 10 et 12 ans. Vais-je être grand-père dans 10 ans? Je ne le sais pas. Mais je souhaite simplement que ma petite famille soit en bonne santé et heureuse.

Q Rêve

Un rêve? Souvent quand tu es plus jeune, tu te projettes dans le temps et tu te dis : « je vais être comme ça ou j’espère que je vais être comme ça». Mais depuis que j’ai arrêté de jouer au baseball, je vis comme plus le moment présent. J’essaie juste de faire mon petit bout de chemin en profitant de la vie. Je suis travailleur autonome. Je gère mon horaire. J’ai une belle vie je dirais. J’aimerais juste qu’elle continue de bien aller et que je puisse profiter d’une belle retraite entouré de ma famille.