Forcé de mettre fin à sa carrière avec les Capitales à cause de commotions cérébrales, Patrick D’Aoust n’a pas tourné le dos au baseball pour autant. Il est impliqué à temps plein dans plusieurs projets comme le centre Grand Chelem qu’il a ouvert à Montréal.

Patrick D’Aoust: en payer le prix

Patrick D’Aoust avait un style bien à lui en tant que receveur. Quand il avait à retirer un coureur venant du troisième but, il aimait bloquer le marbre au lieu de simplement appliquer la balle sur son adversaire. Et il en a payé le prix. Victime de commotions cérébrales, il a dû mettre un terme à sa carrière avec les Capitales alors qu’il n’avait que 27 ans. S’est ensuivie une longue convalescence.

«J’aurais dû me tasser, avoue le receveur des Capitales de 2008 à 2013. Mais j’avais joué au hockey et j’avais toujours aimé le contact. La position de receveur est pas mal physique, mais il me manquait cet aspect-là. J’aimais bloquer le marbre. Tu te fais frapper, tu perds ton casque, tu gardes la balle, le gars est retiré. C’est spectaculaire. Il y a de l’énergie. Le seul problème : c’est toujours moi qui recevais le coup. J’aurais évité bien des problèmes en me tassant et j’aurais prolongé ma carrière.»

D’Aoust se souvient de la première fois qu’il a bloqué le marbre à un rival. Le joueur est allé lui dire qu’il n’avait pas eu le choix d’entrer en collision avec lui. «Je l’ai remercié de l’avoir fait. Avec le recul, je me dis que je l’ai remercié pour avoir amorcé le processus menant à la fin de ma carrière...»

Victime de violentes collisions, D’Aoust a commencé à ressentir sur une base quotidienne les symptômes des commotions cérébrales qui en ont découlé. C’est quand ils ont été plus persistants qu’il a commencé à s’inquiéter.

«La saison 2013 a été très difficile. J’ai commencé à être étourdi sur le terrain et à moins bien voir la balle. Je me demandais ce qui se passait. Puis j’ai reçu une fausse balle sur mon casque. Du coup, tout s’est mis à empirer. J’avais constamment des nausées, des étourdissements, des problèmes de vision et la lumière augmentait mes symptômes. Je pensais que tout reviendrait normal. Mais au bout d’une semaine, rien n’avait changé. C’est là que j’ai dit à Pat [Patrick Scalabrini] que c’était terminé.»

D’Aoust a craint de ne jamais retrouver la santé. Pendant des semaines, il est resté couché dans le noir total en espérant qu’un seul des symptômes qu’il ressentait parte. Après plusieurs semaines, ses étourdissements ont disparu. Puis ce fut ses maux de tête.

«Ç’a été beaucoup plus long pour ma vision. Et je ne vois plus aussi bien qu’à l’époque. Mais ce n’est pas grave.»

La famille

D’Aoust avait eu ses premiers contacts avec les Capitales en 2007. Un peu démoralisé de ne pas avoir reçu d’offre d’une équipe du baseball majeur à sa sortie de Cowley College et se sentant trop «jeune» pour évoluer avec la formation québécoise, il avait décidé de prendre une année sabbatique du baseball. Mais quand les Caps lui ont de nouveau fait de l’œil en 2008, il a accepté de jouer à Québec.

«Je savais que la porte du baseball organisé était fermée. Je ne voyais pas les Capitales comme un tremplin vers autre chose. J’avais comme objectif d’abord d’aider l’équipe à gagner des championnats et ensuite d’avoir une belle carrière.

«Après mes deux premières journées au camp d’entraînement, j’ai vu c’était quoi les Capitales et j’ai compris pourquoi personne n’avait envie de quitter le club. C’est une famille où tous les gars sont prêts à se supporter, à être là les uns pour les autres. Les gars avec qui j’ai joué sont comme mes frères. Aujourd’hui encore, si j’ai besoin de quelque chose ou s’ils ont besoin de quelque chose, on va s’aider, c’est certain.»

Auxiliaire à Greg Stevens à sa première saison, D’Aoust est devenu le receveur régulier des Capitales en 2009. Il a occupé le poste jusqu’au moment de mettre fin à sa carrière. Et il a atteint l’objectif qu’il s’était fixé, soit d’aider l’équipe à gagner. 

«Je suis vraiment fier de ma carrière à Québec. J’ai été là six ans et l’équipe a remporté cinq championnats. C’est le fait saillant de ma vie jusqu’ici. Si j’étais capable, c’est certain que j’y retournerais. Mais je suis rendu à une autre étape de ma vie où j’essaie de me créer d’autres moments magiques.»

Même s’il a pris sa retraite de joueur, D’Aoust demeure impliqué dans le baseball à temps plein. Entraîneur au sein du programme sports-études à l’école Édouard-Montpetit, le même par lequel il était passé à l’école secondaire, il a entraîné l’équipe midget AAA de Montréal avant d’en devenir le directeur général. Il a aussi fondé avec deux amis, avec qui il chapeaute le programme sports-études de baseball du Cégep Ahuntsic, l’Usine de baseball, une école s’adressant aux jeunes de tous les âges et de tous les niveaux. S’est ensuite ajouté le Centre Grand Chelem où il est possible de frapper des balles à l’année.

«Le fait d’être dans le baseball à temps plein a sûrement facilité le deuil de ma carrière. J’ai toujours une balle dans les mains ou un bâton comme avant. La différence, c’est qu’au lieu de frapper contre un lanceur, je frappe des roulants et des ballons à mes jeunes et qu’au lieu de lancer des balles au deuxième but, je lance 300 balles lors des pratiques au bâton. Mais j’avoue que je rêve encore de jouer un match, un dernier, avec les Capitales.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Nos cinq championnats de saison avec les Capitales.

Q  Performance marquante

R  Avoir été parmi les quatre frappeurs consécutifs ayant réussi un circuit (2011). J’étais le quatrième après Rene Leveret, Bobby Wagner et Seth Henry. Alors que j’étais au bâton, il y avait presque eu une bagarre générale.

Q  Idoles de jeunesse

R  J’aimais bien Jason Varitek, Mike Piazza et Jorge Posada. 

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  De frapper une balle dans une partie et, en tant que receveur, d’aider mon lanceur à gagner un match.

Q  Le lanceur qui te donnait le plus de problèmes

R  Je dirais Jeff Duda parce qu’il ne m’envoyait jamais ce que je lui demandais. Et comme j’attrapais quand même ses tirs, il s’en foutait (rires). Mais moi, j’étais brûlé à la fin des matchs.

Q  Moment le plus intense

R  Les derniers lancers de T.J. Stanton, en relève, nous permettant de gagner le championnat. Il l’a fait trois fois alors que j’étais le receveur. Ce furent de grands moments d’émotion.

Q  Dans 20 ans

R  Je me vois avec une grande famille avec beaucoup de joueurs ou de joueuses de baseball.