Après avoir passé tous ses étés au Club de canoe-kayak de Lac-Beauport en tant qu’athlète, c’est maintenant comme entraîneure que Mylanie Barré y retourne assiduement tous les ans.

Mylanie Barré attachée à ses racines

Comme elle l’a fait pendant toute son adolescence, c’est au Club de canoe-kayak de Lac-Beauport que Mylanie Barré passe son été 2019. Sa carrière d’athlète de kayakiste terminée, elle a commencé à y travailler comme entraîneure en 2013. Et depuis, elle y est retournée chaque année.

«À chaque été, je me dis que je vais prendre une pause», indique Mylanie, qui est aussi enseignante. Mais quand Luc [Grenier] me demande de revenir comme coach, j’accepte toujours. Encore cette année, ç’a été le cas. J’ai eu un contrat difficile. Je travaillais dans quatre-cinq écoles en plus de faire de la suppléance. Quand je suis arrivée à la fin de l’année scolaire, j’étais brûlée. Et j’ai pensé prendre mon été pour me reposer. Mais finalement, j’ai décidé de coacher quand même. Et après une semaine, j’étais paisible et bien. Si je reviens au club chaque été, c’est parce que j’aime encore le kayak et que j’adore coacher.»

Entraîneure des jeunes de la catégorie bantam à ses débuts, Mylanie travaille cette année avec les meilleurs athlètes du club aux côtés de Grenier. Elle les aide avec leur technique mais aussi pour la motivation, la gestion du stress et de la concentration lors des compétitions.

«J’aime travailler avec les plus vieux. Ils commencent à vouloir performer et ils ont le désir de s’améliorer. Je sens que je peux avoir un impact sur leur développement. Mais c’était aussi le fun de m’occuper des plus jeunes. D’ailleurs, en enseignement, mes groupes préférés sont la maternelle et la première année. Peu importe ce que tu demandes aux enfants, ils vont toujours embarquer.»

L’ex-kayakiste a déjà envisagé de faire carrière dans le coaching. Mais comme elle aurait dû passer du temps loin de ses enfants, elle a changé ses ambitions. C’est à ce moment qu’elle a choisi l’enseignement. Elle a obtenu son bac en éducation physique en 2017. Mais même si l’enseignement facilite sa vie familiale, Mylanie est d’avis que le coaching est moins difficile à certains égards. «Les jeunes font du kayak par choix alors que ce ne sont pas tous les enfants qui choisissent de faire de l’éducation physique à l’école. Les premiers sont donc plus faciles à motiver que les seconds.»

Centrée sur elle-même et sur ses besoins quand elle était athlète, Mylanie a dû apprendre à s’ouvrir aux autres quand elle a pris sa retraite et que la maternité, le coaching et l’enseignement ont fait partie de sa vie.

«Quand tu as des enfants qui dépendent de toi, tu n’as pas le choix de t’oublier. Je me suis aussi rendu compte en coachant et en enseignement que ce n’était pas tout le monde qui avait la même envie que moi de réussir et d’atteindre des buts à l’image que ceux que je m’étais fixés. Je ne pouvais pas vouloir plus qu’eux autres, que même si j’étais très perfectionniste, ce n’était pas tout le monde qui l’était. J’ai dû m’adapter.»

Deux générations

Mylanie a adoré sa carrière et elle est très fière de ce qu’elle a accompli, elle qui a notamment pris part aux Jeux d’Athènes et de Pékin. Quand on lui demande ce qui lui en reste, elle répond à la blague : «Deux enfants», son conjoint étant Ryan Cochrane, un membre de l’équipe nationale. Ça parle donc beaucoup kayak dans la famille Barré où sa mère, Alexandra Sandor, et son père Denis y ont excellé en plus d’aller aux Jeux olympiques. Il y a donc deux générations de couple de kayakistes olympiques chez les Barré.

 «C’est spécial. C’est évident que c’est difficile de décrocher du kayak. Car non seulement Ryan compétitionne toujours, mais mon père est resté impliqué. Il m’aide dans le coaching. Peut-être que le jour où mon chum aura pris sa retraite, on en parlera moins. Mes enfants ne m’ayant jamais vu compétitionner, ils ne réalisent pas que j’ai été athlète. Pour eux, l’athlète, c’est papa; et maman, c’est l’enseignante. C’est correct. Ça ne me dérange pas.

«De toute façon, la reconnaissance, je l’ai quand je suis entraîneure. Même si ça fait sept ans que j’ai pris ma retraite, les jeunes ne connaissent peut-être pas tous mon bagage mais ils savent que je suis allée aux JO. Personnellement, j’ai l’impression que ça fait beaucoup moins que ça que j’ai arrêté. Mais mon corps le sait, lui. Il est magané. J’ai mal à une hanche.»

L’Olympienne ne cache pas que le fait de ne pas être au sommet de sa forme lui manque. Mais comme elle a deux enfants et que son conjoint est souvent parti, le temps et les occasions lui manquent pour pouvoir s’entraîner régulièrement. Ses blessures l’obligent aussi à choisir ses activités. Et elle doit composer avec son orgueil. Car elle a toujours tendance à comparer ses performances avec celles qu’elle réalisait. Et de savoir qu’elle ne pourra jamais faire mieux qu’elle a déjà fait est pour elle une source de frustration.

«C’est pour ça que je suis à la recherche d’un sport que je n’ai jamais fait où je pourrai voir que je m’améliore. Ça pourrait être un sport d’équipe. Car même si j’ai joué un peu au basket quand j’étais jeune, je n’y ai pas vraiment été formée. Le fait d’être entourée, ça peut être très motivant.» 

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

R  Ma course aux Olympiques avec Caroline (Brunet). Mon père l’avait coachée et j’avais grandi en l’admirant. Alors c’est sûr que de courir avec elle, ç’a été un fait marquant

Q  Des regrets

R  J’ai eu beaucoup de difficulté avec mon poids. J’étais très maigre et je ne voulais pas prendre trop de poids. Dans ce temps là, ce n’était pas cool d’être trop musclée. Dans le monde du kayak, oui, mais en dehors non. Je pense que si j’avais pu travailler davantage tout mon côté musculaire, ça aurait été à mon avantage.

Q  Modèles ou idoles

R  Mes parents, c’est sûr et certain. Leur opinion était très importante, ils s’impliquaient, mais sans jamais trop pousser. Et Caroline (Brunet).

Q  Coach marquant

R  Fred (Frédéric Jobin). Il a été là pendant presque toute ma carrière. Même quand j’étais dans l’équipe nationale, c’est à lui que je parlais quand j’avais des problèmes. Et tout se réglait. Il m’a aussi appris à être indépendante et à être capable de me gérer toute seule. Il m’a beaucoup aidée.

Q  Ce qui te manque le plus

R  Les compétitions. Je regarde encore les championnats du monde. Et il m’arrive parfois de me dire : «Ah! j’aimerais ça faire cette course-là, être encore à mon top et en forme comme quand j’étais athlète.»