Mélissa Lesage a connu une carrière florissante, qu'elle a terminée avec l'Amiral. Aujourd'hui, elle travaille comme préparatrice physique à Trois-Rivières.

Mélissa Lesage hantée par ses anciennes amours

Quand elle a remisé ses crampons, Mélissa Lesage croyait bien qu'elle mettait définitivement un terme à sa carrière en soccer. Une décision avec laquelle elle était totalement en paix parce que comblée professionnellement et par son rôle de maman. Elle ne se doutait pas que ses anciennes amours viendraient la hanter.
«Je recommence à avoir le goût de jouer au soccer», avoue l'athlète que les amateurs de soccer de Québec ont vu évoluer avec l'Amiral. «Je vais accoucher en septembre. Ça serait un beau défi de prendre l'hiver afin de me remettre vraiment en forme et après, de jouer de nouveau. On a un club AAA à Trois-Rivières. Je pourrais peut-être aussi évoluer avec ma bonne amie Marie-Ève Nault. On pourrait se faire une équipe avec d'anciennes amies pour prendre part au Championnat canadien des 35 ans et plus. On sait que l'on est moins bonnes qu'avant, mais nous sommes toutes compétitives.»
Ce sont les événements qui ont incité Mélissa à réorienter sa vie après avoir disputé quelques rencontres à l'été 2011. Déménagée à Trois-Rivières et ayant comme objectif de fonder une famille, elle a aussi choisi d'aider son conjoint à s'occuper de sa mère malade. Pour elle, tourner la page sur le soccer n'avait rien de déchirant.
«J'étais rendue là. J'avais réalisé pas mal tous les objectifs que je m'étais fixés et j'avais vécu à peu près tout ce que je désirais vivre. C'était aussi rendu physiquement plus difficile sur le terrain. Je n'étais pas aussi performante. Au niveau de l'orgueil, ne pas commencer des matchs ou sentir que les jeunes te rattrapent, c'est un peu difficile. Et je désirais terminer ma carrière sur une bonne note.»
Moment marquant
Jetant un regard sur sa carrière, la Trifluvienne est d'avis que la bourse d'études qu'elle a obtenue pour faire partie du programme de soccer de l'Université de Toledo en est le moment marquant. «Ç'a été le début de mon rêve de petite fille.» Ses études universitaires terminées, elle a joué au niveau professionnel au Brésil pour le club de Santos et en Suède avant de revenir en Amérique du Nord dans la W-League.
«Au Brésil, il y avait beaucoup de préjugés envers les femmes qui jouaient au soccer. Et on n'était pas considérées comme les hommes. À l'époque, Neymar avait signé à 13 ans un contrat dans les millions pour Santos. Et les gars de son âge qui étaient sur l'équipe couchaient dans les beaux dortoirs du stade Vila Belmiro. Nous qui étions pros, on vivait les 22 filles dans une petite maison où on dormait six par chambre sur des matelas placés par terre. Et on mangeait toujours la même chose.»
Les dernières années de sa carrière, alors qu'elle a eu la chance d'évoluer à Québec, ont été les plus satisfaisantes, selon elle. Elle a adoré évoluer devant les siens de même que l'esprit de famille qui régnait au sein de l'Amiral. Le fait de bien performer lui a apporté la reconnaissance de ses entraîneurs, mais surtout une belle dose de confiance. «C'était tellement facilitant de travailler dans sa langue et de pouvoir habiter chez nous ou chez mon chum.»
Dominante dans les équipes du Québec, la Trifluvienne n'a jamais eu la chance d'évoluer avec l'équipe nationale ni même d'être invitée à un camp d'entraînement. «L'équipe nationale, ce n'était pas un rêve ultime pour moi. Peut-être qu'à ce moment-là, j'avais moins confiance en mes qualités physiques et athlétiques. Ma déception, c'est de ne pas avoir été invitée à un camp. Mais j'ai vécu mon rêve différemment. Je n'aurais donc rien fait de différent.»
Questionnée à savoir pourquoi elle a arrêté de jouer au soccer après avoir pris sa retraite professionnelle, Mélissa dit qu'elle n'avait pas de plaisir à évoluer dans des ligues récréatives, où elle ne pouvait pas satisfaire son besoin de se dépasser et son désir de compétition. «Mentalement, je n'étais pas prête à jouer juste pour le fun. Et le seul moyen pour moi de retrouver le plaisir de la compétition était de pratiquer un sport où je pouvais progresser et me dépasser parce que je partirais de zéro.»
Détentrice d'une maîtrise en kinésiologie, une profession qu'elle a choisie afin de rester dans le monde du sport une fois sa carrière d'athlète terminée, Mélissa est aujourd'hui préparatrice physique des athlètes des huit équipes des Patriotes. Elle s'implique aussi en recherche et elle enseigne au département de kinésiologie de l'UQTR.
«Mon bagage de kinésiologue me permet de faire un peu les choses différemment avec les athlètes parce que je comprends bien la biomécanique, la santé et l'équilibre. C'est aussi un avantage pour moi d'avoir été une athlète. Mon message passe mieux parce que mon passé me donne un peu plus de crédibilité.»
La Trifluvienne envie un peu ses jeunes athlètes qui profitent d'installations et de professionnels pour maximiser leurs performances, tout en prévenant les blessures.
«Les jeunes sont chanceux, mais ils ne le réalisent pas. Ils sont de meilleurs athlètes aux niveaux tactique et technique que nous l'étions à leur âge. Mais on dirait qu'ils ont moins de passion. C'est dommage.»
Questions/réponses
Q Personnalités marquantes?
R Ma mère et mon frère. Ils ont toujours été là pour moi, ils ont cru en moi et ils m'ont laissé vivre des opportunités. Ma mère nous a élevés seule avec presque rien. Elle a travaillé très fort et elle nous a tout donné. Et parce que je n'ai pas connu mon père, mon frère Nicolas est mon modèle masculin, le meilleur que j'aurais pu avoir.
Q Idoles de jeunesse
R Pelé. Si je regarde plus proche de moi, Luce Mongrain qui a eu une carrière extraordinaire. Elle était pour moi un modèle réaliste. J'admire aussi Marie-Ève Nault et mon chum qui a eu une belle carrière et qui est super humble et accessible.
Q Performance marquante?
R Le match de la finale pour la Paulista, un championnat prestigieux au Brésil. [L'étoile brésilienne] Pelé nous a appelées pour nous souhaiter bonne chance et il nous a dit qu'il regarderait notre match à la télé. J'ai marqué deux buts. Après la rencontre, il a rappelé mon coach pour lui dire que la petite Canadienne avait eu un bon match. C'est le plus beau souvenir de ma carrière.