Mathieu Biron n’a pas mis beaucoup de temps à faire son deuil de sa carrière de hockeyeur. Il a étudié pour devenir pompier, un métier qui le passionne tout autant que le hockey, et qu’il pratique depuis une dizaine d’années à Lévis.
Mathieu Biron n’a pas mis beaucoup de temps à faire son deuil de sa carrière de hockeyeur. Il a étudié pour devenir pompier, un métier qui le passionne tout autant que le hockey, et qu’il pratique depuis une dizaine d’années à Lévis.

Mathieu Biron: d’une passion à une autre

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Le jour où il a décidé d’accrocher ses patins, Mathieu Biron n’a pas cherché longtemps pour trouver un travail qui le comblerait à tous les niveaux. Attiré par le domaine de la sécurité publique, il a décidé de retourner aux études afin de devenir pompier, un métier qui le passionne et qu’il pratique maintenant depuis une dizaine d’année du côté de Lévis.

«Finir sa journée quand tu sais que tu as concrètement aidé quelqu’un, pour moi c’est une maudite belle façon de dormir la nuit», avoue Biron qui rêvait de devenir policier ou pompier dans sa jeunesse. «Savoir que concrètement j’aide le monde dans ma société, ça rend mes journées un peu plus agréables. Pour moi, c’est une belle manière de m’accomplir.

«Je suis peut-être l’une des personnes les plus chanceuses du monde. Il n’y a pas beaucoup de gens qui gagnent leur vie en pratiquant une passion. Moi je l’ai fait deux fois. En jouant au hockey d’abord puis en étant pompier.».

Biron avait 30 ans et il venait de disputer une deuxième saison en Allemagne quand il a décidé de tourner la page sur sa carrière de hockeyeur. Il explique que la trentaine lui avait fait réaliser qu’il était à la croisée des chemins. Voulait-il voir sa carrière mourir à petit feu en Europe et se retrouver au seuil de la quarantaine, trop vieux pour faire un métier qui le passionnerait où préférait-il couper les ponts avec le hockey, qu’il aimait cependant toujours, afin d’entreprendre une nouvelle carrière qui le comblerait pendant les 25 années suivantes? Il opta pour la seconde option.

«J’ai une grande qualité. Tout m’intéresse dans la vie. Je suis capable de renoncer à une passion pour une autre assez rapidement et sans problème. Mentalement, je n’ai pas eu de problème à vivre sans le hockey. D’abord parce que j’étais en paix avec ma décision mais aussi parce que je m’en allais vers quelque chose d’autre qui me passionnait.»

Étudiant en techniques policières alors qu’il évoluait dans la LHJMQ avec les Cataractes de Shawinigan, Biron aurait pu compléter les études qu’il avait entreprises une douzaine d’années auparavant. Il a cependant été attiré davantage par le métier de pompier dont le rôle auprès de la population est moins ingrat que celui de policier. 

«Ce que j’aime de mon travail. C’est que l’environnement change tout le temps. On est là pour aider les gens et ceux-ci nous font confiance en nous laissant entrer chez eux, dans leur intimité. Je suis honoré de cette confiance.»

Parlant des risques associés à son métier, Biron dit qu’ils ne sont pas plus grands que ceux qu’il courrait en jouant au hockey. Il explique que les techniques de combat des incendies ont beaucoup évolué et qu’elles sont plus sécuritaires.

«On ne peut pas contrôler tous les risques. Mais on peut quand même être à l’affût de ce qui se passe autour de nous.

«Je fais souvent le parallèle entre le hockey et les pompiers. Dans les deux cas, il est question de travail d’équipe. La communication est primordiale. Il faut pouvoir prendre des décisions rapides et être en constante analyse. Des parallèles comme ça, je pourrais en trouver 50, 60 et même 70.»

Dans la LNH à 19 ans

Choix de première ronde des Kings de Los Angeles, le 21e au total, au repêchage de 1998, Biron a fait ses débuts dans la Ligue nationale à l’âge de 19 ans chez les Islanders de New York à qui il avait été échangé.

«Je n’étais pas supposé demeurer avec les Islanders. Mais j’ai connu un bon camp d’entraînement, j’ai brouillé les cartes, j’ai fait ma place et je suis resté à New York. Ce n’est pas un cadeau que l’on m’avait fait.

«Je pense que grâce à mon frère Martin, je n’ai jamais été déstabilisé par mon ascension. Le fait qu’il soit passé par les mêmes étapes avant moi m’a énormément aidé. Il y a bien des choses que j’ai vécues à travers mon frère trois ans avant qu’elles ne m’arrivent. Par exemple, lui aussi avait été un première choix au repêchage. Je savais donc un peu ce qui m’attendait quand je l’ai été à mon tour. Même chose quand je suis allé jouer avec Équipe Canada junior ou que j’ai pris part à mon premier camp pro. Je n’ai pas eu de surprises. 

«Comme mon frère était gardien et moi défenseur, les comparaisons entre lui et moi n’ont jamais été possible. On évoluait en parallèle. Et on ne se challengeait pas. On ne l’a jamais fait. Quand on se voyait, la dernière affaire dont on parlait c’était de hockey. Mon frère, c’est celui avec qui j’ai pratiqué tous les sports. On se lançait la balle ensemble. C’était mon partenaire de tennis. On a joué au football et au basketball ensemble. Et comme mes parents avaient normalisé nos parcours de hockeyeurs, tant lui que moi nous ne nous sommes jamais pété les bretelles avec ça.»

Malgré son talent, Biron ne pu jamais se faire une niche dans une équipe. Des Islanders, il passa au Lightning de Tampa Bay puis aux Panthers de la Floride. Il évolua ensuite une saison avec les Capitals de Washington avant de terminer sa carrière dans la Ligue nationale dans l’organisation du Canadien.

«J’ai commencé à jouer dans la LNH à 19 ans et tout le monde s’attendait, et je suis bien à l’aise avec ça, à ce que j’aille une carrière de 15-16 ans. Les gens me voyaient accomplir beaucoup plus de choses que ce que j’ai fait en réalité. Alors oui, je n’ai peut-être pas rempli les attentes.

«Il y a 100 raisons pourquoi ça n’a pas duré 20 ans. Il y en a 50 que c’est de ma faute et il y en a 50 qui sont hors de mon contrôle. Oui le fait de jouer pour des équipes en reconstruction ne m’a peut-être pas aidé. Mais si j’avais performé, peut-être que ces formations seraient devenues meilleures et qu’elles ne n’auraient pas sacrifié dans une transaction. Mais je n’aucun regret parce que j’ai fait du mieux que je pouvais. Peut-être que si certaine choses étaient à refaire, je les ferais différemment. Mais au lieu de passer sept ans dans la LNH, peut-être que cela m’aurait emmené à n’en jouer que quatre.»

Même si c’est maintenant comme pompier, comme mari, comme parent et comme ami que Biron travaille à s’accomplir. Il garde cependant une petite place dans son cœur dans sa vie pour le hockey. En étant entraîneur-adjoint des équipes dans lesquelles ses enfants évoluent — il aime beaucoup l’aspect intellectuel et mathématique du hockey qu’il voit comme un jeu d’échec au niveau du positionnement, de la stratégie et de la vision du jeu. Mais aussi en chaussant occasionnellement les patins lors de tournois organisés chez les pompiers.

«À chaque fois que j’arrive sur la glace ou que je suis sur le banc, je me dis : «Maudit que c’est le fun jouer au hockey». C’est vraiment un beau sport». Mais si je suis trois mois sans mettre les patins, je n’ai pas la démangeaison de retourner sur la patinoire. Je ne me dis pas : «Il faut que je retourne jouer au hockey».

«Je ne suis cependant pas surpris de la manière dont le hockey ne me manque pas. Je n’ai jamais été un nostalgique. Chez nous, je n’ai pas d’anciens gilets qui sont accrochés sur les murs du sous-sol. Je suis quelqu’un qui regarde en avant. Je suis quelqu’un de projets.»

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Mathieu Biron en 1998

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q    Faits marquants

R    C’est d’avoir compté contre mon frère, en 2003 C’est une belle touche personnelle et familiale. Ça ne s’est jamais refait depuis. Je suis le dernier à avoir marqué contre son frère dans la Ligue nationale de hockey. Avant moi, il y avait eu Phil Esposito contre Tony, en 1981 je pense. Et à ce jour, P K Subban n’a pas encore compté contre Malcom. Aussi quand, à ma deuxième ou troisième rencontre dans la Ligue nationale, j’ai évolué sur la première paire de défenseurs et que j’ai joué contre Alexander Mogilny et Mark Messier qui étaient avec les Canucks de Vancouver. Et la première fois que j’ai affronté Raymond Bourque. En 1981, il était déjà parmi les meilleurs défenseurs de la LNH. Et moi qui était né en 1980, je ne parlais pas encore.  J’avais eu le temps de grandir, de devenir un adulte, de me rendre dans la Ligue nationale et quand j’y étais arrivé, il était encore un des meilleurs. Ça m’a beaucoup impressionné.

Q    Personnalités marquantes

R    Tous les gens qui m’ont permis de devenir qui je suis. Mes parents d’abord. Si j’avais grandi dans un milieu où mes parents n’auraient pas voulu que je joue au hockey ou qu’ils n’auraient pas été prêts à me conduire et à payer pour les dépenses inhérentes à mon sport, je n’aurais pas joué dans la Ligue nationale. Mon frère Martin. Parce qu’il était plus vieux, il m’a offert une belle vitrine. Mentalement je savais ce que j’aurais à vivre à l’étape suivante et quand j’y arrivais, j’étais moins déstabilisé. Ma femme. Au cours de ma carrière, j’ai souvent été appelé à déménager à cause des échanges et elle m’a toujours supporté. Et elle l’a aussi fait quand je suis retourné étudier. Mes amis aussi. J’ai été chanceux d’être entré en relation avec de bonnes personnes dans ma vie. Si j’ai été capable de me rendre dans la Ligue nationale à 19 ans et de jouer au hockey pendant 11 ans et aujourd’hui faire ce que je fais, c’est parce que j’ai été influencé positivement par les personnes qui ont été mises sur mon chemin. 

Q    Entraîneurs marquants

R    Il y en a beaucoup. Il y a Claude Légaré dans le bantam AA. Il me connaissait parce qu’il avait déjà coaché mon frère. Je commençais et j’avais grandi très vite. Même si je n’avais pas le meilleur coup de patin, il a vu mes aptitudes, mes habiletés et ma lecture du jeu et il a su que je mettrais des efforts nécessaires pour améliorer mon coup de patin. Il a cru en moi et il m’a donné ma chance et m’a mis en confiance. Et mon talent a pris le dessus sur ma croissance Christian Larue. Il a commencé à m’entraîner quand j’avais 14 ans. J’avais grandi de six pouces dans une année scolaire et j’avais perdu ma coordination. Il m’a aidé à la retrouver. Denis Francoeur, mon coach junior majeur. Je pense que c’est un des entraîneurs les plus sous-estimés. C’est incroyable le nombre de joueurs qu’il a dirigés qui se sont rendus dans la Ligue nationale même s’ils n’avaient pas été repêchés ou qui ont eu des carrières en Europe. C’est peut-être parce qu’il leur a montré à jouer au hockey. André Tourigny qui été mon entraîneur des défenseurs. J’ai tellement appris avec lui. J’ai aussi été un an avec John Tortorella. Personnellement, je l’ai adoré. C’était un gars qui était très dur. Quand il était fâché contre toi, il ne se gênait pas pour te le dire après le match. Mais si un journaliste critiquait ton travail pour la même affaire, Tortorella lui sautait dans la face pour avoir dit quelque chose de mal contre toi. John Tortorella, c’était comme un père de famille. Tu savais qu’il allait toujours te dire ce qu’il avait à te dire mais qu’en même temps, il allait te protéger coûte que coûte.

Q    Ce qui te manque le plus

R    La victoire. Gagner dans la vie, maudit que c’est le fun. 

Q    Ce qui te manque le moins

R    Perdre. J’ai toujours été dans des équipes gagnantes dans le midget et le junior. Par la suite dans la LNH, je me suis retrouvé dans des formations où les attentes étaient moins grandes parce qu’elles étaient en reconstruction. Pour moi ça été difficile de me résigner à accepter la défaite. Mais comme n’importe quel compétiteur, je n’aimais pas perdre.

Q    Dans 10 ans

R    Je me vois impliqué avec ma famille à faire ce que j’aime. J’ai la chance de voyager seul avec ma femme ou avec ma famille et de voir mes amis. Si on me demandait comment ça va la vie? Je répondrais super bien. Petit train va loin. Je ne vois donc pas de gros changements. Ce que je veux avant tout c’est avoir du plaisir et être heureux.

Q    Rêves ou défis

R    Pour moi un rêve est synonyme de fantaisie. Ça prend de la magie pour que ça arrive. Quand quelque chose est à porté de main, c’est pour moi un défi. Ainsi, je n’ai jamais rêvé à la Ligue nationale. J’aime mieux parler des plans de vie. Côté professionnel, j’aimerais  m’accomplir comme pompier et pousser mes connaissances et ma carrière jusque où je peux la pousser. Au niveau familial, j’aimerais donner à mes enfants tout ce qu’ils auront besoin pour être, une fois devenus adultes, de bons citoyens, des personnes ayant de belles valeurs, respectueuses des gens et de la société.