Marie-Pier a eu une carrière bien remplie comme joueuse. Pendant neuf saisons, elle a joué professionnelle dans la W-League, notamment avec l’Xtreme de Montréal, les Comètes de Laval et l’Amiral de Québec. Parallèlement, elle s’est entraînée avec l’équipe nationale et elle a évolué pendant cinq saisons avec le Rouge et Or de l’Université Laval. Aujourd'hui elle enseigne l'anglais à l'école secondaire François-Bourrin.
Marie-Pier a eu une carrière bien remplie comme joueuse. Pendant neuf saisons, elle a joué professionnelle dans la W-League, notamment avec l’Xtreme de Montréal, les Comètes de Laval et l’Amiral de Québec. Parallèlement, elle s’est entraînée avec l’équipe nationale et elle a évolué pendant cinq saisons avec le Rouge et Or de l’Université Laval. Aujourd'hui elle enseigne l'anglais à l'école secondaire François-Bourrin.

Marie-Pier Bilodeau: la grande gardienne de but de 5’4

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Marie-Pier Bilodeau a confondu les sceptiques. Plusieurs étaient d’avis qu’à cause de sa taille, elle ne pourrait jamais faire du soccer de haut niveau en tant que gardienne de but. Tout au long de sa carrière, la Québécoise n’a pas seulement joué avec les meilleures. Elle a aussi fait partie des meilleures prouvant ainsi que ce n’est pas parce que l’on mesure 5’4 que l’on ne peut pas être une grande joueuse.

«Alors que je frappais à la porte de l’équipe du Québec, mon gabarit semblait être un handicap. Je me suis souvent fait dire que je devais oublier l’idée de jouer à comme gardienne de but un haut niveau parce que je n’avais pas le physique de l’emploi, que j’étais trop petite. Cela ne m’a pas empêchée de mériter sans trop de difficultés un poste sur l’équipe du Québec. Mais pour avoir une chance d’accéder au Centre national et à l’équipe canadienne, il a fallu que des entraîneurs de l’extérieur du Québec aient de bons mots pour moi. Beaucoup de personnes ont cru en moi et c’est grâce à elles que j’ai pu connaître la carrière que j’ai eue.

«J’ai eu tellement de belles expériences... J’ai même eu la chance de jouer sur l’équipe nationale de beach soccer et j’ai représenté mon pays à pas mal tous les niveaux possibles. Je suis allée deux fois aux Universiades et j’ai joué professionnelle pendant neuf saisons. Je ne pensais jamais avoir une telle carrière.»

Marie-Pier avait huit ans, presque neuf, quand elle s’est initiée au soccer, un sport qu’elle a pratiqué parallèlement à une carrière en judo. Évoluant comme attaquante à ses tout débuts, elle a ensuite fait le choix d’aller devant le filet.

«On perdait tout le temps par de gros pointages. J’étais tannée. J’ai décidé de prendre les choses en mains. À l’époque, j’avais quand même un bon gabarit. J’étais grande et costaude pour mon âge. J’ai essayé de jouer comme gardienne et ç’a bien fonctionné. J’ai terminé la saison dans les buts et je suis restée à cette position par la suite.»

Alors qu’elle connaissait beaucoup de succès sur le terrain, Marie-Pier en avait autant sur le tatami. Et après avoir gagné l’or aux Jeux du Québec elle a commencé à se signaler au niveau national ce qui lui a ouvert les portes de l’équipe nationale des - 19 ans. La pratique de deux sports de haut niveau lui demandant trop de temps, elle opta finalement pour concentrer ses énergies sur le soccer, et ce, même si certaines personnes lui avaient dit qu’elle avait le potentiel pour aller aux Jeux olympiques en judo.

«J’ai choisi le soccer à cause de son côté social, à cause de la gang. J’ai toujours aimé être avec le monde et échanger avec les gens. Et même si en judo tu fais partie d’un club, ça reste quand même un sport individuel. Je suis cependant d’avis que la pratique d’un sport de contacts m’a aidée dans ma carrière au soccer au niveau de mon agressivité et de la gestion des duels. Malgré ma grandeur, je n’ai jamais été craintive.»

Carrière bien remplie

Marie-Pier, qui a accroché ses crampons en 2012, aura eu une carrière bien remplie. Pendant neuf saisons, elle a joué professionnelle dans la W-League, notamment avec l’Xtreme de Montréal, les Comètes de Laval et l’Amiral de Québec. Parallèlement, elle s’est entraînée avec l’équipe nationale et elle a évolué pendant cinq saisons avec le Rouge et Or de l’Université Laval.

«J’avais été approchée par 12 équipes de première division dans la NCAA. Ce qui a fait pencher la balance pour Laval c’est qu’à l’époque, en plus de jouer dans la W-League, j’étais avec l’équipe nationale des moins de 19 ans. Je passais donc mes étés à voyager aux États-Unis et le reste de l’année je devais aller m’entraîner une couple de fois par mois à Vancouver. Je n’étais jamais chez nous. Pour moi c’était le temps de jouer devant ma famille, avec mes chums et d’avoir du plaisir dans un environnement où il n’y aurait pas de pression. J’étais un produit du sport-études, j’avais passé par toutes les structures régionales et je connaissais Helder depuis l’âge de 11-12 ans. C’est ce qui m’a incitée à jouer pour le Rouge et Or. Et comme je poursuivais ma carrière dans une université québécoise, j’ai pu compter sur une bourse d’études de la Fondation d’athlète d’excellence qui a couvert tous mes frais se scolarité. Je leur en suis très reconnaissant.»

Faisant le bilan de sa carrière, la Québécoise mentionne que ses succès avaient souvent été proportionnels aux sacrifices qu’elle avait faits. Par exemple, évoluer dans la W-League l’obligeait à faire trois allers-retours par semaine dans la région de Montréal afin de s’entraîner avec ses coéquipières. «Mais je recommencerais demain matin. C’est certain. En plus de me faire vivre des expériences exceptionnelles, le soccer m’a permis de développer des habitudes de vie, une éthique de travail, des valeurs et de nombreuses amitiés.»

«Plusieurs joueuses mettent fin à leur carrière à cause des blessures. Ce ne fut pas mon cas. J’ai été chanceuse à ce niveau-là. J’ai décidé d’arrêter de jouer parce que je ne voulais pas être celle à propos de qui on disait : « ça fait longtemps qu’elle est là, mais elle n’est plus au niveau». Avec l’Amiral, à ma dernière saison dans la W-League, j’avais eu de super bonnes performances. Et je voulais arrêter pendant que j’étais au top. C’était aussi important pour moi d’avoir une famille. J’avais presque 30 ans. J’étais rendue là dans ma vie personnelle.»

Sa carrière de joueuse terminée, Marie-Pier s’est tournée vers sa deuxième passion en soccer, le coaching. Ayant fait ses débuts comme entraîneure à l’âge de 16 ans, elle a accepté de seconder Helder Duarte avec le Rouge et Or. La Québécoise explique qu’avant de prendre le poste, elle avait mis les choses au clair avec son ex-coach. 

«Je lui avais dit que s’il voulait runner le show tout seul et qu’il avait simplement besoin de quelqu’un pour poser les cônes sur le terrain pendant les exercices, de trouver quelqu’un d’autre. Mais que s’il voulait une assistante pour remettre en question ses décisions, discuter avec lui pour le choix des joueuses qui seraient habillées ou pas pour un match et pour monter des entraînements et en diriger, je serais celle qu’il devait aller chercher. J’avais l’avantage de ne pas gagner ma vie avec le soccer. Je pouvais faire juste ce qui me plaisait. Et Helder et moi, ce fut un beau partenariat», mentionne l’ex-athlète qui ne cache pas son deuil de la compétition avait été difficile à faire. 

Prodige dans son sport, Marie-Pier le fut aussi au niveau professionnel. Elle n’avait que 21 ans lorsqu’elle amorça sa carrière d’enseignante en anglais à l’école secondaire François-Bourrin. Une carrière qu’elle a choisie notamment parce qu’elle y voyait beaucoup de similitudes avec le coaching. Dans les deux cas, il est question d’ aider les jeunes, de travailler avec eux et de leur transmettre sa passion. L’ex-joueuse indique d’ailleurs qu’elle n’a pas de difficultés à faire en sorte que ses élèves atteignent les objectifs qu’elle leur fixe en début d’année scolaire. Sa recette : vendre à ses jeunes qu’ils sont capables d’atteindre ces objectifs puis bien les outiller et les motiver afin de leur permettre d’y arriver. L’ex-membre de la W-League est aussi impliquée dans le programme sport-études en soccer de son école.  «On est vraiment une belle gang. Et de plus en plus de profs s’impliquent dans le programme de soccer.»

Marie-Pier est formelle, en ce moment, elle serait incapable de voir sa vie sans soccer. Elle a recommencé à jouer avec l’équipe 0-30 du Phénix des Rivières avec qui elle évolue comme attaquante de pointe. En pause après avoir coaché sept ans avec le Rouge et Or, elle a reçu plusieurs offres pour s’impliquer dans divers projets.

«C’est sûr qu’un moment donné je vais revenir dans le coaching ou que je vais m’impliquer à un autre niveau. Ça dépendra juste du projet, avec qui je serai et quel sera mon rôle», conclue Marie-Pier qui dit n’avoir rien perdu de son esprit compétitif et qui cherche toujours à se dépasser.

En 2007, lors des Championnats mondiaux universditaires disputés en Thailande, Marie-Pier Bilodeau a fait un arrêt miraculeux à la 89e minute qui a permis au Canada de battre la pologne 1 à 0 dans un match déterminant dans le classement de l'équipe canadienne.

Q    Faits marquants

R    Les championnats du monde universitaires. J’ai eu la chance d’en faire deux, soit en 2005 (Turquie) et en 2007 (Thaïlande). Jouer dans des stades remplis devant 50 000 personnes dans des pays où que tu ne pensais jamais aller, c’est pas mal impressionnant. Je pense que chaque fois que tu peux représenter ton pays, c’est tout le temps un fait marquant dans ta carrière.

Q    Performance dont tu es la plus fière

R    Il y en a beaucoup comme gardienne de but. C’est une position où tu peux tout changer. Je te dirais que la saison 2012 avec l’Amiral où tout le monde nous disait «vous avez une équipe tellement jeune et inexpérimentée». Il y avait plus d’une trentaine d’équipes en W-League à ce moment-là. Et nous avons fait partie des quatre dernières formations à jouer en séries. Ç’a été une saison marquante. Il y a aussi le Championnat du monde universitaire en 2007. On jouait contre la Pologne. J’ai fait un arrêt miraculeux à la 89e minute. Et on a gagné le match, qui était déterminant dans notre classement, au pointage de 1 à -0.  J’ai encore la photo de ça. Et elle a été longtemps été accrochée dans les bureaux de U-Sports.

Q    Ce dont tu t’ennuies le plus

R    La compétition.

Q    Quelque chose dont tu ne t’ennuies pas

R    Les entraînements de cardio. Il y a beaucoup de joueurs qui n’aiment pas les  entraînements sans ballon qui sont juste du physiques, Moi, c’est la partie qui me manque le moins. Ce genre d’entraînements était rare mais à chaque fois, ce n’était pas le fun.

Q    Idoles de jeunesse

R    On était dans une dans une époque où le soccer féminin n’avait pas autant de visibilité qu’aujourd’hui. On a toutes vu jouer Mia Hamm (États-Unis). Même pour moi qui était gardienne de but, ça été une belle idole. Il y a aussi eu au Canada Charmaine Hooper. Au niveau des gardiennes de but, je n’ai cependant pas été inspirée par de joueuses spécifiques parce que l’on n’avait pas accès aux matchs comme c’est le cas aujourd’hui. 

Q    Entraîneurs marquants

R    J’ai eu la chance d’avoir quelques bons entraîneurs et quelques bonnes entraîneures dont Sylvie Béliveau. Ç’a toujours été un modèle au niveau de la gestion des groupes, de son attitude, de sa philosophie et de ses valeurs et parce qu’elle a coaché aux plus hauts niveaux. Elle a un palmarès impressionnant. Elle a travaillé pour la FIFA, donné des conférences partout dans le monde, etc.. Je l’ai eue comme entraîneure avec l’équipe du Québec des moins de 18. Elle avait été une bonne inspiration. Je commençais dans le coaching à ce moment-là. Elle m’avait impressionnée et elle m’impressionne encore aujourd’hui même si on est devenues amiee. Et bien sûr Helder (Duarte) qui a toujours été un modèle. 

Q    Plus grande fierté

R    Les valeurs, la discipline et l’éthique de travail que j’ai acquises grâce au soccer. Et les relations que j’ai développées. Peu importe à quel niveau tu joues, je pense que c’est ce qui est le plus important. Quand tu arrêtes, les médailles finissent dans une boîte. Ce qui reste ce sont les amitiés.

Q    Dans 10 ans

R    Je pense que je serai encore à François-Bourrin. On a une belle école et une belle équipe dans laquelle tous les gens travaillent fort, dépassent les standards et ne se contentent pas de faire le minimum. C’est pour ça que je me reconnais dans cette école-là. Et je serai probablement encore impliquée dans le coaching. Je ne sais pas où, c’est difficile à dire. Le soccer féminin se développe tellement. En espérant que l’on aille un club professionnel au Québec. Dans 10 ans c’est possible. Alors peut-être à la barre de ce club-là. Pourquoi pas? Ça pourrait être intéressant.