Même s’il a passé la majorité de sa carrière de hockeyeur professionnel en Amérique du Nord dans la Ligue américaine, Marcel Cousineau peut se vanter d’avoir gardé les buts pour les Maple Leafs, les Islanders et les Kings.

Marcel Cousineau: réaliser sa chance

Même s’il a passé neuf saisons à jouer au hockey professionnel en sol nord-américain, Marcel Cousineau n’a jamais réussi à percer l’alignement d’une équipe de la LNH où sa carrière s’est limitée à 26 matchs. Sa déception d’être passé si près de son rêve l’a parfois poussé à ne pas toujours réaliser ce qu’il avait accompli et à minimiser ses exploits. Une mauvaise habitude qu’il a aujourd’hui perdue.

«C’est certain que j’aurais voulu faire mieux», avoue le gardien de but originaire de la Montérégie. «Des fois, je regarde en arrière et je me dis que ma carrière aurait pu être différente si j’avais fait ci ou si j’avais fait ça. Il arrive que tu sois à une décision, à un bon match de tout changer. D’autres fois, c’est une question de chance, d’entraîneur ou d’avoir le break qu’il faut.

«D’un autre côté, je me sens privilégié d’avoir vécu ce que j’ai vécu. J’ai eu la chance de jouer dans de belles villes, j’ai eu beaucoup de plaisir et j’ai eu de bonnes saisons. J’ai disputé plus de 350 rencontres dans la Ligue américaine et j’ai été nommé trois fois sur l’équipe d’étoiles. Je pense que j’ai réalisé quelque chose de pas pire.»

Cousineau s’ennuie parfois des moments mémorables qu’il a vécus, comme son séjour à Terre-Neuve, entendre 9000 partisans russes crier «Cousineau! Cousineau!» avec leur accent ou être accueilli dans le petit aéroport de Cherepovets par des fans en délire. Mais toujours, le stress de savoir s’il sera rétrogradé ou s’il aura un autre contrat lui rappellent qu’il ne l’a pas toujours eu facile.

«Je me suis tellement battu à chaque année pour avoir un poste, pour avoir un contrat. Et j’ai dû le faire pendant toute ma carrière. Un moment donné, les années passent et tu réalises que c’est fini. Tu te demandes si tu as vraiment profité de ta carrière. Et la réponse est non. 

«Malgré, je l’apprécie tout autant quand je regarde des articles de journaux qui parlent de moi ou la photo sur laquelle je réalise un arrêt aux dépens de Mario Lemieux. Il n’y a pas grand monde qui a ça dans son salon [rire]. Et quand je vois les étoiles dans les yeux de gens qui viennent me parler de hockey, je réalise à quel point ce que j’ai accompli est impressionnant pour les amateurs de hockey qui ont tous rêvé à la LNH et comment ils auraient aimé être à ma place.»

Avec les Harfangs

Ayant participé à la conquête de la Coupe Air Canada en 1990 avec les Riverains du Richelieu, Cousineau avait été repêché par les Harfangs de Beauport qui commençaient leurs activités dans la LHJMQ.

«J’ai vu ma venue avec une équipe de l’expansion comme une opportunité de montrer ce que j’étais capable de faire. À mon arrivée à Beauport, j’ai eu la chance d’avoir Yannick De Grâce comme coéquipier. Quand il a été échangé aux Fêtes, on m’a donné le champ libre. J’ai pu jouer beaucoup. Gagne ou perd, je retournais toujours devant le filet. Il fallait toujours que je sois prêt. Ça m’a permis de développer ma force de caractère.»

Choisi par Boston en troisième ronde du repêchage de 1991, 62au total, le gardien n’a jamais joué pour les Bruins. Ils lui avaient offert un contrat à trois volets, qu’il a refusé. «Je ne voulais pas risquer de me ramasser dans la East Coast. À partir de là, le chemin est long pour se rendre dans la LNH. En tant que joueur autonome, j’ai obtenu une invitation pour le camp des Maple Leafs. Ils m’ont offert un contrat et j’ai joué dans la LAH à Terre-Neuve.»

Cousineau a passé cinq saisons dans l’organisation torontoise avant d’évoluer avec les Islanders et les Kings. Sa carrière l’a ensuite mené à Cherepovets, en Russie. Il a terminé la campagne avec la meilleure moyenne de buts accordés et il a aidé les siens à atteindre la finale de la KHL face au Lokomotiv.

«Je ne retiens que du positif de cette expérience. Le seul point négatif, c’est que je m’ennuyais de ma conjointe de l’époque et de mon petit garçon demeurés au Québec. C’est l’obligation de les laisser à nouveau qui m’a incité, à quelques jours de mon départ pour la Russie, à arrêter de jouer. Et c’est là que la Ligue nord-américaine m’a approché.»

Après deux saisons dans la LNAH, Cousineau a accroché ses jambières afin de se lancer en affaires avec son frère et sa belle-sœur, propriétaires de restaurants de la chaîne Cora. Il a ensuite géré des centres de conditionnement physique puis il a été engagé chez Canac en tant que directeur adjoint. Il y a environ trois semaines, il a été nommé directeur du magasin de Cowansville. Jamais, il n’a vécu la moindre déprime après avoir renoncé au hockey.

«J’ai toujours aimé le hockey mais j’ai toujours joué au hockey pour gagner ma vie. À la fin de ma carrière, jouer au hockey me demandait de plus en plus de sacrifices. Ce n’était plus aussi agréable. C’est pour ça que j’ai pris ma retraite. Et j’étais prêt.»

Aujourd’hui, Cousineau a complètement tourné la page sur le hockey. Il a vendu tout son équipement de gardien. Résidant à Bromont, il a comme passion le ski alpin et le vélo de route. «Je me concentre sur des sports que j’ai moins eu la chance de faire à cause du hockey.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

R  Mon premier match dans la Ligue nationale qui m’a permis de décocher ma première victoire contre les Canucks. Et aussi mon premier blanchissage dans un contexte un peu spécial. C’était le premier match d’Éric Fichaud au Maple Leafs Garden depuis qu’il avait été échangé aux Islanders. Il devait affronter Félix Potvin, mais à la dernière minute, j’avais dû le remplacer. Ça s’était terminé 2 à 0.

Q  Performance marquante

R  Avoir gagné la Coupe Air Canada à Sorel, chez nous, devant un aréna bondé. Cette saison-là, j’avais gagné le trophée Ken Dryden remis au meilleur gardien de but et la Coupe Air Canada où j’avais été nommé le meilleur gardien de but du tournoi.

Q  Plus grand regret

R  Ne pas avoir assisté au repêchage. À l’époque, il y avait juste les trois première rondes qui étaient présentées selon le modèle d’aujourd’hui. Et comme j’avais été classé fin de troisième ronde, début de quatrième, j’étais demeuré chez moi pour ne pas être déçu. J’ai été repêché par Boston. Ça aurait tellement été le fun de revêtir le chandail des Bruins devant tout le monde.

Q  Ce qui te manque le plus

R  La camaraderie, les voyages, être en équipe et les camps d’entraînement. Être fébrile à l’approche de la nouvelle saison, revoir les boys et toute l’ambiance qui régnait alors, c’est ce qui me manque.