Jean-Philippe Le Guellec a marqué le monde du biathlon en devenant le premier athlète canadien à remporter une Coupe du monde. Retraité depuis 2014, il poursuit des études en intervention sportive. Il obtiendra son bac dans quelques semaines.

Le Guellec: pas de regrets... mais des papillons

Même si seulement quatre ans s’étaient écoulés depuis sa dernière participation aux Jeux, Jean-Philippe Le Guellec disait demeurer de glace à l’approche des Jeux olympiques de PyeongChang. «Je vis très bien avec le fait de ne pas aller aux JO», avait-il lancé une quinzaine de jours avant le début des Olympiques d’hiver. «Ma décision de me retirer était ferme.»

À quelques heures du grand rendez-vous hivernal du sport, Le Guellec a cependant nuancé ses propos. «Avec tous les gens que je connais qui commencent à mettre des photos de PyeongChang sur les réseaux sociaux, je commence à avoir des papillons. Je ne pensais pas que ça me ferait cet effet-là. C’est difficile de rester insensible. 

«Mais je suis en paix avec ma décision et je n’ai pas de regrets. Je suis en harmonie avec où je suis rendu. J’ai une petite fille qui a deux ans, on attend un petit gars au début du mois de mars et je suis en train de finir mon bac à l’université. Je suis passé à autre chose et je vis très bien avec ça.» 

Toujours passionné par le sport qu’il a pratiqué et branché sur les activités de la planète biathlon, l’ex-athlète ne vivra pas les Jeux comme un simple spectateur. Ses connaissances, son expérience, sa facilité à s’exprimer et son aisance devant la caméra lui ont permis d’obtenir un poste d’analyste à la télé. Un travail qu’il effectuera dans un studio à Montréal.

«L’objectif, c’est d’intéresser les gens au biathlon. L’idée de pouvoir leur montrer c’est quoi, de leur expliquer et de leur faire comprendre les dessous et les stratégies et de communiquer la passion, c’est quelque chose qui m’intéressait depuis les Jeux de Vancouver. Mais je ne l’avais pas vraiment manifesté. C’est Radio-Canada qui m’a contacté afin de m’offrir un travail d’analyste.»

Décision de longue date

C’est à son retour de Sotchi que Le Guellec a accroché ses planches. Une décision mûrie qui avait commencé à germer dans son esprit avant les Jeux de Vancouver. «On voulait commencer une famille. À 28 ans, il était aussi temps de m’assurer un futur après-sport. C’est clair que j’aurais pu continuer un autre quatre ans. Et d’un point de vue performance, j’aurais probablement été encore en meilleure position pour un podium. Ce ne fut pas une décision facile à prendre, mais une fois qu’elle a été prise, c’est sûr qu’on allait dans ce sens-là.»

Malgré ses nombreux succès, il a notamment été le premier Canadien à remporter une Coupe du monde (2012) et obtenu des cinquième (Sotchi) et sixième places (Vancouver) en sprint, l’ex-biathlonien ne se donne pas un A+ pour l’ensemble de sa carrière. Son objectif ultime était de monter sur le podium aux Jeux, un exploit qu’il a raté par trois secondes à Sotchi. «Ce n’est pas un regret ni une déception. J’ai donné tout ce que j’ai pu. Et il y en a qui ont été plus rapides. C’est ça, le sport. Mais en même temps, ça reste un objectif que je n’ai pas été en mesure d’atteindre.

«Quand je fais le bilan de ma carrière, je regarde cependant aussi mon développement et tout ce que j’ai pu aller chercher au niveau psychologique, physique, organisationnel, mais aussi marketing et représentation. Ce sont des habiletés que j’ai développées comme athlète que je n’aurais pas vu de façon aussi concrète à l’école.»

N’ayant pas eu de deuil à vivre, Le Guellec mentionne que les premières semaines de sa retraite avaient été les plus faciles parce qu’il avait senti un lâcher-prise complet au niveau de l’entraînement régimenté, de l’alimentation, etc. La difficulté qu’il a eue fut plutôt de se retrouver comme personne et de décider quelle tangente il donnerait à sa vie. Il a amorcé un bac en administration dans le but, une fois ses études terminées, de demeurer dans le monde sportif en y faisant de la gestion. Mais il s’est réorienté en intervention sportive, un domaine qui rejoint la gestion et l’administration, mais aussi le coaching.

Parallèlement à l’obtention de son bac à l’Université Laval, Le Guellec a commencé à coacher. «Je n’envisageais pas de devenir entraîneur immédiatement après Sotchi. La Fédération québécoise de biathlon m’a proposé de supporter l’équipe technique aux Jeux du Canada de 2015. J’ai vraiment aimé l’expérience. J’avais acquis un grand bagage dans mon sport et je me suis rendu compte que j’avais une certaine facilité sur le plan pédagogique pour transmettre ces connaissances-là. Comme je sentais le besoin de redonner et que la passion pour le biathlon était encore là, j’ai par la suite commencé à coacher. On a de beaux athlètes, de beaux potentiels, une belle équipe qui a une super cohésion. Pour moi, c’est hyper trippant.»

Le Guellec le lance sans hésiter, la compétition ne lui manque pas. «Il n’y a pas vraiment d’intérêt à faire une Coupe Québec quand tu as été aux Jeux olympiques. Quand j’étais biathlonien, il y a des choses que je ne pouvais pas faire. Je ne m’entraîne plus autant que je le voudrais, mais je suis abonné à une école de capoeira, un art martial brésilien. Je me développe dans d’autres aspects que j’avais dû mettre en stand by pendant ma carrière. Et je suis très comblé.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant

R Ma première place au Championnat du monde benjamin en 2004. Principalement parce que l’équipe était toute québécoise. J’étais avec les frères Maxime et François Leboeuf et Marc-André Bédard. Mais aussi parce que c’était la première fois qu’un Nord-Américain se démarquait sur la scène internationale dans notre sport. Ç’a été le fer de lance de ma carrière internationale à ce moment-là.

Q Personnalité marquante

Daniel Lefebvre, l’entraîneur qui m’a recruté en 2001 pour former l’équipe espoir des Jeux olympiques de 2010. Un visionnaire. Ce que je retiens, c’est sa drive, sa passion, son énergie. Outre la manière qu’il nous préparait et qu’il structurait ses entraînements, c’est vraiment sa personnalité en tant que telle qui a fait en sorte que tu allais tout faire ce qu’il disait.

Q Regret

R De ne pas avoir fermé mes cache-neige après mon tir couché dans le départ de masse à Sotchi. Il neigeait très fort. Ç’a fait en sorte que mes cache-neige étaient complètement enneigés quand je suis arrivé pour le premier tir debout. J’ai perdu un temps fou et j’ai manqué des cibles.

Q Ce qui te manque le moins

R La discipline, la rigueur extrême que demande la performance de haut niveau.

Q Inspiration

R Le livre Artiste de la vie de Bruce Lee. Quand je l’ai lu en 2007, je commençais ma carrière internationale. Je trouvais ça dur. J’avais vraiment un gros gap de performance relativement aux tops sur la Coupe du monde, pis c’était un peu stagnant. Ce livre m’a redonné une direction de comment je voulais être et de comment je voulais me développer comme athlète. 

Q Défi

R C’est de pouvoir m’épanouir dans toutes les différentes sphères de ma vie et les harmoniser de manière à trouver un équilibre. 

Q Dans 20 ans

R Je me vois travailler dans le monde du sport en quelque part. Où? Je ne sais pas. Ministre de la Santé et du Sport ou de l’Éducation peut-être (rire). Mais j’aimerais travailler à changer des choses de manière à aider les athlètes à progresser à tous les niveaux.