Pour Kevin Monaghan, l’équilibre entre sa carrière professionnelle, sa vie familiale et ses implications dans la communauté est primordial.

Kevin C. Monaghan: prolonger le plaisir

Quand il a décidé de se consacrer à la préparation de son avenir professionnel, Kevin C. Monaghan s’était résigné à mettre un point final à sa carrière de nageur. Ne voyant pas les avantages d’évoluer au sein de la formation de l’université où il poursuivrait ses études, l’idée de prolonger son plaisir de nager pendant cinq autres années ne lui avait pas passé par la tête.»

«Ce n’était pas dans mes plans de me joindre au Rouge et Or», explique le spécialiste du papillon. «C’est Frédéric Simard qui est venu me chercher. Il m’a dit : “Tu as travaillé fort pour avoir la carrière que tu as. Termine-la d’une manière qui te permettra d’avoir du plaisir et d’amasser des souvenirs qui vont durer jusqu’à la fin de tes jours.’’ Si je ne l’avais pas fait, peut-être je ne m’en voudrais pas parce que je n’aurais pas su ce que c’était. Mais aujourd’hui, je me dis une chance que je l’ai fait. J’ai vécu des moments mémorables en plus d’acquérir une discipline et des façons de fonctionner qui sont hyper importantes dans ma vie.»

Issu d’une famille de sportifs — son père faisait de l’aviron, son oncle Gordon Labossière a joué dans la LNH et sa tante Claire Labossière a skié sur la scène internationale —, Kevin a suivi les traces de son frère Gary. Membre du club CSQ, il a fait partie de l’élite provinciale. Mais après avoir raté sa sélection pour les Jeux de Sydney, il a remis en question sa carrière.

«J’étais rendu à la croisée des chemins. Mon père m’avait dit que je devais faire un choix. Me concentrer sur le sport afin de peut-être aller un jour aux JO ou sur mes études pour préparer ma future carrière. Je n’avais pas la passion nécessaire pour m’investir davantage afin d’exceller avec les meilleurs. Et je savais qu’il y aurait une fin à la natation. J’ai opté pour une décision rationnelle plutôt qu’émotive. Des universités américaines m’avaient démontré de l’intérêt. J’ai choisi Laval.»

L’ex-nageur indique que le Rouge et Or avait été le meilleur des deux mondes. Il a pu étudier tout en continuant de pratiquer le sport qu’il adorait dans un environnement compétitif. «À l’université, c’est au niveau de mes études que je me suis mis de la pression. C’est là-dedans que je voulais performer. En natation, c’était “il arrivera ce qui arrivera’’. J’avais toujours la passion, je m’entraînais, sauf que l’important, c’était d’avoir du plaisir. Sauf que l’on perd jamais la volonté d’exceller», lance Monaghan qui, à sa dernière campagne, a été choisi deux fois l’athlète universitaire de la semaine du RSEQ, a remporté trois médailles d’or, une d’argent et deux de bronze lors des championnats provinciaux et a été finaliste au titre d’athlète par excellence lors du 55e Gala Mérite sportif universitaire Rouge et Or.

La fin

C’est en 2006 que Monaghan a définitivement mis un terme à sa carrière de nageur et qu’il a amorcé sa carrière professionnelle. Un passage qui s’est fait relativement facilement.

«La page était déjà à moitié tournée et je commençais à voir la suivante. J’avais hâte d’amorcer ma nouvelle carrière et de connaître les nouveaux enjeux qui m’attendaient. Dans les semaines qui ont suivi ma retraite, j’ai ressenti une certaine nostalgie. Je me suis demandé si j’avais profité de ma carrière autant que j’aurais pu le faire. J’en suis venu à la conclusion que j’avais vécu ce que j’avais à vivre. J’ai réalisé que le cheminement était plus important que le résultat. Et j’étais heureux de ce que j’avais vécu.»

Diplômé en administration, Monaghan a travaillé deux ans dans le domaine bancaire. De retour sur les bancs d’école, il a obtenu un diplôme de deuxième cycle en comptabilité avant d’étudier en fiscalité, une profession qu’il exerce chez Ernst & Young.

«La fiscalité, c’est un domaine compétitif et exigeant parce que c’est un monde en évolution constante. La loi de l’impôt, c’est épais comme ça. Et chaque année, il y a des choses qui changent. Il faut constamment se mettre à jour. Il faut toujours que tu te dépasses. C’est ce qui me drive au quotidien.»

Comme il a appris à le faire à l’université, Monaghan continue à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais pour le père de trois enfants qui est président de l’Association de planification fiscale et financière, l’équilibre entre sa carrière professionnelle, sa vie familiale et ses implications dans la communauté est primordial. Et à travers toutes ses occupations, il tente de garder la forme.

«Aujourd’hui, ce sont pas mal mes trois enfants qui me font courir au quotidien», blague-t-il. «Je fais du ski et de la planche à neige, avec mes deux plus vieux, et de la course à pied. J’ai fait deux triathlons et j’ai couru le Marathon SSQ. J’ai bien aimé le triathlon. Il m’a permis de retrouver le plaisir que j’avais à nager et il m’a apporté le rush d’adrénaline que j’aimais avoir en compétition.»

Monaghan ne le cache pas, la natation lui manque. «Pour moi, la natation c’est un sport complet qui demande autant au niveau musculaire que cardio. C’est pour cette raison que je ne ferme pas la porte à un retour. Mais pour le moment, j’ai d’autres priorités.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Moment marquant?

Les essais olympiques à Montréal en 2000. Quand j’ai vu le calibre des nageurs contre qui je compétitionnais, j’ai su que je ne m’enlignais pas pour une participation aux Jeux. Et c’est là que j’ai commencé à penser à tourner la page sur ma carrière, mais de voir c’était quoi ce thinking des nageurs qui étaient rendus là, de vivre l’ambiance qui régnait et de réaliser que j’étais avec les meilleurs au Canada, ça été vraiment un moment marquant. Et toutes les compétitions auxquelles j’ai pris part avec le Rouge et Or. Des moments marquants autant d’un point de vue sportif qu’au point de vue énergie de groupe.

Q Regrets?

R Je n’ai pas de regrets. Ma carrière, je l’ai appréciée. J’ai l’impression d’avoir été au bout de ce que j’avais à donner en fonction de l’effort que j’ai mis. C’est sûr que j’aurais pu performer davantage, être meilleur et me classer mieux au Canada. Mais je suis satisfait.

Q Plus grande qualité?

R Je veux toujours me dépasser. Quand j’atteins le niveau que je voulais atteindre, je me fixe de nouveaux objectifs. Je pense que je suis travaillant, j’aime m’impliquer. Ce que je veux, ce n’est pas atteindre un objectif ultime, mais de réussir au quotidien. Ce qui est important, ce n’est pas nécessairement l’objectif comme tel, mais le chemin que tu fais.

Q Personnalités marquantes?

R Frédéric Simard qui, en 2000, m’a dit de ne pas lâcher tout de suite la natation parce que j’avais encore de belles années à y vivre. Claude Lamy, mon coach quand je nageais au niveau civil. Il m’a apporté beaucoup au niveau de la confiance. À me faire confiance en tant qu’athlète et à me dire tu es capable de gagner. Et mes parents qui se sont beaucoup investis de leur temps et de leur argent pour nous. Ma mère s’est beaucoup impliquée et même sacrifiée d’un point de vue personnel pour que nous on fasse du sport. 

Q Rêve?

Réussir ma vie professionnelle, ma vie personnelle et ma vie affective avec ma femme. Je voudrais que l’on passe toute notre vie ensemble. Je voudrais aussi que mes enfants aient la vie j’ai eue plus jeune et qu’ils accèdent à une vie intéressante. Pour moi, c’est super important. J’aimerais aussi continuer à progresser dans ma carrière chez Ernst & Young. Je veux demeurer ici longtemps parce que je pense avoir trouvé une équipe qui a les mêmes valeurs que moi. 

Q Dans 20 ans?

R Je me vois en famille avec des enfants ayant des valeurs qui ressemblent à ce que j’ai voulu leur inculquer, avec qu’est-ce que j’ai pu leur apporter. Une famille unie, c’est bien important. Et j’espère être reconnu par mes pairs comme un bon professionnel, quelqu’un qui est juste envers les gens, quelqu’un qui s’implique d’un point de vue social et qui redonner à la communauté. 

Q S’il n’y avait pas eu la natation?

R J’aurais fait du triathlon. Je pense que j’aurais aimé pouvoir développer trois sports plutôt qu’un. Et c’est pourquoi la course et le triathlon sont des sports que j’essaie d’intégrer aujourd’hui dans mon quotidien.