Physiothérapeute à Charny, Julie Sanders travaille aussi sur un comité où elle a le mandat de développer le sport adapté dans la région de Chaudière-Appalaches.

Julie Sanders: question d’équilibre

Comme tous les athlètes faisant du sport de haut niveau, Julie Sanders, une adepte de vélo de montagne, s’était fixé comme objectif ultime de prendre part aux Jeux olympiques. Sauf qu’elle ne voulait pas y aller à n’importe quel prix. Alors quand elle est arrivée à la croisée des chemins et qu’elle a dû choisir entre ses études et son rêve, elle s’est laissé guider par ses valeurs plutôt que par ambitions sportives.

«Je n’ai jamais été capable de mettre tous mes œufs dans le même panier», confie la spécialiste des épreuves de cross-country. C’est dans la personnalité, c’est une question d’équilibre. Un moment donné, j’ai atteint un plateau au niveau de mes performances et j’ai réalisé qu’en gardant mon équilibre, je ne pourrais pas mettre davantage de temps sur mon entraînement afin de continuer à progresser. Mais il n’était pas question que j’abandonne mes études ou que je réduise le temps que j’y consacrais. Ce n’était pas dans mes valeurs et ce n’était pas dans celles de ma famille et j’étais consciente de la précarité de ma carrière. Alors j’ai fait ce que je pouvais au niveau sportif.»

La cycliste indique que l’année 2007, alors qu’elle arrivait à la fin de ses études et qu’elle débutait ses stages, avait été un moment charnière. «Comme je me sentais prête à m’investir dans autre chose et que je sentais que j’avais atteint le maximum avec ce que je pouvais investir dans mon entraînement, j’ai commencé à penser à ma retraite que j’ai prise en 2008 quand j’ai commencé à travailler.»

Julie indique que, tout au long de son parcours, ses entraîneurs sur l’équipe du Québec et ses commanditaires avaient toujours respecté et valorisé sa vision. Les choses se sont cependant gâtées avec la formation nationale. Alors qu’elle avait 17 ou 18 ans, un coach avait dit qu’il ne la prendrait pas au sérieux tant qu’elle n’abandonnerait pas ses études. À brûle-pourpoint, elle lui avait répondu : «Mais vous allez faire quoi si je me casse une jambe? Vous allez me supporter comment?» Elle n’obtint pas la moindre réponse.

La Québécoise n’a jamais regretté sa décision. Oui, elle s’est parfois demandé qu’est-ce qui serait arrivé si elle avait choisi une autre voie. Mais sans plus. «Les JO, c’est l’objectif ultime de tout athlète. Et j’aurais été très contente de me rendre là. Mais le sport m’a apporté plein d’autres choses. Prendre part à des Coupes du monde ou des championnats du monde, ça procure quand même beaucoup de reconnaissance et de valorisation. Surtout quand c’est présenté chez toi au mont Sainte-Anne où je m’y suis sentie levée par la foule. C’était assez capoté. Et c’est sans compter toutes les belles expériences que j’ai vécues.

«Mais j’étais très à l’aise avec mes décisions. Il y a des compromis que je n’étais pas prête à faire. Je n’ai donc pas de regrets.»

Ayant renoncé à la compétition, Julie n’a pas remisé son vélo pour autant. Elle en a profité pour faire des voyages de vélo et découvrir des sentiers qu’elle ne connaissait pas ou d’autre que ses obligations d’athlètes l’avaient empêchée de voir et d’essayer. Et elle est un peu retombée en amour avec son sport.

«Je n’ai jamais arrêté de rouler. Je l’ai fait dans toutes sortes d’endroits mais sans pression, en appréciant tout ce qu’il y avait de beau et de plaisant.»

Le sport adapté

Physiothérapeute, Julie travaille au Centre en réadaptation en déficience physique de Charny auprès de personnes devant vivre avec de séquelles physiques permanentes à la suite d’un accident. Elle œuvre aussi au sein d’un comité où on lui a confié comme mandat de développer le sport adapté dans la région Chaudière-Appalaches pour les personnes qui ont une déficience physique et de le rendre plus accessible. 

Julie organise, par exemple, des mini-salons du vélo adapté. Son passé d’athlète et ses nombreux contacts font d’elle une référence pour les gens désirant pratiquer un sport adapté, mais ne sachant pas à quelle porte frapper pour le faire. Elle les met en relation avec les bonnes personnes, les aide à trouver des sources de financement afin de payer pour les dispendieux équipements. etc.

«On connaît l’importante au niveau physique et mental de la pratique du sport pour la population en général. Mais elle l’est encore davantage pour les gens qui ont une déficience physique. 

«Quand quelqu’un me demande de l’aider, je ne lâche pas le morceau tant que je n’ai pas trouvé ce dont il a besoin. Je pense que c’est dans ma personnalité. Quand j’embarque dans quelque chose, j’embarque à 100 %. J’ai à cœur que ça fonctionne.»

Même si son travail, sa petite fille et sa passion pour le vélo de montagne lui demandent beaucoup de temps, Julie s’est quand même impliquée dans une autre cause touchant des athlètes handicapés. «J’ai été recrutée par Ski de fond Canada pour faire de la classification pour les athlètes paralympiques. Je suis classificatrice internationale», explique celle qui n’a qu’un souhait, c’est que le sport soit une aussi grande source de dépassement, de plaisir et de bien-être pour les autres qu’il l’a toujours été pour elle.

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Performance marquante

R  Ma troisième place aux Championnats panaméricains à Porto Rico en 2000, à ma deuxième année junior. J’ai été première toute la course, mais j’ai fait une crevaison, moi qui n’en faisais jamais parce que j’étais un poids plume en vélo. Mais j’avais réussi à la réparer et à repartir et j’ai fini troisième. Et la même année, les Championnats du monde junior.

Q  Personnalités marquantes

R  Ma famille. Mes parents parce qu’ils m’ont épaulée beaucoup de toutes les façons possibles, mais aussi mon oncle Pierre Harvey qui m’a ma guidée un petit peu à travers ma carrière et qui m’a inspirée énormément.

Q  Entraîneur marquant

R  Il y en a deux qui ont été là à deux moments différents de ma carrière : Ian Hughes et Michel Leblanc.

Q  Dans 20 ans

R  Je me vois en train de faire du vélo avec ma famille et mes amis et être encore impliquée dans le sport adapté pour rendre ça encore plus accessible pour tout le monde.

Q  Rêve

R  Mon plus grand rêve, au delà de faire des voyages de vélos en famille avec mon chum et notre fille, ça serait surtout de transmettre l’amour du sport, sous toutes ses formes, à ma fille.