Il y a 30 ans, Jean Pichette était à Calgary où il prenait part aux JO en patinage de vitesse longue piste. Il s’implique encore dans ce sport en siégeant sur le conseil d’administration de la Fédération québécoise.

Jean Pichette: un événement bien spécial

L’ex-patineur de vitesse longue piste Jean Pichette célèbre un événement bien spécial en février, soit le 30anniversaire de sa participation aux Jeux olympiques de Calgary. Il y a donc fort à parier que les Jeux de PyeongChang, qui s’amorcent vendredi, auront une saveur bien spéciale pour lui.

«Même si je suis moins impliqué dans le patin, c’est sûr que ça va allumer quelque chose chez moi», confie-t-il. «Je suis toujours beaucoup les JO. Et les Jeux d’hiver me permettent de me retremper dans une période marquante de ma vie. Mais à l’âge où je suis rendu, disons que ça ne va pas chercher les mêmes émotions.»

Des émotions, le Fidéen en a vécu en décembre alors qu’au retour d’un voyage de ski dans l’Ouest, il s’est arrêté à Calgary afin d’assister à la course de qualification de Laurent Dubreuil pour le 500 m de PyeongChang. Une expérience qu’il a vécue avec ses filles de 21 et 23 ans et qui lui a donné des papillons dans l’estomac.

«Même si elles étaient nées à Calgary, elles n’avaient jamais eu conscience de l’importance du patinage de vitesse dans ma vie. À l’anneau, elles ont vu ma photo sur un mur où apparaissent tous les athlètes de l’année en patin au Canada. Elles étaient émerveillées et fières. Mais moi ce qui m’a le plus allumée, c’est de les entendre dire qu’elles auraient peut-être aimé ça faire des courses.»

Pichette a aussi été enthousiasmé quand il a découvert sur YouTube sur des vidéos de courses qu’il avait faites lors des JO de Calgary et dont il ignorait l’existence. «De l’or en barre même si c’est dur à regarder parce que ça faisait mal. Le dernier tour était vraiment dur.»

La première génération

Pichette a fait partie de la première génération de patineurs québécois à connaître du succès sur la scène internationale. Au milieu des années 80, la formation du club de Sainte-Foy comptait dans ses rangs, outre Pichette, les Gaétan Boucher, Benoît Lamarche, Robert et Marcel Tremblay, Robert Dubreuil, etc., et elle monopolisait les places sur l’équipe nationale.

«On était une belle gang. Nous avions une belle compétition à l’interne qui restait amicale. Quand on était en piste, il n’y a personne qui faisait de cadeau à l’autre. Mais en dehors, tout le monde s’aidait. Aujourd’hui, on est encore des amis et on reste en contact.»

Pichette a connu sa première expérience olympique à Sarajevo. Quatre ans plus tard à Calgary, alors que les attentes à son endroit étaient plus grandes, il a notamment obtenu une 10e place au 1500 m. Mais dans les semaines suivantes, il a gagné une Coupe du monde et deux médailles de bronze aux Championnats du monde.

Le Fidéen a accroché ses patins en 1989. Il pensait d’abord prolonger sa carrière et prendre part aux Jeux d’Albertville et de Lillehammer. Mais réalisant qu’il vieillissait et qu’il devait penser à son avenir, il a accroché ses patins et il est retourné à l’université en relations publiques et en communications. S’occupant des relations de presse lors d’une Coupe Canada disputée à l’Anneau de glace Gaétan-Boucher, il a été remarqué par l’équipe nationale qui lui a offert un poste de directeur du marketing jumelé à un travail d’entraîneur.

«Je n’avais aucune aspiration de devenir coach, mais ils m’ont formé. Et j’ai dirigé une vingtaine de patineurs pendant sept-huit ans environ. Pour moi le coaching, ce n’était pas juste un travail, c’était une manière de redonner. J’aidais les jeunes à devenir des patineurs performants, mais aussi des athlètes et des individus complets. Ç’a été une super période et c’est certain que ma transition a été plus facile à cause de ça.»

Avec l’équipe nationale, Pichette a pu vivre pour une troisième fois les JO. Il est allé à Nagano en tant que responsable du lounge des athlètes canadiens au village olympique. «J’ai pu profiter de ma présence à Nagano pour vivre les Jeux comme je n’avais jamais eu la chance de les vivre en assistant à de nombreuses compétitions. Ce fut une des plus belles expériences que j’ai vécues.»

Après une dizaine d’années passées à Calgary, Pichette est revenu au Québec avec sa famille. À la recherche d’un nouveau défi et attiré par les nouvelles technologies, il a d’abord travaillé pour une entreprise de Québec spécialisée dans les équipements d’entraînement avec des écrans tactiles avant d’œuvrer dans la vente d’équipement médical. Mais même si 30 ans se sont écoulés depuis sa participation aux Jeux, son passé olympique occupe toujours une place importante dans son CV. C’est d’ailleurs avec fierté qu’il a son adresse courriel sur le réseau olympian.org, un réseau réservé aux ex-participants aux Jeux. 

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant?

R Le camp d’entraînement que j’ai fait à l’anneau de Calgary avec l’équipe nationale à l’été 1987. J’étais sur le point d’arrêter parce que mes performances à l’hiver avaient été atroces. Quand je suis embarqué sur la glace, j’ai retrouvé la vitesse et la joie de patiner et de m’entraîner. À partir de là, ç’a juste été en montant et ça s’est poursuivi lors de mon année olympique où j’ai eu des performances incroyables.

Q Performance marquante?

R Le record du monde junior que j’ai réalisé à Davos, en Suisse. À ce moment-là, il me restait encore deux ans à faire chez les juniors. J’ai eu d’autres podiums, mais celui-là, il est vraiment important parce je l’ai fait à mes premières années au niveau mondial.

Q Ce qui te manque le plus?

La camaraderie entre les gars. On se voit encore, mais dans ce temps-là, on était ensemble sur la glace et dans la salle d’entraînement les jours. C’était du bon temps.

Q Ce qui te manque le moins?

R Patiner à -30 et aiguiser mes patins.

Q Moment le plus difficile

R Ma saison 1986-87 où j’ai eu une période creuse. Je me souviens qu’en Finlande, lors d’un 5000 m où j’avais pas mal de misère, j’avais même reçu une boule de neige dans le dos d’un spectateur.

Q Personnalités marquantes?

R Mes parents et ma famille. Ma mère m’a toujours encouragé et mon frère Pierre était beaucoup derrière moi, surtout quand on arrivait en période olympique. Il y a aussi beaucoup d’autre monde qui m’ont aidé comme Paul Vaillancourt qui s’occupait du marketing pour Molson, des commanditaires de l’équipe. Il m’a donné une job l’été qui m’a permis d’acquérir de l’expérience en marketing et qui m’a servi de tremplin dans mon après-carrière.

Q Idoles de jeunesse?

Eric Heiden. C’est sûr que Gaétan (Boucher) était un modèle. Mais quand on s’entraînait en Europe et qu’on voyait Eric Heiden faire des tours, des tours et des tours à l’entraînement, moi ça m’impressionnait. Et après l’avoir vu gagner des médailles dans les cinq distances en 1980, quelque chose que l’on ne reverra jamais dans le patinage de vitesse, il est un peu devenu un icône pour moi.

Q Prochain défi?

R Il y a d’autres voyages de vélo qui vont venir, encore avec les même gars. On en a un de prévu en juillet. Nous partirons de la Croatie et nous nous rendrons en Suisse, un périple de 700-800 kilomètres avec pas mal de dénivelé qui va ressembler à celui que l’on a fait en Italie. Autant j’haïssais le vélo quand je patinais et qu’il fallait s’entraîner en vélo, autant j’en suis mordu aujourd’hui.