Même si, depuis trois ans, il ne s’implique plus dans le hockey mineur régional, Jean-Louis Létourneau continue de fréquenter les arénas, notamment pour y voir jouer ses petits-fils.

Jean-Louis Létourneau: entraîneur un jour...

Il y a maintenant trois ans que Jean-Louis Létourneau a mis fin à toutes ses implications dans le hockey organisé. Mais même à la retraite, il continue à fréquenter assidûment les arénas de la région de Québec. Quand on est entraîneur un jour, on est entraîneur toujours, insiste Létourneau.

«Le hockey a été une passion et ça l’est encore», explique l’ex-entraîneur des Gouverneurs de Sainte-Foy dans les années 80. «J’aime ça du bon hockey. Quand j’ai été intronisé au Temple de la renommée du hockey midget AAA, on m’a donné un laissez-passer pour assister aux matchs à l’année. Alors je m’en sers à l’occasion pour aller voir le Blizzard. Ce que j’aime aussi, c’est que j’y rencontre des gars que j’ai coachés comme Joé Juneau ou Yves Racine.

«J’aime également suivre mes trois petits-fils. Ça arrive même que j’aille les voir jouer à l’extérieur. Mais peu importe où je suis, je ne suis pas dans le peloton avec les autres parents. Je préfère rester isolé. Et je ne fais jamais, jamais d’intervention auprès des jeunes. Je ne vais pas les voir après les matchs et je ne suis pas là pour qu’ils viennent me voir non plus. S’ils me posent des questions, je vais répondre, mais sans jamais dire : tu aurais dû faire ça, ça ou ça. Moi, l’ingérence... J’ai assez vu des parents en faire. Il n’y a pas un coach qui va avoir de la misère avec moi.»

Longue carrière

Enseignant en éducation physique de formation, Létourneau a commencé à coacher alors qu’il était étudiant à l’Université de Moncton. Il avait répondu à l’appel de Jean Perron qui était à la recherche de jeunes pour travailler avec lui sur la glace. Il a ensuite dirigé une équipe midget B de Moncton avant de revenir travailler avec Perron chez les Aigles Bleus. À son retour dans la région de Québec, Létourneau est devenu adjoint de Bob Chevalier dans le midget AA. C’est par la suite qu’il s’est retrouvé à la tête des Gouverneurs midget AAA qu’il a dirigés pendant 10 saisons (1982 à 1992) et avec qui il a conservé un dossier de 229 gains, 160 défaites et 22 nulles. Il a mené son équipe à quatre participations à la Coupe Air Canada où il a remporté deux médailles d’argent et une de bronze. À son palmarès s’ajoutent des médailles d’or et de bronze comme coach de l’équipe du Québec lors de la Coupe Québec qui réunissait les meilleurs joueurs de moins de 17 ans au monde.

«Ce que j’ai aimé de Bob Chevalier, c’est qu’il n’est jamais intervenu sur quoi que ce soit sur le plan hockey. Et mon groupe d’adjoints est demeuré le même. Fred Dixon est devenu un ami personnel. Il vient souper chez moi ou je vais chez lui une couple de fois par mois. Et je vois Simon Robitaille. On a travaillé à une époque où nous n’avions pas les facilités des entraîneurs d’aujourd’hui. On n’avait pas d’ordinateurs pour monter nos drills. Nous, on les bâtissait nous-mêmes à la mitaine.»

À quelques reprises au cours de sa carrière, Létourneau a été au centre de rumeurs qui l’ont envoyé diriger une équipe de la LHJMQ. C’est avec les Saguenéens de Chicoutimi qu’il est passé le plus près d’entrer au junior majeur. Mais la vente de sa maison, le déménagement de sa femme et de ses enfants, l’insécurité liée au travail de coach et le salaire qu’on lui offrait le faisaient hésiter.

«La commission scolaire m’avait accordé une année sans solde. Il fallait que je fasse un choix. Et j’ai manqué de guts. Mais je n’ai jamais eu de regrets parce que j’ai connu une carrière extraordinaire en éducation physique. J’ai eu du plaisir à faire ça. Et je savais que le hockey ne me lâcherait pas. Le destin m’a pas emmené là où je suis et je ne le regrette pas du tout.»

Létourneau est demeuré impliqué dans les sphères du hockey jusqu’à l’âge de 68 ans. Il était alors conseiller technique des équipes bantam du Blizzard du Séminaire Saint-François.

«Mon approche était surtout avec les coachs. La qualité des entraîneurs étant très bonne. Je  n’étais pas là pour lui dire quoi faire. J’aimais jaser et échanger sur ce que j’avais vu dans les matchs, sur ce que je voyais des jeunes. Comme je disais aux entraîneurs : “Je ne changerai pas votre game, mais si vous voulez prendre ce que j’ai comme expérience, prenez-le.” Et les gars me recevaient très bien. À la fin cependant, j’avais moins d’intérêt. À cause de mes petits-fils qui poussaient, mais aussi parce que mon épouse et moi on a commencé à passer plus de temps en Floride l’hiver.»

Appelé à faire un bilan de toutes ses années passées dans le monde du hockey, Létourneau a d’abord insisté pour dire comment il avait été chanceux de pouvoir compter sur une compagne qui comprenait sa passion et qui l’avait même partagée. Il a ensuite expliqué que si, à ses belles années, l’important pour lui était de gagner, d’aller le plus loin possible et de soulever des trophées, aujourd’hui, ce n’est pas des succès de ses équipes dont il est le plus fier.

«C’est de me promener sur la rue et de voir un gars venir me donner la main parce que je l’ai jadis coaché. Ne plus être impliqué dans le hockey, mais d’y avoir gardé plein d’amis, c’est le plus beau trophée que je ne peux pas avoir. Ça bat n’importe quel autre.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

R  Notre victoire à la Coupe Québec des moins de 17 ans en 1986 contre l’équipe d’URSS pour qui jouait Alexander Mogilny. J’ai été le premier à la gagner.

Q  Ce dont tu ne t’ennuies pas

R  La longueur des saisons. C’était 11 mois par année avec les écoles de hockey et çi et ça. Au début, ce n’était pas grand-chose mais à la fin, c’était pesant. 

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  La gang, l’esprit d’équipe, les joueurs, les coachs. Et d’essayer de régler les problèmes. Il y avait tout le temps de petits problèmes, de mixes, de pension, de jeu, les gars qui n’étaient plus heureux. Il fallait mettre tout ça ensemble.

Q  Rêve

R  Je n’ai pas de rêve. Mais c’est certain que je vais suivre de proche mes trois petits-fils. Les trois excellent un petit peu, on va voir où ça va les mener. Mais c’est sûr que je vais être derrière eux. Ce sont eux qui vont m’attirer le plus dans les prochaines années.

Q  Plus grande déception

R  C’est de ne pas avoir fait jouer tout le monde. Et dans le temps, on n’était pas placoteux. Si c’était à recommencer, les jeunes qui ne jouent pas sauraient pourquoi. On pourrait dialoguer, on pourrait brasser.