Jean-François Roussy a pris part à huit reprises à la Traversée internationale du lac Saint-Jean, terminant l’épreuve chaque fois.

Jean-François Roussy: la fortuna et la virtù

Jean-François Roussy se rappellera toujours le coup de fil qu’il a reçu en juillet 1990. Les organisateurs de la Traversée internationale du lac Saint-Jean l’avaient contacté à trois jours de la présentation de la prestigieuse épreuve pour l’inviter à y participer alors que peu de temps avant, ils avaient refusé son inscription. Cet appel téléphonique a changé sa vie.

«Machiavel parlerait de la fortuna et de la vertù», lance le nageur de longue distance, qui était aussi un mordu de baseball, un sport qu’il a pratiqué jusqu’à l’âge de 17 ans. «C’est la chance qui s’est présentée à moi pour façonner ma vie. Si les gens de la Traversée ne m’avaient pas appelé, je ne serais pas la même personne aujourd’hui. Tu n’es pas la même personne après avoir nagé pendant des années 120 km par semaine lors de tes entraînements et fait annuellement six marathons de 10 heures en six semaines. Ils ont changé ma vie.»

Nageur québécois ayant participé le plus grand nombre de fois à la Traversée du lac Saint-Jean après Réjean Lacoursière — il l’a fait huit fois et il l’a toujours complétée — obtenant notamment trois quatrièmes places et deux cinquièmes, Roussy s’est également distingué sur le circuit de la Coupe du monde. En 1995, 1996 et 1997, il a terminé cinquième au classement mondial. À ces exploits se sont ajoutés une troisième place aux championnats Pan-Pacifique de même que plusieurs titres nationaux.

Couronnée de succès, la carrière de Roussy ne peut cependant pas se comparer à un long fleuve tranquille. Avant de commencer à faire sa marque en eau libre, il a arrêté deux fois de nager, en 1987 alors qu’il poursuivait ses études collégiales à Montréal, et en 1989 après sa première saison avec le Rouge et Or. C’est l’entraîneur-adjoint Éric Isbister, qui l’avait alors convaincu de reprendre le collier.

«Il m’a dit : “je sais ce qu’il faut faire pour toi”. J’étais un peu sceptique. Mais il avait raison. C’est là que tout a démarré. Il a pas mal modifié le cours de ma vie», mentionne le spécialiste du 1500 m qui a commencé à faire de la compétition en eau libre en 1990. Une décision qui l’a obligé à s’entraîner plus de 30 heures par semaine, à compétitionner dans un environnement où il devait composer avec les éléments et se défoncer souvent pendant une dizaine d’heures pour compléter une épreuve.

«Ce qui nous pousse à faire ce genre de course, c’est le goût de se dépasser, d’exceller et de gagner. Mon but, c’était d’être le meilleur au monde. Et j’ai pris tous les outils disponibles pour y arriver. Quand j’arrivais à la maison après deux heures et demie d’entraînement, je devais passer quasiment une heure sur le divan à endurer la douleur. Mais je retournais à l’eau le lendemain. Et je ne dormais pas la nuit suivant la Traversée du lac Saint-Jean parce que j’avais trop mal. Mais la passion demeurait.»

C’est un ensemble de facteurs qui ont poussé le Fidéen d’origine à tourner la page sur sa carrière. Ses nombreuses blessures et ses trois opérations ont pesé dans la balance. Ayant un emploi permanent et un bébé à la maison, il s’est aussi dit qu’il était temps de se consacrer à sa carrière professionnelle et à sa vie familiale et de quitter la natation alors qu’il était au sommet de la vague.

Roussy n’a aucun regret aujourd’hui, mais que deux choses le «fatiguent». Ne pas avoir gagné la Traversée du lac Saint-Jean et ne pas être allé aux Jeux olympiques... parce que sa discipline n’y était pas présentée à l’époque.

«Je suis très fier de ma carrière. Et je suis très flatté qu’après plus de 20 ans on m’en parle encore et que des gens aient pensé à soumettre ma candidature au Temple de la renommée de la natation québécoise.»

Deux autres passions

Détenteur d’un BAC et d’une maîtrise en sciences politique, son mémoire portant sur les négociations constitutionnelles du Lac Meech, Roussy travaille depuis une vingtaine d’années au gouvernement fédéral, où il fait beaucoup de relations fédérales-provinciales. 

«C’est enligné sur ce que j’ai étudié. Je suis privilégié d’avoir un travail en lien direct avec ma passion pour la politique et de faire exactement ce que je voulais faire.»

L’ex-nageur est aussi un passionné de musique. Fan de rock il se déplace aux quatre coins de l’Amérique du Nord pour assister aux spectacles de ses artistes préférés. Il est ainsi allé voir Paul McCartney au Dodgers Stadium (Los Angeles) et Bruce Springsteen à Philadelphie. Chaque fois, il en profite pour assister à quelques matchs de baseball. «Je suis chanceux, j’ai une conjointe qui aime la musique et qui aime aller au baseball.»

Aujourd’hui, Roussy ne nage plus. Il a bien failli effectuer un retour à la compétition dans le cadre du 50e anniversaire de la Traversée du lac Saint-Jean (2005), mais il y a renoncé.

«J’avais recommencé à m’entraîner. Un après-midi, j’ai eu le choix d’aller voir mon fils jouer au hockey ou de m’entraîner. J’ai décidé d’aller voir mon fils. C’est là que mes rêves de la 50e traversée ont pris fin. Je me suis dit j’ai fait ma job, maintenant je ne m’occupe que des miens.»

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Questions/réponses

Q Personnalités marquantes

R Mes parents. Non seulement ils ont été des pourvoyeurs et le taxi, mais ce sont eux qui m’ont donné ma génétique et mes valeurs. Mon humilité, ma résilience et mon désir de réussir, ça vient d’eux. Puis Éric Isbister. C’est mon ami pour la vie. Tout ce que l’on a fait ensemble, c’est assez incroyable. Et Rouge et Or et Jean-Marie De Koninck qui m’ont beaucoup appuyé. Je leur dois beaucoup.

Q Ce qui te manque le moins

R L’entraînement. C’était vraiment fou. Probablement qu’aujourd’hui, avec toutes les connaissances que l’on a en activité physique, les gens diraient que l’on était surentraînés.

Q Fait marquant

R Ma médaille de bronze aux championnats panpacifique en 1991. À cette époque-là, les gens snobaient la natation en eau libre. Là, c’était une compétition avec l’équipe nationale et j’avais été un des six médaillés canadiens. Ma médaille avait le même poids qu’une médaille de bronze gagnée par un autre nageur de l’équipe canadienne. C’est là que les gens ont commencé à nous respecter. 

Q Rêve ou défi

R Pour mes 50 ans, je m’en vais aller en Australie et en Nouvelle-Zélande avec ma conjointe. Mon rêve est de voir Bruce Springsteen ou Paul McCartney en spectacle pendant que je vais être là.