Après avoir joué cinq saisons avec le Rouge et Or, Isabelle Grenier a défendu les couleurs de l’équipe canadienne de basketball. Aujourd’hui, elle est enseignante orthopédagogue où elle travaille avec des jeunes ayant des difficultés académiques.

Isabelle Grenier: les détails qui font la différence

Tout au long de sa carrière de basketteuse, Isabelle Grenier a pu mesurer de manière tangible ses succès en termes de victoires et de championnats, mais aussi de paniers, de points et de rebonds. Aujourd’hui, ses réussites professionnelles ne sont pas aussi faciles à comptabiliser. Mais elles n’en sont pas moins importantes.

«Linda [Marquis] m’a appris que ce sont les petites choses qui faisaient que l’on pouvait être fière de soi», explique l’ex-Rouge et Or aujourd’hui enseignante orthopédagogue. «Cette philosophie, je l’applique toujours. Mes victoires, c’est quand j’ai joué un petit rôle dans la réussite d’un élève, quand j’ai redonné confiance à un autre ou même quand j’ai fait sourire un jeune qui ne souriait pas depuis trois semaines. Ce sont des petites satisfactions comme celles-là qui me font dire “j’ai réussi ma journée”».

D’abord enseignante au centre d’accueil l’Escale, l’ex-basketteuse a ensuite travaillé au sein du programme sport-études de baseball à Édouard-Montpetit où un seul lancer lui a suffi pour gagner le respect de ses élèves. Aujourd’hui, elle enseigne à des jeunes de 16 à 21 ans à l’école Eulalie-Durocher à Montréal.

«Des jeunes qui viennent obtenir leur diplôme d’études secondaires. Je m’occupe de ceux qui, dans chaque groupe, ont des difficultés académiques et j’essaie de bâtir leur confiance et de leur donner des façons de travailler qui vont les mener vers la réussite. C’est une clientèle que j’aime beaucoup.»

C’est en puisant dans son bagage d’athlète qu’Isabelle travaille avec ses jeunes. Elle parle de l’importance de sortir de sa zone de confort et de s’adapter, même si on n’en a pas envie. Et afin de gagner le respect de certains, il lui arrive de se retrouver dans le gymnase afin de jouer au basket. 

«Ça me permet de créer des liens. Me voir jouer au basket dans le gymnase fait souvent réaliser à certains que les profs peuvent aussi peuvent être cool.» 

Le corps parle

Isabelle a évolué avec le Rouge et Or pendant cinq saisons au cours desquelles elle a perfectionné son art, développé son talent et ses aptitudes, mais aussi travaillé sur son caractère.

«Je suis très émotive et très impulsive. Quand j’étais fâchée contre moi, je me renfermais. Ma frustration et toutes mes émotions, je pouvais les sortir en frappant sur les murs. Linda m’a appris à aller vers les autres. Et comme j’avais envie de devenir une meilleure athlète, mais aussi une meilleure personne, elle m’a fait dépasser mes limites. Elle a beaucoup investi en moi. Je vais toujours lui en être reconnaissante.»

Son séjour avec le Rouge et Or terminé, c’est en Allemagne, avec un club évoluant dans l’Euro Cup, qu’Isabelle a poursuivi sa carrière. «Il fallait que je continue à être en forme et que je garde mon niveau de jeu pour l’équipe nationale. Il n’y avait pas de ligue au Canada pour me permettre de le faire. Je suis partie en Europe avec mon sac à dos pour me dénicher un contrat. Et j’ai abouti à Dorsten.

«Au début, ç’a été dur en tabarouette. J’habitais dans un petit appartement en haut d’un bar. Je n’avais pas de téléphone, pas de télé. J’étais loin de ma famille, dans un environnement étranger. Mais j’avais un objectif : jouer pro afin de demeurer sur l’équipe nationale, même si cela me demandait de gros sacrifices. Je suis très fière d’avoir persévéré dans la poursuite de mon but.» 

Même si dans sa tête, elle ne songeait pas à se retirer, Isabelle a mis fin à sa carrière en 2008 après s’être blessée. Son corps avait cependant commencé bien avant à lui faire sentir qu’il était usé par l’accumulation des entraînements et des heures passées en gymnase. 

«Ma blessure a peut-être facilité ma décision. Mais j’ai fait un genre de dépression au lendemain de ma retraite. Ç’a été super long avant que je rejoue au basket et que je recommence à faire de la musculation. Et j’ai encore de la difficulté à m’entraîner juste pour m’entraîner, sans avoir d’objectif.»

Isabelle est très fière de sa carrière. Se disant chanceuse d’être née avec des aptitudes physiques et sportives hors du commun, elle a pu grâce à son travail, ses sacrifices et sa détermination, réaliser son objectif ultime qui était de mériter une place sur l’équipe nationale.

«Les Jeux olympiques, c’était du bonus. Ça aurait été vraiment hot d’y aller. J’ai été déçue quand nous avons raté notre qualification. Mais ce n’est pas ça qui peut faire que je ne sois pas fière de ma carrière. Au contraire, j’en suis très heureuse. J’en garde de beaux souvenirs. J’ai eu la chance de vivre plein de championnats et de voyages. Des fois, j’ai l’impression qu’ils ne sont pas réels tellement je suis rendue ailleurs dans ma vie.»

Maman d’une fillette de cinq ans avec laquelle elle aime jouer, l’ex-basketteuse n’a qu’un seul regret. Celui de ne pas avoir pris soin de son corps quand elle était jeune.

«J’aurais dû m’étirer davantage et peut-être même faire du yoga. J’en paie le prix. Mais à 20 ans, je ne pouvais pas imaginer que si je ne le faisais pas, qu’à 40 ans, je serais incapable de toucher mes orteils sans avoir mal.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Moment marquant?

R Mon match de 45 points. Je pense que c’était le 2 février 2001, contre Toronto. Cette journée-là, et même dans les trois ou quatre jours auparavant, il m’était arrivé beaucoup de choses. C’est pour ça que ça été un moment marquant autant dans ma vie d’athlète que dans ma vie personnelle.

Q Personnalité marquante?

R Linda Marquis sans aucun doute. Elle m’a servie de mentor, de coach et de deuxième mère au niveau de l’écoute. Dans tous les aspects de ma vie, Linda a eu un impact important.

Q Ce qui te manque le plus?

R Le feeling que j’avais après avoir travaillé fort.

Q Rêve?

R J’aimerais partir avec ma fille pour faire un voyage avec seulement notre sac à dos. On part à l’aventure, on ne sait pas de quoi nos journées seront faites, où on va coucher... Comme quand je suis partie pour l’Allemagne. On irait probablement en Europe où c’est pas top «étrange» et où on peut se débrouiller avec la langue.

Q Idoles de jeunesse?

Je n’avais pas d’idoles, mais il y avait des filles qui m’inspiraient. Je regardais les matchs de l’équipe nationale à la télé en 2000. Je trouvais ça cool de voir les Sheryl Swoopes, Dianne Norman, Claudia Brassard etc. C’était malade de voir ce qu’elles pouvaient faire sur le court. Et l’année d’après, je suis allée m’entraîner avec elles. Pour moi ça ne se pouvait juste pas.

Q S’il n’y avait pas eu le basket ou le baseball

J’aurais aimé jouer au hockey. C’est un sport sur lequel je trippe ben raide. Ce j’aime du hockey, c’est que les présences sont beaucoup plus courtes. Pendant 30-40 secondes, l’intensité est à son maximum et tu donnes tout ce que tu as. Après, tu vas te reposer au banc et tu peux réfléchir à ce que tu as fait. Tu as le temps de refaire ton focus.