Spécialiste de la demi-lune, Hugo Lemay a pris part aux Jeux olympiques de Turin, où il a terminé 18e à la suite d’une chute lors d’une de ses manœuvres. Aujourd’hui à la retraite, il demeure un mordu de planche à neige.

Hugo Lemay: s’ennuyer des amis et du dépassement

Toujours passionné de planche à neige même s’il a tourné la page sur sa carrière d’athlète à la fin de la saison 2010, Hugo Lemay ne cache pas que la présentation des Olympiques de PyeongChang provoque chez lui une certaine nostalgie. Il ajoute cependant que même s’il en garde d’excellents souvenirs, ce n’est pas des Jeux ou de la compétition dont il s’ennuie le plus.

«Ce qui me manque, ce sont tous mes amis des quatre coins de la planète que je croisais sur le circuit de la Coupe du monde», explique le spécialiste de la demi-lune. «Des amis qui habitent la côte ouest et que je vois plus ou moins et des amis de la Finlande, de la Nouvelle-Zélande et du Japon que je ne vois plus du tout. On passait beaucoup de temps ensemble. Pendant les compétitions, mais aussi lors des camps d’entraînements.

«Ce qui me manque, c’est aussi l’entraînement intensif, de me donner à 200 % et de repousser mes limites. Quand tu réussissais une nouvelle manœuvre, il y avait la récompense de l’avoir faite et d’obtenir de meilleurs résultats. Je continue à faire du snowboard et je m’amuse encore. Sauf que maintenant, j’ai un travail, une famille, une maison. Je ne peux plus prendre de risques.»

Le planchiste explique qu’il y a cependant de bons côtés à faire de la planche d’une manière plus récréative. Il a moins de pression parce qu’il ne doit plus faire de nouvelles manœuvres. «Et quand les conditions ne sont pas bonnes, je ne suis pas obligé d’aller dans les pentes. Je dirais d’ailleurs que le seul irritant avec lequel j’ai dû composer dans ma carrière, c’était la météo. Ce n’était vraiment pas agréable de compétitionner quand il ventait ou qu’il neigeait.»

Membre de l’équipe canadienne ayant pris part aux Jeux de Turin en 2006 où il a terminé 18e, Lemay avait amorcé sa carrière sur le circuit de la Coupe du monde en décembre 2003. Des débuts mémorables puisqu’à sa troisième compétition, il avait obtenu une 10e place dans une épreuve de demi-lune disputée à Stoneham, son premier de cinq top 10 en carrière, son meilleur résultat étant une cinquième place à Lake Placid (2006). Se sont ajoutés cinq podiums en Coupe Nor-Am, dont une médaille d’or à Stoneham en 2010. C’est à l’issue de cette campagne qu’il a décidé de prendre sa retraite, lui qui avait raté sa sélection pour les Jeux de Vancouver.

«Je me suis blessé l’année de Turin (2006). Et quand je suis revenu à l’entraînement, il ne me restait que deux ans pour reprendre ma forme et me qualifier. Mais je n’étais pas à 100 %. J’ai raté ma qualification de très peu et je me suis retrouvé planchiste substitut sur l’équipe canadienne. À ce moment-là, je savais que je venais de passer mon tour et j’ai fait le constat que je n’avais peut-être plus ce qu’il fallait pour suivre les plus jeunes. J’approchais la trentaine, j’en avais un peu perdu. Et j’ai décidé d’arrêter la compétition... mais pas le snow pour autant.»

Ayant déjà commencé, après Turin, à préparer son après-carrière, Lemay a suivi le plan qu’il avait élaboré et il est retourné sur les bancs d’école. Intéressé par plusieurs champs d’études, il a finalement décidé de devenir électricien, un métier avec lequel il sentait avoir des atomes crochus, même s’il n’avait rien à voir avec les aptitudes qu’il avait développées comme athlète. Un choix qu’il n’a jamais regretté. «J’adore mon travail», dit-il.

Même si sa carrière lui avait permis de développer sa persévérance et son ardeur au travail, le planchiste de Québec indique que ce qu’elle lui avait apporté de plus précieux était l’humilité et la faculté de surmonter les obstacles. «On finit toujours par trouver une solution à nos problèmes.»

Aider les jeunes

Depuis quelques années déjà, Lemay transmet son savoir aux plus jeunes. Il est entraîneur au club de snowboard Team Bueno qui offre des cours de planche dans les différents centres de ski de la région de Québec en plus d’être rattaché au programme sports-études de l’école Le Sommet et de la concentration snowboard des écoles Cardinal-Roy et La Seigneurie.

«Je ne suis pas dans le créneau compétitif. J’aide les jeunes à devenir de meilleurs snowboarders. Je veux leur inculquer l’importance de faire de belles manœuvres et d’avoir un meilleur contrôle de soi et de leur corps pour avoir plus de plaisir en snow. Je veux aussi leur faire aimer les sauts et le half-pipe.» 

Encore capable de réaliser la grande majorité des manœuvres qu’il faisait quand il était sur le circuit de compétition à l’exception des plus techniques ou de celles demandant plus de rotation, Lemay ne traîne pas de séquelles des blessures qu’il a subies au cours de sa carrière. 

«La seule chose qui me dérange, c’est de vieillir», lance-t-il en riant. «Je suis chanceux. Je me suis toujours bien rétabli de mes blessures et je pense que c’est parce que je les ai toujours bien gérées et que j’ai pris le temps de guérir... sauf à ma dernière saison où j’ai poussé à fond pour me qualifier pour le JO. À l’époque, je pensais à court et moyen terme. Aujourd’hui, je peux dire que ça m’a servi à long terme.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants?

R Mes Jeux olympiques à Turin. Mais aussi les petites compétitions que l’on faisait chaque année en début de saison en Nouvelle-Zélande. Tous les riders étaient là, même ceux qui ne pouvaient pas se qualifier pour la Coupe du monde. C’était vraiment le fun. On voyait les amis. Et ce que j’aimais le plus, c’était les entraînements parce qu’on avait la chance de se parler, de s’encourager et de se motiver entre nous autres.

Q Idoles de jeunesse?

R Freddy Kalbermatten et Mike Michalchuck.

Q Ce qui te manque le moins?

Être obligé de faire une compétition dans de mauvaises conditions, des conditions venteuses comme ce fut le cas aux JO pour les filles. Et les blessures.

Q Plus grande qualité?

R Je pense que j’avais plus d’amplitude que pas mal tout le monde, ce qui me donnait quasiment tous mes points. J’avais un petit peu moins de rotation que les autres, mais je faisais des manœuvres un peu plus techniques que personne ne faisait et elles étaient beaucoup plus hautes.

Q Ce que tu aurais aimé améliorer?

R Je pense que j’aurais peut-être dû plus fignoler mes manœuvres avant d’en trouver d’autres. J’aurais pu changer mes grabs, par exemple.

Q Personnalité marquante?

R Mes parents, c’est certain. C’est mon père qui m’a acheté mon premier snow. Et aussi Yves Martineau, mon premier coach. C’est lui qui m’a parti. Et alors qu’il travaillait pour compagnie qui s’appelait Quantum de Québec, il m’a commandité.

Q Souhait?

R Demeurer en forme le plus longtemps possible afin de faire mon snow comme je l’aime et être capable d’inculquer mon amour pour mon sport à mon petit gars.

Q Dans 20 ans?

J’aimerais être toujours à Québec, peut-être dans une maison plus grande, qu’il y ait toujours autant de neige et que ça soit toujours aussi froid l’hiver afin de faire du snowboard.