Gabrielle Lavoie a connu un parcours assez phénoménal en escrime. Un an après avoir joint le club Estoc, elle s'est qualifiée pour les Jeux du Québec. Deux ans plus tard, elle a décoché deux médailles aux Jeux du Canada. Et alors qu'elle n'avait que 14 ans, elle a pris part aux championnats du monde cadets (-17 ans), une compétition qui lui a ouvert la porte d'une carrière internationale en escrime.
Gabrielle Lavoie a connu un parcours assez phénoménal en escrime. Un an après avoir joint le club Estoc, elle s'est qualifiée pour les Jeux du Québec. Deux ans plus tard, elle a décoché deux médailles aux Jeux du Canada. Et alors qu'elle n'avait que 14 ans, elle a pris part aux championnats du monde cadets (-17 ans), une compétition qui lui a ouvert la porte d'une carrière internationale en escrime.

Gabrielle Lavoie: une carrière impressionnante mais incomplète

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Gabrielle Lavoie n’avait que 14 ans quand elle prit part à ses premiers championnats du monde d’escrime (cadets). Et pendant une douzaine d’années, elle a défendu les couleurs du Canada sur la scène internationale. Elle égala notamment un record canadien en compétition en obtenant un top 16 et elle remporta une médaille de bronze en équipe. Mais même si elle reconnaît que sa carrière fut impressionnante, l’ex-épéiste la qualifie aussi d’incomplète.

«Je m’étais toujours dit je ne m’arrêterais pas de compétitionner tant et aussi longtemps que je ne serais pas allée aux Jeux olympiques», explique Gabrielle qui s’entraînait au club Estoc. «J’ai donné mes premières entrevues à l’âge de 14-15 ans. Quand les journalistes me demandaient quel était mon plus grand rêve, mon objectif ultime, je répondais que c’était d’aller aux Jeux olympiques. J’ai fait des Championnats du monde, des championnats panaméricains, des compétitions à travers le monde et j’ai voyagé sur presque tous les continents et j’ai été dans des pays où je n’aurais jamais été. Mais il y a le petit goût des Jeux olympiques qui n’est pas là. J’ai donc eu une très belle carrière avec un petit bémol à la fin. Elle est incomplète parce qu’il me manque un petit bout.»

La Fidéenne d’adoption insiste cependant. Elle n’a aucun regret. Et si sa carrière était à refaire, elle n’en changerait rien. Elle a adoré sa vie d’athlète-escrimeuse. Grâce à son sport, elle a appris une foule de choses qui ne sont pas enseignées à l’école et elle a vécu des expériences uniques. Sa carrière lui a aussi laissé de nombreux souvenirs mémorables et un héritage précieux qui lui ont permis de devenir la femme qu’elle est aujourd’hui.

«L’escrime m’a beaucoup forgée comme personne. Elle m’a permis d’acquérir de la discipline, de l’organisation et elle m’a donné du caractère. Des qualités qui font partie de ma personnalité aujourd’hui. Et il m’arrive d’agir comme si j’étais encore une athlète et que j’essayais de battre des records. J’ai un petit côté compétitif qui est cependant sympathique. Une partie de Monopoly, je prends ça au sérieux (rires). Aujourd’hui, je continue à aimer bouger et voyager. Je crois d’ailleurs que le fait de voyager aussi souvent m’a permis de m’ouvrir aux gens et aux nouvelles cultures et de m’intéresser à ce qui se passe ailleurs.»

Une histoire de moustache

Pour Gabrielle, originaire de Gatineau, l’escrime est une histoire de famille. Avant elle, son frère en a fait. Et si celui-ci a choisi l’épée après s’être initié à d’autres sports, c’est parce que sa cousine et ses deux cousins avaient fait le même choix quelques années auparavant.

Approchée à quelques reprises par le coach de son frangin qui aurait aimé la voir dans son club, Gabrielle avait toujours refusé de faire de l’escrime. Déménagée à Québec où son frère se joignit au club Estoc, ce fut au tour de Guy Boulanger de lui proposer de sauter sur le tapis. Elle refusa deux fois.... puis elle se laissa finalement convaincre. Elle n’avait que 10 ans. «J’ai eu la piqûre. Pourquoi j’ai dit oui à Guy? Je ne le sais pas. À la blague, il a toujours dit que ça devait être à cause de sa moustache.»

Rapidement, Gabrielle s’est imposée. Un an après s’être jointe au club Estoc, elle se qualifia pour les Jeux du Québec. Deux ans plus tard, elle prit part aux Jeux du Québec et aux Jeux du Canada à Bathurst-Campbellton où même si elle était la plus jeune de son équipe, elle fut désignée pour être la dernière participante de sa formation à la compétition par équipe. Le Québec remporta la médaille d’or. Elle mérita aussi le bronze de la compétition individuelle. 

«Le dernier match peut être crucial. Habituellement, on envoie la fille qui a le plus d’expérience. Mais c’est moi que l’on avait choisie. Il y avait beaucoup de stress, mais je l’avais bien géré. Et j’avais vraiment aimé ça. L’année suivante, à 14 ans, je me suis qualifiée pour les Championnats du monde cadets (- 17 ans), en Bulgarie. C’était super stressant, mais aussi très excitant. C’est là que j’ai eu le goût de devenir une grande escrimeuse.

«Pour moi, c’était capoté de voyager comme je le faisais à l’âge que j’avais. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que je ressentais quand je débarquais dans un pays que je ne connaissais pas, où on parlait une langue que je ne connaissais pas et que je me retrouvais face à des compétiteurs de plein de pays, des athlètes qui étaient tous des champions. Ça marque une enfance.»

Selon le plan de carrière qu’elle avait élaboré avec son Guy Boulanger, c’est en 2016 (Rio de Janeiro) ou en 2020 (Tokyo), au moment où elle aurait été au sommet de son art et de sa condition physique, que Gabrielle aurait eu les meilleures chances de vivre son rêve olympique. Mais les choses se sont bousculées et elle a commencé à rêver aux JO de Londres. Elle a d’abord égalé un record canadien en décrochant un top 16 lors des championnats du monde junior, une performance qui lui fit réaliser qu’elle avait le potentiel pour se hisser parmi l’élite mondiale. Par la suite, elle compétitionna sur l’équipe nationale senior qui lutta pour une place pour les Jeux de 2012. 

«Pendant un an, un an et demi, on a cru en nos chances. Il fallait être dans le top 8 mondial et on se situait entre la 5et la 7position. Mais un classement peut beaucoup changer en une seule compétition. On n’a pas réussi à se classer. Et j’ai été très déçue. 

«Par la suite, il m’est arrivé un paquet d’affaires. Après une année difficile au niveau de mes résultats individuels, j’ai perdu mon financement d’athlète. Et ce n’était pas facile de me trouver des commanditaires. J’ai aussi dû composer avec des blessures. Il y a eu l’histoire de la relocalisation du Centre national d’entraînement et le départ de plusieurs athlètes et de coachs du club Estoc. Tout ça a fait en sorte que c’est devenu difficile pour moi de faire de l’escrime. J’allais au club et je passais mon entraînement assis sur le banc à regarder mon épée. Je n’avais pas envie d’aller sur le tapis. C’est comme si une partie de ma passion s’était éteinte.»

Gabrielle décida de prendre une pause de son sport afin de retrouver sa motivation. Elle revint ensuite à l’entraînement, mais ne retrouva pas son feu sacré. Elle retourna en pause. Après un an et demi de tergiversation et de réflexion, elle accrocha son épée pour de bon.

«En compétition, je me faisais battre par des filles que j’avais toujours battues. Et je revenais tout le temps chez moi en pleurant. J’étais frustrée. C’est quand même à contrecœur que j’ai décidé de prendre ma retraite Mais j’étais rendue là.»

La jeune femme indique que son deuil ne fut pas facile à faire. Son deuil du sport, de son statut d’athlète, mais aussi de son identité. Elle avait toujours été Gabrielle Lavoie, l’escrimeuse et l’athlète internationale. Qui serait-elle dorénavant? Et il fallait qu’elle redéfinisse et qu’elle trouve quelle serait sa version 2.0. Elle dut finalement faire le deuil social et affectif de ses amis, des gens du milieu de l’escrime qu’elle voyait autant à l’entraînement qu’en dehors.

C’est dans ses études que Gabrielle a décidé de mettre ses énergies au lendemain de sa retraite. Elle a terminé son bac en communication à l’Université Laval et elle a ensuite fait une maîtrise. «Je me suis vengée dans les études afin de me valoriser, de me définir et de préparer mon après-carrière. Comme j’étais en communications, j’ai pensé travailler dans le monde du sport à la fin de mes études. Ça aurait été débile! Mais je me suis dit que si je restais dans le sport, la coupure avec ma carrière ne se ferait pas. Et j’ai finalement orienté mes choix professionnels vers une autre tangente.»

C’est chez Desjardins que la jeune femme a amorcé sa nouvelle carrière en communications. Un emploi qu’elle adore dans une entreprise pour laquelle elle a eu un coup de cœur. «Je ne pouvais pas espérer mieux. Par moment, mon statut d’athlète me manque. Comme lorsque sont présentés les Jeux olympiques. Mais je ne suis pas triste pour autant et ça ne m’empêche pas d’avancer, d’apprécier la vie et de mordre dedans. Je suis très heureuse aujourd’hui.» 

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QUESTIONS/RÉPONSES

Gabrielle Lavoie a participé deux fois aux Jeux du Québec. Ceux de Rimouski en 2001 et de Portneuf (photo) en 2003.

Q Fait marquant

D’être allée aux Jeux du Canada à 13 ans, une compétition qui réunissait des athlètes de moins de 17 ans. J’étais la plus jeune de la formation d’escrime et c’est moi qui avais hérité de la position la plus stressante, soit celle de terminer les matchs de la compétition par équipe. Nous avions gagné la médaille d’or et au niveau individuel, j’avais remporté le bronze. J’étais très jeune, j’étais au Canada, mes parents étaient dans les estrades et il y avait beaucoup de monde sur place qui me connaissait. C’est sûr que ce n’est pas un résultat international. Mais ça reste dans mes plus beaux souvenirs. Il s’était passé quelque chose de magique à ce moment-là.

Q Performances marquantes

Mon top 16 individuel aux championnats du monde junior en Turquie. Et la médaille de bronze en équipe que nous avons gagnée au Qatar. On avait battu la France et ce n’était pas supposé arriver parce que théoriquement, les Françaises étaient meilleures que nous. J’étais à ce moment-là la plus jeune sur l’équipe senior. Et quand je me suis retrouvée sur le podium avec mes deux coéquipières entourée des filles de l’Italie et de la Pologne, si je me souviens bien. Je me suis dit : «tu ne peux pas pleurer parce que tu es émotive et que tu vis un grand moment. Tu vas avoir l’air d’une petite fille». J’étais sur un nuage. On dirait que je ne réalisais pas ce que je venais de vivre. Je me souviens que j’avais appelé ma mère et aussi que notre directeur de fédération nous avait écrit. Et c’est à ce moment-là que l’on a fait «OK, on a peut-être des chances d’aller aux Jeux olympiques en équipe en 2012».

Q Ce qui te manque le plus de ta carrière d’athlète

R Le sentiment d’appartenance à un sport, à une équipe, à une famille.

Q Ce dont tu ne t’ennuies pas

R Réparer mes épées. On a quand même beaucoup d’équipement en escrime. Et réparer mes épées et toutes les arranger la veille d’une compétition parce ce que tu as des tests très techniques à faire, c’était le bout que j’aimais le moins. Je ne m’ennuie également pas de faire mes valises. Je me souviens de tournées en Europe où nous devions prendre part à des camps d’entraînement et des compétitions. Nous devions nous rendre dans des pays où il faisait très froid et d’autre où c’était très chaud. C’était un casse-tête de faire sa valise. C’était épouvantable.

Q Avais-tu des idoles

Sherraine Schalm, la meilleure Canadienne à l’épée. Mais c’est sûr que quand je suis devenue sa coéquipière, il a fallu que j’arrête de l’idolâtrer. Et Charles St-Hilaire, pour sa force mentale, sa façon d’aborder les compétitions et le fait qu’il n’abandonnait jamais. Même si c’était un modèle masculin, il fut un très bon modèle parce qu’il était près de moi. Sherraine, c’était mon idole à cause de ses résultats et de sa prestance. J’étais moins proche d’elle que je l’étais de Charles, qui lui, a été mon idole en tant que personne. J’ignore s’il le sait. Je pense que je ne lui ai jamais dit.

Q Dans 10 ans, tu te vois où

R Je me vois encore chez Desjardins, probablement encore aux communications parce que, pour l’instant, j’adore ça. Peut-être mariée, peut-être avec des enfants. J’arrive dans la trentaine. Ce sont les prochaines questions que je devrai me poser. Je me vois cependant encore assez active. Je pense que mon but, ça serait de l’être jusqu’à 70 ans et même jusqu’à ce que l’on me dise que je ne peux plus bouger.

Q Rêve ou défi

R Depuis que j’ai rencontré mon copain, j’ai commencé à faire de la course en montagne comme des ultra trails. Je devais prendre part à quelques épreuves cet été, mais elles ont toutes été annulées à cause de la COVID. J’aimerais peut-être un jour courir un 40 ou un 60 km en montagne. Si mon chum m’entendait, il me regarderait avec de gros yeux parce que je ne lui ai pas dit que je voudrais faire ça (rire). Mais un moment donné, j’aimerais prendre part à une épreuve de longue distance en montagne. Pas un 180 km. C’est trop. Mais courir un 40-60 km, ça pourrait peut-être un prochain défi personnel.