François-Olivier Roberge en 2010
François-Olivier Roberge en 2010

François-Olivier Roberge: une carrière au-delà de ses attentes

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Le jour où il a commencé à rêver aux Jeux olympiques, François-Olivier Roberge souhaitait prendre part à la grande messe du sport amateur une fois dans sa vie. Et jamais l’idée d’y aller deux fois ne lui a effleuré l’esprit. L’ex-patineur de vitesse a donc vu sa seconde qualification comme un important accomplissement, probablement le plus important de sa carrière sportive.

«Même si entre 2006 et 2010, je m’attendais à avoir une carrière plus productive en terme de résultats et même si je n’ai jamais gagné de médailles aux JO, je suis allé au-delà de mes attentes», avoue Roberge. «Avoir réussi à mettre les choses en place deux fois pour me classer pour les Jeux, c’est pas mal ma plus grande fierté. Le Canada était tellement fort que juste se qualifier sur l’équipe nationale qui allait aux Jeux, c’était un grand succès.»

Tombé dans le sport quand il était enfant, Roberge a touché à plusieurs disciplines avant de commencer à pratiquer le patinage de vitesse courte piste, un sport qu’il découvrit par hasard via des voisins qui le pratiquaient. Rapidement, il connut du succès aux niveaux provincial et national. Si bien qu’à l’âge de 15 ans, il décida de concentrer toutes ses énergies sur la patinage de vitesse afin de voyager et de voir jusqu’où ses aptitudes et son talent pourraient l’amener. Et l’année suivante, il prit part aux Championnats du monde junior. 

«C’est aussi à cette période-là que j’ai commencé à rêver aux Jeux olympiques. Parce que quand j’étais jeune, les JO ça ne me disait rien. J’ai aussi su que c’est en longue piste que je voulais compétitionner. J’avais de bons résultats en courte piste, mais c’était moins moi. Ce que je voulais, c’était de me battre contre un chrono.»

Le longiligne patineur quitta donc l’aréna pour faire son entrée à l’Anneau de glace Gaétan-Boucher. Seul de son groupe à avoir choisi le longue piste, il se retrouva du jour au lendemain aux côtés d’athlètes compétitionnant sur le circuit de la Coupe du monde et dont certains avaient participé aux Jeux olympiques.

«J’étais encore adolescent et je m’entraînais avec les meilleurs. J’étais sur la même glace qu’un gars comme Éric Brisson qui avait été mon coach quand j’étais plus jeune et qui était allé aux Olympiques de 2002. J’étais pas mal intimidé et j’avais beaucoup de pression. Ma manière d’y répondre fut d’avoir une bonne éthique de travail et de faire ce que les entraîneurs me disaient de faire.

«Je crois que le fait d’être arrivé dans ce milieu-là où j’étais non seulement le plus jeune mais où j’étais entouré de vedettes a fait en sorte que j’ai voulu prouver que j’étais capable d’aller vite mais surtout de faire la job. J’étais capable de suivre les consignes, de me dépasser à l’intérieur d’un entraînement et de démontrer de la maturité là-dedans. Je voulais prouver que j’étais capable de faire partie de l’équipe. Et être dans la gang, c’est quelque chose qui me motivait.»

L’ex-patineur ne cache pas que le fait de se retrouver entouré de vedettes avait joué un rôle déterminant dans sa progression. Il explique que même si le patinage de vitesse longue piste est un sport individuel quand un athlète se retrouve sur la ligne de départ, il est un sport d’équipe lorsque les patineurs doivent s’entraîner. Il ajoute que ce sont les meilleurs qui permettent aux autres de s’améliorer. «La grande majorité des patineurs va bénéficier du fait d’être dans un groupe, de s’entraîner ensemble et de se pousser les uns les autres.»

Auteur de top 10 et même de top 5 sur le circuit de la Coupe du monde, Roberge prit aussi part aux Jeux olympiques deux fois. Il alla d’abord à Turin en 2006. Il n’avait que 20 ans. Une participation qu’il qualifie de cadeau. Mais comme son plan de développement avait été élaboré en fonction des Jeux de Vancouver, il se rendit en Italie avec l’objectif de réaliser la meilleure performance possible, de prendre de l’expérience et de vivre pleinement ces premiers Jeux en prévision de 2010.

«À Turin, je ne sentais aucune pression. C’est moi qui m’en mettais. À Vancouver, c’était différent. On sentait que tout le pays était derrière nous et c’était extraordinaire. Mais en même temps, je sentais beaucoup de pression.»

Les bancs d’école

C’est dans les semaines suivant les Jeux de Vancouver que Roberge décida de graduellement délaisser sa carrière de patineur. Poursuivre aurait signifié amorcer un cycle de quatre ans qui l’aurait mené aux Jeux de Sotchi. Vingtième à Vancouver, il savait qu’il avait atteint un plateau et que pour recommencer à progresser, il devrait apporter des changements à son entraînement et possiblement aller à Calgary. Quelque chose qu’il avait toujours balayé du revers de la main.

Étudiant au bac en communications, il décida de retourner sur les bancs d’école à temps plein et de continuer à patiner sans toutefois prendre part à des compétitions. Mais à la fin du mois de septembre, il décida d’accrocher ses patins pour de bon. «J’ai réalisé que c’était sur les bancs d’école que j’étais à ma place. Je n’étais plus prêt à avoir le style de vie d’un athlète - on disait avant de s’imposer des sacrifices - . J’étais bien heureux de pouvoir rester à Québec et de pouvoir voir mes amis. Et je m’étais toujours dit que je ne serais pas un athlète qui ferait sa carrière à moitié. 

«La décision de me retirer ne fut pas une décision difficile à prendre. C'est d'aller l'annoncer à mes entraîneurs Robert Tremblay et Gregor Jelonek qui le fut. C’était comme quitter quelqu’un que l’on aime. Mais ils ont compris. Les coachs à Québec ont toujours été très pro école et pro cheminement de vie. Et dans mon cheminement de vie, j’étais rendu là. Donc, ça s’est bien fait. À ce moment là, je ne pensais jamais revenir un jour dans le monde du patinage de vitesse. Je pensais avoir fait le tour et que j’étais rendu ailleurs.»

Ses études terminées, Roberge vit les portes du journalisme s’ouvrir toutes grandes à sa sortie de l’université. Il travailla d’abord à Radio-Canada puis il fut engagé au Soleil où sa première assignation fut la couverture du Grand prix cycliste Québec-Montréal. Une opportunité qu’il sut saisir pour démontrer tout son talent.

«L’époque où j’ai travaillé comme journaliste fut extraordinaire. C’est un moment de ma carrière que j’ai vraiment adoré, spécialement la période où j’ai rédigé ma chronique olympique. C’était pas mal ce que je voulais faire, soit présenter des gens, raconter des histoires, faire connaître d’autres sports et d’autres façons de bouger et donner aux gens le goût de faire de nouvelles activités physiques», lance l’ex-patineur qui ne cache pas que sa réputation, son passé olympique et son bagage lui donnaient un certain avantage quand venait le temps de réaliser des entrevues avec des athlètes parce qu’il pouvait rapidement gagner la confiance de ses personnes qu’il interviewait. «Les athlètes avaient beaucoup moins de retenue. Je pouvais ainsi aller plus facilement dans certaines zones.»

C'est de nouveau le hasard qui a amené Roberge à se joindre à la Fédération de patinage de vitesse du Québec. Obligé de composer de semaine en semaine avec de l’incertitude au niveau de son horaire de travail, une incertitude qui n’était pas compatible avec le fait que sa conjointe et lui désiraient fonder une famille, il apprit lors d’une banale conversation avec Robert Dubreuil que la FPVQ était à la recherche d’un responsable des communications.

«Je n’étais pas vraiment à la recherche d’un emploi. Mais quand j’ai pensé sérieusement à ce que Robert m’avait dit, je l’ai recontacté pour lui dire que j’étais son homme. Je voulais faire des communications, je désirais être dans le monde du sport, je voulais avoir un emploi à Québec, le patinage de vitesse, c’était mon sport et la FPVQ, c’était ma fédé.

«Aujourd’hui, je suis très heureux, En tant que directeur des communications et du développement, mon travail est de contribuer à faire connaître le patinage de vitesse et à faire connaître les athlètes et à les valoriser. Je pense que mon but est de donner le goût à la population de bouger et d’essayer des sports. Et ce qui me motive en ce moment, c’est le centre de glace. Il va grandement faciliter mon travail.»

Ayant complètement délaissé le patinage de vitesse, c’est à la course à pied que Roberge s’adonne maintenant et qu’il retrouve la satisfaction de s’accomplir. «Je cours mais à l’intérieur d’un équilibre qui est ma blonde, ma famille, mon travail et mes amis. Je fais entrer la course dans va vie. Et je ne fais pas de courses organisées, je ne vise pas d’être le meilleur au monde. Je vise juste de m’améliorer dans l’équilibre de ma vie.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

François Olivier-Roberge en 2020. Directeur des communications et du développement à la Fédération québécoise de patinage de vitesse, François-Olivier a pris part aux épreuves de 1000 m des Jeux de Turin et de Vancouver. Entre les deux, il a aussi été journaliste, notamment au <em>Soleil</em>.

Faits marquants

R Mes deux qualifications pour les Jeux olympiques.

Performance marquante

Ma course de sélection pour les Jeux olympiques de 2010. En patinage de vitesse, la sélection olympique, c’est une course. Pour moi, c’était un 1000 m qui dure une minute huit secondes et quelques centièmes. Et je n’avais pas les meilleurs mois de ma carrière à ce moment-là. Mais j’ai comme tout mis parfaitement en place pour réussir à me qualifier. Je l’ai fait par deux ou quatre centièmes de secondes. D’avoir réussi à maîtriser la plus grande pression de ma carrière et d’avoir élevé mon niveau à ce moment-là, c’est pas mal ce qui me rend le plus fier. Ma meilleure performance, c’est ça.

Qu’est-ce qui te manque le plus de ta carrière

R Les voyages à répétition un peu partout dans le monde.

Ce qui ne te manque pas

R Les camps d’entraînement répétés à Calgary.

Entraîneurs marquants

Gregor Jelonek et Robert Tremblay

Q Plus grande qualité d’athlète

Mon dévouement pour mon sport

Q Ce que tu aurais aimé changer

R Étant très dévoué au patin, je ne voulais pas que les à-côtés me dérangent. Et souvent cela m’a empêché de profiter autant que j’aurai pu des occasions de voyages uniques que j’ai eues. Aujourd’hui, je me dis que j’aurais aimé en profiter un peu plus. J’ai eu la chance d’aller en Chine. Quand vais-je retourner en Chine? Mais ça n’est pas un regret. Car si je n’avais pas été aussi dévoué, est-ce que je me serais rendu là?

Dans 10 ans

R Absolument dans le monde du sport. Et je me vois en communication sportive. 

Rêve ou défi

Annuellement, dans mes entraînements de course à pied, je me mets un défi de temps. Je devrai donc le réaliser au cours des prochaines semaines. Mais je garde le temps pour moi (rire).