Même si elle a tourné la page sur sa carrière en cyclisme il y a presque 20 ans, Florence Hamel demeure très active physiquement. C’est maintenant dans la région de Toronto, où elle habite, qu’elle pratique le vélo de route et le cross-country.

Florence Hamel: l'esprit de famille

Florence Hamel n’avait que 17 ans quand sa carrière en cyclisme a pris fin. Promue dans l’équipe nationale après avoir obtenu de beaux succès avec l’équipe du Québec, elle était pourtant vouée à un bel avenir. Mais après quelques mois de tergiversations, l’esprit de famille qui l’animait a eu le dessus sur son rêve sportif.

«L’accident de ma sœur Annie m’avait beaucoup bouleversée et il m’avait poussée à me remettre en question», raconte Florence qui avait pris tout le monde par surprise en annonçant sa retraite en juin 2000. Mais elle avait repris l’entraînement après une brève pause. «Ayant été invitée sur l’équipe nationale sur route, j’étais rendue au point où il aurait fallu que je me tourne vers le vélo à plein régime. Comme je terminais mon secondaire, je savais aussi qu’il faudrait que je mette plus d’énergie dans mes études au niveau collégial. Et pour plusieurs raisons, le mariage du cyclisme avec les études était difficile. Je devais donc prendre une décision.»

Lors une chute à vélo de montagne qui semblait sans conséquence et l'ayant blessée légèrement au genou, Annie Hamel a attrapé une virulente bactérie nommée clostridium perfringens à fasciite nécrosante (bactérie mangeuse de chair). Après avoir frôlé la mort, elle a séjourné plus de trois mois aux soins intensifs de l'hôpital Sacré-Cœur, où elle a aussi évité de peu l'amputation. Par la suite, elle a dû réapprendre à marcher.

«Ce qui était arrivé à Annie ayant beaucoup resserré les liens familiaux, j’ai senti le besoin de me rapprocher d’elle et d’aller la rejoindre à Ottawa où elle faisait son bac à l’université, explique Florence. Vivre avec elle, c’était aussi une belle occasion de faire mes études collégiales en anglais. J’ai donc pris ma retraite.»

Florence n’a jamais remis en question sa décision. Appuyée par les membres de sa famille, elle a pris sa nouvelle route. «Même si ce sont tous des gens qui ont toujours prôné le dépassement de soi, ils ne m’ont jamais dit : “Il n’est pas question que tu arrêtes, tu es capable d’aller plus loin.” Ils m’ont soutenue et ils ont essayé de m’aider à comprendre des choses.

«Je n’ai qu’un seul regret. C’est de ne pas savoir jusqu’où j’aurais pu vraiment aller comme athlète. Mais la vie m’a emmenée ailleurs. Je suis heureuse. Notre famille est encore hyper proche et unie. Et je suis très reconnaissante de tout ce que le vélo m’a apporté. Il m’a aidée à me développer et il m’a appris à persévérer et à me dépasser tout en me donnant beaucoup de plaisir, celui d’être dehors. L’île d’Orléans, c’était mon terrain de jeu. Et si j’ai dû faire un deuil de la compétition, je n’ai jamais eu à faire un deuil du vélo parce que je n’ai jamais arrêté de rouler. Le cyclisme sur route demeure mon sport numéro un. Et je fais encore du vélo de montagne avec les enfants.»

Route et montagne

Florence avait neuf ans quand elle a commencé à pratiquer le vélo de route et s’est jointe au club cycliste de Beauport qui était à la recherche d’une athlète afin de compléter les cadres de l’équipe pee-wee régionale qui prenait part aux Jeux du Québec de Gaspé. Adorant le vélo et inspirée par sa sœur Annie, elle a tenté sa chance, s’est entraînée et a été choisie dans l’équipe en étant surclassée. Ont suivi trois autres participations aux Jeux du Québec, des Coupes du Québec et des championnats québécois et canadiens où elle a récolté de nombreuses médailles.

«À mi-chemin dans ma carrière, j’ai de nouveau suivi les traces de ma sœur et j’ai essayé le vélo de montagne. J’ai eu la piqûre. J’étais jeune et j’avais beaucoup d’énergie. Pendant une année, j’ai fait les deux circuits. Et j’ai fait des podiums sur les deux. J’ai vraiment eu beaucoup de chance de porter les couleurs des équipes du Québec et du Canada mais aussi d’être supportée et encadrée par d’excellents coachs comme Stéphanie Giguère et Marc Dufour. J’ai eu le plaisir de rouler tout en ayant beaucoup de succès.»

Ses études collégiales terminées, c’est en sciences infirmières à l’Université Laval que Florence s’est inscrite. Son diplôme lui a permis de travailler à Montréal en première ligne dans le milieu hospitalier. Comme son conjoint et elle désiraient offrir la chance à leurs deux garçons de devenir bilingues en bas âge, ils ont déménagé il y a trois ans à Toronto, où son chum avait une occasion d’emploi. De son côté, elle travaille maintenant en pédopsychiatrie. Elle ne cache pas cependant que l’éloignement avec sa famille devient de plus en plus difficile. Si elle arrive à composer avec la situation, elle ne peut s’empêcher de penser à ses enfants qui sont loin de leurs grands-parents, de leurs oncles et tante et de leurs cousins et cousines.

«On retourne régulièrement à Québec. Et ma famille vient nous visiter. Mais même si j’aime bien le milieu où je demeure, c’est défini qu’un jour, je retournerai à mes racines et que je me rapprocherai de ma famille.»

Adepte de l’activité physique, Florence demeure très active. Outre le vélo de route et le vélo de montagne, elle aime le cross-country. «Me retrouver dans le bois me permet de me ressourcer.» La jeune femme aime aussi toujours autant la compétition. Et quand elle décide de prendre part à une épreuve, elle s’entraîne rigoureusement afin d’offrir une performance optimale. «C’est dans le fin fond de moi, j’ai l’esprit compétitif. J’adore me dépasser. Quand je prends un départ, il y a une question de résultats. Est-ce que je suis mal faite? Je ne le pense pas.» 

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant

R Une deuxième place aux Championnats canadiens junior. Ç’a été une compétition marquante parce qu’elle m’a permis d’avoir un laissez passer une Coupe du monde en Allemagne. Et à ma dernière année chez les cadettes, ma participation aux Canadiens junior où j’étais surclassée. J’avais fini deuxième derrière Geneviève Janson.

Q Plus grande déception

R Ma deuxième place derrière Geneviève Janson. À l’époque déjà, on savait qu’elle était dans l’univers du dopage. Elle m’a donc privée d’un titre de championne canadienne et d’une participation aux Championnats du monde. Mais je ne lui en veux pas personnellement. Elle était jeune et naïve possiblement. Et était mal conseillée.

Q Entraîneurs marquants

R Stéphanie Giguère et Mario Dufour. C’est incroyable à quel point Stéphanie Giguère m’a encouragée, supportée et poussée pour que je me rende où je suis rendue. Et Marc Dufour. Comme Stéphanie, il a cru en moi. Il m’a aidée à me dépasser et à aimer le cyclisme. Les deux m’ont transmis leur passion.

Q Ce dont tu t’ennuies le plus

R Tout ce qui entoure le cyclisme : l’esprit qui l’anime, l’effet de groupe, le sentiment d’appartenance. Pendant sept ans, j’ai fait partie d’une équipe. On avait des liens serrés, on s’encourageait. C’était une autre famille pour moi.  

Q Modèle de jeunesse

R C’est certain, ma sœur Annie. C’est ce qui fait que j’ai un peu suivi le même chemin qu’elle. Et Lyne Bessette, que j’ai rencontrée à un camp d’entraînement en Virginie. C’était pour moi, c’est une icône. Elle m’a inspirée sa rigueur et sa ténacité incroyable ce qui m’a amené à toujours m’accrocher.

Q Dans 10 ans

R Je serais aussi sportive que je le suis aujourd’hui, c’est certain. Je souhaite pouvoir prendre part à des courses avec nos enfants. Ce que j’aimerais c’est d’avoir la même énergie afin de pouvoir les challenger et même les pousser.

Q Rêve

R J’ai toujours aimé le cross-country. J’aimerais pousser un peu plus et prendre part à une épreuve de longue distance. Et comme ma soeur est capable d’en prendre et qu’elle aime aussi courir dans le bois, j’aimerais ça participer à cette compétition en équipe avec elle.