Habitant maintenant la ville de Calgary, l'ex-footballeur du Rouge et Or Étienne Légaré est maintenant un adepte de vélo de montagne, en été, et de ski et de snowboard, en hiver.
Habitant maintenant la ville de Calgary, l'ex-footballeur du Rouge et Or Étienne Légaré est maintenant un adepte de vélo de montagne, en été, et de ski et de snowboard, en hiver.

Étienne Légaré: un destin changé par un match

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Contrairement à bien des jeunes, Étienne Légaré n’a pas rêvé de jouer chez les pros la première fois qu’il a mis des épaulettes et un casque de football. Et quand il s’est joint au Rouge et Or, il n’avait aucune ambition d’évoluer dans la LCF. Mais en un seul match, son destin a changé, une rencontre au cours de laquelle il réussit trois sacs du quart et où il a été complice d’un autre aux dépens de Liam Mahoney, des Stingers, un athlète reconnu pour sa mobilité.

«On va se le dire, j’ai eu un début de carrière bien ordinaire à l’Université Laval», explique l’athlète originaire de Saint-Raymond-de-Portneuf. «Je n’ai pas brisé de records. J’étais un joueur qui apprenait. Puis en septembre 2008, il y a eu mon fameux match à Concordia. La semaine suivante, la Ligue canadienne a publié sa liste mise à jour des 10 plus beaux espoirs pour le repêchage de 2009. Et mon nom y apparut au cinquième rang. Sur le coup, je me suis dit : «c’est quoi ça?». Mais les gens ont commencé à me dire que je pourrais avoir des chances de jouer pro.

«Tout ça a eu comme un effet de boule de neige chez moi. Je me suis rendu compte que si je continuais à travailler fort et à faire ce que je faisais, j’aurais peut-être l’opportunité de jouer au football après l’université. Ç'a été une nouvelle motivation. Ça m’a donné des ailes. On avait tellement une bonne équipe. Sur la ligne avec moi, il y avait des gars comme Jean-Philippe Gilbert, Marc-Antoine Labbé Fortin, Marc-Antoine Beaudoin-Cloutier. J’étais choyé. Je me suis dit : «il faut que je continue, let’s go la vie est belle».

Pour le natif de Saint-Raymond, l’Université Laval avait été la destination la plus logique à la fin de ses études collégiales. Non seulement il pourrait jouer devant ses parents et amis mais de plus, le programme du Rouge et Or était l’un des meilleurs au pays. Il explique d’ailleurs que c’est après avoir reçu le coup de téléphone de Glen Constantin, qui l’invitait à visiter les installations lavalloises, qu’il avait pris sa décision de jouer avec le Rouge et Or.

Considéré comme l’un des meilleurs à sa position au niveau collégial, le joueur de ligne défensive se rendit cependant compte à son arrivée avec le RO à quel point le calibre des athlètes qui l’entouraient était élevé. «Mes premières années furent difficiles. Il y a eu beaucoup d’apprentissage. Mais ce furent de belles années parce que l’on apprend tellement avec de bons entraîneurs comme Glen (Constantin), Pepe (Francesco Pepe Esposito) et Marc (Fortier). Quand je suis arrivé chez les pros, j’ai vu comment la préparation d’avant-match était semblable à celle qu’ils m’avaient donnée avec le RO. Ça m’a pris du temps à émerger et à voir du terrain. Mais grâce à eux, j’ai beaucoup progressé.

«Quand je repense à Laval, je n’ai juste de bons souvenirs. D’ailleurs, quand je suis passé au niveau professionnel, je me suis ennuyé des boys. On avait tellement une belle gang et du bon monde. Et je me disais que je serais prêt à donner n’importe quoi pour jouer une autre saison à Laval ou même juste un match.»

Avec les Argonauts

Choisi le joueur de ligne par excellence au pays à l’issue de la campagne 2008, Légaré devint un incontournable pour les équipes de la LCF lors du repêchage du printemps suivant. Et ce sont finalement les Argonauts, qui parlaient deuxièmes, qui le choisirent. Le joueur de ligne défensive indique qu’il avait ressenti le sentiment d’avoir accompli quelque chose quand il avait eu la confirmation de sa sélection, le même que quand il avait gagné la Coupe Vanier en 2008. «Et je me suis dit qu’un nouveau chapitre de ma carrière commençait.»

Légaré eut un choc à son arrivée, quelques semaines plus tard, au camp d’entraînement des Argos. Il n’en revenait tout simplement pas de la qualité des athlètes qu’il côtoyait. 

«Tu ne peux plus juste avoir de bons résultats. Tu es rendu au niveau où il faut que tu saches exactement ce que tu fais parce qu’il n’y a plus beaucoup de marge de manœuvre. De plus, je me retrouvais au sein d’un système défensif que je ne connaissais pas. C’était une grosse transition. Et j’ai eu de la misère. La marche entre le football universitaire et le football pro était pas mal haute. Mon premier camp d’entraînement a été difficile. Mais la bonne chose c’est que quand tu fais face à de nouveaux challenges, tu dois trouver des outils pour être capable de performer. Et tous les nouveaux apprentissages que j’ai faits aux niveaux technique et tactiques m’ont permis d’augmenter mon niveau de jeu.»

Le natif de Saint-Raymond a évolué pendant cinq saisons dans la LCF. Après avoir défendu les couleurs des Argos, il a joué avec les Eskimos et les Stampeders. Faisant le bilan de sa carrière, Légaré mentionne qu’il est positif même si sa carrière a été teintée de quelques nuances de gris à cause des blessures. Comme bien des joueurs de la LCF, il a aussi dû composer avec la possibilité de perdre son emploi du jour au lendemain, une perspective qui selon lui, enlevait un petit peu de plaisir à la pratique du football.

«Il y avait toujours quelque chose qui nous flottait au-dessus de la tête. On ne pouvait pas s’empêcher de penser que si on était retranché, on n’aurait plus de travail. Le football pro, c’est une business. Tu dois toujours penser que pour avoir un bon contrat il faut que tu réussisses des plaqués et des sacs pendant les matchs. C’est dur de se dire «non je ne pense pas à l’argent». Le seul temps où tu peux le faire c’est quand tu as une bonne saison et de bonnes stats. Et c’est certain que quand tu reviens d’une blessure. Il y a beaucoup plus de pression chez les pros pour que tu performes.»

Légaré avait quand même savouré chaque moment passé dans la LCF, ses années à Edmonton, où il a notamment joué avec Mathieu Bertrand et quelques autres Québécois, étant celles où il a eu le plus de plaisir. «On avait une belle gang. L’esprit d’équipe avec les Eskimos est ce qui ressemblait le plus à ce que j’avais connu à Laval. J’ai vraiment eu une belle carrière. J’ai connu du monde, j’ai voyagé. Je n’ai pas de regrets.»

Le joueur de ligne défensive ne le cache pas. Il aurait aimé évoluer plus de cinq saisons dans la LCF. Mais en 2013, à la suite d’une sérieuse commotion, il a pensé à sa santé et à son avenir et il a décidé d’accrocher ses crampons. Une décision sans appel même s’il n’était pas prêt à 100 % à arrêter de jouer. Mais même si sa carrière de footballeur était derrière lui, il a continué à s’entraîner.

«J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à m’entraîner. Et j’ai continué à le faire comme si je devais me préparer pour la saison suivante. Je pense que ça m’a beaucoup aidé au niveau mental à faire ma transition entre le football et ma nouvelle vie.»

Légaré dit qu’il avait aussi apprécié ne plus devoir assister à des meetings le matin à 6h et ensuite de se taper deux heures de vidéo avant d’aller s’entraîner et le fait de ne plus avoir mal partout quand il se levait le matin ou d’avoir une cheville ou un genou enflé. 

«Pendant les premiers mois de ma retraite, j’ai trouvé ça pas mal plaisant. Mais un moment donné, je me suis rendu compte que mon cercle social avait beaucoup diminué. Je ne voyais plus mes 50-60 coéquipiers. Et ça me manquait. Et la game me manquait. Je me demandais aussi dans quel domaine j’irais travailler. Comme j’avais décidé de rester dans l’Ouest, j’y avais rencontré ma femme, ce n’était pas aussi facile que si j’étais retourné au Québec. Mais dans l’ensemble, ma transition n’a pas été si pire que ça.»

Légaré a d’abord travaillé dans le domaine de la construction. Mais au bout de deux ans, il est retourné aux études et il a obtenu un diplôme d’inspecteur dans l’industrie du pétrole et du gaz. Et malgré ses obligations professionnelles et familiales, il est papa d’un petit garçon, il est demeuré un mordu d’entraînement.

«Ça me fait du bien au niveau physique et mental d’aller pousser de la fonte et de courir. Je le ferai tant et aussi longtemps que j’en serai capable. J’ai aussi commencé à pratiquer des sports individuels. Je fais beaucoup de vélo de montagne l’été. L’hiver, c’est le ski et le snowboard. Ce sont mes passions maintenant. Et je suis toujours aussi compétitifs. Sauf que je me bats contre moi-même.

«Et c’est la même chose dans mon travail. J’ai la même drive que j’avais au football. Je regarde toujours en avant et je cherche toujours à atteindre le niveau suivant. Je veux faire partie du petit groupe d’individus qui figurent parmi les meilleurs. C’est ça qui me motive.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Étienne Légaré en 2008

Q Fait marquant?

Ma saison 2008 avec le Rouge et Or. Collectivement, on a eu une saison parfaite (8-0) et on a gagné la Coupe Vanier. Personnellement, j’ai remporté le Trophée J.P. Metras en tant que meilleur joueur de ligne au pays. Ç'a été une année de rêve.

Q Performance marquante?

Quand les Dinos de Calgary sont venus jouer à Laval pour la demi-finale canadienne de 2008. Je me souviens que les médias parlaient des boeufs de l’Ouest qui s’en venaient à Québec. Mais on a complètement détruit les Dinos. Ça a été une performance incroyable du Rouge et Or qui a été dominant à tous les niveaux. Je m’en souviens encore. Je me souviens de certains jeux, d’avoir frappé du monde, etc.. Ça va me rester dans la tête toute ma vie.

Q Ce qui te manque le plus?

C’est de frapper des adversaires et de savoir que je leur fais mal... mais pas dans le sens de le blesser. Parce que je n’ai jamais frappé un joueur pour le blesser. Je voulais juste emmener les gars à terre. Faire mal, c’est dans le sens que tu détruis les espoirs de celui qui a le ballon de faire un gain. Tu lui fais mal parce que tu l’empêches de faire le travail qu’on lui avait demandé et qu’à cause de ça, son équipe est au même point sur le terrain. Voir le porteur de ballon qui s’en vient vers la ligne et BANG! le frapper et arrêter son momentum, ça me procurait un sentiment incroyable qui est difficile à décrire. C’est ça qui me manque. Et je sais que je ne le referai jamais.

Q Ce dont tu ne t’ennuies pas?

Les blessures. Les gens ne s’en rendent pas compte, mais dès que tu commences le camp d’entraînement, au premier jour, au premier entraînement, tu es dans une pente descendante. Les bobos, ça n’arrête pas. Ça peut être aussi banal que d’avoir un bleu sur une hanche ou sur un bras que d’avoir la moitié de l’épaule déchirée ou même cassée. Jouer toute la saison avec une main fracturée, ça arrive. Et ça ne me manque pantoute.

Q Entraîneurs marquants?

R Glen Constantin et Francesco Pepe Esposito. Ils étaient nos coachs pour la ligne défensive. Autant ils étaient durs envers nous, autant ils étaient bons pour nous. Ils étaient d’excellents techniciens. Et ils savaient comment driver les gars. Ils étaient vraiment bons.

Q Plus grande qualité en tant qu’athlète?

Je dirais mon esprit sportif. Beaucoup de joueurs avaient de la misère à rester entre les sifflets. À la fin d’un jeu, ils te donnaient un petit coup de plus. Moi, je n’ai jamais trasher quelqu’un sur le terrain. Quand j’avais plaqué un gars et qu’il était au sol, je l’aidais à se relever. J’essayais juste de jouer fair play et d’être correct avec les  joueurs parce que je m’attendais à ce qu’ils le soient avec moi. Je ne voulais pas être catégorisé comme quelqu’un de vicieux. Entre les sifflets c’était «Let’s go, je donne tout ce que j’ai et je frappe fort», mais quand le jeu était arrêté c’était «on s’aide et on repart». 

Q Idoles?

Mes frères. Ils ont été mes modèles de jeunesse. Ils me montraient le chemin. Et je les suivais pas à pas. Mes frères sont deux sportifs. Ils étaient très actifs et ils pratiquaient toutes sortes de sports. On n’a pas joué au football quand on était jeune parce qu’on n’avait pas de football à notre école. Mais j’ai fait toutes sortes de sports grâce à eux.

Q Dans 10 ans?

Je me vois encore à Calgary, encore en train de faire de l’inspection. C’est un domaine que j’aime beaucoup. Je ne pense pas que je vais aller travailler ailleurs... À moins, bien sûr que l’industrie du gaz et du pétrole fasse faillite.

Q Rêve ou défi?

R Mon rêve est non seulement d’être capable de continuer à du vélo de montagne en été et du ski en hiver pendant longtemps encore, mais aussi d’en augmenter le volume. Je rêve donc de diminuer mon temps de travail au profit de mon temps de sport et du plein air. Je rêve aussi d’être capable de pratiquer ces activités avec mon garçon. Il est encore jeune, il n’a que quatre ans. Mais je souhaite qu’un jour, on puisse partir ensemble en vélo ou en ski.