Éric Isbister: implication énergisante

Entraîneur adjoint puis entraîneur-chef de l’équipe de natation du Rouge et Or après y avoir évolué comme athlète, Éric Isbister a complètement abandonné le coaching à la fin des années 90 quand il a décidé d’entreprendre un doctorat en chiropractie. Et, étonnamment, même s’il a vécu au rythme de la natation pendant une vingtaine d’années, rien du sport qui le faisait vibrer ne lui manque aujourd’hui.

«Ce qui me manque, je vais le chercher», explique le natif d’Alma. «Ce qui me manquerait si je n’étais pas impliqué comme je le suis avec le Rouge et Or, ça serait de regarder des jeunes évoluer vers l’atteinte d’objectifs sportifs. Mais comme j’ai une petite implication avec la formation lavalloise en tant que chiropraticien, toutes les semaines je vois les jeunes, je suis avec eux autres, je leur parle et je jase avec le coach Nicolas Perron, en plus de partir en compétition avec l’équipe deux fois par année.

«Mon implication est valorisante à plusieurs niveaux. J’adore ce que je fais. Ça m’énergise et ça me sort du quotidien.»

À sa manière, Isbister continue de contribuer aux succès des nageurs lavallois. Car même s’il demeure humble sur le rôle qu’il joue, force est d’admettre que ses connaissances en chiropractie et le fait d’avoir porté plusieurs chapeaux lui permettent de bien comprendre les besoins et les attentes des athlètes et de l’entraîneur-chef Nicholas Perron.

«Mon passé sécurise les athlètes. Quand je parle de performance, j’ai de la facilité à mettre ça dans un contexte qui va rendre mon intervention agréable. Et à cause de mon vécu, j’ai une efficacité à faire baisser le niveau de stress. Il faut bien que ça serve, ces cheveux blancs-là [rire].»

Traversée du lac

Isbister avait environ neuf ans quand il a commencé à nager au club Juvaqua. Amateur de natation en eau libre, il se rendait avec son père en chaloupe sur le lac Saint-Jean lors de la traversée afin de voir les nageurs en pleine action. À 17 ans, il a même tenté la traversée du lac Saint-Jean. Mal préparé, il n’a pas été assez rapide pour terminer l’épreuve dans les délais imposés et a été obligé de mettre fin à son marathon à environ 1500 m du fil d’arrivée. C’est par la suite qu’il est déménagé à Québec pour se joindre au club civil du Rouge et Or.

«Je voulais nager pour Jean-Marie de Koninck. Par la suite, j’ai choisi de faire un bac en sciences de l’activité physique parce que j’allais étudier où était la piscine.»

Isbister a nagé au niveau universitaire pendant quatre saisons. Par la suite, son diplôme en poche, il est allé coacher à Alma où son club (Juvaqua) est passé de «pas grand-chose» à champion provincial de la section quatre. C’est par la suite que de Koninck l’a rapatrié à l’UL en lui offrant un poste d’entraîneur adjoint avec le Rouge et Or. Après sept saisons, il est devenu entraîneur-chef.

«Ma carrière d’athlète m’a permis de faire l’apprentissage des fondements de la vie. Et le coaching m’a donné de belles opportunités de rencontrer des personnes extraordinaires, singulières, particulières et spéciales. Ça m’a beaucoup aidé dans mon travail où je dois m’adapter aux gens. Je suis parfaitement capable d’accepter les différences alors que plus jeune, j’étais dans le jugement.»

Isbister est fier de l’héritage qu’il a laissé à l’UL. À son arrivée comme entraîneur adjoint, il a jeté les bases du groupe de nageurs en eau libre du Rouge et Or et a formé des champions comme Alexandre Leduc, gagnant de la traversée en 1995, et Jean-François Roussy. Revenant sur sa décision de quitter le coaching, il explique qu’il avait toujours été attiré par le domaine de la santé. À la naissance de sa fille, il s’est demandé s’il désirait avoir une vie familiale où il serait parti en camp d’entraînement trois fois par année et en compétition une quinzaine de fois.

«Tout était favorable à ce que je fasse ce virage. Et comme j’étais entré dans quelque chose de très intense au niveau professionnel, que j’avais un enfant en bas âge qui m’occupait énormément et que je nageais cinq fois par semaine, mon deuil s’est un peu fait par osmose. Et je n’ai jamais regretté ma décision. Mais même si je n’ai jamais ressenti la moindre nostalgie, je garde de très beaux souvenirs de ma carrière. Ç’a vraiment été de belles années.»

Toujours aussi passionné de natation en eau libre, Isbister a aidé son ami Kevin Laflamme à mettre sur pied, il y a 11 ans, la traversée du lac Mégantic qui fait maintenant partie du circuit de la Coupe du monde. Il l’a ensuite épaulé pendant 10 ans. À la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, il a pensé déménager temporairement la compétition à Québec avec un départ dans le bassin Louise en direction de la Baie de Beauport et une arrivée avec le Château Frontenac en trame de fond car il aimerait que la Vieille Capitale accueille une épreuve de longue distance.

«Une telle compétition pourrait être présentée à Québec. Mais ce n’est pas moi qui prendrais le dossier. Je n’ai pas le talent d’être le pilier organisateur. Mais si quelqu’un disait : ''OK, on décolle ça!'' je contribuerais au projet avec plaisir.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant

R L’année 1995, une grosse année au niveau des succès, mais plus spécifiquement la traversée du lac Saint-Jean. J’avais quatre nageurs du Rouge et Or qui étaient à l’eau dont Annie Grandisson, qui faisait sa dernière traversée, Alexandre Leduc qui pétait des scores — il a gagné la traversée cette année-là — et Jean-François Roussy qui était en super bonne shape.

Q Ce qui te manque le moins

R Me lever à 5h du matin pour aller sur le bord de la piscine.

Q Personnalité marquante

R Jean-Marie de Koninck. C’est encore un ami. Il a été un mentor, pas juste par rapport au sport. Il m’a montré comment aborder avec sérieux, avec travail mais aussi avec plaisir l’atteinte d’objectifs de haut niveau.

Q Des regrets

R Ils sont nombreux. Il y a des regrets en termes d’échecs et des regrets en termes de déception. Mais mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir réussi la traversée du lac Saint-Jean et de ne pas m’y être remis l’année d’après et l’autre année d’après. Mais j’avais orienté mes objectifs de natation en piscine.

Q Un rêve ou un défi...

R J’ai tout le temps des projets. Nous avons acheté une terre à bois et on a l’idée de bâtir une cabane à sucre. J’ai toujours rêvé d’avoir une fermette ou quelque chose comme ça. Ce genre d’implication avec la nature serait probablement dans mes prochains objectifs