L'ex-cycliste Dominique Faure était loin de penser qu'une carrière d'homme d'affaires aurait autant de similitudes avec celle d'un coureur.

Dominique Faure en affaires comme en compétitions

Il n'y avait aucun doute dans l'esprit de l'ex-cycliste Dominique Faure qu'un emploi dans le domaine du vélo serait pour lui un travail dans lequel il serait à l'aise et un milieu dans lequel il serait heureux. Il ne pensait cependant pas qu'une carrière d'homme d'affaires aurait autant de similitudes avec celle d'un coureur.
«En cyclisme, tu peux être moins fort qu'un adversaire et constamment le battre», explique l'un des copropriétaires de la marque Spherik. «Le vélo, ce n'est pas seulement pédaler. Il y a une game psychologique qui se joue. C'est un sport de techniques et de tactiques. Il faut savoir s'abriter, profiter des opportunités de bien se positionner, penser constamment à comment il faut être en amont et en aval, etc..
«C'est la même chose en affaires. Il va toujours y avoir quelqu'un de plus fort que toi. Et la grosseur de ton entreprise n'a pas d'importance. Si tu es moins fort que quelqu'un, tu peux quand même le battre. Il faut que tout ce que tu fais soit réfléchi et pensé, tu dois croire à ce que tu as à accomplir et tu ne dois pas faire de cadeau à personne.»
Lancée en 2013, la marque de vélo Spherik, au sein de laquelle Faure travaille avec deux vieux complices, Réjean Gosselin, associé dans le projet, et Gilles Lépine, a connu une progression constante. Après avoir conçu et mis sur le marché des fatbikes, elle a diversifié son offre avec des roues en carbone pour les vélos de route puis avec des vélos de route. Elle a profité de la présentation du Vélirium pour lancer ses premiers vélos de montagne. Et parce que Spherik élimine les intermédiaires, elle vend ses vélos à un coût moindre que des modèles comparables offerts par ses compétiteurs.
«Je me sers des relations de confiance que j'ai développées dans le passé et qui ont grandi avec les années. En plus, on bonifie la construction de nos produits avec l'expérience et le bagage d'expérience en conception de notre équipe.»
Les débuts
Roulant pour le plaisir, son plus grand défi à l'époque consistant à faire le tour du lac Beauport, Dominique Faure avait une quinzaine d'années lorsqu'il a eu le coup de foudre pour le cyclisme après avoir assisté à une épreuve du Tour cycliste du Québec disputée à Charlesbourg à laquelle prenait part Steve Bauer.
«J'ai fait wow! Bauer était vraiment une coche au-dessus des autres. Je me suis présenté au Club cycliste de Beauport et rapidement, j'ai vu qu'il y avait quelque chose là. J'aimais le vélo et j'avais le besoin de m'exprimer. Et le vélo me permettait de le faire.»
«Rendu chez les juniors, j'ai été sur l'équipe du Québec et j'ai gagné des médailles aux championnats québécois et canadiens. J'ai compétitionné jusqu'à 28 ans. Là, je me suis dit que j'avais atteint le maximum de ce que je pourrais faire et qu'il était temps que je pense à mon après-carrière. Je suis retourné terminer mes études à l'université.»
Même s'il avait planifié son après-carrière et qu'il avait complété son deuil du cyclisme, Faure a eu de la difficulté à faire la transition entre son ancienne et sa nouvelle vie. L'adrénaline de la performance, le plaisir de pousser la machine et la satisfaction d'avoir tout donné lui manquaient. «Si je fais quelque chose, c'est parce que je veux être compétitif. Aller faire la parade, ça ne me tente pas. Souffrir à subir dans une course, ça ne m'intéresse pas. J'aime mieux souffrir à faire subir.»
Faure a heureusement pu transposer la frénésie de la compétition dans son travail. Après s'être réorienté en design, en conception et en gestion de produits, il a travaillé chez Cycle Lambert puis chez Time Sport, un fabricant de vélo et d'équipement cycliste haut de gamme français. Un travail qui lui a permis de se découvrir une nouvelle passion.
«En 2008, Time planifiait d'introduire un vélo de triathlon. Je me suis dit qu'avant de faire le produit, je devais commencer par prendre part à un triathlon pour voir c'était quoi. Je me suis entraîné et j'en ai fait un. J'ai eu la piqûre. Entre 2008 et 2014, j'ai participé à quatre Ironman et sept demi-Ironman et plusieurs autres triathlons de différentes distances.»
Revenant sur sa carrière, l'ex-cycliste dit qu'il n'a aucun regret parce qu'il était conscient de ses limites «Si j'avais voulu plus, il aurait fallu que je triche, ce que je n'aurais jamais accepté.»
Le cyclisme a beaucoup évolué au cours des années et les coureurs peuvent aujourd'hui compétitionner sur des vélos plus performants. Conscient qu'il aurait sûrement réalisé de meilleures performances si, à l'époque il avait eu ces bécanes, Faure se fait philosophe.
«On peut faire des comparaisons de performances avec du matériel, mais dans les faits, tout le monde a accès à ce matériel-là. Tous avancent et grimpent plus vite. Les gens misent beaucoup sur le matériel au détriment de la qualité de la préparation psychologique, de la préparation physique et de la volonté. Quand tu fais de la compétition, tu t'en vas à la guerre. Et si tu n'as pas le couteau entre les dents, ça ne marchera jamais. C'est ça qui est important.»
Questions/réponses
Q Performances marquantes
R Ma deuxième place au contre-la-montre individuel élite des Championnats Québécois de cyclisme sur route. J'ai fini derrière Philippe Charlebois et devant Alexandre Cloutier, deux coureurs de premier plan. Et ma 131e au classement général du Ironman de Lake Placid où plus de 2800 personnes étaient inscrites. J'étais parmi les meilleurs de ma catégorie. J'étais vraiment content et fier parce que j'avais vraiment tout donné.
Q Personnalités marquantes
R Réjean Gosselin qui a été la première personne pour qui j'ai travaillé dans le monde du vélo et avec qui je suis toujours associé. Et Rory McKay, qui a été pendant plusieurs années directeur des ventes chez Cycle Lambert. Il a été un mentor. Il y a aussi eu Céline Lambert, Doris Roy et Gilles Nadeau, propriétaires de Cycle Lambert.
Q Personnalité marquante du domaine du cyclisme
R Steve Bauer
Q Plus grande qualité
R Ma persévérance. 
Q Plus grand défaut
R J'étais parfois impulsif dans le sens que je gérais mal les efforts que je devais faire. Je faisais de très grands efforts qui ne me donnaient rien en fin de compte. Mais avec le temps, ça s'est tassé.
Q Coach marquant
R Claude Lemieux qui m'a coaché à mes dernières années de cyclisme. Il était très pragmatique, très ordonné et très méthodique. Ce n'était pas un grand tacticien, mais côté préparation, c'était vraiment bien. C'est lui qui a eu le plus d'influence sur moi.
Q Épreuve préférée
R Le contre-la-montre. C'est l'épreuve de vérité, tu ne peux rien cacher. Si tu as tout donné et que tu finis 50e, c'est que tu as la capacité d'un 50e. Et parce que j'ai toujours de la facilité à me mettre dans une zone de souffrance que les gens ont de la difficulté à tolérer, le contre-la-montre était donc une épreuve pour moi.
Q Dans 20 ans
R Ce que je souhaite le plus, c'est moins travailler et pouvoir profiter du temps en faisant du sport et en ayant plus de disponibilités pour ma conjointe, mes trois filles et peut-être même pour mes petits enfants. Je me vois faire du vélo avec ma blonde, recommencer à faire des triathlons, etc.
Q Rêve ou défi
R C'est vraiment au niveau de la business. Je ne veux pas que Spherik devienne la plus grosse marque mondiale. Je veux que l'on devienne une marque de référence. Une marque qui a la réputation de prendre soin du détail quand elle développe conçoit et lance un produit et pour qui les clients sont les personnes les plus importantes.