Dominic Auger a joué 18 saisons dans les circuits professionnels allemands. Il a terminé sa carrière à Bietigheim-Bissingen SC où en quatre saisons, il a totalisé 59 buts et 121 passes en 192 matchs et 47 points en séries.

Dominic Auger, taillé pour l’Europe

CHRONIQUE / Comme tous les jeunes Québécois, Dominic Auger rêvait de jouer au hockey professionnel. Mais même s’il n’a jamais atteint la Ligue nationale, il a quand même eu une belle et longue carrière chez les pros. Il a évolué 18 saisons en Allemagne, où il a joué en troisième et en deuxième division. Et c’est le cœur gros qu’il a décidé de prendre sa retraite le printemps passé.

«J’aurais aimé disputer une dernière saison à Bietigheim-Bissingen SC, où j’avais évolué les quatre dernières années, ou à Kaufbeuren ESV, où j’avais débuté ma carrière et où j’ai encore un domicile», indique le vétéran défenseur. «Malheureusement, ça n’a pas marché. Des équipes m’ont offert des contrats, mais, à 41 ans, je ne me voyais pas aller dans une nouvelle organisation et dans une ville que je ne connaissais pas juste pour une année. Je n’avais rien à gagner. Je me suis dit qu’il était temps de passer à autre chose.

«Ça n’a pas été facile de prendre ma décision. À la fin avril-début mai, je capotais. Mais je me suis trouvé un emploi en contrôle financier. Et je vais jouer à Konigsbrunn, dans un club de quatrième division. Je connais le coach, c’est un ami. Je vais avoir du plaisir, sans aucune pression. Je le fais parce que j’adore jouer au hockey.»

Pendant sa réflexion, Auger a songé à revenir habiter au Québec. Mais il aurait dû déraciner sa conjointe allemande et sa fille. Et il en est venu à la conclusion que sa connaissance du français, de l’anglais et de l’allemand lui ouvrirait plus de portes en Allemagne qu’au Québec. Et avec les années, le Magnymontois était devenu un peu Allemand. 

«Ma situation me causait parfois de petits problèmes. L’année passée, on était huit hockeyeurs d’origine canadienne et il y avait une quinzaine d’Allemands. Les Canadiens me considéraient comme un Allemand. Mais pour les hockeyeurs allemands, j’étais un Canadien. J’étais comme pris entre les deux», lance le Québécois en riant.

Auger se dit très fier de sa carrière en Allemagne. Non seulement il a joué jusqu’à 41 ans, mais il a aussi inscrit son nom dans le livre des records du hockey allemand initié en 1998 pour le nombre de passes. Il est deuxième pour le nombre de points. S’ajoutent trois championnats.

«J’ai eu quatre super bonnes saisons à mes quatre dernières années (59 buts et 121 passes en 192 matchs réguliers et 47 points en séries). J’ai joué le meilleur hockey de ma vie à Bietigheim-Bissingen SC parce que j’ai pu compter sur une coach de conditionnement physique qui m’a permis d’ajouter des années à ma carrière.»

Hockey et études

Porte-couleurs des Gouverneurs de Sainte-Foy de la Ligue midget AAA, Auger avait ensuite poursuivi sa carrière à Gloucester, de la CJHL avant de faire son entrée à l’Université Princeton. «Pour mon père, les études c’était important. Et il ne cessait de me le répéter.

«Ma première saison à Princeton fut très difficile parce que je ne maîtrisais pas assez bien l’anglais. Et comme il fallait que je paie une partie de mes études, je devais travailler. Je ne dormais pas assez. J’étais épuisé. J’aurais pu persévérer ou choisir une autre université, mais finalement, j’ai opté pour les Remparts. J’avais toujours voulu savoir ce que c’était de jouer junior majeur et je crois que j’avais toujours en tête le hockey professionnel. Sauf qu’à 20 ans, le junior majeur ça ne donne pas grand-chose. Aujourd’hui, je sais que je n’ai pas pris la bonne décision quand j’ai quitté l’université.»

Auteur d’une fiche de 48 points, dont 15 buts en 65 matchs, et de 12 points en séries à Québec, le vétéran défenseur, qui avait toujours en tête l’importance des études, a ensuite poursuivi sa carrière avec les X-Men de l’Université St. Francis Xavier où il s’est inscrit en administration des affaires. Il ne pensait pas que le coach Danny Flynn allait changer sa vie.

«Après ma première saison, Danny m’a dit que je serais un joueur parfait pour l’Europe et que je pourrais y avoir une belle carrière. Il avait un contact [Tom Coolen]. Il l’a appelé et j’ai obtenu un contrat avec la formation de Kaufbeuren ESV. J’ai été chanceux. Ce n’est pas facile de jouer en Allemagne.»

Pour Auger, l’adaptation n’a pas été facile à cause de la langue. Et au niveau hockey, il a dû composer avec une plus grande patinoire et un style de jeu différent. «Je joue beaucoup avec mon instinct. Quand j’étais le long de la bande, je ne regardais pas toujours où était le but. Quand je lançais de la ligue bleue, je manquais le filet de quatre ou cinq pieds. Et quand on reprenait la rondelle, les gars se regroupaient puis les joueurs d’avant faisaient des cercles et ils se plaçaient. Moi j‘avais l’habitude de faire des passes tout de suite. Je paraissais mal. J’ai été chanceux de rester. Et je me suis habitué.»

Fier de sa carrière de hockeyeur, Auger l’est tout autant de sa vie qu’il s’est construite en Allemagne. Il n’a qu’un seul regret et c’est celui d’être loin de sa famille. «Je ne vois mes parents, mes deux frères et leurs enfants qu’une fois ou deux par année. C’est vraiment pas facile. C’est le côté négatif de ma décision de vivre en Allemagne.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q    Fait marquant?

R    La finale de 2015 en deuxième division. On a gagné la série 4-2. Dans le sixième match, c’est moi qui ai compté le but gagnant en prolongation. Ce championnat a été le meilleur des trois que j’ai remportés. À cause de mon but victorieux, mais aussi parce que j’avais joué tous les matchs en séries et que j’avais super bien performé en finale.

Q    Personnalités marquantes?

R    Danny Flynn, mon coach à St. FX. Pas juste parce qu’il m’a aidé à jouer Allemagne. Mais aussi pour la manière qu’il me coachait et pour ses conseils. Ainsi après ma première année, ça n’allait pas dans ma vie. Il m’a dit : «Si tu y crois, tu vas y arriver». Ça m’a toujours servi. Et Tyler McNeely, un coéquipier. À cause de son talent, par son travail, mais aussi pour sa manière de voir la vie.

Q    Plus grande qualité?

R    La vision du jeu. J’étais capable en un clin d’œil de voir la position de tous les joueurs la patinoire et de faire le bon jeu, les bonnes passes.

Q    Dans 10 ans?

R    J’aimerais être suffisamment stable financièrement pour être capable d’aller au Canada au moins deux fois par année pour voir ma famille, mes parents et mes frères.

Q    Rêve? 

R    Je rêve de jouer au hockey tant que je vais pouvoir marcher.

Q    Idoles de jeunesse?

R    J’adorais [Wayne] Gretzky et je regardais des vidéos de lui. Et puis j’aimais beaucoup Raymond Bourque et Paul Coffey.

Q    Ce qui ne te manquera pas?

R    Les mauvais entraîneurs et les joueurs qui n’ont pas une bonne attitude, qui n’arrêtent pas de se plaindre aux autres gars.