Champion de la classe Open lors des derniers championnats canadiens de balle au mur, Danny Bell songe maintenant à tenter de se qualifier pour des tournois professionnels, avec le seul objectif de rejouer sur le circuit.

Danny Bell: une flamme ravivée

Pendant six ans, Danny Bell s’est contenté de jouer à la balle au mur pour le plaisir. Mais après avoir remporté à Albany, en novembre, un tournoi regroupant les meilleurs joueurs de l’est des États-Unis, il est venu à un cheveu en avril de se qualifier pour le tournoi pro de San Francisco. Et, il y a deux semaines, il a gagné le championnat canadien dans la classe Open. Ces résultats ont ravivé chez lui la flamme de la compétition de haut niveau.

«De voir que je pouvais encore avoir du succès, ça me fait réfléchir», confie Bell, qui a disputé ses premiers tournois de balle au mur il y a 45 ans. «Peut-être que l’année prochaine, je pourrais réessayer de me qualifier pour des tournois pro, en choisissant mes tournois et en le faisant bien. Je me dis : il arrivera ce qui arrivera. Juste jouer de nouveau sur le circuit sera une grande satisfaction. Je n’aspire pas à figurer parmi les meilleurs. Je veux juste faire partie de la gang. C’est ça qui va me faire plaisir.»

À l’époque, Bell s’était fixé comme objectif de jouer professionnel jusqu’à l’âge de 50 ans. Mais à cause d’une hernie discale à 49 ans, il avait dû arrêter pendant un an. Et à son retour, il s’était déchiré un muscle dans une cuisse. Cette nouvelle blessure l’avait poussé à penser qu’il était temps d’arrêter. «C’est après l’avoir soignée que j’avais recommencé à jouer... juste pour le plaisir en prenant part à des tournois dans ma catégorie d’âge. Mais je me dis maintenant que je pourrais peut-être jouer pro jusqu’à 60 ans?»

Pour Bell, jouer pour le plaisir a signifié prendre part aux Championnats du monde où il a gagné le simple et le double chez les 45 ans et plus. S’ajoutent des titres chez les 50 ans et plus et les 55 ans et plus. Mais plus impressionnant, c’est la manière dont il a déclassé ses adversaires. Et au championnat canadien de 2019, il a battu des jeunes de 20-25 et 32 ans. En finale, il a vaincu Ryan Bowler, un joueur qui se qualifie régulièrement pour les tournois pro.

«Même si on n’est pas une grosse communauté de joueurs de balle au mur à Québec, j’ai la chance de jouer trois-quatre fois par semaine avec des jeunes de calibre. Je suis aussi chanceux d’avoir la physiologie que j’ai. Je ne fais pas vraiment attention à ce que je mange et je ne m’entraîne plus aussi intensément qu’avant. Mais quand j’arrive en tournoi, j’ai un avantage incroyable sur mes adversaires. Je n’ai rien à perdre. C’est tout le contraire pour mes rivaux. Il n’y a personne qui veut perdre contre un gars de 57 ans.»

Bell est un peu l’exception qui confirme la règle en balle au mur, un sport où les athlètes sont à leur meilleur vers la mi-trentaine et où peu ont du succès chez les pros au-delà de 40 ans. Il avait donc accompli un exploit en remportant le U.S. Open à l’âge de 43 ans. Et même au seuil de la cinquantaine, il était encore classé parmi les 12 meilleurs joueurs au monde, lui qui avait été deuxième quand il était plus jeune.

Fontaine de Jouvence

Bell se demande parfois d’où lui vient toute cette énergie. Et il est certain de ne pas avoir bu à la fontaine de Jouvence. Il reconnaît que son travail de coordonnateur du programme sports-arts-études de l’école Cardinal-Roy qu’il occupe depuis 15 ans — un programme qui compte 31 disciplines sportives et 6 en arts pour plus de 700 élèves — n’est pas étranger à son bel enthousiasme.

«Aller voir mes athlètes en compétition ou à l’entraînement ou de savoir que quand ils reviennent le lundi, ils ont bien réussi ou ils ont gagné, ça me rappelle quand j’ai commencé et ça me drive. Ça me garde jeune et me pousse moi aussi à continuer à me dépasser.»

Professeur d’éducation physique de formation, Bell possède aussi une solide expérience dans le coaching, le monde des athlètes et le sport de haut niveau. Il est donc la personne toute désignée quand vient le temps comprendre un athlète et ses besoins, d’aborder un problème, peu importe sa nature, et de lui trouver une solution. «Mon vécu me permet d’avoir une vision différente pour conseiller les jeunes ou les diriger vers la bonne personne. Je comprends leurs problématiques et je suis à l’écoute.»

Stimulé par son environnement, Bell ne craint cependant pas le moment de la retraite même s’il sait qu’il sera beaucoup moins sollicité parce qu’il se trouvera de nouvelles occupations parallèlement à la balle au mur où il a toujours beaucoup de plaisir et où il adore l’adrénaline, la performance et le bon stress que ce sport lui procure.

«Je veux rester actif auprès des jeunes. Je vais peut-être m’impliquer dans les Jeux du Québec. Mes trois belles-filles, les filles de ma femme, sont très sportives. Et on va continuer de les suivre. Elles vont peut-être aussi avoir des enfants... Comme je suis un mordu de sport, je vais faire des choses que je n’ai jamais eu le temps de faire, comme assister à des matchs du Canadien, de l’Impact, ou aller à la Coupe Roger. Alors c’est certain que je vais rester d’une manière ou l’autre en contact avec le sport.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Ma finale du U.S. Open à 43 ans (2005), avoir été champion du monde en double (2000) avec David Chapman et avoir remporté mon premier tournoi professionnel (1991) à un tournoi où tous les meilleurs joueurs pro étaient présents. Mais avoir gagné à Albany en novembre, c’était hot

Q  Moment le plus difficile

R  Ma défaite aux Championnats du monde en 1991, en Arizona. Deux semaines avant, j’avais remporté mon premier tournoi pro. J’ai fait un peu d’hypoglycémie parce que je m’étais mal nourri et que j’avais mangé trop tard la veille. Ç’a été un regret jusqu’à il y a environ deux ans. Là, j’ai réalisé que ce n’était pas un aussi gros regret que ça.

Q  Si tu n’avais pas joué à la balle au mur...

R  J’aurais aimé être joueur de hockey. J’étais un bon patineur, un bon manieur de rondelle, mais je n’étais pas assez costaud et j’étais agressif. Je me battais souvent et c’est toujours moi qui mangeais une volée. Aussi, joueur de tennis ou de golf.

Q  Personnalité marquante

R  Donald Côté. C’est lui qui, avec Alain Pélissier, après avoir créé un programme junior de balle au mur, m’a recruté, est devenu mon coach et m’a trimballé dans une van d’un bord pis de l’autre sur la côte est des États-Unis. Et ce qui est assez exceptionnel c’est que 45 ans plus tard, il est toujours mon coach.

Q  Idoles de jeunesse

R  Wayne Gretzky, le joueur de balle au mur Nati Alvarado, qui est peut-être le meilleur joueur de balle au mur au monde et même de l’histoire, et Merv Deckert, un joueur de balle au mur canadien. 

Q  Dans 10 ans

R  Je vais jouer encore jouer à la balle au mur, c’est certain. Je vais probablement y jouer jusqu’à ma mort. Je vais voyager pour jouer à la balle au mur dans ma catégorie d’âge dans des tournois ou des championnats. Ma conjointe étant très sportive, on aimerait faire le tour des États-Unis. Elle pourrait s’inscrire à des 10 km ou des 20 km de course et moi je pourrais jouer à la balle au mur. Et s’il y a des petits enfants, c’est sûr qu’on va les suivre et qu’on va les coacher et leur donner des conseils.