Il y a maintenant 41 ans que la nage synchronisée fait partie de la vie de Chantal Vallières. Entraîneure depuis 24 ans, elle a d’abord été athlète pendant 17 ans.
Il y a maintenant 41 ans que la nage synchronisée fait partie de la vie de Chantal Vallières. Entraîneure depuis 24 ans, elle a d’abord été athlète pendant 17 ans.

Chantal Vallières: une vie en synchro

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Il y a maintenant 41 ans que la nage synchronisée fait partie de la vie de Chantal Vallières. Après une carrière de 17 ans qui l’a menée jusqu’à l’équipe nationale, elle a poursuivi son association avec son sport en devenant entraîneure au club Québec Excellence Synchro, un poste qu’elle occupe depuis 24 ans. «Ça fait tout un bail, c’est presque mon âge», lance en riant l’ex-membre de l’équipe nationale.

«Même si ma vie dans la nage synchronisée aurait été possible, je ne crois pas j’aurais pu être complètement heureuse à faire autre chose. Après un certain temps, j’aurais senti qu’il me manquait quelque chose. La création, la performance et tout ce qui vient avec la compétition, c’est ancré en moi. Et je suis une personne qui s’attache aux gens. Quitter complètement le milieu aurait été pour moi très difficile.»

La Québécoise ne cache pas qu’à deux reprises dans sa longue carrière, des évènements l’avaient poussée à se remettre en question et qu’elle avait alors songé à abandonner la synchro. Chaque fois, des occasions se sont présentées et elles lui ont permis de vivre des expériences mémorables lui ayant fait retrouver toute sa motivation. Elle parle, par exemple, d’un travail de coach au Pérou.

Chantal avait sept ans quand elle a commencé à pratiquer la nage synchronisée. Jojo Carrier l’avait recrutée après avoir vu ses talents de nageuse. La jeune athlète, aussi artiste dans l’âme, a été comblée à tous les niveaux. Elle a connu du succès presque instantanément, ce qui lui a permis de gravir rapidement les échelons menant à la scène internationale.

C’est en 1995, juste avant la tenue de la sélection olympique pour les Jeux d’Atlanta qu’elle a ratée par quelques centièmes de seconde, que la Québécoise a décidé de prendre sa retraite. Aux prises avec des problèmes de contraction musculaire qui l’obligeaient à prendre des relaxants afin de pouvoir nager, elle devait aussi composer avec les retours sur la formation nationale de cinq nageuses, dont les jumelles Penny et Vicky Vilagos, et de Sylvie Fréchette.

«Leur présence me rendait la vie un peu plus difficile. Et mon corps commençait à me dire qu’il était fatigué. C’était de plus en plus dur de m’entraîner. Après neuf ans avec l’équipe nationale, j’étais prête à me retirer.

«Aujourd’hui, je garde de très bons souvenirs de ma carrière, comme ma participation au championnat du monde en Italie (1994) ou au premier championnat du monde junior disputé à Cali, en Colombie (1989). Elle m’a donné des outils de travail que j’utilise encore, des apprentissages incroyables, le goût des langues et des voyages, la motivation à performer et à me dépasser et des rencontres merveilleuses. C’est certain, j’ai aussi vécu des périodes plus difficiles, comme des blessures. Mais ça, ça fait partie de la vie de tous les athlètes.»

Le coaching

Décidée à découvrir Montréal où elle était déménagée afin de s’entraîner avec l’équipe nationale, Chantal n’avait pas envisagé faire carrière dans le coaching lorsqu’elle a pris sa retraite. Un coup de fil de Jojo Carrier, qui se cherchait des entraîneures pour un camp estival de synchro, allait cependant changer son destin.

«J’ai tout de suite eu beaucoup de facilité à m’occuper des filles. Je savais que j’avais beaucoup de connaissances à leur transmettre et de la facilité pour approcher les gens. Mais j’ignorais que je serais aussi à l’aise au niveau de l’enseignement. Je n’avais pas de problème à décortiquer ce que j’avais dans la tête pour faire comprendre mon sport et à le verbaliser et à le transmettre. Et j’ai tout de suite adoré travailler avec les jeunes. À la fin de l’été, Jojo m’a offert de coacher toute l’année avec elle. J’ai donc laissé mon appartement à Montréal et je suis revenue à Québec.

«J’étais chanceuse, j’avais Jojo, la meilleure personne à mes côtés pour devenir une bonne entraîneure. Jamais je n’ai senti que j’avais de la pression. Au contraire, elle m’a toujours valorisée et donné confiance. Et ce qui m’a rassurée aussi, c’est que mes athlètes ont obtenu des réussites assez vite.»

Responsable des meilleurs espoirs pendant plusieurs années et coach national pendant cinq ans, Chantal en est venue à la conclusion qu’elle n’avait plus besoin de la pression qui venait avec son travail ni de se prouver. Parallèlement, les nombreux voyages devenaient de plus en plus éreintants. Elle a donc choisi d’être l’entraîneure des jeunes qui font leur entrée dans le programme sport-art-études de son club.

«Les petite filles sont là pour performer mais la première raison pour laquelle elles sont là, c’est parce qu’elles aiment ça. J’ai retrouvé le plaisir pur d’enseigner. Contrairement aux athlètes de haut niveau qui sont très outillées, elles ont tout à apprendre. C’est tout un challenge qui est cependant beaucoup agréable au stade de vie où je suis rendue. Pour moi, ralentir, c’est un peu ça.

«J’aime toujours autant la synchro parce que c’est un sport complet. Je ne serais pas comblée s’il y avait juste le volet natation. J’ai besoin de créer. Et en synchro, il y a la partie création des maillots, des routines, etc. Je suis vraiment privilégiée d’être dans un tel milieu et de pouvoir y gagner ma vie.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Les rencontres extraordinaires que j’ai faites et tous les outils et toute la personnalité que j’ai développés.

Q  Performance la plus satisfaisante

R  Les championnats du monde de 1994, en Italie. J’ai de beaux souvenirs de cette compétition-là. On avait gagné l’argent. J’étais contente de ce que j’avais accompli.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  Pour être vraiment honnête, de rien. J’ai quitté la synchro sereine. Mais je pense que si je ne m’ennuie de rien, c’est parce que je coache, que je suis encore dans ce milieu-là.

Q  Ce qui te manque le moins

R  L’eau froide. Et la souffrance que tu imposes à ton corps à le pousser à la limite tout le temps. C’est le fun quand tu es jeune. Et je ne m’ennuie plus surtout de l’obligation de performer. On dirait que c’est la pression que je ne veux plus. Je n’ai pas besoin de ça maintenant.

Q  Rêve

R  J’ai plein de rêves. J’aimerais voyager, apprendre, parfaire mes langues. Si je pouvais parler cinq, six langues, je serais super heureuse. Et rencontrer des gens. Juste aller semer du bonheur. Si j’étais millionnaire, c’est ça que je ferais. Je partirais dans un pays éloigné et j’irais juste donner, semer du bonheur.