Chantal Jobin a été membre de l’équipe nationale de badminton après avoir remporté les honneurs du simple des Jeux du Canada. Installée dans la région de Vancouver depuis 1990, elle reviendra vivre à Québec en 2019.

Chantal Jobin: difficile à définir

Pas facile de définir Chantal Jobin. Possédant de très bonnes qualités athlé­tiques et le talent lui ayant permis de faire carrière sur la scène internationale de badminton, elle a toujours été musicienne dans l’âme, la musique étant un héritage familial. Pourtant, c’est comme enseignante qu’elle œuvre aujourd’hui, un travail qu’elle n’avait jamais ambitionné de faire, mais qu’elle a tout de suite aimé.

«Quand j’étais jeune, je voulais devenir une gypsy et parcourir le monde», mentionne en riant la Québécoise. «Mais j’étais pas mal trop disciplinée pour mener ce genre de vie. Je me suis donc consacrée au badminton et à la musique. Et voyant que j’avais pas mal de succès sur le court, j’ai mis toutes mes énergies dans le badminton. Et en quelque part, ma carrière d’athlète m’a permis de vivre une partie de mon rêve de jeunesse, soit de découvrir le monde.»

Excellente joueuse de basketball, Chantal avait 14 ans quand elle a réorienté sa carrière vers le badminton. De passage à l’école La Camaradière afin de dénicher de nouveaux espoirs, Jean-Claude Laprise avait remarqué son potentiel. «Ma mère m’a dit bien des années plus tard que M. Laprise l’avait contactée pour lui dire : “Est-ce que voulez que je fasse de votre fille une championne canadienne?” Elle lui avait répondu : “C’est elle qui va décider.” Je suis donc allée m’entraîner avec M. Laprise. La discipline était là, j’ai aimé ça.»

Rapidement, la Québécoise s’est imposée. À son premier championnat provincial, elle a terminé deuxième et lors de son premier championnat national, elle a perdu par deux points face à la troisième meilleure joueuse au pays. Sa carrière était lancée. Elle a alors quitté le Québec pour s’installer à Calgary afin de s’entraîner au Centre national.

Blessée sérieusement à l’âge de 19 ans, Chantal a dû mettre sa carrière de côté pendant un an. Son physiothérapeute lui avait même mentionné qu’elle ne pourrait plus jamais jouer au badminton. Elle s’est accrochée, sauf qu’à son retour au jeu, elle s’est spécialisée en double et en mixte, l’entraînement en simple étant trop exigeant. «Chaque fois que je m’entraînais, je me blessais.»

Obligée de composer avec des blessures récurrentes au dos et aux chevilles, Chantal a pris sa retraite à l’âge de 26 ans. «Il y a aussi le fait que politiquement, je n’étais pas trop favorisée au sein de l’équipe nationale. Quand tu ne joues pas en simple, c’est difficile d’avoir ta place. Malgré des succès en double et en mixte, j’étais condamnée à gagner pour faire les grosses compétitions.

«Je suis quand même fière de ma carrière. En mixte, Anil Kaul et moi, on est déjà sorti les cinquièmes au monde. Et nous avons été trois ans d’affilée dans le top 16 mondial. J’avais la vitesse pour être avec l’élite internationale. Mais il me manquait de puissance. Mon seul regret, c’est d’avoir été blessée. Je me demande ce qui aurait pu se produire si ça n’était pas arrivé.»

Vivre en Colombie-Britannique

Charmée par la ville de Vancouver lors des voyages qu’elle y avait faits, Chantal y a déménagé au lendemain de sa retraite. Ses deux premiers mois y ont été très difficiles. «J’étais perdue. Je n’avais plus de carrière, je ne voyageais plus. Et comme j’avais abandonné l’école, j’avais un emploi pas très payant. C’est là que j’ai décidé de retourner aux études. D’abord à Douglas College, où je suis devenue coach de l’équipe de badminton, puis j’ai fait mon bac en activités physiques à UBC. Mais il me manquait quelque chose. J’ai donc téléphoné à mon père. “Papa, la musique me manque beaucoup. J’ai l’intention de retourner y étudier.” 

C’était un programme de six ans et ça faisait quelques années que je n’avais pas touché à la musique. Il m’a répondu quelque chose de très sage : “Chantal, je te conseille d’y aller parce que même quand tu jouais au badminton, tu parlais de musique. C’est dans ton cœur.” 

«Ce fut la poussée dont j’avais besoin. Parce que retourner aux études, c’était épeurant. Je m’en allais dans la pauvreté. À ce sujet, mon neveu Philippe Martel, de Quartom, m’avait dit : “Chantal, ce n’est pas grave. Même si tu n’as qu’une paire de jeans, tu vas être heureuse.” C’est par la suite que j’ai fait un bac intensif en enseignement et que j’ai commencé à travailler.»

Enseignante titulaire dans des classes d’immersion en français de quatrième et de cinquième année, Chantal adore travailler avec les enfants. Une fois par semaine, elle les convie même au gymnase pour les initier au badminton.

Ayant décidé de se remettre au piano, Chantal a toujours autant de bonheur à composer. Parallèlement, elle prépare son grand retour au Québec. Elle s’est acheté un appartement qui sera prêt en décembre 2018 dans la Vieille Capitale. Très prochainement, elle se mettra à la recherche d’un emploi.

«Idéalement, j’aimerais travailler dans une école où il y a un programme sport-études. J’aimerais aussi faire du coaching parce que je souhaite redonner aux jeunes. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais je vais tenter ma chance. Et on verra...»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Tes faits marquants?

R Mes tops 8 en simple et en double lors de l’Omnium de France. Et mon match de double lors des Championnats du monde disputés en Chine en 1987. On affrontait les troisièmes meilleurs au monde. Et on avait joué tout un match, même si on avait perdu. Finalement, ma victoire en simple lors des Jeux du Canada au Saguenay. Une performance qui m’a valu une invitation au centre d’entraînement de l’équipe nationale.

Q Ta personnalité marquante?

M. Jean-Claude Laprise. C’est lui qui m’a découvert à l’école secondaire à La Camaradière et qui par la suite m’a entraînée pour mes premiers championnats provinciaux et nationaux.

Q Ce qui te manque le plus?

Le feeling que l’on ressent sur le terrain. La pression est tellement immense, ça va tellement vite. Ça me manque d’être capable de jouer à un niveau comme à celui où je jouais.

Q Ton rêve ou défi?

J’aimerais m’améliorer en piano. Je m’y suis vraiment dédiée dernièrement. Mais je ne peux pas y mettre autant de temps que je voudrais à cause de mon travail d’enseignante.

Q Ton endroit marquant?

R Djakarta. C’est vraiment une ville contraste et les gens adorent le badminton. J’y suis allée deux fois. 

Q Ce qu’il reste de la gypsy? 

R Elle est encore là. En 2001, je suis allée enseigner pendant deux mois le badminton en Jamaïque. Et l’été, je veux faire El Camino Norte. Je vais partir de San Sébastian et je vais me rendre à Saint-Jacques de Compostelle. Ça faisait longtemps que je voulais faire ça.

Q Ce qui te manque le moins?

Les blessures, la politique... et les amis. J’ai fait plusieurs rencontres et j’ai aujourd’hui plein d’amis du badminton sur mon Facebook avec qui je garde contact.