Bill McNeil est resté très impliqué dans le rugby après qu'il ait quitté son poste d'entraîneur-chef du Rouge et Or en 2014.
Bill McNeil est resté très impliqué dans le rugby après qu'il ait quitté son poste d'entraîneur-chef du Rouge et Or en 2014.

Bill McNeil: rien ne peut remplacer le rugby

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Loin des feux de la rampe depuis qu’il a quitté son poste d’entraîneur-chef de l’équipe féminine de rugby du Rouge et Or en 2014, Bill McNeil n’a pas chômé pour autant. Il a multiplié ses implications et il est même revenu à ses anciennes amours quand il a accepté de diriger la formation masculine du Collège St Lawrence à l’automne 2019. Le rugby est toujours aussi présent dans sa vie.

«Il n’y a rien qui va remplacer le rugby dans ma vie», lance McNeil, qui a pris part à la naissance du rugby dans la région de Québec dans les années 1980. Je crois juste qu’en vieillissant, ma relation avec le sport deviendra moins intense. Un moment donné, il faut laisser les choses évoluer. Mais je vais toujours être disponible pour aider, donner des conseils et faire du mentorat. Et je vais continuer d’alimenter la passion des gens pour coacher et arbitrer via des formations offertes par la fédé.»

Aussi soucieux de préserver le passé de son sport qu’il l’est d’assurer son avenir. McNeil a aussi jeté les bases d’un projet qui lui permettra de rendre bien vivante l’histoire du rugby dans la région de Québec. Témoin privilégié de cette histoire, il a gardé au fil des années de nombreuses coupures de journaux et il a pris des notes qui lui permettront d’abord de bâtir une conférence puis d’écrire un livre. Un travail de longue haleine qui a pour lui une grande importance. «Je suis quasiment le seul qui a encore soit l’énergie ou la tête de cochon pour le faire.

«C’est un fait que l’histoire du rugby à Québec n’a qu’une trentaine d’années. C’est bien peu. Le club pour lequel je suis allé coacher en Italie en 2017 célébrait son 50e anniversaire. Plusieurs équipes de Montréal ont vu le jour dans les années 1950. Et l’équipe de Westmount a été fondée au 19e siècle. Bien des programmes sont là depuis plus longtemps que celui de la région de Québec. Mais en même temps, on a peut-être une tendance à oublier que l’on a construit quelque chose sur les efforts de personnes que l’on ne connaît pas. Et je veux aider à rappeler aux gens qu’il y a un historique de rugby dans la région. Si des gens comme Alain Alzas n’avaient pas existé et qu’ils n’avaient pas commencé à se rassembler pour jouer au rugby, tout le reste, du Rugby Olympic Club de Québec (ROCQ) au Rouge et Or, n’aurait jamais existé.»

Un retour en Écosse

Natif de Glasgow, en Écosse, McNeil a commencé à jouer au rugby en 1974 à Montréal. Quelques années plus tard, il travailla à mettre au monde le programme de rugby masculin de l’Université Concordia au sein duquel il évolua en 1977. Il joua ensuite pour l’Université de Toronto où il étudia en maîtrise. Débarqué dans la région de Québec en janvier 1985 — il s’était trouvé un travail de prof au cégep St. Lawrence —, le Québécois d’adoption vint à un cheveu de retourner vivre dans son Écosse natale.

«Je n’étais pas certain de demeurer à Québec parce que je n’avais pas de poste permanent comme enseignant. Après ma première session, j’étais allé travailler en Écosse avec mon oncle qui était entrepreneur en construction. Et c’est là-bas que l’ancien directeur de St. Lawrence m’avait rejoint pour m’offrir du travail pour l’automne 1985. Mais honnêtement, je dois dire que j’étais passé proche de demeurer en Écosse. Mais j’avais finalement décidé de revenir enseigner à Québec.»

Malgré son implication dans la mise en place des premières fondations d’un club de rugby dans la Vieille Capitale, McNeil fut aussi coach de basket. À St. Lawrence d’abord à compter de 1985, puis avec le Rouge et Or de l’Université Laval où il fut entraîneur-adjoint lors de la renaissance du programme en 1995. Un poste qu’il occupa trois ans. À la même époque, il fut aussi entraîneur de l’équipe masculine de rugby de l’UQTR, et entraîneur aux niveaux collégial et civil.

«J’étais un peu au four et au moulin. J’ai été sur le qui-vive à peu près sept jours par semaine, pendant deux mois. Tout ça alors que j’étais dans l’enseignement à temps plein.

Le point tournant de la carrière de McNeil survint en 2004 quand deux de ses ex-joueuses, Sophie Robitaille et Christelle Paré, l’approchèrent afin de lui proposer le poste d’entraîneur-chef de la formation du programme de rugby féminin qu’elles espéraient lancer à l’Université Laval et qui fit finalement ses débuts en 2005. Le coach se souviendra toujours de son premier match à la barre de l’équipe lavalloise. 

«On s’est fait planter 93 à 7 par les Marlets, à McGill. À la fin du match, tout le monde, y compris mes deux adjoints, m’ont regardé. Et même s’ils ne m’ont pas dit un mot, j’ai vu dans leur regard qu’ils me disaient : «Mais dans quoi nous as-tu embarqués?» Mais on ne s’est jamais posé de questions si on avait le niveau ou non. C’était juste une question de temps. Et lorsque l’on a battu McGill chez nous, au début du mois d’octobre 2006 — c’était la première fois en 10 ans qu’un équipe universitaire féminine battait McGill dans la conférence québécoise en saison régulière — ç’a donné un espèce de momentum au rugby féminin dans la région. 

«Mais il ne faut jamais oublier que le rugby féminin n’a pas commencé avec le Rouge et Or. Il l’a fait bien avant et beaucoup, beaucoup d’acteurs ont permis son développement», indique celui qui a commencé à diriger des filles du secondaire en 1995, du civil en 1997 et ensuite du collégial.»

McNeil a passé 10 saisons à la tête du Rouge et Or, 10 années qui font partie des plus belles de sa longue carrière de coach. Parallèlement, il a été entraîneur-chef de l’équipe du Québec féminine à la tête de laquelle il a gagné le championnat national à Calgary. Plusieurs porte-couleurs lavalloises étaient sur la formation. Une grande fierté pour lui puisqu’il s’agissait d’un premier titre national pour le Québec au niveau des groupes d’âge. Il a aussi dirigé une formation canadienne (2011) dans une série de deux matchs contre une sélection universitaire américaine, série que les Canadiennes ont gagné au total des points.


« Je retire une grande satisfaction de ces années là. D’abord parce que j’ai appris énormément. Mais aussi parce que ce j’ai pu côtoyer pas mal d’athlètes qui ont joué pour le Canada par la suite. Ce qui me rend le plus fier, c’est le nombre de filles que j’ai coachées qui se sont rendues au niveau provincial tout comme le fait que j’ai gardé de bonnes relations avec les athlètes que j’ai dirigées, que ça soit des filles de Laval, de l’équipe du Québec ou de la sélection canadienne. »
Bill McNeil

Impliqué au sein de l’Académie de rugby après son départ du Rouge et Or, McNeil a aussi travaillé avec les équipes du Québec et dans le programme de l’équipe nationale. En 2017, il a passé un an en Italie où il a dirigé deux équipes en plus de faire le suivi avec toutes les formations du club qui l’avait engagé. Le fait de passer six jours sur sept sur le terrain ont empiré un problème d’arthrose à la hanche et il a dû revenir au Québec pour être opéré. Depuis, en plus de rependre le coaching, il a travaillé sur des projets pour Rugby Québec et Rugby Canada. Il fait peu de travail au niveau des documents de formation avec mes anciens collègues de World Rugby

Questionné s’il avait déjà rêvé de prendre les rennes de l’équipe canadienne senior, McNeil répond : «Un collègue avec qui j’avais travaillé, l’entraîneur-chef de l’équipe nationale U-20, m’a déjà dit que j’avais plus ma place comme entraîneur de développement que comme coach d’élite.

«Pour arriver à l’équipe nationale, il aurait fallu que je m’implique à temps plein avec les formations provinciales, que ça soit avec les filles ou les gars. Et pendant quelques années, ça ne m’a pas intéressé.»

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Bill McNeil en 2011

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants

R Comme coach du Rouge et Or, lorsque nous sommes revenus de Peterborough avec la médaille de bronze du Championnat canadien universitaire en 2011. Et la saison suivante (2012) où nous avons eu une fiche parfaite pour ensuite subir une défaite crève-cœur en finale. Je dirais aussi le championnat national avec l’équipe provinciale U-19 féminine en 2010. Et mon travail, de 2013 à 2015, à l’Académie de rugby féminin.

Q Plus grande fierté

R Les personnes que j’ai rencontrées et les relations humaines que j’ai développées à commencer par les relations que j’ai eues pendant mes cinq premières années à Québec. Celles-ci ont été les fondations de ce que je suis devenu dans le rugby. Les relations que j’ai aussi eues avec les entraîneurs des autres sports avec qui j’ai travaillé à l’école secondaire, au cégep et à l’université. Je suis un peu nerd de l’entraînement et j’ai beaucoup appris en regardant comment on s’entraînait dans d’autres sports. Je suis aussi fier de mes implications dans la formation des arbitres et des entraîneurs.

Q Les joueuses qui t’ont le plus marqué

R Il y en a plusieurs. Je dirais Stéphanie Bernier, Marie-Pier Pinault-Reid et Karen Paquin qui ont joué pour le Canada en Coupe du monde en 2014 et qui avaient évolué avec le Rouge et Or. Il y a également Marie-Josée Blais, que j’avais coachée à St Lawrence et au civil, qui fut je crois, la première joueuse de la région à jouer sur l’équipe nationale, et Magali Harvey, meilleure joueuse de la Coupe du monde de 2014, que je n’ai pas dirigée mais que j’ai emmenée à son premier camp de sélection avec l’équipe du Canada U-20 en 2009. Sur le plan personnel, Karen Paquin et Charlotte Vallières-Villeneuve m’ont aussi beaucoup marqué. Finalement je me dois d’ajouter à cette liste Sophie Robitaille et Christelle Paré avec qui j’ai travaillé pour mettre le Rouge et Or au monde. On a eu des hauts des bas mais on a quand même construit quelque chose qui fait la fierté de la région et qui risque de durer encore longtemps.

Q Tu profites comment de ta retraite d’enseignant

R J’ai pas arrêté de coacher définitivement puisque j’ai fait un petit retour avec les gars de St. Lawrence. Mais je dirais que maintenant j’ai un petit peu plus de temps pour goûter à la vie. Pendant toutes les années où j’étais avec le Rouge et Or, je n’ai pas arrêté d’enseigner au cégep. J’avais pris une réduction de travail volontaire pour être capable de gérer l’enseignement et le coaching à l’université. Ça été 10 ans très très chargés entre l’enseignement, l’Université Laval, l’équipe nationale et l’équipe provinciale. Je n’arrêtais pas. L’année que j’ai passée en Italie m’a fait réaliser qu’il faut ralentir un peu pour être capable d’avoir un petit peu plus de plaisir. Et c’est ce que je fais maintenant. Quand les gens me demandent : «mais qu’est ce que tu fais avec ton temps?» Je leur dit : «le moins possible». Je rajoute que ce n’est pas parce que je suis paresseux, c’est juste parce que je veux choisir ce que je veux faire.

Q Autres intérêts que le rugby?

R J’aime regarder les sports. J’aime aussi beaucoup lire sur tous les sujets et voyager. 

Q Rêve

R Il y a une chose que j’aimerais faire, c’est un projet très personnel. Et je ne sais pas si je réaliserai un jour ce rêve. Il y a un endroit où toutes les personnes impliquées dans le rugby veulent aller à un moment donné de leur vie. Et je ne fais pas exception. J’aimerais faire une espèce de pèlerinage en Nouvelle-Zélande. C’est le pays du rugby par excellence. Le rugby y est quasiment la religion. Je souhaiterais aussi y aller pour les paysages et la culture des autochtones. La mentalité des gens en Nouvelle-Zélande m’intrigue aussi beaucoup. La Nouvelle-Zélande est un pays assez particulier. Il faut que je m’organise pour y aller avant qu’il ne soit trop tard.