Annie-Pier Turcotte, qui a compétitionné sur la scène internationale de taekwondo pendant une vingtaine d’années, est aujourd’hui enseignante. En 2003, elle était montée sur le podium au U.S. Open.

Annie-Pier Turcotte: s’adapter aux changements

Lorsqu’elle fait le bilan de sa carrière en taekwondo, Annie-Pier Turcotte a toutes les raisons de se réjouir. Non seulement elle a fait partie de l’élite nationale pendant une vingtaine d’années, mais de plus, elle s’est aussi signalé sur la scène internationale, où elle a récolté plusieurs médailles. Elle avoue cependant que tous ces succès ne constituent pas sa plus grande fierté.

«J’ai vécu plein de moments importants et j’ai énormément appris sur moi-même à travers mon sport et la compétition, confie-t-elle. Mais ce dont je suis le plus fière, c’est d’avoir pu m’ajuster aux changements. Le taekwondo a connu de nombreux bouleversements pendant les années où je l’ai pratiqué. À mes débuts, j’étais dans la fédération ITF. Je pratiquais un sport qui était très différent du taekwondo qui a été accepté aux JO de 2000. J’ai fait la transition parce que je voulais faire partie de l’élite mondiale qui prendrait part aux Jeux. Mais il a fallu que je travaille fort.

«Par la suite, j’ai vécu l’arrivée de l’électronique, autre grande adaptation. Mais je n’ai jamais baissé les bras. J’ai réussi à performer et à retrouver ma place parmi les meilleures. C’est probablement parce que j’avais une grande volonté de me dépasser. Mais aussi parce que j’avais un coach (Alain Bernier) grâce à qui je me suis toujours sentie soutenue. Quand je regarde mon parcours, même si je ne suis jamais allée aux JO, je ne peux faire autrement que d’être heureuse. »

C’est en 2011, après avoir raté ses qualifications pour les Jeux de Londres, qu’Annie-Pier a décidé de mettre fin à sa carrière. Toujours passionnée par son sport et performante sur la scène internationale, elle a choisi de faire un dernier tour de piste avant d’accrocher son kimono.

«Je voulais aller jusqu’au bout avec mon équipe et assister au parcours des mes coéquipiers qui allaient aux JO. Pour moi, c’était aussi une manière de faire tranquillement ma transition. Je pouvais prendre le temps d’apprécier ma carrière jusqu’à sa toute fin.»

Annie-Pier a pris sa retraite en juillet 2012. Même si elle avait bien préparé sa sortie, elle a dû se donner du temps pour la digérer. «Quand tu réalises que c’est vraiment fini, il y a des émotions qui remontent à la surface. Ça prend un peu de temps pour être vraiment en paix avec sa décision. Car la prise de conscience, elle est sur le moment, mais aussi durant toute l’année qui suit.»

Cinq ans plus tard, Annie-Pier n’a pas encore retrouvé la fébrilité qui l’envahissait lorsqu’elle mettait le pied sur le tapis pour y livrer un combat. «C’était un moment que j’adorais. C’est pour cette raison que j’ai fait du taekwondo aussi longtemps. Mais honnêtement, je ne cherche plus cette sensation ultime. Si elle se présente, tant mieux. Mais actuellement je suis comblée par ce que je fais.»

L’enseignement

Même si elle avait commencé à entraîner des jeunes vers l’âge de 15 ans, Annie-Pier n’avait jamais eu l’idée de devenir enseignante. Elle se voyait plutôt œuvrer dans les communications, la psychologie, l’entrepreneuriat ou même la restauration. C’est à la fin de son collégial que l’enseignement s’est avéré comme un choix qui allait de soi.

«J’ai réalisé que dans l’enseignement, il y avait de la communication, de la psychologie, de la gestion. Et j’adorais plein de choses comme la géographie, les arts. Au primaire, on peut toucher à beaucoup de matières. Mais ce qui m’a attiré en premier dans l’enseignement, c’est le côté humain.»

Annie-Pier mentionne que son ex-coach a été une grande source d’inspiration dans la prof qu’elle est devenue. «Alain ne cherchait pas à nous mettre dans un moule. Il analysait chaque athlète. Il essayait de cerner nos forces. C’est à partir de celles-ci et de nos particularités que l’on travaillait.

«Aujourd’hui, c’est ce que je cherche à faire avec mes jeunes. Il n’y a pas un élève pareil. J’essaie de comprendre chaque jeune. Je veux l’amener à lui faire prendre conscience de ses forces et voir si je peux l’aider à les mettre en valeur, à se dépasser et à prendre plaisir à le faire.»

Annie-Pier enseigne à des jeunes de cinquième année. Très impliquée dans son école, elle y a retrouvé tout ce dont elle avait besoin pour filer le parfait bonheur. Milieu dynamique, belle gang de collègues, un fort sentiment d’appartenance, etc. «J’ai l’impression d’être à la bonne place et le milieu reflète ce que j’espérais y trouver.»

Malgré son horaire chargé, la Québécoise est aussi entraîneuse au club Sainte-Foy. Elle s’occupe de l’équipe élite avec François Coulombe-Fortier. «C’est le fun de se retrouver entre vieux, mais aussi de pouvoir redonner. J’ai tellement reçu au club... Et même si l’enseignement et le coaching peuvent se ressembler, ils ne m’apportent pas la même chose. À l’école, c’est plus intensif. Mais après l’année scolaire, c’est terminé. Quand j’entraîne, je peux voir grandir les jeunes, les suivre, les voir progresser sur le plan athlétique et personnel, et aussi un peu réussir à leur faire vivre ce que j’ai pu vivre. Pour moi, c’est un bel équilibre.

+

QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants?

R Mes premiers championnats du monde junior, à 16 ans, où j’ai terminé troisième. C’est là que je me suis dit pour la première fois que c’était possible de faire partie de l’élite internationale. Ma deuxième place aux mondiaux seniors à l’âge de 18 ans. Ma médaille au U.S. Open à Las Vegas en 2003. Un moment très important parce que j’avais changé de fédération et que je revenais d’une grosse opération au genou. Pendant trois ans, je n’avais pas eu de résultats. Finalement, ma victoire aux Championnats canadiens en 2007 à Montréal face à Yvette Gunda. Un match serré gagné devant mes parents et mes amis et à la fin duquel, la foule s’est levée.

Q Personnalité marquante?

R Mon entraîneur Alain Bernier. Il a été déterminant. Il est arrivé dans ma vie alors que j’étais jeune et timide. Il a perçu mes forces et mon désir d’accomplissement et il m’a aidé à ouvrir mes ailes. Il a toujours été là dans les bons moments comme dans les moments difficiles. Il avait toujours le ton juste et les mots appropriés, peu importe la situation. Et mes parents qui ont toujours été présents, qui n’ont jamais compté le temps ni l’argent. 

Q Ce qui te manque le moins?

R L’inquiétude au niveau financier. C’était souvent une préoccupation de savoir si j’allais avoir les sous pour aller à une compétition, d’être souvent dans le rouge et de chercher du soutien financier.