Après une carrière d'une quinzaine d'années en nage synchronisée, Anne-Marie Vézina est aujourd'hui conseillère en emploi pour le Centre conseil Libre emploi à Québec.
Après une carrière d'une quinzaine d'années en nage synchronisée, Anne-Marie Vézina est aujourd'hui conseillère en emploi pour le Centre conseil Libre emploi à Québec.

Anne-Marie Vézina: le besoin d’aider

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Anne-Marie Vézina ne le cache pas. Les lendemains de sa carrière de nageuse synchronisée ont constitué une période difficile de sa vie. Crise identitaire, remises en question et perte de ses repères et de son estime de soi ont fait partie de son quotidien. Mais contre toute attente, cette période lui a aussi permis de découvrir ses aspirations les plus profondes et elle lui ont tracé la voie vers ses nouveaux défis professionnels.

«Je savais dans mon for intérieur, que j’avais besoin d’aider les autres et que je voulais partager ce que j’avais vécu», explique l’ex-porte-couleurs du Centre national d’excellence en synchro. «Et c’est au fil des réflexions, des questionnements et de ma recherche de programmes universitaires qui pourraient répondre éventuellement à ce que je voulais offrir sur le marché du travail que je me suis inscrite au bac puis à la maîtrise en science de l’orientation à l’Université Laval et que j’ai découvert le monde de l’employabilité, un domaine qui m’a toujours passionnée. Et c’est là que je me suis dit : «OK c’est là ma place».

«Aujourd’hui, je suis conseillère en emploi pour le Centre conseil Libre emploi à Québec. J’accompagne les chercheurs d’emplois dans leurs démarches pour trouver du travail et dans leur réorientation professionnelle. Je les aide dans leur stratégie de recherche d’emploi, mais aussi dans leur façon de mettre de l’avant leur candidature et à retrouver leur confiance en eux et en leurs moyens. Car chez plusieurs, une perte d’emploi ou une réorientation de carrière entraîne souvent une dévalorisation de soi.» 

La jeune femme explique que chercher un emploi c’est vendre un produit. Et le produit, c’est soi. Si on ne croit pas en nos compétences, c’est assez difficile de se vendre auprès d’un employeur. Et en général, les gens sont assez critiques envers eux-mêmes. Souvent, le plus gros défi de la jeune femme est de faire en sorte qu’ils revoient cette personne exceptionnelle qu’ils sont malgré les événements qui se sont passés.

«Je dis généralement à mes clients : “Oui il y a telle situation qui vous est arrivée mais ça ne vous ôte rien en tant que personne. Ça n’enlève pas vos compétences et vos qualités professionnelles”». 

«On travaille aussi à mettre leur candidature à jour et on va leur faire de beaux c.v. et de belles lettres qui leur ressemblent pour qu’ils se sentent à l’aise et qu’ils aient le goût de foncer dans cette nouvelle étape-là de leur vie.»

Même si elle en aurait beaucoup à raconter à ses clients sur sa carrière et les difficultés qu’elle a vécues après avoir tourné la page sur celle-ci, Anne-Marie indique qu’elle préfère souvent ne rien dire afin de ne pas «voler la vedette» à ses clients dans ses rencontres de relation d’aide. Elle est d’avis que ce n’est pas la place pour se vanter de ses exploits sportifs. Elle ajoute cependant qu’il lui arrive de s’ouvrir auprès de certaines personnes qui profiteraient du partage de son expérience pour aller chercher le soutien et l’appui dont ils ont besoin.

«Mon passé d’athlète a énormément forgé mon caractère. Je suis une personne fonceuse qui ne se laisse pas décourager facilement. Je pense que ça paraît dans mon travail et que ça m’aide auprès de certains clients. Je suis une personne qui ne lâche pas et qui reste dans l’action malgré les échecs et les difficultés. Et je crois que je suis capable de transmettre cette attitude.»

Anne-Marie mentionne que pendant un certain temps, elle a songé à demeurer dans le domaine sportif afin d’aider les athlètes vivant la transition entre leur carrière sportive et leur carrière professionnelle. Mais après réflexion, elle a réalisé qu’elle désirait aider le plus de personnes possible et c’est ce qui l’a poussé à élargir le créneau de sa clientèle.

Sauvée par la synchro

Anne-Marie a pratiqué la nage synchronisée pendant une quinzaine d’années. Et sans hésiter, elle lance que son sport lui avait peut-être sauvé la vie. Elle explique que plus jeune, elle n’aimait pas beaucoup l’école. Mais le fait d’avoir intégré un programme sport-études changea la donne.

«De savoir que pour faire de la synchro à tous les jours, je devrais toujours en donner un peu plus tant dans mon sport et me forcer l’école afin de demeurer dans le programme a eu un gros impact sur ma carrière d’athlète, mais aussi sur ce que je suis devenu aujourd’hui. Si on m’avait dit à cette époque-là que j’irais à un jour à l’université et que j’y obtiendrais un bac et une maîtrise, je ne l’aurais jamais cru. Dans ma tête, c’était impossible. J’ai eu la chance de côtoyer des entraîneures fantastiques au club Synchro-Élite qui fut pour mon une belle école de vie.»

Revenant sur sa carrière, la future maman mentionne qu’elle en est très fière et qu’elle en garde de nombreux beaux souvenirs. Pour elle, les compétitions internationales ont été des moments privilégiés puisqu’elle a pu se mesurer aux meilleures athlètes au monde. Elle ajoute que le fait de pouvoir s’entraîner au Centre national d’excellence fut aussi une expérience inoubliable. Finalement, elle a apprécié se sentir au sommet de sa forme physique.

C’est en 2012, que la nageuse québécoise a choisi de quitter le Centre national. Ralentie par une blessure, elle devait composer avec un autre handicap. Sa grandeur. À 5’1, elle ne correspondait pas au profil recherché par les entraîneures de l’équipe canadienne. 

«Je suis très satisfaite de ma carrière même si elle ne s’est pas terminée comme je l’aurais souhaité. Petite fille, je rêvais d’aller aux Jeux olympiques. Il a fallu que je mette un X là-dessus. Malgré tout, je suis super satisfaite et je suis très fière de moi. Ma carrière fut très valorisante.» 

De retour dans la Vieille capitale, Anne-Marie a été entraîneure au club Synchro-Élite. Elle mentionne que cet intermède lui avait permis de demeurer accrochée à sa passion et de l’aider un peu à faire sa transition entre ses carrières passée et future. De retour sur les bancs d’école à l’Université Laval, elle a remporté dès sa première session une bourse de leadership sportif.

«Je ne m’attendais pas du tout à recevoir cette bourse-là même si j’avais appliqué pour la recevoir. Ce fut une belle reconnaissance. Quelque chose de très valorisant. Ça m’a fait réaliser encore plus à quel point la synchro et toute ma carrière m’avaient aidé à devenir la personne que j’étais aujourd’hui.»

Après avoir nagé chez les maîtres avec la seule intention de continuer à s’amuser et prit part à un championnat du monde, la Québécoise a peu à peu délaissé la nage synchronisée pour se concentrer sur sa carrière professionnelle.

«Je suis vraiment moins dans le sport que je l’étais. Et comme je suis enceinte, j’ai décidé de ne pas nager cette année. Par contre, je continue à fréquenter mes amies qui nageaient avec moi et à aller voir les coachs. J’aime aussi toujours regarder des performances de synchro et à trouver ça magnifique. Je suis très impressionnée quand je vois où mon sport est rendu aujourd’hui.»

Anne-Marie conclut qu’elle n’a pas tourné le dos pour toujours à la nage synchronisée et qu’elle ambitionne, après avoir accouché, de recommencer à nager au niveau récréatif.

«On ne peut pas enlever la nageuse qui est en moi. La synchro me manque. Je sais qu’il y a d’anciennes collègues comme Valérie Welsh qui ont commencé à nager pour le plaisir. Alors c’est certain que la nage synchronisée va de nouveau faire partie de ma vie dans les prochaines années. Et comme je serai bientôt maman d’une petite fille, je vais pouvoir rêver, comme Valérie (Welsh) et Élise (Marcotte), d’avoir une petite sirène qui prendra ma place dans la piscine.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Anne-Marie Vézina en 2006

Q Fait marquant

Ma sélection au Centre d’excellence à Montréal. Je ne pensais jamais que c’était possible de pouvoir me rendre là. C’est vraiment mon plus beau moment en synchro.

Q Performance dont tu es la plus fière

J’ai participé à une compétition qui s’appelle World Trophy en 2010 en Russie. D’être dans ce pays-là et de compétitionner contre les meilleures, ça fait vraiment partie de mes plus beaux souvenirs. Et nous avons obtenu des performances qui furent marquantes pour moi. Je suis extrêmement fière d’avoir pris part à cette compétition-là.

Q Entraîneures marquantes

Mes deux entraîneures qui ont le plus travaillé avec moi à Synchro Élite, soit Marie-Hélène Morneau et Jojo Carrier. Ce sont des personnes qui ont eu un impact énorme au niveau de ma carrière sportive, mais aussi au niveau personnel. Je suis extrêmement heureuse et chanceuse de les avoir eues dans mon parcours.

Q Ce qui te manque le plus de ta carrière de nageuse

Les compétitions à l’international avec ma gang de filles.

Q Des choses dont tu ne t’ennuies pas

Sauter dans la piscine froide à 6h le matin. Aujourd’hui, on me redemanderait de le refaire et je ne pense pas que j’en serais capable.

Q Modèles

R Élise Marcotte et Valérie Welsh, c’était pas mal mes modèles dès que j’ai commencé à Synchro Élite. Je les voyais dans ma soupe.

Q Plus grande qualité d’athlète

J’étais persévérante

Q Dans 10 ans

R Probablement encore un peu dans le domaine où je suis actuellement au niveau professionnel. Je me vois aussi encore avec mon mari, avec des enfants et peut-être un petit peu impliquée dans la synchro en ayant recommencé à nager. J’ai des fourmis dans les jambes juste à en parler. J’ai vraiment hâte.

Q Rêve

R J’ai voyagé beaucoup quand j’étais jeune. De ne pas pouvoir le faire ça me manque. Ça va donc faire partie des prochaines choses que mon mari et moi on va souhaiter faire une fois que la pandémie sera passée. J’ai toujours aimé voyager. Ça fait partie de mes rêves, et ça va finir par faire partie de ma vie, je suis persuadée.