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Julie Rodrigue: prendre une autre route

Julie Rodrigue avait un rêve et sa voie était toute tracée d’avance pour y parvenir. Obligée de renoncer à son désir le plus cher, elle a cependant su saisir l’opportunité de relancer sa carrière. Si le chemin sur lequel elle s’est retrouvée n’était pas celui qu’elle pensait prendre, elle a quand même réussi à le réaliser.

«Quand j’étais à l’école secondaire, mon rêve c’était jouer avec l’équipe nationale en volleyball», mentionne l’athlète native de Saint-Georges. «Mais alors que j’étais avec le Rouge et Or, j’ai su assez tôt que je n’aurais pas d’opportunités à ce niveau-là. C’est alors que la porte s’est ouverte au niveau du beach, un sport qui ne faisait pas vraiment partie de mes plans, mais que je pratiquais pour le plaisir. Vincent Larrivée m’a dit qu’il croyait que j’avais du potentiel et il m’a demandé si je voulais y poursuivre une carrière. J’ai dit oui, pourquoi pas. Par la suite, tout allé rondement.»

S’entraînant d’abord à Québec, Julie a dû déménager à Toronto quand l’occasion de rallier les rangs de l’équipe nationale s’est présentée. Si elle a accepté de s’expatrier, c’est parce c’était son rêve d’être sur l’équipe nationale et qu’elle avait son diplôme en poche, mais pas encore de carrière. 

«Ce fut une grande adaptation. Mon anglais était assez sommaire. Et j’étais très timide. Mon plus gros défi était au niveau social. Heureusement, mon chum est venu avec moi. Ça m’a donné un peu de courage. Aujourd’hui, je suis vraiment fière d’avoir essayé, de m’être entraînée tous les jours et d’avoir pris les mesures pour fonctionner là-bas et d’améliorer mon anglais. Ç’a été super de vivre tout ça.»

Julie ne voit pas comme un échec le fait de ne pas avoir joué pour l’équipe nationale de volleyball intérieur. Avec le recul, elle en vient à la conclusion qu’elle avait davantage les qualités et le profil d’une joueuse de beach-volley. «J’étais athlétique, mais pas super grande. Et j’étais centre. Au niveau national, j’étais peut-être petite pour évoluer.» 

Pour la Beauceronne, cette déception ne vient en rien jeter de l’ombre sur sa carrière à l’UL qui fut mémorable et bien remplie, notamment avec la conquête du titre national en 2006.

«Mes deux premières années furent comme un rêve. J’étais entourée d’athlètes formidables comme Élyse Duchesne, Marylène Laplante et Caroline Fiset, des filles qui travaillaient très fort. Pour moi, c’était normal de suivre leurs pas. Et elles sont demeurées des modèles même après mon passage à Laval.»

Remise en question

C’est en 2012 que Julie a pris sa retraite du beach-volley. C’était la fin d’un cycle olympique et pour elle, une occasion de se remettre en question. Et même si elle aimait toujours le volleyball, elle ne se voyait pas entreprendre un nouveau cycle de quatre ans.

«J’avais d’autres rêves. J’avais gradué en relations industrielles et j’avais hâte de commencer ma carrière professionnelle. Au niveau financier, je désirais avoir un peu plus de stabilité. Et je rêvais aussi de fonder une famille. La raison a dit non. J’avais fait le tour et j’avais eu une belle expérience. C’était le temps de vivre autre chose. J’ai plongé les yeux fermés. J’ai déménagé à Montréal où mon chum avait été transféré et je me suis trouvé un emploi super vite. Et peu de temps après, je suis tombée enceinte. La routine a fait que je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer du volley. «La seule chose qui me manquait, c’était l’entraînement. Ça ne me permettait pas juste de me mettre en forme, ça me faisait du bien au moral. Mais ç’a été difficile de me trouver un autre sport. Comme j’avais transposé au travail mon désir de me dépasser et d’atteindre des objectifs, tout ce que je désirais c’était bouger. J’ai essayé plein d’affaires et j’ai bien aimé le yoga.»

Le volley prend encore beaucoup de place dans la vie de Julie. Elle y joue encore à l’occasion. Et la plupart de ses amies faisaient partie de sa gang de volleyball. Elle avoue cependant que sa passion s’est un peu éteinte, mais qu’elle éprouve une certaine nostalgie quand elle pense à sa carrière.

«J’aimais la compétition, mais j’aimais aussi le style de vie sain que j’avais. Me lever chaque matin, aller à la plage, faire mon entraînement me manquent. Je m’ennuie également de l’esprit de gang, du rush d’adrénaline de la compétition et du feeling de satisfaction que l’on ressent après une grosse victoire pour laquelle on a travaillé fort. C’est quelque chose que je n’ai pas ressenti ailleurs.»

Mine de rien, le volley sert aussi à la Beauceronne dans son travail en ressources humaines, où la gestion de personnel a des similitudes avec les membres d’une équipe sportive. Julie est d’avis que le volley a été une belle école.

«Ce que j’y ai appris au niveau de la gestion des émotions me sert beaucoup. Mon coach me disait tout le temps : “Ce n’est pas le temps d’analyser un match quand tu en sors. Tu es trop émotive.” Pour moi, c’est important de prendre du recul avant d’analyser un dossier et de prendre une décision. Ça, c’est le sport qui me l’a appris, pas mon bac.»

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Marie-Michelle Genois: un lien direct

Les témoignages des bienfaits du mariage du sport et des études sont nombreux. Marie-Michelle Genois, docteure en biochimie moléculaire et cellulaire et complétant son postdoctorat au Massachusetts General Hospital affilié à l’Université de Harvard, est d’avis qu’il existe un lien direct entre et sa réussite scolaire et sa carrière de basketteuse avec le Rouge et Or.

«Le basket m’a vraiment aidé à passer à travers mes études», explique la Capsantéenne. «Il m’a permis d’avoir un équilibre. Ma semaine de travail était divisée en deux. Il y avait du temps pour mes études et du temps pour le basketball. Quand j’étais dans mes études, je ne pensais pas à autre chose. Et quand j’étais au basket, c’est là-dessus que mon focus était. C’était parfait. C’est une période de ma vie que j’ai vraiment aimée. J’ai vécu de belles expériences et rencontré plein de gens.

«Avec le recul, je réalise que ce fut une période très intense. Mais j’avais juste moi à m’occuper au quotidien. Aujourd’hui, ma vie a pris un autre sens. J’ai une petite fille. Avant, c’était les études et le basket. Maintenant, c’est ma famille et mon travail. C’est une question de priorités.»

Ayant excellé tant sur le terrain — elle a été choisie All Canadian à chacune de ses cinq saisons universitaires — que dans ses études — elle a mérité à trois reprises le titre d’étudiante-athlète de l’année de la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec — Marie-Michelle a toujours été très exigeante envers elle-même. Elle insiste cependant. Sa conciliation sport-études a grandement été facilitée par la présence de personnes comme Linda Marquis avec le Rouge et Or et Jean-Yves Masson à l’Hôtel-Dieu, et par la Fondation de l’athlète d’excellence.

«Linda a toujours été consciente que l’on était étudiantes-athlètes et que certains jours, on pouvait avoir moins d’énergie. Jean-Yves a aussi été super conciliant. J’ai fait ma maîtrise et mon doctorat dans son laboratoire. À cause du basket, je ne pouvais pas donner autant de temps qu’un étudiant à la maîtrise, mais il m’a permis de continuer ma carrière. Je leur suis très reconnaissante.»

Progression rapide

Marie-Michelle ne se destinait pas à une carrière en basketball. Très sportive, elle avait joué au baseball, au hockey et au soccer, elle avait fait de la natation et du karaté, etc. Elle n’était pas attirée par le basket. Invitée par un coach de son école à prendre part à un entraînement, elle n’a jamais quitté l’équipe. Elle a rapidement fait sa marque et fut invitée au Centre d’excellence à Lévis. «Une période charnière dans ma vie. Mon passage au centre m’a permis de m’améliorer. C’est par la suite que tout a déboulé. J’ai été recrutée par les Dynamiques du Cégep de Sainte-Foy, j’ai été membre de l’équipe du Québec et j’ai été remarquée par la formation nationale. 

«Ma progression a été très rapide. Je pouvais compter sur une bonne génétique et comme je suis une personne qui veut réussir, j’ai travaillé fort. Mais en même temps, j’ai eu la chance de croiser des entraîneurs qui ont vu le potentiel en moi et qui m’ont mise à la bonne place au bon moment.»

Rêvant d’aller aux Jeux olympiques de Londres, Marie-Michelle a finalement accroché ses espadrilles au printemps 2011, au terme de sa dernière campagne à Laval. «Pour être avec l’équipe nationale, il aurait fallu que j’aille jouer pro en Europe. Comme je voulais entreprendre mes études de doctorat, j’ai dû faire un choix. Parce que je m’étais préparée mentalement à prendre ma retraite et que j’étais passionnée par mon sujet de recherche, ma transition s’est bien faite. Ça m’a pris quelques années à réaliser que j’avais vécu quelque chose de gros et d’intense et que je ne serais plus capable d’aller chercher un niveau d’intensité aussi élevé et d’engouement aussi grand. Mais j’étais prête. J’étais rendue à une autre étape de ma vie.»

Son doctorat en poche, c’est à l’Université Harvard où elle fait de la recherche fondamentale et se spécialise dans la reproduction et la réparation des cellules cancéreuses que Marie-Michelle a choisi d’obtenir son postdoctorat. «On est une équipe de 10 chercheurs. Chacun a sa spécialité et on collabore. Le but est de profiter des forces de chacun... comme on le faisait au basket.

«J’ambitionne cependant de revenir au Québec lors de la prochaine année. Je ne sais pas encore quelle avenue va s’ouvrir pour moi, mais la formation postdoctorale nous donne beaucoup d’outils. Je pourrais continuer en recherche ou dans un autre domaine. C’est sûr que je vais rester en sciences.»

Marie-Michelle indique que le basket ne lui manque pas. Récemment cependant, elle a été surprise d’avoir envie de sauter sur un court pour aller lancer des ballons. «Juste pour décrocher et pour dépenser de l’énergie. Mon besoin de compétition, c’est dans la course à pied que j’essaie de le combler. Mais c’est un sport individuel. Et je suis une fille d’équipe. J’ai toujours aimé être avec d’autres pour réaliser des tâches. On peut se motiver et se pousser entre nous. Je préfère donc courir avec quelqu’un d’autre ou en groupe.»

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Éric Brisson: un heureux mariage

Son objectif de prendre part aux Jeux olympiques atteint, Éric Brisson, aurait pu à son retour de Salt Lake City en 2002, mettre fin à sa carrière de patineur de vitesse afin de se concentrer sur ses études en ostéopathie. Mais même si le mariage sport-études lui demandait beaucoup de temps et d’énergies, il réalisa que pour lui, l’un n’allait pas sans l’autre.

«Dans ma tête, je mettais un terme à ma carrière après les Jeux de Salt Lake», lance le Québécois. «Je croyais faire une année de transition puis me retirer complètement. Mais j’aimais tellement le patinage de vitesse», lance le Québécois. «C’est tellement un beau sport. Ça faisait partie de moi. Comme j’étais loin d’avoir terminé mes études en ostéo, et que pour moi, sport et études ne faisaient qu’un, j’ai décidé de prendre les années une à la fois. J’ai fait une première saison, puis une deuxième pour finalement me rendre jusqu’en 2006. 

«Le programme d’ostéopathie étant très chargé, je n’ai cependant pas pu m’entraîner assez pour me qualifier pour les Jeux de 2006. Mais j’étais quand même super heureux. J’avais atteint mon but ultime d’aller aux JO et aussi celui de commencer à travailler dans un domaine que j’aimerais quand je prendrais ma retraite.»

Brisson se rappellera toujours sa dernière compétition, une Coupe Canada présentée à l’Anneau de glace Gaétan-Boucher. Sa famille et ses amis s’y étaient donné rendez-vous afin de saluer sa carrière de 27 ans en patinage de vitesse. «C’était une belle journée. Ç’a bien bouclé la boucle.»

Un hasard

Brisson était détenteur d’un bac en sciences de l’activité physique quand il fut attiré par la chiropratique et l’acuponcture. Mais il dû renoncer à y étudier parce dans les deux cas, les cours ne se donnaient pas à Québec. Ouvrant les Pages jaunes dans la section médecine douce, il remarqua par hasard l’annonce d’une école d’ostéopathie. Comme les cours, donnés sous forme de séminaires, n’étaient pas en conflit avec ses entraînements et ses compétitions, il s’y inscrit. 

«Le rôle d’un ostéopathe est de trouver les rigidités du corps afin de redonner la mobilité aux endroits où il n’y en a pas assez. Je me souviens quand j’ai découvert l’ostéo en tant qu’athlète. Les bénéfices ont été très grands et j’ai tout de suite vu une méchante différence quand je suis retourné sur la patinoire. Ç’a donc été encore plus fascinant pour moi d’étudier là-dedans.»

C’est en Outaouais, où il avait déménagé pour des raisons familiales, que Brisson a ouvert sa clinique. Sa transition fut difficile. Il ne connaissait pas personne et il devait faire sa place. Habitué à bouger, à s’entraîner au grand air et à voyager, il se retrouvait dans un petit bureau à longueur de semaine. Il s’est même demandé s’il avait choisi le bon métier. «Puis les enfants sont arrivés. Ma vie a changé», explique Brisson qui, secrètement, avait commencé à rêver à participer aux JO comme ostéopathe. Mais pour réaliser mon rêve, il fallait qu’il rencontre les bonnes personnes et que les astres s’alignent.

Ayant gardé des liens solides avec son ancien coach Robert Tremblay, l’ex-patineur a travaillé, après les Jeux de Vancouver, lors un camp d’entraînement où il a rencontré le physio en chef de l’équipe nationale. Ayant fait part de son intérêt à travailler avec les athlètes, il a ensuite pris part à des Coupe du monde et à des camps d’entraînements. Son rêve de retourner aux JO se réalisa lorsqu’on lui demanda de travailler avec Denny Morrison à Sotchi. Une collaboration qui fut couronnée de succès, Morrison décrochant deux podiums. 

«Je ne suis vraiment pas le seul responsable des succès de Denny. Il y avait toute une équipe derrière lui. Mais ce fut pour moi une belle fierté un bel accomplissement, une super expérience avec une belle gang. 

«Même si elles ont été très différentes, mes deux expériences aux Jeux ont été magiques. Le mois avant les Jeux de Sotchi a été beaucoup plus relax, mais j’étais pas mal plus stressé avant la course à Denny parce que je ne contrôlais rien. En revanche, assister aux cérémonies de fermeture des JO de Sotchi dans les estrades m’a permis de les voir d’un autre œil. C’était super!»

Brisson adore travailler avec les athlètes. «Pour moi, un athlète c’est comme une Formule 1, où donner un quart de tour à une vis fait une grande différence. Les feedbacks sont rapides C’est très valorisant.»

Les années ont passé, mais Brisson a gardé des liens serrés avec son ancienne gang de l’anneau de glace. «À chaque fois que je viens à Québec, j’essaie de faire ma petite tournée. Mais ce n’est pas facile. J’ai tellement de bons amis à voir.

«C’est certain que s’il y avait un anneau pas loin de la maison, je patinerais souvent. Je me suis d’ailleurs promis de faire un jour un Championnat du monde des maîtres», lance celui qui a aussi son école de power skating. «Mais j’ai découvert le CrossFit. J’y retrouve le même niveau de performance, de camaraderie et d’intensité que dans le patinage de vitesse. Et je rêve de participer un jour aux CrossFit Games. En 2000 quelque chose (rires).»

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Yves La Roche: le mode solution

«Après un échec ou une épreuve, chercher le pourquoi ne mène nulle part. Il faut prendre conscience de ses erreurs et se mettre en mode solution, se demander comment faire pour rebondir et réussir. Puis go! On avance. C’était ma recette quand je faisais du ski acrobatique et ça l’est toujours. Aujourd’hui, ça me prend une énergie incroyable uniquement pour marcher, parler et être autonome, je n’ai pas d’énergie à gaspiller pour les pourquoi.»

Pionnier du ski acrobatique et légende de son sport dans le milieu des années 80, Yves La Roche a vu sa vie basculer en 1989. Un grave accident de parapente l’obligea à amorcer une longue réhabilitation. Il passa six mois à l’hôpital de l’Enfant-Jésus et un an à François-Charron. Un accident qui signifia la mort de l’athlète puisqu’elle laissa l’ex-champion du monde avec de graves séquelles. 

«À mon réveil à l’hôpital, la première affaire que j’ai vue, c’est une affiche de moi en train d’exécuter un saut que ma mère avait collée sur le mur. À ce moment-là, je n’avais pas conscience de celui que j’étais devenu, la seule idée que j’ai eue en tête était de redevenir le gars que je voyais sur l’affiche. Et j’ai travaillé très fort pour y arriver. Je l’ai fait jusqu’au moment où ma conjointe de l’époque me dise qu’elle me quittait. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu que c’était parce que la personne qu’elle aimait est morte.»

«J’ai alors fait une introspection pour voir ce que j’étais vraiment. J’ai pris conscience que ça serait impossible de retrouver la forme et le physique que j’avais et je me suis en mode solution afin d’aller de l’avant, de la même manière, comme je le faisais dans mon sport après une mauvaise performance. Ç’a été le moment le plus important de ma réhabilitation. En ce sens, le sport a été ma plus belle école parce que mon objectif n’a jamais été de gagner, mais de me surpasser.» 

Entouré par une famille unie et aimante, La Roche ne cache pas qu’au lendemain de son accident, les siens ont souvent eu tendance à le protéger. Au point où il a dû mettre ses limites et leur dire : “non, je suis capable”. Aujourd’hui encore, il ressent encore à l’occasion l’instinct de protection de certains à son endroit. «Quand ils le font, je ne les prends pas au sérieux. On m’a demandé un jour ce qui avait été le plus difficile dans ma réhabilitation. J’ai répondu mon image. Et ça l’est toujours, presque 30 ans plus tard. J’ai de la difficulté à marcher et à parler. Cette image fait que l’on cherche à me protéger.» 

«Pour moi, ma plus belle réussite à la suite de mon accident, c’est d’avoir retrouvé une autonomie. C’est de conduire mon auto, d’avoir un agenda et de le respecter.»

Nouvelle vie

Piqué par une flèche de Cupidon, La Roche a décidé de s’installer à Trois-Rivières il y a cinq ans. Il avoue avoir quitté Lac-Beauport, la municipalité où il avait grandi et où la plupart des gens l’associaient toujours à la personne qu’il avait été avant, un peu sans regret et afin de connaître autre chose. À la blague il lance : «La pire chose que l’on pouvait me demander c’est “T’en souviens-tu?”» avant d’ajouter sur un ton plus sérieux «mais j’ai toujours beaucoup de plaisir à me retrouver chez nous, au lac.»

L’ex-skieur acrobatique dit qu’il s’est épanoui depuis qu’il réside à Trois-Rivières. «Une décision magnifique parce que j’ai une conjointe que j’aime avec qui je suis bien. Et ici, les gens n’ont aucune idée de qui j’étais avant. C’est comme si je recommençais à vivre.»

Entraîneur avec l’équipe canadienne dans les années 90 puis avec la formation japonaise à la veille des Jeux de Nagano, La Roche est aujourd’hui conférencier. Quand il rencontre des jeunes, ses conférences portent sur les rêves, comment les transformer en but et comment les réaliser. Quand il visite des gens dans des entreprises, il définit ce qui signifie pour lui la victoire. 

«Quand j’étais coach, mon but était d’emmener mes jeunes vers un podium olympique. Maintenant j’essaie d’aider les gens à atteindre leur podium personnel.

La Roche, qui est la vedette d’un documentaire en production du confrère Marc Durand, un honneur qui le gêne parce qu’il se considère comme une personne ordinaire, dit qu’il ne regrette rien de son passé d’athlète. Mais même s’il a tourné la page sur une vie où tout semblait plus facile, il ne cache pas qu’il y retourne parfois en regardant des albums de photos, par exemple.

«Je prends plaisir à regarder des photos quand j’étais athlète quand j’ai besoin de motivation. Parce que parfois, je suis porté à oublier tout le chemin que j’ai parcouru. Il faut que je me replonge dans ce que j’étais avant pour me dire “OK, Yves La Roche, c’est assez, on continue”.»

«Je suis d’avis que la vie ne nous met pas de limite. Elle nous ralentit (rires). Ça ne me dérange pas de changer de chemin parce que je sais que je vais arriver à atteindre mes objectifs. Peut-être sera-t-elle plus longue à cause de difficultés. Mais ça ne me dérange pas. Parce que je vois les petits progrès que je fais encore tous les jours.»

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Angelo Esposito: il n’y a pas que le hockey dans la vie

Il y a maintenant deux ans qu’Angelo Esposito a accroché ses patins. Considéré comme l’une des futures grandes vedettes de la Ligue nationale après sa première campagne avec les Remparts, il a longtemps eu comme objectif d’évoluer dans la grande ligue. Mais même s’il fut un choix de première ronde en 2007, le 20e au total, il n’y disputa pas un seul match.

«Mon rêve, c’était de jouer dans la Ligue nationale», explique le Montréalais. «Mais je m’en éloignais à chaque année. À ma dernière rencontre avec le HC Cesque Budjovice [République tchèque], j’ai subi une sévère commotion cérébrale. Dans l’ambulance qui m’emmenait à l’hôpital, j’ai demandé à ma copine si j’avais bien joué. Elle m’a répondu que oui. Par la suite, je lui ai reposé la question à toutes les deux minutes. C’est elle qui me la raconté, parce que je ne m’en souvenais pas.

«C’est à la suite de ça que je me suis dit que j’étais rendu à 28 ans, que mes chances d’aller dans la LNH étaient bien minces et que je pouvais commencer une autre vie à Montréal. Je ne voulais pas arriver à 35-36 ans et me retrouver au même point que j’étais à 28. Il n’y avait pas que le hockey dans la vie.»

Même si sa décision était réfléchie, Esposito avoue que son retour à Montréal fut difficile. N’ayant pas fait son deuil de sa carrière, il ne savait pas non plus quelle tangente il donnerait à sa vie. Et bien qu’il ait rêvé, plus jeune, d’étudier en médecine, il était un peu tard pour le concrétiser. Déjà propriétaire d’un édifice à logements, il décida de gagner sa vie dans le domaine de l’immobilier. 

«Je n’achète pas des bâtisses uniquement pour collecter des loyers. J’acquiers des édifices qui ont besoin de beaucoup d’amour et je les rénove. Au début, j’étais le gars qui transportait les sacs de poubelle. Depuis, j’ai appris toutes sortes de choses. Quand les ouvriers ont besoin de moi, je les aide. Et je continue à apprendre.»

Esposito n’est pas demeuré loin de la patinoire bien longtemps. Les dirigeants du complexe Hockey Etcetera l’ont engagé comme spécialiste du développement des habiletés des hockeyeurs. Le complexe étant aussi le quartier général de Quartexx Management, un cabinet d’experts-conseils, il a aussi travaillé avec des espoirs de la LHJMQ, dont Hendrix Lapierre et Xavier Bourgault.

«Retourner sur la glace a facilité mon deuil. J’ai trouvé une façon de transmettre ma passion aux jeunes. Et j’adore ça. Je suis aussi entraîneur à Selwyn House, l’école secondaire où j’ai étudié. C’est vraiment le fun de voir la progression des jeunes.»

Avec les Remparts

Plus bel espoir midget au repêchage de 2005, Esposito avait annoncé qu’il désirait poursuivre sa carrière de hockeyeur dans une université américaine. Les Remparts avaient surpris tout le monde en le choisissant au 11e rang et en le convainquant de jouer à Québec

«Mes trois ans à Québec sont parmi les trois plus belles années de ma vie. J’étais dans une organisation de première classe, j’avais une bonne famille de pension et les partisans étaient incroyables. L’équipe a tout fait pour moi, à tous les jours. Les Remparts et Patrick [Roy] mettaient vraiment tout en œuvre pour permettre aux joueurs de connaître du succès.»

Repêché par Pittsburgh après sa seconde campagne à Québec, le joueur de centre passa moins d’un an dans l’organisation des Penguins qui l’échangea aux Trashers d’Atlanta. 

«Je me souviens comme si c’était hier du moment où j’ai été repêché et de la première fois que j’ai rencontré les joueurs des Penguins. De beaux souvenirs qui vont toujours demeurer en moi et que je peux partager avec mes amis ou les jeunes que je coache

Esposito termina son stage dans la LHJMQ avec le Junior de Montréal. À son retour du Championnat mondial, il se déchira le ligament croisé du genou. Et après une longue réhabilitation, il se blessa au même genou la saison suivante. Il s’exila ensuite en Europe où il ne put jouer une seule saison complète à cause de blessures de toutes sortes.

«Je pourrais dire que c’est à cause des blessures que je n’ai pas fait la Ligue nationale. Elles ont joué un rôle majeur, mais elles ne sont pas l’unique raison. Il y a plein de choses qui ont fait que je n’y suis pas arrivé. Mais si je retourne constamment dans le passé pour essayer de trouver pourquoi ça n’a pas marché, je vais être malheureux pour le reste de mes jours. Je suis fier de la manière dont j’ai refait ma vie. J’ai trouvé du succès en dehors du hockey et j’ai mis les bases nécessaires pour bien vivre dans le futur.»

Interrogé à savoir comment il le voyait ce futur, Esposito indique qu’il aimerait continuer à acquérir des immeubles et que son plus grand rêve était de devenir promoteur immobilier. Mais comme sa passion pour le hockey est toujours aussi grande, il prendrait peut-être la voie du coaching si l’occasion se présentait.

«J’ai informé mon ancien agent que je serais ouvert à devenir entraîneur et je lui ai demandé d’être attentif aux opportunités. Pour l’instant, j’apprends beaucoup en coachant. Les choses vont tranquillement, pas vite. Un petit pas un à la fois.»

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Le parcours atypique d'Alexandre Gauthier

Encore aujourd’hui, le parcours de footballeur d’Alexandre Gauthier demeure atypique et exceptionnel. Basketteur, il avait choisi d’étudier au cégep de Sainte-Foy afin de pratiquer son sport favori. Il n’avait jamais joué au football quand il s’est joint au Rouge et Or en 1999. Mais il s’est rapidement imposé au point d’être le tout premier choix du repêchage de la LCF en 2002, le tremplin vers une carrière de 10 ans chez les pros.

«C’est certain que ma génétique explique en partie mes succès», explique l’ex-bloqueur à gauche. «J’avais la grandeur, le poids et les habiletés pour m’imposer. Mais il y a aussi eu beaucoup de travail. Et je pense que si j’ai eu du succès aussi rapidement au football, c’est parce que j’étais bien entraîné et que j’avais eu la chance de pratiquer plusieurs sports [basket, tennis, snowboard, natation, etc.] qui m’avaient permis de développer toutes sortes d’aptitudes similaires à celles que j’avais besoin au football. 

«Comme j’avais une bonne base athlétique, ma transition vers le football fut simplement d’apprendre les règlements, la terminologie, la technique et les stratégies. Et le Rouge et Or m’a propulsé chez les professionnels.»

Gauthier n’avait aucune ambition de jouer chez les pros en arrivant à l’UL. Au fil des mois cependant, il a commencé à penser qu’il avait peut-être le potentiel pour jouer dans la LCF. Et ses résultats au combine l’ont confirmé.

«Les tests physiques ont toujours été l’une de mes forces. Quand les coachs des équipes ont commencé à me parler, j’ai su que j’avais des chances d’être repêché. Mais pas au tout premier rang. J’ai appris la nouvelle la veille du repêchage quand Eric Tillman, le dg des Renegades, m’a téléphoné pour m’inviter à Ottawa.

«À ce moment-là, je m’étais dit que ça serait le fun de jouer pro pendant 15 ans. Mais après mon premier camp, j’ai pensé que ça serait plus réaliste de viser 10 saisons. J’ai été chanceux d’y arriver, chanceux de demeurer loin des blessures sérieuses.»

Le joueur de ligne offensive a évolué avec les Renegades, les Stampeders, les Blue Bombers les Tigers Cats et les Roughriders. Il a toujours préféré les contrats à court terme pour des raisons monétaires, mais aussi parce qu’il voulait profiter de sa carrière pour découvrir le Canada. «Ça aurait été le fun de jouer Montréal, c’est certain. Mais les astres n’étaient pas alignés.» 

Partant à sa troisième année chez les pros, le colosse n’a jamais senti que son poste était en danger lors des cinq saisons suivantes. Qu’à cela ne tienne, il n’a jamais rien pour acquis. Sa situation le motivait plutôt à montrer à ses coachs qu’ils avaient raison de lui faire confiance. Sa dernière campagne à Regina fut cependant plus difficile. 

«Un nouvel entraîneur est arrivé. Il voulait tout changer. Et j’étais rendu à 35 ans. Chaque jour, quand j’allais au stade, je me demandais si j’allais être retranché. Je n’avais plus vraiment de plaisir.»

Le Québécois a finalement été libéré par les Roughriders lors de la saison hivernale. «J’ai été surpris, mais je comprenais. J’ai reçu des offres d’autres équipes, mais j’ai décidé de me retirer. Je me disais que c’était le bon timing. J’avais 35 ans, je ne voulais pas prendre le risque de me blesser, ma fille commençait l’école et j’avais une belle opportunité d’emploi. 

«Il n’y a personne qui aime mettre un terme à sa carrière après avoir été congédié. J’aurais peut-être me retirer avant que ça arrive. Mais l’intérêt de certaines équipes m’a réconforté.»

Pas de deuil

S’étant donné un filet de sécurité, il travaillait à Calgary pendant la saison morte parallèlement à sa carrière de footballeur, Gauthier a profité de sa retraite pour démarrer son entreprise. Alors à l’emploi de la compagnie Eagle Canada spécialisée dans l’acquisition de données dans le domaine de l’exploration sismique, il a fondé Sisma Drilling, une entreprise de forage. Très occupé par ses deux emplois, l’ex-footballeur n’a pas eu le temps de s’ennuyer du football. Sa transition entre le sport et sa nouvelle vie s’est faite sans heurts.

Ayant délaissé l’entraînement afin de s’occuper de son entreprise, une pause qui lui a permis de guérir les bobos qu’il traînait, Gauthier a finalement décidé de se remettre en forme au bout de deux ans.

«Sur la balance, j’étais le même gars. Mais quand je me regardais dans le miroir, la graisse avait remplacé les muscles. Comme j’aimais le vélo et que j’avais déjà fait de la natation, ma femme m’a dit : “Pourquoi ne ferais-tu pas des triathlons?“ Je me suis inscrit à une première compétition, et, depuis j’essaie d’en faire une ou deux à chaque année. Au début de l’été, j’ai pris part à Escape Alcatraz disputée à San Francisco.»

Pour Gauthier le triathlon c’est un moyen de se garder en forme. «Quand tu as un objectif, c’est beaucoup plus facile de se lever plus tôt le matin pour aller s’entraîner avant d’aller travailler. Quand je fais un triathlon, mon objectif est de passer une belle journée, d’apprécier le paysage et de m’amuser. Ce qui compte, c’est le cheminement et pas le résultat.»

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Michel Mana Nga: laisser la place aux jeunes

Ça fait plus d’une quinzaine d’années que Michel Mana Nga vit sa passion pour le ballon rond sur les terrains de soccer québécois. Et malgré ses 43 ans, il est loin de penser à la retraite. S’il n’en tient qu’à lui, il jouera tant et aussi longtemps qu’il pourra courir. Encore en excellente forme et dominant sur le terrain, il a cependant décidé, cette saison, de laisser plus de place à ses jeunes coéquipiers.

«À mon âge, je pense que je fais maintenant plus partie du passé», indique le porte-couleurs du Royal Sélect de Beauport. «On a de bons jeunes au sein de l’équipe, il fallait qu’ils jouent et qu’ils prennent de l’expérience. Et j’étais heureux de les accompagner là dedans. J’ai donc dit à Sam [Samir Ghrib] que je serais à tous les entraînements et à tous les matchs, mais que je jouerais uniquement quand il aurait besoin de moi. J’ai dépanné quand il manquait des gars.»

Mana Nga ne cache pas qu’il avait beaucoup moins de stress dans son nouveau rôle. Du même souffle, il ajoute que même s’il joue maintenant un peu plus dans l’optique de s’amuser, il demeure aussi compétitif. Pas question de lever le pied de l’accélérateur quand il est dans le feu de l’action ou pendant les entraînements.

«Être compétitif, c’est difficile de sortir ça de soi. Si on posait la question aux gars, ils diraient même que je suis plus compétitif qu’eux parce que je demeure probablement l’un des gars du club les plus exigeants envers lui-même. Je prends part tous les entraînements avec les gars et je joue avec eux. Je me donne toujours autant.

«Mais malgré mon âge, je ne me sens pas déphasé par rapport à mes coéquipiers. Il y a beaucoup de gars que je connais depuis quelques années, dont certains que j’ai côtoyés à l’extérieur du terrain. Je ne me sens donc pas hors sujet à l’exception des goûts musicaux (rires).»

Avec le Rouge et Or

Natif du Cameroun, Mana Nga, qui jouait au soccer en France, a amorcé sa carrière québécoise en soccer avec le Rouge et Or en 2001. Après un court séjour en France, il a de nouveau enfilé l’uniforme lavallois en 2003 et il a adopté le Québec. 

«Probablement un des meilleurs moves que j’ai fait dans ma vie», explique l’athlète qui en plus de travailler en administration dans la fonction publique (CNESST) œuvre comme directeur technique adjoint à l’Association de soccer de Beauport et comme entraîneur adjoint à Samir Ghrib avec le Royal Sélect. «Le Québec m’a super bien accueilli. Et aujourd’hui, je m’y sens chez moi. Je n’ai pas l’impression de vivre dans un pays où on me juge ou de ne pas faire partie du décor. Je me sens respecté. Les gens me connaissent. C’est valorisant et agréable.»

Le vétéran joueur raconte qu’à sa première année avec le Rouge et Or, l’équipe avait connu une saison difficile. À son retour en 2003, même si les Carabins étaient dominants, les choses avaient été différentes. «À mes deux dernières années, on a fait les canadiens. Nous sommes allés à l’Île-du-Prince-Édouard nous avons bien figuré même si nous avons perdu nos deux matchs. Puis, l’année suivante en Alberta, nous nous sommes rendus en demi-finale où nous avons perdu contre l’Alberta, qui est par la suite devenue championne.»

En plus de jouer dans les rangs universitaires, Mana Nga s’est aussi signalé dans le réseau civil. Il a d’abord joué à Sainte-Foy puis à Beauport où il a aidé le Royal Sélect à faire sa marque sur les scènes provinciale et nationale.

«Je suis fier de ma carrière. Les années que j’ai passées au Québec sont probablement celles que j’ai le plus appréciées. J’ai eu l’impression d’apporter un petit quelque chose de différent au Rouge et Or, au club de Beauport et à la ville même si je n’ai fait que ce que je pouvais faire en montrant une certaine exigence envers moi-même au niveau de la rigueur et du sérieux. Mais elle est devenue contagieuse. 

«Ce fut aussi 15 bonnes années qui m’ont permis de faire plein de belles rencontres et de côtoyer des gens intéressants au niveau du soccer qui m’ont permis d’avoir mes premières vraies jobs ici comme coach.»

Interrogé sur son éternelle jeunesse, le Camerounais a expliqué que dès que sa saison se terminait en octobre, il mettait le soccer de côté. Il continuait à s’occuper des jeunes, mais il ne tapait jamais sur un ballon, et ce, jusqu’en mars. Il préférait s’entraîner en gymnase et faire de la course à pied. «J’ai besoin d’un break. S’il fallait que je joue au soccer en hiver, je crois que j’en ferais une overdose.»

C’est en fin de semaine, à Saskatoon que prendra fin la saison de Mana Nga. Pour la septième fois, il prendra part au Championnat canadien senior avec le Royal Sélect. «Pour moi, c’est toujours aussi excitant. Quand j’entends l’hymne national lors du premier match, j’ai toujours des papillons dans l’estomac.»

Mana Nga est conscient que sa grande expérience pourra assurément aider ses coéquipiers les plus jeunes en Saskatchewan. «Je trouve que c’est important d’être bien encadré. Je l’ai été quand j’ai commencé à jouer et pour moi c’est super agréable de le faire. J’ai vraiment l’impression de les aider.»

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Sports, etc.

Élise Marcotte: voir à long terme

Élise Marcotte a toujours eu une vision à long terme. Inspirée par ses parents qui lui ont inculqué l’importance des études, elle a toujours, parallèlement à sa carrière en nage synchronisée, été assidue sur les bancs d’école. Aujourd’hui, tant ses études en marketing que son expérience dans le sport de haut niveau lui servent dans son emploi chez Plan de match, un organisme dont l’objectif est le bien-être des athlètes.

«Je travaille en marketing et en développement», explique la Québécoise. «Plan de match a été mis sur pied sur pied par le Comité olympique canadien, le Comité paralympique canadien et Sports Canada. On travaille notamment à aider les athlètes qui sont sur les équipes nationales à préparer leur après-carrière. Mais on ne force pas la main à personne. S’il y en a qui décident de venir nous voir après leur carrière, on les aide aussi.

«Je suis choyée de participer à la création de programmes qui vont peut-être changer la vie de certains et chanceuse d’avoir un impact en dehors de celui de la performance sportive. J’ai beaucoup de plaisir.»

Même si c’est en septembre 2012 qu’elle a annoncé qu’elle mettait fin à sa carrière, Élise avait commencé à penser à la retraite bien avant les Jeux de Londres. «C’était important pour moi d’amorcer ma carrière professionnelle. C’est difficile d’arriver sur le marché du travail à l’âge de 27 ans et de se sentir aussi à l’aise et d’être au même niveau que ceux qui l’ont fait à 22. J’ai pris ma retraite à 23 ans. À 24, j’ai obtenu ma maîtrise et j’ai commencé à travailler. C’est à peine si j’étais en retard sur les autres et à certains niveaux, j’étais en avance à cause de tout ce que j’avais vécu.»

À son arrivée à Londres, la Québécoise n’a pas vraiment pensé qu’elle en serait à ses derniers Jeux. Son accent était sur la performance. «Quand tu es ans une compétition à ce niveau-là, ce n’est pas le temps d’être nostalgique.»

Malgré la quatrième place de l’équipe canadienne, Élise a quitté Londres avec le sentiment du devoir accompli, un sentiment qu’elle éprouve toujours. «On a fait tout ce que l’on a pu. On a livré une performance qui valait une médaille. Le reste, c’est hors de notre contrôle. On n’a pas eu le résultat que l’on voulait, mais on a eu la performance que l’on désirait. Au niveau personnel, ça aide à passer à autre chose.»

Faisant un bilan de sa carrière, l’ex-nageuse indique qu’elle a été chanceuse. «Tout s’est aligné dans une bonne ville, dans une province où le sport est soutenu et où j’étais entourée d’entraîneurs solides. Ça m’a aidée à me rendre où je me suis rendue. La seule chose qui manque à mon curriculum, c’est une médaille. Mais j’ai été choyée pendant mon trajet.»

Contrairement à plusieurs athlètes, l’ex-nageuse n’a pas eu de lendemain de la retraite difficile. Bien au contraire! Sa première année post-synchro a été une libération dans le sens qu’elle a pu retrouver une vie sociale. Par la suite, ses implications l’ont tenue fort occupée. «La troisième année a été un peu plus difficile. Ma maîtrise terminée, je me suis demandé qu’est-ce que je voulais faire et quel genre de travail j’espérais avoir. J’ai été un peu challengée. Mais tout s’est replacé par la suite.»

Encore impliquée

Même si son travail à Plan de match lui demande beaucoup de temps, Élise demeure très impliquée dans le monde de la synchro qui porte maintenant le nom de natation artistique. Elle travaille à la conception d’Artistic Swim Academy (artisticswimacademy.com), une plate-forme numérique qu’elle a lancée où les nageuses artistiques retrouvent des entraînements, des techniques expliquées, des conseils, etc. Elle est aussi entraîneuse pour le club de la Saskatchewan pour les Jeux du Canada et elle coach à Calgary où elle habite. Elle a aussi travaillé avec Julie Sauvé en 2014. Difficile pour une ex-athlète de haute-performance de diriger des jeunes qui amorcent leur carrière?

«J’ai des athlètes qui sont comme moi quand j’étais jeune. Je trippe parce que je leur en donne et ils m’en donnent. C’est un échange d’énergie incroyable. Mais il y en d’autres pour lesquels je veux plus qu’elles veulent. Je dois apprendre à me dire ‘’OK ce n’est pas moi, ce n’est pas ma carrière’’» lance Élise qui saute parfois dans la piscine avec ses jeunes quand elle a le goût de retrouver le plaisir de nager. «C’est le fun parce que je suis encore capable de pas mal tout faire et parce que quand j’embarque dans l’eau avec elles, les petites ont le sourire fendu jusqu’aux oreilles.»

Grâce à toutes ses implications, Élise Marcotte réalise un vieux rêve, celui de redonner à un sport qui lui a beaucoup donné. Elle souhaite cependant que son impact ait commencé bien avant, soit du temps où elle était athlète.

«J’ai fait partie d’une grosse machine où beaucoup d’argent et beaucoup de ressources ont été mis sur moi en tant qu’athlète. J’espère avoir bien représenté mon sport, les nageuses au Québec et le programme au Québec de manière à avoir pu convaincre des jeunes de s’inscrire en synchro.»

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Questions en rafale

Q Faits marquants?

R D’abord notre médaille de bronze aux Championnats du monde junior en 2004. Ensuite notre médaille de bronze aux Championnats du monde de 2011 quand on a battu l’Espagne pour la première fois. Et puis toutes nos performances à Londres, mais aussi la gang. On est restées super proches les unes des autres. C’est magique.

Q Personnalités marquantes?

R Mes parents, c’est sûr. Les deux de manière égale. Les deux ont vraiment toujours été très présents, mais de manière différente. Et toutes les entraîneuses que j’ai eues. Chacune d’elles a eu un impact dans ma carrière. Les plus marquantes ont cependant été Jojo (Carrier), Marie-Hélène (Morneau), Gana (Maximova), une coach russe arrivée dans ma vie parce que Jojo l’avait invitée, et Julie Sauvé.

Q Ce qui te manque le plus?

R La gang.

Q Ce qui te manque le moins?

R Manquer d’air.

Q Idoles de jeunesse?

R Mes idoles étaient très proches de moi. Lyne Beaumont était l’une de celles-là. Aussi Sarah-Éve Pelletier pour son éthique de travail. Ç’a toujours été une motivation pour moi d’avoir quelqu’un de si focalisé près de moi, et Marie-Pier (Boudreau Gagnon). Je n’ai jamais vu personne travailler aussi fort.

Q Plus grande qualité de nageuse

R Ma détermination

Q Dans 10 ans

R Heureuse, avec une famille, une job que j’aime. Oui aimer ce que je fais et aimer ce dans quoi je serai impliquée. J’espère aussi ma plate-forme Artistic Swim Academy aura fait des petits.

Q Défi

R Je dirais que c’est pas mal ma plate-forme en ce moment Artistic Swim Academy.. c’est mon petit là. Et on travaille fort là dessus.

Sports, etc

Pascal Trudeau: le football comme échappatoire

Le scénario est le même depuis presque 20 ans. À chaque fin d’été, Pascal Trudeau se sent animé par le besoin de se retrouver sur un terrain de football et de travailler avec des jeunes désirant progresser. Et ce ne sont pas ses responsabilités familiales ou professionnelles, aussi grandes soient-elles, qui l’empêcheront de combler ce désir.

«Travailler dans le domaine de l’alimentation, ce n’est pas toujours évident», indique l’ex-quart-arrière. «Il y a beaucoup de pression. Il faut répondre aux attentes qui sont à plein de niveaux. Ça prend donc une échappatoire. Et le football, en plus d’être ma plus grande passion, c’est aussi ça. Quand j’arrive sur le terrain, j’oublie le travail. Je ne pense qu’à mes joueurs et à faire en sorte qu’en sortant de l’entraînement, ils se soient améliorés. En tant qu’ex-joueur, ce sentiment de redonner m’énergise.

«Mais la famille et le travail, c’est déjà très demandant. Ça prend des gens compréhensifs autour de soi pour pouvoir faire du coaching. Tu as besoin d’une bonne épouse qui comprend la passion de son mari et son besoin de football. Même chose pour mes employeurs. Mais comme en business, l’important ce sont les résultats, je m’organise pour que les choses aillent bien.»

Trudeau a commencé dans le coaching en 2002. Depuis, il a toujours été adjoint à l’exception d’une saison. Il a d’abord passé cinq ans au Vieux Montréal. Par la suite, il est allé à Garneau et, depuis cinq années, il dirige les quarts des Titans du Cégep Limoilou. Il a aussi coaché une saison à Cannes, une équipe avec laquelle il a aussi effectué un retour au jeu.

Trudeau a joué deux saisons pour le Rouge et Or, qui l’avait approché à l’été 2000. Ne pouvant compter sur la présence de Mathieu Bertrand, les champions de la Coupe Vanier étaient à la recherche d’un quart pour seconder François Chapdelaine. L’ex-porte-couleurs des Wildcats de l’Université du Kentucky et des Huskies de St. Mary’s avait opté pour Laval plutôt que les Gee-Gees d’Ottawa qui le courtisaient aussi.

«Je ne m’attendais pas à jouer beaucoup à ma première année. Je la voyais comme une saison de transition. François Chapdelaine connaissait le système sur le bout de ses doigts et il avait une chimie avec les autres joueurs de l’attaque. Mais ç’a été une année super avec coach Jacques Chapdelaine : j’ai côtoyé des athlètes hors pair et j’ai beaucoup appris. Vers la fin de la campagne, j’étais assez à l’aise. Malheureusement, après une saison parfaite, on a perdu en finale de conférence contre les Gee-Gees.

«À ma deuxième année, j’ai bataillé pour le poste de quart numéro un avec Mathieu Bertrand, avec qui j’avais toujours eu une belle rivalité. J’ai connu un bon camp, mais j’ai subi une séparation de l’épaule au premier match et j’ai été six semaines sans jouer. À mon retour au jeu, je n’étais plus là pantoute. Par la suite, on a subi une raclée en demi-finale canadienne face à St. Mary’s et plus tard, on a perdu tous nos matchs parce que nous avions aligné un joueur inadmissible.»

Même si son passage à Laval peut paraître frustrant, Trudeau insiste pour dire qu’il n’en garde que de bons souvenirs. Il s’est amusé et il a pu évoluer avec et contre de très bons joueurs. 

«Quand je fais le bilan de ma carrière, je suis satisfait. J’ai appris beaucoup partout où je suis passé et j’ai toujours été bien encadré par de bons entraîneurs qui m’ont permis de devenir le coach que je suis. C’est certain que j’ai souffert de m’être déchiré des ligaments dans le genou. J’étais reconnu pour ma rapidité et là, je ne pouvais plus échapper à la pression aussi facilement. Si j’avais un regret, ce serait de ne pas m’être assez entraîné. Peut-être que si je l’avais fait, je ne me serais pas blessé.»

L’alimentation

Inscrit en kinésiologie à l’Université du Kentucky, Trudeau a opté pour un diplôme en enseignement quand il est revenu au pays. Mais, lors de ses stages, il s’est aperçu que le travail n’était pas comme il se l’était imaginé.

«J’ai toujours aimé coacher. Et je pensais que l’enseignement, c’était un peu comme le coaching. Mais c’était bien différent. Les jeunes jouaient au football par choix. Mais les jeunes n’avaient pas le choix d’être à l’école. Il y avait beaucoup de discipline à faire. Ça m’a turné off.

«Je me suis donc dirigé dans le domaine de l’alimentation. Mon père était propriétaire d’un magasin. J’avais travaillé pour lui et j’avais un peu touché à tout. J’étais donc à l’aise dans cet environnement.»

Ambitionnant de devenir directeur d’un supermarché, l’ex-quart a mis quatre ans à atteindre son but. Il a d’abord travaillé dans la région de Montréal avant de déménager dans la région de Québec pour y rejoindre l’amour de sa vie. Œuvrant au sein de la bannière IGA depuis les huit dernières années, il est aujourd’hui directeur du magasin de Saint-Lambert-de-Lauzon. 

«Mon travail, c’est ma deuxième passion. Il m’offre constamment de nouveaux défis. La société a énormément changé et les magasins d’alimentation ont dû s’adapter et ils doivent toujours le faire. C’est très motivant.»

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Sports Etc.

Dominic Auger, taillé pour l’Europe

CHRONIQUE / Comme tous les jeunes Québécois, Dominic Auger rêvait de jouer au hockey professionnel. Mais même s’il n’a jamais atteint la Ligue nationale, il a quand même eu une belle et longue carrière chez les pros. Il a évolué 18 saisons en Allemagne, où il a joué en troisième et en deuxième division. Et c’est le cœur gros qu’il a décidé de prendre sa retraite le printemps passé.

«J’aurais aimé disputer une dernière saison à Bietigheim-Bissingen SC, où j’avais évolué les quatre dernières années, ou à Kaufbeuren ESV, où j’avais débuté ma carrière et où j’ai encore un domicile», indique le vétéran défenseur. «Malheureusement, ça n’a pas marché. Des équipes m’ont offert des contrats, mais, à 41 ans, je ne me voyais pas aller dans une nouvelle organisation et dans une ville que je ne connaissais pas juste pour une année. Je n’avais rien à gagner. Je me suis dit qu’il était temps de passer à autre chose.

«Ça n’a pas été facile de prendre ma décision. À la fin avril-début mai, je capotais. Mais je me suis trouvé un emploi en contrôle financier. Et je vais jouer à Konigsbrunn, dans un club de quatrième division. Je connais le coach, c’est un ami. Je vais avoir du plaisir, sans aucune pression. Je le fais parce que j’adore jouer au hockey.»

Pendant sa réflexion, Auger a songé à revenir habiter au Québec. Mais il aurait dû déraciner sa conjointe allemande et sa fille. Et il en est venu à la conclusion que sa connaissance du français, de l’anglais et de l’allemand lui ouvrirait plus de portes en Allemagne qu’au Québec. Et avec les années, le Magnymontois était devenu un peu Allemand. 

«Ma situation me causait parfois de petits problèmes. L’année passée, on était huit hockeyeurs d’origine canadienne et il y avait une quinzaine d’Allemands. Les Canadiens me considéraient comme un Allemand. Mais pour les hockeyeurs allemands, j’étais un Canadien. J’étais comme pris entre les deux», lance le Québécois en riant.

Auger se dit très fier de sa carrière en Allemagne. Non seulement il a joué jusqu’à 41 ans, mais il a aussi inscrit son nom dans le livre des records du hockey allemand initié en 1998 pour le nombre de passes. Il est deuxième pour le nombre de points. S’ajoutent trois championnats.

«J’ai eu quatre super bonnes saisons à mes quatre dernières années (59 buts et 121 passes en 192 matchs réguliers et 47 points en séries). J’ai joué le meilleur hockey de ma vie à Bietigheim-Bissingen SC parce que j’ai pu compter sur une coach de conditionnement physique qui m’a permis d’ajouter des années à ma carrière.»

Hockey et études

Porte-couleurs des Gouverneurs de Sainte-Foy de la Ligue midget AAA, Auger avait ensuite poursuivi sa carrière à Gloucester, de la CJHL avant de faire son entrée à l’Université Princeton. «Pour mon père, les études c’était important. Et il ne cessait de me le répéter.

«Ma première saison à Princeton fut très difficile parce que je ne maîtrisais pas assez bien l’anglais. Et comme il fallait que je paie une partie de mes études, je devais travailler. Je ne dormais pas assez. J’étais épuisé. J’aurais pu persévérer ou choisir une autre université, mais finalement, j’ai opté pour les Remparts. J’avais toujours voulu savoir ce que c’était de jouer junior majeur et je crois que j’avais toujours en tête le hockey professionnel. Sauf qu’à 20 ans, le junior majeur ça ne donne pas grand-chose. Aujourd’hui, je sais que je n’ai pas pris la bonne décision quand j’ai quitté l’université.»

Auteur d’une fiche de 48 points, dont 15 buts en 65 matchs, et de 12 points en séries à Québec, le vétéran défenseur, qui avait toujours en tête l’importance des études, a ensuite poursuivi sa carrière avec les X-Men de l’Université St. Francis Xavier où il s’est inscrit en administration des affaires. Il ne pensait pas que le coach Danny Flynn allait changer sa vie.

«Après ma première saison, Danny m’a dit que je serais un joueur parfait pour l’Europe et que je pourrais y avoir une belle carrière. Il avait un contact [Tom Coolen]. Il l’a appelé et j’ai obtenu un contrat avec la formation de Kaufbeuren ESV. J’ai été chanceux. Ce n’est pas facile de jouer en Allemagne.»

Pour Auger, l’adaptation n’a pas été facile à cause de la langue. Et au niveau hockey, il a dû composer avec une plus grande patinoire et un style de jeu différent. «Je joue beaucoup avec mon instinct. Quand j’étais le long de la bande, je ne regardais pas toujours où était le but. Quand je lançais de la ligue bleue, je manquais le filet de quatre ou cinq pieds. Et quand on reprenait la rondelle, les gars se regroupaient puis les joueurs d’avant faisaient des cercles et ils se plaçaient. Moi j‘avais l’habitude de faire des passes tout de suite. Je paraissais mal. J’ai été chanceux de rester. Et je me suis habitué.»

Fier de sa carrière de hockeyeur, Auger l’est tout autant de sa vie qu’il s’est construite en Allemagne. Il n’a qu’un seul regret et c’est celui d’être loin de sa famille. «Je ne vois mes parents, mes deux frères et leurs enfants qu’une fois ou deux par année. C’est vraiment pas facile. C’est le côté négatif de ma décision de vivre en Allemagne.»