Sports, etc

Kevin C. Monaghan: prolonger le plaisir

Quand il a décidé de se consacrer à la préparation de son avenir professionnel, Kevin C. Monaghan s’était résigné à mettre un point final à sa carrière de nageur. Ne voyant pas les avantages d’évoluer au sein de la formation de l’université où il poursuivrait ses études, l’idée de prolonger son plaisir de nager pendant cinq autres années ne lui avait pas passé par la tête.»

«Ce n’était pas dans mes plans de me joindre au Rouge et Or», explique le spécialiste du papillon. «C’est Frédéric Simard qui est venu me chercher. Il m’a dit : “Tu as travaillé fort pour avoir la carrière que tu as. Termine-la d’une manière qui te permettra d’avoir du plaisir et d’amasser des souvenirs qui vont durer jusqu’à la fin de tes jours.’’ Si je ne l’avais pas fait, peut-être je ne m’en voudrais pas parce que je n’aurais pas su ce que c’était. Mais aujourd’hui, je me dis une chance que je l’ai fait. J’ai vécu des moments mémorables en plus d’acquérir une discipline et des façons de fonctionner qui sont hyper importantes dans ma vie.»

Issu d’une famille de sportifs — son père faisait de l’aviron, son oncle Gordon Labossière a joué dans la LNH et sa tante Claire Labossière a skié sur la scène internationale —, Kevin a suivi les traces de son frère Gary. Membre du club CSQ, il a fait partie de l’élite provinciale. Mais après avoir raté sa sélection pour les Jeux de Sydney, il a remis en question sa carrière.

«J’étais rendu à la croisée des chemins. Mon père m’avait dit que je devais faire un choix. Me concentrer sur le sport afin de peut-être aller un jour aux JO ou sur mes études pour préparer ma future carrière. Je n’avais pas la passion nécessaire pour m’investir davantage afin d’exceller avec les meilleurs. Et je savais qu’il y aurait une fin à la natation. J’ai opté pour une décision rationnelle plutôt qu’émotive. Des universités américaines m’avaient démontré de l’intérêt. J’ai choisi Laval.»

L’ex-nageur indique que le Rouge et Or avait été le meilleur des deux mondes. Il a pu étudier tout en continuant de pratiquer le sport qu’il adorait dans un environnement compétitif. «À l’université, c’est au niveau de mes études que je me suis mis de la pression. C’est là-dedans que je voulais performer. En natation, c’était “il arrivera ce qui arrivera’’. J’avais toujours la passion, je m’entraînais, sauf que l’important, c’était d’avoir du plaisir. Sauf que l’on perd jamais la volonté d’exceller», lance Monaghan qui, à sa dernière campagne, a été choisi deux fois l’athlète universitaire de la semaine du RSEQ, a remporté trois médailles d’or, une d’argent et deux de bronze lors des championnats provinciaux et a été finaliste au titre d’athlète par excellence lors du 55e Gala Mérite sportif universitaire Rouge et Or.

La fin

C’est en 2006 que Monaghan a définitivement mis un terme à sa carrière de nageur et qu’il a amorcé sa carrière professionnelle. Un passage qui s’est fait relativement facilement.

«La page était déjà à moitié tournée et je commençais à voir la suivante. J’avais hâte d’amorcer ma nouvelle carrière et de connaître les nouveaux enjeux qui m’attendaient. Dans les semaines qui ont suivi ma retraite, j’ai ressenti une certaine nostalgie. Je me suis demandé si j’avais profité de ma carrière autant que j’aurais pu le faire. J’en suis venu à la conclusion que j’avais vécu ce que j’avais à vivre. J’ai réalisé que le cheminement était plus important que le résultat. Et j’étais heureux de ce que j’avais vécu.»

Diplômé en administration, Monaghan a travaillé deux ans dans le domaine bancaire. De retour sur les bancs d’école, il a obtenu un diplôme de deuxième cycle en comptabilité avant d’étudier en fiscalité, une profession qu’il exerce chez Ernst & Young.

«La fiscalité, c’est un domaine compétitif et exigeant parce que c’est un monde en évolution constante. La loi de l’impôt, c’est épais comme ça. Et chaque année, il y a des choses qui changent. Il faut constamment se mettre à jour. Il faut toujours que tu te dépasses. C’est ce qui me drive au quotidien.»

Comme il a appris à le faire à l’université, Monaghan continue à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais pour le père de trois enfants qui est président de l’Association de planification fiscale et financière, l’équilibre entre sa carrière professionnelle, sa vie familiale et ses implications dans la communauté est primordial. Et à travers toutes ses occupations, il tente de garder la forme.

«Aujourd’hui, ce sont pas mal mes trois enfants qui me font courir au quotidien», blague-t-il. «Je fais du ski et de la planche à neige, avec mes deux plus vieux, et de la course à pied. J’ai fait deux triathlons et j’ai couru le Marathon SSQ. J’ai bien aimé le triathlon. Il m’a permis de retrouver le plaisir que j’avais à nager et il m’a apporté le rush d’adrénaline que j’aimais avoir en compétition.»

Monaghan ne le cache pas, la natation lui manque. «Pour moi, la natation c’est un sport complet qui demande autant au niveau musculaire que cardio. C’est pour cette raison que je ne ferme pas la porte à un retour. Mais pour le moment, j’ai d’autres priorités.»

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Sports, etc

Nancy Dassié Version 2.0

Les années ont passé, mais la passion de Nancy Dassié pour le ski de fond en particulier et l’activité physique en général n’a pas diminué d’un iota. Victime d’une bactérie contractée lors d’une course d’aventure en Malaisie en 2000 puis d’un traumatisme crânien survenu à la suite d’un accident banal de kite surf au début des années 2010, elle a cependant dû apprendre à diminuer la cadence et à scrupuleusement respecter ses limites.

«C’est drôle parce que souvent les filles me disent : “Nancy, tu n’es plus la même”», lance l’ex-porte-couleurs de l’équipe nationale. «Avant, c’était toujours performer et pousser au maximum. Maintenant, je suis plus relax. Et je me sens bien avec ça. Ma philosophie, c’est qu’il n’y a rien qui n’arrive pour rien. Ce que j’ai eu, c’était pour me faire ralentir. Si ce n’était pas arrivé, j’aurais continué à toujours vouloir plus.»

La Québécoise avoue que de devoir composer avec moins d’énergie avait été un grand deuil à faire. «Quand tu es habituée à toujours avoir trop de gaz et que ton corps, c’est une machine qui marche tout le temps, c’est dur de se retrouver du jour au lendemain avec une tank de gaz au quart que tu ne dois absolument pas vider au risque d’en payer le prix. Ce que tu fais, il ne faut pas que ça soit trop énergivore. Il faut tout le temps que tu fasses attention. 

«Mais dans la vie, tu as deux choix. Soit tu t’adaptes ou sois tu chiales et tu continues à te morfondre. J’ai décidé de m’adapter. Quand j’ai de l’énergie, je vais faire du sport. Quand je n’en ai pas assez, je marche ou je me tiens plus tranquille.»

Il n’y a pas que dans sa vie sportive que Nancy a décidé de mettre la pédale douce. Courir du matin au soir afin de remplir ses obligations professionnelles et familiales hypothéquait aussi ses énergies. Son chum lui ayant proposé de demeurer à la maison, elle a décidé de travailler à temps partiel du foyer familial et de s’occuper de son fils. 

«Pour être heureux, pas besoin d’être le meilleure, d’avoir la plus grosse auto ou la plus grosse maison. Tu n’as pas besoin que tout le monde te regarde. Il faut que tu sois bien avec toi-même et que tu apprennes à apprécier les petits moments du quotidien. Ma vie est plus équilibrée. J’ai le temps de cuisiner de meilleurs repas, de me reposer et je suis moins fatiguée.

Aucun regret

C’est au terme de la saison 1998-99 que Nancy a accroché ses skis. «Un moment donné, il faut que tu réalises que tu as beau vouloir bien t’entraîner, manger le mieux que tu peux, dormir et faire tout ce que tu peux, ce qui t’empêche de progresser, c’est la génétique. C’est sûr, je n’ai jamais gagné une médaille de Coupe du monde. Mais compte tenu de mes capacités, je ne pense pas que c’était possible.

«J’ai donc décidé de me retirer après les championnats du monde. Je venais de finir mon bac en chimie, j’avais le goût de passer à autre chose. Comme j’avais le sentiment du devoir accompli, ça n’a pas été difficile de tourner la page. Et je n’ai jamais eu de regrets.»

Nancy dit devoir beaucoup à sa carrière. Notamment parce qu’elle lui a apporté de nombreuses amitiés, elle lui a inculqué un style de vie et elle lui a permis de développer sa persévérance. Et même si elle n’a jamais profité d’un encadrement comparable à celui qui est maintenant offert aux membres de l’équipe nationale, elle n’envie en rien les Alex Harvey et cie qui ont une obligation de performer et toute la pression qui vient avec celle-ci.

Sa carrière terminée, la Québécoise a vécu dans la région de Vancouver, où elle a travaillé comme chimiste pour l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Son mandat : développer des méthodes de recherche pour tester des aliments. «Vancouver, c’était vraiment le paradis pour une personne qui aime bouger. Ma transition s’est super bien faite.»

Désireux de fonder une famille et sentant le besoin de se rapprocher de leurs parents, Nancy et son chum sont revenus dans la région de Québec en 2006. Chimiste, elle a ensuite été représentante dans le domaine des produits chimiques. Parallèlement, elle est devenue entraîneure au club des Sentiers du Moulin au sein du programme d’initiation en ski de fond Jack Rabbit, avant de devenir, cette année, co-entraîneure-chef du groupe des plus jeunes.

«Les jeunes m’apportent une belle énergie. Ils sont tellement contents de venir faire du ski de fond. Et être coach aux Sentiers du Moulin, c’est vraiment spécial parce que le centre a failli fermer. Mais une gang de bénévoles de Lac-Beauport a décidé de le sauver. Quand on arrive ici, on sent une fierté de faire partie de ce centre-là.

«Comme coach, j’essaie de montrer aux jeunes les choses que je ne savais pas quand j’avais leur âge comme savoir quoi penser avant et pendant une compétition, comment se préparer pour ne pas être trop stressé, quoi faire quand tu amorces une course et que tes skis ne vont pas bien, etc. C’est ma façon de redonner. Je le fais pour les jeunes et pour le fun. Car je n’ai pas d’ambition de devenir entraîneure à un autre niveau.»

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Sports, etc

Martin Chouinard animé par la passion de sa jeunesse

Quand il est question de hockey, Martin Chouinard est animé par la même passion que celle qu’il avait quand il donnait ses premiers coups de patin à l’aréna de Vanier. «Je parle de hockey et j’ai des frissons, lance-t-il. Je ne pourrais pas vivre sans hockey. C’est pour cette raison que depuis que je suis à la retraite, je suis impliqué auprès des jeunes. Et je ne vois pas le jour où je ne le serai plus.»

Technicien hockey au niveau atome à Beauport depuis bientôt 12 ans, Chouinard dirige aussi une école de hockey estivale (Extreme Power Skating) en compagnie de l’ex-officiel de la LNH Jonny Murray. Pour lui, le bonheur, c’est de partager son savoir, son bagage et son enthousiasme avec des jeunes de 9 et 10 ans. «J’adore ce niveau. Quand tu parles aux jeunes, ils ont les yeux gros comme ça. Ils veulent apprendre. Et moi, j’aime enseigner.»

Même s’il n’a jamais évolué dans la LNH, Chouinard a laissé sa marque dans le monde du hockey en étant l’un des piliers ayant permis aux Prédateurs de Granby de remporter la Coupe Memorial en 1996. Mais il s’en est fallu de peu pour qu’il ne joue jamais dans le circuit junior québécois. Le petit joueur avait décidé de prendre la direction de l’Université Harvard, qui lui avait offert une bourse d’études. Il avait informé les équipes de la LHJMQ de ne pas le repêcher.

«J’étais sérieux. Comme je devais faire une 13e année avant d’entrer à l’université, j’étais allé à Hawkesbury visiter la pension où Martin St-Louis et Éric Perrin résidaient. Et j’avais passé le SAT test.»

Quand même réclamé par le Collège français de Verdun en deuxième ronde de l’encan de 1993, il a rencontré le directeur général Pierre Creamer qui l’a convaincu de jouer dans la LHJMQ... à Granby, l’équipe y ayant été vendue. «La famille ayant toujours été très importante pour moi, je me suis dit que Granby, c’était beaucoup plus proche de Québec que Boston.

«Aujourd’hui si c’était à refaire, j’emprunterais probablement le chemin des universités américaines. Un diplôme de là-bas, ça ouvre bien des portes. Mais d’un autre côté, je ne pourrais pas gagner la Coupe Memorial, un événement qui a marqué ma vie.»

Étudier dans la LHJMQ

Désireux d’obtenir un diplôme, Chouinard a poursuivi ses études parallèlement à sa carrière dans la LHJMQ. À l’époque, il pouvait compter sur les doigts d’une seule main ses coéquipiers qui étaient à l’école.

«Ce n’était pas facile. Je me souviens que l’on avait perdu un match que nous aurions dû gagner à Halifax. Michel Therrien était vraiment choqué. Lors du voyage de retour immédiatement après le match, il avait interdit que soit allumée la moindre lumière au-dessus des sièges. J’avais un examen le surlendemain. J’avais dû passer une couple d’heures embarré dans les toilettes pour étudier.»

Malgré des campagnes de 52 et 41 buts à ses deux dernières années junior, Chouinard n’a pas attiré l’attention des recruteurs de la LNH. À l’époque, les joueurs de 5’6’’ n’avaient pas leur place dans la grande ligue. «Est-ce que je regrette quoi que ce soit? Non, je suis très fier de la carrière que j’ai eue.»

Chouinard a passé trois saisons dans les circuits professionnels, son année la plus mémorable étant la première qu’il a jouée avec les Rafales de Québec, un scénario de rêve pour celui qui avait grandi à l’ombre du Colisée. Après quelques saisons aux États-Unis, il a ensuite pris sa retraite.

«J’avais 24 ans, j’étais dans la WPHL et je stagnais. Quand tu vois que tu n’iras jamais plus haut, c’est le temps d’arrêter et de penser à ton après-carrière.»

De retour au Québec, le petit joueur a pu faire une transition entre le hockey et sa nouvelle carrière professionnelle en jouant au hockey semi-pro. À cause de ses obligations professionnelles de représentant, il a dû accrocher ses patins en 2006. «Je ne pouvais pas me donner à 100 % au hockey et dans ma carrière.»

Chouinard reconnaît que ses débuts dans le monde du travail n’ont pas toujours été évidents. En blaguant, il raconte la réaction qu’il a eue en voyant son premier chèque de paie. «J’ai fait un saut. Je me suis dit : “J’ai travaillé deux semaines pour ça! Je joue un match de hockey de deux heures, j’ai du plaisir et ça m’en donne autant.” Mais c’est ça, la vie. Il faut commencer au bas de l’échelle. Et j’ai travaillé fort pour devenir le meilleur dans ce que je faisais.»

Aujourd’hui, Chouinard est vice-président Vente et développement des affaires chez Nirvana chauffe-piscine, une entreprise de Trois-Rivières qui a un chiffre d’affaires de 10 millions $ et des clients dans une quinzaine de pays.

«Nous offrons la thermopompe la plus écoénergétique. Elle est très en demande à cause de ses performances et parce qu’elle est très silencieuse. Je voyage beaucoup aux États-Unis, du côté de l’Europe et même en Australie. Dans mon travail, il n’y a jamais de routine. Je suis vraiment choyé, fier du chemin que j’ai parcouru. Le hockey m’a apporté beaucoup. Et il me sert encore dans ma vie de tous les jours. C’est une carte que j’ai dans mon jeu.»

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Sports, etc.

Isabelle Grenier: les détails qui font la différence

Tout au long de sa carrière de basketteuse, Isabelle Grenier a pu mesurer de manière tangible ses succès en termes de victoires et de championnats, mais aussi de paniers, de points et de rebonds. Aujourd’hui, ses réussites professionnelles ne sont pas aussi faciles à comptabiliser. Mais elles n’en sont pas moins importantes.

«Linda [Marquis] m’a appris que ce sont les petites choses qui faisaient que l’on pouvait être fière de soi», explique l’ex-Rouge et Or aujourd’hui enseignante orthopédagogue. «Cette philosophie, je l’applique toujours. Mes victoires, c’est quand j’ai joué un petit rôle dans la réussite d’un élève, quand j’ai redonné confiance à un autre ou même quand j’ai fait sourire un jeune qui ne souriait pas depuis trois semaines. Ce sont des petites satisfactions comme celles-là qui me font dire “j’ai réussi ma journée”».

D’abord enseignante au centre d’accueil l’Escale, l’ex-basketteuse a ensuite travaillé au sein du programme sport-études de baseball à Édouard-Montpetit où un seul lancer lui a suffi pour gagner le respect de ses élèves. Aujourd’hui, elle enseigne à des jeunes de 16 à 21 ans à l’école Eulalie-Durocher à Montréal.

«Des jeunes qui viennent obtenir leur diplôme d’études secondaires. Je m’occupe de ceux qui, dans chaque groupe, ont des difficultés académiques et j’essaie de bâtir leur confiance et de leur donner des façons de travailler qui vont les mener vers la réussite. C’est une clientèle que j’aime beaucoup.»

C’est en puisant dans son bagage d’athlète qu’Isabelle travaille avec ses jeunes. Elle parle de l’importance de sortir de sa zone de confort et de s’adapter, même si on n’en a pas envie. Et afin de gagner le respect de certains, il lui arrive de se retrouver dans le gymnase afin de jouer au basket. 

«Ça me permet de créer des liens. Me voir jouer au basket dans le gymnase fait souvent réaliser à certains que les profs peuvent aussi peuvent être cool.» 

Le corps parle

Isabelle a évolué avec le Rouge et Or pendant cinq saisons au cours desquelles elle a perfectionné son art, développé son talent et ses aptitudes, mais aussi travaillé sur son caractère.

«Je suis très émotive et très impulsive. Quand j’étais fâchée contre moi, je me renfermais. Ma frustration et toutes mes émotions, je pouvais les sortir en frappant sur les murs. Linda m’a appris à aller vers les autres. Et comme j’avais envie de devenir une meilleure athlète, mais aussi une meilleure personne, elle m’a fait dépasser mes limites. Elle a beaucoup investi en moi. Je vais toujours lui en être reconnaissante.»

Son séjour avec le Rouge et Or terminé, c’est en Allemagne, avec un club évoluant dans l’Euro Cup, qu’Isabelle a poursuivi sa carrière. «Il fallait que je continue à être en forme et que je garde mon niveau de jeu pour l’équipe nationale. Il n’y avait pas de ligue au Canada pour me permettre de le faire. Je suis partie en Europe avec mon sac à dos pour me dénicher un contrat. Et j’ai abouti à Dorsten.

«Au début, ç’a été dur en tabarouette. J’habitais dans un petit appartement en haut d’un bar. Je n’avais pas de téléphone, pas de télé. J’étais loin de ma famille, dans un environnement étranger. Mais j’avais un objectif : jouer pro afin de demeurer sur l’équipe nationale, même si cela me demandait de gros sacrifices. Je suis très fière d’avoir persévéré dans la poursuite de mon but.» 

Même si dans sa tête, elle ne songeait pas à se retirer, Isabelle a mis fin à sa carrière en 2008 après s’être blessée. Son corps avait cependant commencé bien avant à lui faire sentir qu’il était usé par l’accumulation des entraînements et des heures passées en gymnase. 

«Ma blessure a peut-être facilité ma décision. Mais j’ai fait un genre de dépression au lendemain de ma retraite. Ç’a été super long avant que je rejoue au basket et que je recommence à faire de la musculation. Et j’ai encore de la difficulté à m’entraîner juste pour m’entraîner, sans avoir d’objectif.»

Isabelle est très fière de sa carrière. Se disant chanceuse d’être née avec des aptitudes physiques et sportives hors du commun, elle a pu grâce à son travail, ses sacrifices et sa détermination, réaliser son objectif ultime qui était de mériter une place sur l’équipe nationale.

«Les Jeux olympiques, c’était du bonus. Ça aurait été vraiment hot d’y aller. J’ai été déçue quand nous avons raté notre qualification. Mais ce n’est pas ça qui peut faire que je ne sois pas fière de ma carrière. Au contraire, j’en suis très heureuse. J’en garde de beaux souvenirs. J’ai eu la chance de vivre plein de championnats et de voyages. Des fois, j’ai l’impression qu’ils ne sont pas réels tellement je suis rendue ailleurs dans ma vie.»

Maman d’une fillette de cinq ans avec laquelle elle aime jouer, l’ex-basketteuse n’a qu’un seul regret. Celui de ne pas avoir pris soin de son corps quand elle était jeune.

«J’aurais dû m’étirer davantage et peut-être même faire du yoga. J’en paie le prix. Mais à 20 ans, je ne pouvais pas imaginer que si je ne le faisais pas, qu’à 40 ans, je serais incapable de toucher mes orteils sans avoir mal.»

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Sports, etc

Annie-Pier Turcotte: s’adapter aux changements

Lorsqu’elle fait le bilan de sa carrière en taekwondo, Annie-Pier Turcotte a toutes les raisons de se réjouir. Non seulement elle a fait partie de l’élite nationale pendant une vingtaine d’années, mais de plus, elle s’est aussi signalé sur la scène internationale, où elle a récolté plusieurs médailles. Elle avoue cependant que tous ces succès ne constituent pas sa plus grande fierté.

«J’ai vécu plein de moments importants et j’ai énormément appris sur moi-même à travers mon sport et la compétition, confie-t-elle. Mais ce dont je suis le plus fière, c’est d’avoir pu m’ajuster aux changements. Le taekwondo a connu de nombreux bouleversements pendant les années où je l’ai pratiqué. À mes débuts, j’étais dans la fédération ITF. Je pratiquais un sport qui était très différent du taekwondo qui a été accepté aux JO de 2000. J’ai fait la transition parce que je voulais faire partie de l’élite mondiale qui prendrait part aux Jeux. Mais il a fallu que je travaille fort.

«Par la suite, j’ai vécu l’arrivée de l’électronique, autre grande adaptation. Mais je n’ai jamais baissé les bras. J’ai réussi à performer et à retrouver ma place parmi les meilleures. C’est probablement parce que j’avais une grande volonté de me dépasser. Mais aussi parce que j’avais un coach (Alain Bernier) grâce à qui je me suis toujours sentie soutenue. Quand je regarde mon parcours, même si je ne suis jamais allée aux JO, je ne peux faire autrement que d’être heureuse. »

C’est en 2011, après avoir raté ses qualifications pour les Jeux de Londres, qu’Annie-Pier a décidé de mettre fin à sa carrière. Toujours passionnée par son sport et performante sur la scène internationale, elle a choisi de faire un dernier tour de piste avant d’accrocher son kimono.

«Je voulais aller jusqu’au bout avec mon équipe et assister au parcours des mes coéquipiers qui allaient aux JO. Pour moi, c’était aussi une manière de faire tranquillement ma transition. Je pouvais prendre le temps d’apprécier ma carrière jusqu’à sa toute fin.»

Annie-Pier a pris sa retraite en juillet 2012. Même si elle avait bien préparé sa sortie, elle a dû se donner du temps pour la digérer. «Quand tu réalises que c’est vraiment fini, il y a des émotions qui remontent à la surface. Ça prend un peu de temps pour être vraiment en paix avec sa décision. Car la prise de conscience, elle est sur le moment, mais aussi durant toute l’année qui suit.»

Cinq ans plus tard, Annie-Pier n’a pas encore retrouvé la fébrilité qui l’envahissait lorsqu’elle mettait le pied sur le tapis pour y livrer un combat. «C’était un moment que j’adorais. C’est pour cette raison que j’ai fait du taekwondo aussi longtemps. Mais honnêtement, je ne cherche plus cette sensation ultime. Si elle se présente, tant mieux. Mais actuellement je suis comblée par ce que je fais.»

L’enseignement

Même si elle avait commencé à entraîner des jeunes vers l’âge de 15 ans, Annie-Pier n’avait jamais eu l’idée de devenir enseignante. Elle se voyait plutôt œuvrer dans les communications, la psychologie, l’entrepreneuriat ou même la restauration. C’est à la fin de son collégial que l’enseignement s’est avéré comme un choix qui allait de soi.

«J’ai réalisé que dans l’enseignement, il y avait de la communication, de la psychologie, de la gestion. Et j’adorais plein de choses comme la géographie, les arts. Au primaire, on peut toucher à beaucoup de matières. Mais ce qui m’a attiré en premier dans l’enseignement, c’est le côté humain.»

Annie-Pier mentionne que son ex-coach a été une grande source d’inspiration dans la prof qu’elle est devenue. «Alain ne cherchait pas à nous mettre dans un moule. Il analysait chaque athlète. Il essayait de cerner nos forces. C’est à partir de celles-ci et de nos particularités que l’on travaillait.

«Aujourd’hui, c’est ce que je cherche à faire avec mes jeunes. Il n’y a pas un élève pareil. J’essaie de comprendre chaque jeune. Je veux l’amener à lui faire prendre conscience de ses forces et voir si je peux l’aider à les mettre en valeur, à se dépasser et à prendre plaisir à le faire.»

Annie-Pier enseigne à des jeunes de cinquième année. Très impliquée dans son école, elle y a retrouvé tout ce dont elle avait besoin pour filer le parfait bonheur. Milieu dynamique, belle gang de collègues, un fort sentiment d’appartenance, etc. «J’ai l’impression d’être à la bonne place et le milieu reflète ce que j’espérais y trouver.»

Malgré son horaire chargé, la Québécoise est aussi entraîneuse au club Sainte-Foy. Elle s’occupe de l’équipe élite avec François Coulombe-Fortier. «C’est le fun de se retrouver entre vieux, mais aussi de pouvoir redonner. J’ai tellement reçu au club... Et même si l’enseignement et le coaching peuvent se ressembler, ils ne m’apportent pas la même chose. À l’école, c’est plus intensif. Mais après l’année scolaire, c’est terminé. Quand j’entraîne, je peux voir grandir les jeunes, les suivre, les voir progresser sur le plan athlétique et personnel, et aussi un peu réussir à leur faire vivre ce que j’ai pu vivre. Pour moi, c’est un bel équilibre.

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Sports, etc.

Chantal Jobin: difficile à définir

Pas facile de définir Chantal Jobin. Possédant de très bonnes qualités athlé­tiques et le talent lui ayant permis de faire carrière sur la scène internationale de badminton, elle a toujours été musicienne dans l’âme, la musique étant un héritage familial. Pourtant, c’est comme enseignante qu’elle œuvre aujourd’hui, un travail qu’elle n’avait jamais ambitionné de faire, mais qu’elle a tout de suite aimé.

«Quand j’étais jeune, je voulais devenir une gypsy et parcourir le monde», mentionne en riant la Québécoise. «Mais j’étais pas mal trop disciplinée pour mener ce genre de vie. Je me suis donc consacrée au badminton et à la musique. Et voyant que j’avais pas mal de succès sur le court, j’ai mis toutes mes énergies dans le badminton. Et en quelque part, ma carrière d’athlète m’a permis de vivre une partie de mon rêve de jeunesse, soit de découvrir le monde.»

Excellente joueuse de basketball, Chantal avait 14 ans quand elle a réorienté sa carrière vers le badminton. De passage à l’école La Camaradière afin de dénicher de nouveaux espoirs, Jean-Claude Laprise avait remarqué son potentiel. «Ma mère m’a dit bien des années plus tard que M. Laprise l’avait contactée pour lui dire : “Est-ce que voulez que je fasse de votre fille une championne canadienne?” Elle lui avait répondu : “C’est elle qui va décider.” Je suis donc allée m’entraîner avec M. Laprise. La discipline était là, j’ai aimé ça.»

Rapidement, la Québécoise s’est imposée. À son premier championnat provincial, elle a terminé deuxième et lors de son premier championnat national, elle a perdu par deux points face à la troisième meilleure joueuse au pays. Sa carrière était lancée. Elle a alors quitté le Québec pour s’installer à Calgary afin de s’entraîner au Centre national.

Blessée sérieusement à l’âge de 19 ans, Chantal a dû mettre sa carrière de côté pendant un an. Son physiothérapeute lui avait même mentionné qu’elle ne pourrait plus jamais jouer au badminton. Elle s’est accrochée, sauf qu’à son retour au jeu, elle s’est spécialisée en double et en mixte, l’entraînement en simple étant trop exigeant. «Chaque fois que je m’entraînais, je me blessais.»

Obligée de composer avec des blessures récurrentes au dos et aux chevilles, Chantal a pris sa retraite à l’âge de 26 ans. «Il y a aussi le fait que politiquement, je n’étais pas trop favorisée au sein de l’équipe nationale. Quand tu ne joues pas en simple, c’est difficile d’avoir ta place. Malgré des succès en double et en mixte, j’étais condamnée à gagner pour faire les grosses compétitions.

«Je suis quand même fière de ma carrière. En mixte, Anil Kaul et moi, on est déjà sorti les cinquièmes au monde. Et nous avons été trois ans d’affilée dans le top 16 mondial. J’avais la vitesse pour être avec l’élite internationale. Mais il me manquait de puissance. Mon seul regret, c’est d’avoir été blessée. Je me demande ce qui aurait pu se produire si ça n’était pas arrivé.»

Vivre en Colombie-Britannique

Charmée par la ville de Vancouver lors des voyages qu’elle y avait faits, Chantal y a déménagé au lendemain de sa retraite. Ses deux premiers mois y ont été très difficiles. «J’étais perdue. Je n’avais plus de carrière, je ne voyageais plus. Et comme j’avais abandonné l’école, j’avais un emploi pas très payant. C’est là que j’ai décidé de retourner aux études. D’abord à Douglas College, où je suis devenue coach de l’équipe de badminton, puis j’ai fait mon bac en activités physiques à UBC. Mais il me manquait quelque chose. J’ai donc téléphoné à mon père. “Papa, la musique me manque beaucoup. J’ai l’intention de retourner y étudier.” 

C’était un programme de six ans et ça faisait quelques années que je n’avais pas touché à la musique. Il m’a répondu quelque chose de très sage : “Chantal, je te conseille d’y aller parce que même quand tu jouais au badminton, tu parlais de musique. C’est dans ton cœur.” 

«Ce fut la poussée dont j’avais besoin. Parce que retourner aux études, c’était épeurant. Je m’en allais dans la pauvreté. À ce sujet, mon neveu Philippe Martel, de Quartom, m’avait dit : “Chantal, ce n’est pas grave. Même si tu n’as qu’une paire de jeans, tu vas être heureuse.” C’est par la suite que j’ai fait un bac intensif en enseignement et que j’ai commencé à travailler.»

Enseignante titulaire dans des classes d’immersion en français de quatrième et de cinquième année, Chantal adore travailler avec les enfants. Une fois par semaine, elle les convie même au gymnase pour les initier au badminton.

Ayant décidé de se remettre au piano, Chantal a toujours autant de bonheur à composer. Parallèlement, elle prépare son grand retour au Québec. Elle s’est acheté un appartement qui sera prêt en décembre 2018 dans la Vieille Capitale. Très prochainement, elle se mettra à la recherche d’un emploi.

«Idéalement, j’aimerais travailler dans une école où il y a un programme sport-études. J’aimerais aussi faire du coaching parce que je souhaite redonner aux jeunes. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais je vais tenter ma chance. Et on verra...»

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Sports, etc.

Des années difficiles, mais exceptionnelles pour William Leclerc

Douze ans se sont écoulés depuis que William Leclerc a tourné la page son passage avec le Rouge et Or. Mais même si sa carrière d’ingénieur mécanique l’a emmené à relever de nombreux défis au Québec, mais aussi aux États-Unis et même en Inde, jamais il n’a retrouvé un esprit comme celui animait la formation lavalloise.

«Ce qui me manque le plus, c’est l’implication de tout le monde et l’effort collectif», avoue l’ex-quart-arrière. «Avec le Rouge et Or, je sentais que tout le monde sans exception avait le même objectif, ramait dans la même direction, travaillait fort et visait le dépassement personnel et l’excellence, et ce, dans tout ce que l’on entreprenait. Je n’ai jamais retrouvé ça dans le milieu du travail.»

Membre du Rouge et Or pendant cinq campagnes, Leclerc avait grossi les rangs de la formation lavalloise en 2001 après avoir disputé deux saisons dans les rangs collégiaux avec les Alérions du Petit séminaire de Québec.

«À mon arrivée avec l’équipe, j’étais le quatrième quart. Quand tu t’entraînes et que tu vois comment la côte est à pic, c’est dur sur le moral. Des fois, tu te remets en question. Mais j’ai pris ça comme une école de vie. Je me suis dit que j’allais travailler fort et faire mon bout de chemin afin de voir où ça allait m’emmener.»

Appelé à évoluer pendant une rencontre hors-concours en 2002, Leclerc a été l’adjoint de Mathieu Bertrand en 2003. «À partir de là ç’a été un peu plus motivant parce que même si je ne jouais pas beaucoup, j’étais habillé pour les matchs. Et durant les entraînements, je jouais un rôle un peu plus important.»

Quart-partant en 2004, le #12 a dû composer avec l’arrivée de Stephan Larosilière de qui on disait qu’il avait toutes les qualités pour virer le circuit universitaire sens dessus dessous. Il a donc dû se battre avec la pression inhérente à chausser les grands souliers de Bertrand et celle que lui imposait la présence de la recrue.

«Je me suis concentré sur mes choses et j’ai essayé garder mon poste match après match. Ç’a été payant. On a gagné la Coupe Vanier même si ce ne fut pas la victoire la plus élégante. C’eut un peu une année en dent de scie, mais somme toute, ça été une belle année.»

Plus confiant en 2005, Leclerc a dû revivre son cauchemar de 2004 quand l’équipe lui a donné comme adjoint Benoît Groulx, un autre quart d’exception. Et à la suite d’une blessure, il a perdu son poste de partant aux mains de la recrue. «Ce sont des choses qui arrivent au football. Benoît était un bon joueur et il faisait très bien. Il méritait d’être là.»

Leclerc a accroché ses crampons au terme de la campagne 2005. Et même si selon ses dires, sa carrière s’est terminée en queue de poisson, il en garde un souvenir impérissable.

«Quand je fais le bilan de ces cinq années-là, je me dis qu’elles ont été exceptionnelles même si elles n’ont pas été faciles. Ma marge d’erreur n’a jamais été bien grande. Mais j’ai fait preuve de caractère. Je n’ai jamais lâché le morceau. J’étais passionné de football et j’aimais m’entraîner, lancer le ballon et comprendre le jeu. Mon but, c’était de m’améliorer chaque jour et de contribuer aux succès de l’équipe. Et c’est ce que j’ai fait. Parfois à l’entraînement, tu fais des jeux de l’équipe adverse pour entraîner ta défensive. Tu contribues aux succès de l’équipe là même si personne ne te voit jouer le samedi ou le dimanche.»

Une maîtrise

Bachelier en génie mécanique, Leclerc a ensuite fait sa maîtrise. Parallèlement à ses études, il a coaché avec ses amis Tommy et Dave Parent au PSQ. Cet intermède lui a permis de tourner en douceur la page sur sa carrière. Par la suite, il est déménagé à Montréal où il a travaillé pour une entreprise fabriquant des fours pour l’industrie de l’aluminium et pour laquelle il a passé un an et demi en Inde afin de superviser l’installation d’équipements. Il a ensuite travaillé pour une compagnie de Boston. Quand sa conjointe est tombée enceinte, le couple est revenu à Montréal. L’ex-quart a trouvé un emploi avec la firme Roche (Norda Stello) dans le secteur minier où il a passé sept ans. Il y a quelques semaines, il est déménagé avec toute sa petite famille en Californie où lui et sa conjointe avaient l’occasion de relever de nouveaux défis professionnels.

«Il y a beaucoup de parallèles à faire entre le football et mon domaine de gestion de projets. Chaque rencontre était un petit projet. Il fallait que prépare un plan d’action que tu devais ensuite exécuter lors d’un match. Puis après, il fallait que tu analyses tes bons et tes mauvais coups afin de savoir sur quoi tu aurais à travailler pour que ton projet soit meilleur. Mon passage au football a été une excellente école pour mon travail.»

Aujourd’hui dans la mi-trentaine, Leclerc demeure un passionné de football. Et il ne rejette également pas l’idée d’y revenir comme entraîneur. «C’est sûr que si mon fils montre un intérêt au football et qu’il embarque là dedans, je serai partant pour coacher. À condition bien sûr que mon travail m’offre les possibilités de le faire.»

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Sports, etc.

Lucie Barma, prisonnière de son corps

Pendant une vingtaine d’années, Lucie Barma s’est servie de son corps pour défier la gravité et tourbillonner toujours davantage dans l’espace afin de repousser les limites du ski acrobatique en ballet. Aujourd’hui, sa réalité est toute autre. Ce corps qui lui permettait d’avoir une liberté unique est aujourd’hui une prison.

«Je suis atteinte de la fibromyalgie sévère depuis 10 ans», lance-t-elle. «C’est une maladie qui amplifie la perception de la douleur par le cerveau. Ç’a commencé par des douleurs dans le cou où j’ai eu trois hernies. J’ai eu une infiltration qui s’est mal passée et qui a provoqué une crise. Depuis cette journée-là, je n’ai jamais eu de répits. Je ne reconnais plus mon corps. Et on n’a pas encore trouvé la pilule miracle pour me soigner. L’acceptation n’est pas encore complètement là. 

«Chaque matin quand je me lève, je suis ankylosée. J’ai mal partout. C’est comme si un camion m’était passé dessus. Je ne peux plus travailler. Les défis que j’ai à relever sont de faire mon lavage, de plier mon linge et comme je n’ai pas de voiture, d’aller au marché à pied et de revenir avec mes sacs. Des fois, je pleure. Mais je suis aussi capable d’en rire. Il le faut. Et je suis chanceuse. Je suis bien entourée. Ce qui est important pour moi, c’est de m’occuper de mes garçons Olivier et Antoine et d’être là pour mes parents.»

La Québécoise dit que son passé d’athlète l’aide beaucoup. Habituée à surmonter des défis, elle a le caractère nécessaire pour ne pas s’apitoyer sur son sort et ne pas demeurer inactive malgré la douleur. «Je me sens mal à ne rien faire. Je suis peut-être un peu hyperactive...

«Je suis quand même chanceuse. J’aurais pu souffrir de fibromyalgie 10 et même 20 ans plus tôt. Si ça avait été le cas, je n’aurais pas eu la carrière que j’ai eue, une carrière dont je suis fière et qui m’apporte beaucoup de bonheur. Il y a deux semaines, une amie-athlète m’a appelée de Suède. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis des années. C’était un cadeau. Des surprises comme ça, j’en ai de temps en temps. Mais il arrive aussi que certains soient mal à l’aise avec mon état de santé.»

Athlète et artiste

Lucie Barma s’est initiée au ski acrobatique à l’âge de 12 ans quand elle a pris part à un camp d’entraînement organisé pendant la période des Fêtes au centre de ski du Manoir Saint-Castin. «Dès que je me suis retrouvée sur mes skis, j’ai commencé à tourner et à tourbillonner. J’ai adoré ça.»

Rapidement, la jeune athlète s’est imposée. Pratiquant les trois disciplines du ski acrobatique, soit le ballet, le saut, les bosses, elle s’est concentrée sur le ballet, ce qui lui a permis de mettre de l’avant son côté artiste et d’innover.

«Je faisais mes chorégraphies et mes routines. L’été, je passais mon temps dans les salles de danse afin de perfectionner mes positions et mon art. Et comme c’était l’époque du fameux Walkman, j’avais toujours de la musique dans les oreilles.»

Après s’être signalée sur les scènes provinciale et nationale, la Québécoise s’est retrouvée sur la Coupe du monde en 1982, où elle a totalisé 57 top 5, dont une première place, sept deuxièmes et 20 troisièmes en neuf campagnes. Elle a aussi pris part aux Jeux olympiques de Calgary, où le ballet était présenté en tant que sport de démonstration. «La compétition était très forte. Comme elle était présentée à la fin des Jeux, la pression grandissait de jour en jour. J’ai terminé quatrième. 

«Quand tu dis aux gens que tu es allée aux JO et que tu as fini quatrième, ils te félicitent. Mais pour moi, c’est une grosse défaite. Mais je suis passé par-dessus. Les Jeux, ç’a été une belle expérience, surtout que c’était au Canada et que mes parents étaient là.»

C’est au terme de la saison 1989-1990 que Lucie a accroché ses skis. Obligée de passer annuellement plusieurs mois sur la route, elle a même habité en Allemagne où elle avait un amoureux. Mais la Québécoise s’ennuyait toujours de plus en plus de ses parents et de sa famille. Après avoir fait le constat qu’elle avait eu une carrière bien remplie, marquée de beaux succès et dont elle garderait plein de beaux souvenirs, elle a renoncé à son rêve d’aller aux JO d’Albertville.

«C’est certain que quand j’ai regardé les Jeux d’Albertville à la télé, ça m’a fait quelque chose. Mais la vie m’avait fait un beau cadeau, car je venais d’accoucher d’un beau garçon.»

Sa carrière terminée, Lucie est demeurée en contact avec le ski acrobatique par l’entremise du coaching. «J’avais à donner et je ne pouvais pas mettre de côté toute l’expérience que j’avais acquise. J’ai coaché des jeunes au Relais. C’était très valorisant de les voir progresser.»

En l’an 2000, la FIS a cessé d’organiser des épreuves de ballet, ce qui a signé l’arrêt de mort de la discipline. Une décision frustrante pour l’ex-championne. «C’est comme si on n’avait pas de reconnaissance pour tout ce que l’on a fait. Mais quand je vois les amateurs de free ski faire des trucs qui ressemblent à ce que je faisais en ballet, je me dis qu’il pourrait peut-être revenir.»

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Questions/réponses

Fait marquant? 

Ma première victoire en Coupe du  monde, à Tignes, en France (10 décembre 1985). J’avais des amis qui étaient sur place. C’était super.

Q Personnalités marquantes? 

Mes parents. Ils m’ont permis de participer à mes deux premières années sur le circuit de la Coupe du monde, deux saisons pendant lesquelles je devais payer toutes mes dépenses. Ils ont travaillé fort pour récolter des sous en organisant notamment des soirées bénéfices. Ils se sont occupé de moi et de ma carrière tout au long celle-ci. Mon père s’est vraiment dévoué corps et âme.

Q Idoles de jeunesse? 

En ski acrobatique, je trouvais que John Eaves était pas mal hot. Après sa carrière,  il a fait des films en tant que cascadeur. Il a notamment été la doublure de Roger Moore dans le film de James Bond For Your Eyes Only.

Q Plus grande qualité?

Le partage. Je donnais beaucoup. Je n’étais pas quelqu’un qui gardait ses trucs et ses affaires. Je les partageais. Je pouvais, par exemple, aider une skieuse qui était en difficulté ou qui techniquement qui avait des problèmes.

Ce contre quoi tu as dû constamment dû te battre?

Le stress. Dans mon temps, il n’y avait pas de spécialistes qui s’occupaient de nous. Si j’avais eu dans mon entourage quelqu’un pour m’aider à composer avec le stress en situation de compétition, c’est sûr que j’aurais mieux performé. 

Sports, etc

Sylvie Cantin: se donner une dernière chance

Avoir des regrets ou des remords? Sylvie Cantin s’est posé la question à un an des Jeux de Nagano. Sentant le besoin de s’investir à fond dans sa carrière de patineuse de vitesse longue piste et de le faire juste pour elle, juste pour avoir du plaisir et juste pour voir une dernière fois où le sport pourrait l’emmener, elle a décidé de mettre ses études en médecine en veilleuse et de miser le tout pour le tout pour réaliser son rêve.

«Le cheminement qui permet à un athlète de se rendre aux Jeux est souvent une victoire en soi», explique Sylvie, qui a attendu jusqu’à la dernière minute pour annoncer sa décision à ses parents de peur qu’ils la fassent changer d’idée. «J’avais manqué les Jeux de Lillehammer par sept dixièmes de secondes. Par la suite, j’étais déménagée à Montréal pour y poursuivre mes études, alors que l’équipe était basée à Québec, et pendant deux ans, je n’avais pu m’entraîner autant que les autres. J’avais donc décidé de me donner une autre chance en arrêtant mes études et en cinq mois, j’avais réussi à me qualifier au 1000 m pour les Jeux de Nagano en réalisant le 13e meilleur chrono de l’année.

«Ma seule déception fut d’avoir été malade pendant les Jeux et d’avoir fini en 33e place. Mais quand j’analyse par où j’ai dû passer, je me dis que ma médaille, je l’ai eue en me rendant à Nagano.»

Dynamisée par sa rapide progression, l’ex-patineuse s’est demandé à son retour du Japon quel genre de performances elle pourrait obtenir si elle mettait encore plus d’efforts dans sa carrière sportive. Elle a pris un mois pour réfléchir à la situation et pour consulter les personnes importantes autour d’elle. Ayant des dettes d’études, elle en est venue à la conclusion que financièrement parlant, c’était impossible. Elle a aussi craint de ne plus retourner étudier si elle demeurait trop longtemps loin des bancs d’école.

«Il n’y a pas grand monde qui gagne sa vie en faisant du patinage de vitesse. Il fallait que je pense au futur. C’est certain, j’avais des petits regrets de ne pas avoir eu une carrière senior aussi prolifique que ma carrière junior. Mais à partir du moment où j’ai pris ma décision, j’ai été en paix avec moi même. Et avec les années, j’ai réalisé l’ampleur de ce que j’avais accompli.»

Pour Sylvie, la transition entre le patin et les études s’est faite en douceur. Comme elle avait déjà passé deux ans en médecine, elle a pu retourner dans un milieu qu’elle connaissait bien. Et même si elle perdait sa gang de patin, elle retrouvait sa gang d’université.

Médecine ou physio

Ayant toujours eu le désir d’aider les gens, Sylvie s’était découvert des intérêts pour le domaine de la santé lors de ses études collégiales. Elle a d’abord pensé poursuivre des études en physiothérapie. Mais après avoir complété son bac en sciences de l’activité physique à l’UL, elle a plutôt décidé de s’inscrire en médecine. «Je me disais que si je n’étais pas acceptée, ça me donnerait une année de plus pour me concentrer sur le patin. Quand j’ai reçu la réponse que j’étais acceptée, j’ai presque pleuré parce que je croyais que mon rêve de faire les Olympiques était terminé. Mais je me suis ressaisi. Je me suis dit que j’allais prendre les années une à la fois et que si malgré mes études, j’étais capable de rester dans le top 5 au Canada, j’allais me donner la chance d’aller à Nagano.»

Exerçant aujourd’hui la médecine familiale en Ontario, Sylvie a une pratique assez diversifiée. En plus de recevoir des patients en clinique, elle travaille à l’urgence de l’hôpital de Pembroke, de même qu’en pédiatrie et en soins palliatifs. Et une fois par semaine, elle se retrouve en chirurgie, un intérêt qu’elle a développé avec les années. 

«Il n’y a pas de doute que mon bagage d’athlète m’a façonné comme médecin et qu’il m’aide toujours dans ma manière de gérer certains problèmes.»

Mère de trois enfants, dont deux garçons, Sylvie a aujourd’hui troqué ses longues lames pour des patins de hockey afin d’enseigner la technique du patinage à ses deux fils qui, bon sang oblige, sont aussi d’excellents patineurs. Elle garde cependant contact avec son sport via les réseaux sociaux, où elle suit les exploits de la nouvelle génération en patinage de vitesse.

«Pour la première fois cette année, on a décidé avec des amis de réserver des heures de glace pour patiner. J’ai besoin de continuer à être active. Je fais de la course à pied et l’été, je joue au soccer. Mais même si je demeure compétitive et que j’ai le goût de me dépasser, la performance à tout prix n’est plus ce que je recherche. Je l’ai vécue, mais c’est maintenant fini.»

Même si à cause de ses obligations personnelles et professionnelles, elle doit encore courir après le temps comme elle le faisait jadis sur les anneaux de glace, Sylvie a compris avec les années qu’elle devait s’arrêter. Surtout quand elle est bouleversée après avoir dû composer avec des cas plus tragiques.

«Dans ce temps-là, je me dis qu’il faut que j’apprenne à vivre le moment présent, à être heureuse de ce que j’ai réalisé et à profiter de la vie.»

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Sports, etc

René Labbé, Néo-Brunswickois d’adoption

Même si ses racines sont québécoises, René Labbé se sent depuis plusieurs années déjà un Néo-Brunswickois. Exilé au sud de la frontière afin de jouer au hockey, il y a non seulement fait sa vie, mais il y a acquis une grande notoriété.

«Ça fait 36 ans que je vis au Nouveau-Brunswick», indique Labbé. «J’y suis arrivé à l’âge de 20 ans après mon hockey junior. C’est certain qu’au fond de moi, je serai toujours un Québécois. Mais j’ai fait ma place ici, j’ai été accepté par les gens, j’aime mon emploi et je vis dans un beau coin de pays, à Campbellton.»

L’amour que porte Labbé pour le Nouveau-Brunswick est réciproque. Toutes les villes par où il a passé l’ont adopté, à commencer par Edmundston qui, en mai 2014, l’a officiellement fait entrer dans son histoire en l’élisant dans son Temple de la renommée pour ses exploits sur la patinoire. Une grande fierté pour Labbé conscient qu’il allait se retrouver parmi des personnalités locales ayant accompli de grandes choses pour Edmundston.

«Même si je suis très bien à Campbellton, Edmundston c’est chez moi. J’y ai joué au hockey, j’y ai étudié et j’y ai travaillé. J’ai adoré la mentalité des gens et j’ai aimé y demeurer. J’y ai encore plein d’amis.»

Membre de la première édition des Couillards de Sainte-Foy de l’entraîneur-chef Jean-Claude Cantin, Labbé a d’abord évolué dans la LHJMQ pour les Remparts qui l’ont échangé, lors de la campagne 1979-1980, aux Draveurs de Trois-Rivières. Cette année-là, le hockeyeur, aussi reconnu pour son style robuste, a inscrit 39 buts et amassé 35 passes en 57 matchs. Une production qu’il croyait suffisante pour être repêché par une équipe de la LNH. Ce qui n’arriva pas. «C’est à ce moment-là que j’ai perdu l’illusion de la Ligue nationale. Je m’attendais tellement à sortir. Même si c’était en 10e ronde. Par la suite, j’ai continué à jouer junior, mais la motivation n’était plus là.

«Aujourd’hui, je fais quand même un bilan positif de mes années junior. Mais j’aurais peut-être pu en faire un peu plus. Même si je prenais le hockey au sérieux, je ne m’entraînais pas beaucoup. En le faisant, j’aurais pu avoir le petit step qui m’aurait peut-être permis de franchir une étape de plus comme jouer dans la Ligue américaine.»

Invité au camp d’entraînement des Nordiques à l’automne 1982 puis rétrogradé à celui de l’Express, Labbé a poursuivi sa carrière dans la défunte Ligue républicaine puis dans le circuit Roger-Lizotte.

Prendre sa vie en main

Labbé dit qu’entre 20 et 25 ans, il fut un hockey bum. «Ce n’est pas que j’étais un bum. Je ne l’ai jamais été. Mais je vivais du hockey. Et l’été, je jouais à la balle pour la Table du Roi. Je n’avais pas de grandes attentes, je ne vivais pas richement, mais j’avais du plaisir et j’étais heureux.

«Vers l’âge de 26 ans, j’ai décidé de me prendre en main. Je suis retourné aux études en nursing. Parce que j’aimais travailler avec les gens, mais aussi parce que je savais que c’était un domaine où il y avait de la demande. J’ai gradué en 1991 et je suis tout de suite tombé en amour avec mon travail. J’ai œuvré pendant huit ans en santé mentale.»

Ambitionnant depuis toujours d’être policier, Labbé a vu son rêve se réaliser quand, après avoir placé son nom sur une liste d’attente pendant plusieurs années, la Gendarmerie royale du Canada l’a recruté. «Je m’étais toujours dit que si j’étais appelé et que ça avait du sens au niveau d’où j’étais rendu dans ma vie, je ferais le move. Les gens de mon entourage connaissaient mes intentions. Ça fait 20 ans. Et je n’ai jamais regretté ma décision.»

Aidé par son expérience en santé mentale, son bagage de vie, le fait d’avoir été affecté à Campbellton, un coin du Nouveau-Brunswick qu’il connaissait bien, Labbé n’a pas eu de difficulté à s’adapter à son nouveau travail. Parallèlement, il a continué à jouer au hockey senior jusqu’à l’âge de 43 ans. Son emploi de policier a été l’une des raisons l’ayant poussé à accrocher ses patins. 

«La semaine, je me battais sur la patinoire contre des gars que j’arrêtais la fin de semaine quand je travaillais. Ça me mettait un petit peu en conflit avec mon travail. Je suis devenu entraîneur. Depuis trois ans, je coache à Kedgwick, dans le circuit Roger-Lizotte.»

L’ex-hockeyeur dit que ce n’est pas plus difficile pour lui de coacher parce qu’il est policier. «Au début de la saison, je mets les choses au clair avec les gars. Je leur dis : “Vous savez quelle job je fais et vous savez ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.”»

Jeune hockeyeur, Labbé rêvait de prendre la route qui le mènerait à la Ligue nationale. La vie a fait qu’il a pris un tout autre chemin. «Ma Ligue nationale à moi, c’est où je suis rendu. Le hockey m’a permis de vivre toutes sortes d’expériences, de développer toutes sortes d’habiletés et de connaître plein de gens. Et j’ai de la misère à m’imaginer comment je me serais rendu où je suis si je n’avais pas connu le cheminement que j’ai eu dans le hockey.»

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