Sports, etc.

Lucie Barma, prisonnière de son corps

Pendant une vingtaine d’années, Lucie Barma s’est servie de son corps pour défier la gravité et tourbillonner toujours davantage dans l’espace afin de repousser les limites du ski acrobatique en ballet. Aujourd’hui, sa réalité est toute autre. Ce corps qui lui permettait d’avoir une liberté unique est aujourd’hui une prison.

«Je suis atteinte de la fibromyalgie sévère depuis 10 ans», lance-t-elle. «C’est une maladie qui amplifie la perception de la douleur par le cerveau. Ç’a commencé par des douleurs dans le cou où j’ai eu trois hernies. J’ai eu une infiltration qui s’est mal passée et qui a provoqué une crise. Depuis cette journée-là, je n’ai jamais eu de répits. Je ne reconnais plus mon corps. Et on n’a pas encore trouvé la pilule miracle pour me soigner. L’acceptation n’est pas encore complètement là. 

«Chaque matin quand je me lève, je suis ankylosée. J’ai mal partout. C’est comme si un camion m’était passé dessus. Je ne peux plus travailler. Les défis que j’ai à relever sont de faire mon lavage, de plier mon linge et comme je n’ai pas de voiture, d’aller au marché à pied et de revenir avec mes sacs. Des fois, je pleure. Mais je suis aussi capable d’en rire. Il le faut. Et je suis chanceuse. Je suis bien entourée. Ce qui est important pour moi, c’est de m’occuper de mes garçons Olivier et Antoine et d’être là pour mes parents.»

La Québécoise dit que son passé d’athlète l’aide beaucoup. Habituée à surmonter des défis, elle a le caractère nécessaire pour ne pas s’apitoyer sur son sort et ne pas demeurer inactive malgré la douleur. «Je me sens mal à ne rien faire. Je suis peut-être un peu hyperactive...

«Je suis quand même chanceuse. J’aurais pu souffrir de fibromyalgie 10 et même 20 ans plus tôt. Si ça avait été le cas, je n’aurais pas eu la carrière que j’ai eue, une carrière dont je suis fière et qui m’apporte beaucoup de bonheur. Il y a deux semaines, une amie-athlète m’a appelée de Suède. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis des années. C’était un cadeau. Des surprises comme ça, j’en ai de temps en temps. Mais il arrive aussi que certains soient mal à l’aise avec mon état de santé.»

Athlète et artiste

Lucie Barma s’est initiée au ski acrobatique à l’âge de 12 ans quand elle a pris part à un camp d’entraînement organisé pendant la période des Fêtes au centre de ski du Manoir Saint-Castin. «Dès que je me suis retrouvée sur mes skis, j’ai commencé à tourner et à tourbillonner. J’ai adoré ça.»

Rapidement, la jeune athlète s’est imposée. Pratiquant les trois disciplines du ski acrobatique, soit le ballet, le saut, les bosses, elle s’est concentrée sur le ballet, ce qui lui a permis de mettre de l’avant son côté artiste et d’innover.

«Je faisais mes chorégraphies et mes routines. L’été, je passais mon temps dans les salles de danse afin de perfectionner mes positions et mon art. Et comme c’était l’époque du fameux Walkman, j’avais toujours de la musique dans les oreilles.»

Après s’être signalée sur les scènes provinciale et nationale, la Québécoise s’est retrouvée sur la Coupe du monde en 1982, où elle a totalisé 57 top 5, dont une première place, sept deuxièmes et 20 troisièmes en neuf campagnes. Elle a aussi pris part aux Jeux olympiques de Calgary, où le ballet était présenté en tant que sport de démonstration. «La compétition était très forte. Comme elle était présentée à la fin des Jeux, la pression grandissait de jour en jour. J’ai terminé quatrième. 

«Quand tu dis aux gens que tu es allée aux JO et que tu as fini quatrième, ils te félicitent. Mais pour moi, c’est une grosse défaite. Mais je suis passé par-dessus. Les Jeux, ç’a été une belle expérience, surtout que c’était au Canada et que mes parents étaient là.»

C’est au terme de la saison 1989-1990 que Lucie a accroché ses skis. Obligée de passer annuellement plusieurs mois sur la route, elle a même habité en Allemagne où elle avait un amoureux. Mais la Québécoise s’ennuyait toujours de plus en plus de ses parents et de sa famille. Après avoir fait le constat qu’elle avait eu une carrière bien remplie, marquée de beaux succès et dont elle garderait plein de beaux souvenirs, elle a renoncé à son rêve d’aller aux JO d’Albertville.

«C’est certain que quand j’ai regardé les Jeux d’Albertville à la télé, ça m’a fait quelque chose. Mais la vie m’avait fait un beau cadeau, car je venais d’accoucher d’un beau garçon.»

Sa carrière terminée, Lucie est demeurée en contact avec le ski acrobatique par l’entremise du coaching. «J’avais à donner et je ne pouvais pas mettre de côté toute l’expérience que j’avais acquise. J’ai coaché des jeunes au Relais. C’était très valorisant de les voir progresser.»

En l’an 2000, la FIS a cessé d’organiser des épreuves de ballet, ce qui a signé l’arrêt de mort de la discipline. Une décision frustrante pour l’ex-championne. «C’est comme si on n’avait pas de reconnaissance pour tout ce que l’on a fait. Mais quand je vois les amateurs de free ski faire des trucs qui ressemblent à ce que je faisais en ballet, je me dis qu’il pourrait peut-être revenir.»

***

Questions/réponses

Fait marquant? 

Ma première victoire en Coupe du  monde, à Tignes, en France (10 décembre 1985). J’avais des amis qui étaient sur place. C’était super.

Q Personnalités marquantes? 

Mes parents. Ils m’ont permis de participer à mes deux premières années sur le circuit de la Coupe du monde, deux saisons pendant lesquelles je devais payer toutes mes dépenses. Ils ont travaillé fort pour récolter des sous en organisant notamment des soirées bénéfices. Ils se sont occupé de moi et de ma carrière tout au long celle-ci. Mon père s’est vraiment dévoué corps et âme.

Q Idoles de jeunesse? 

En ski acrobatique, je trouvais que John Eaves était pas mal hot. Après sa carrière,  il a fait des films en tant que cascadeur. Il a notamment été la doublure de Roger Moore dans le film de James Bond For Your Eyes Only.

Q Plus grande qualité?

Le partage. Je donnais beaucoup. Je n’étais pas quelqu’un qui gardait ses trucs et ses affaires. Je les partageais. Je pouvais, par exemple, aider une skieuse qui était en difficulté ou qui techniquement qui avait des problèmes.

Ce contre quoi tu as dû constamment dû te battre?

Le stress. Dans mon temps, il n’y avait pas de spécialistes qui s’occupaient de nous. Si j’avais eu dans mon entourage quelqu’un pour m’aider à composer avec le stress en situation de compétition, c’est sûr que j’aurais mieux performé. 

Sports, etc

Sylvie Cantin: se donner une dernière chance

Avoir des regrets ou des remords? Sylvie Cantin s’est posé la question à un an des Jeux de Nagano. Sentant le besoin de s’investir à fond dans sa carrière de patineuse de vitesse longue piste et de le faire juste pour elle, juste pour avoir du plaisir et juste pour voir une dernière fois où le sport pourrait l’emmener, elle a décidé de mettre ses études en médecine en veilleuse et de miser le tout pour le tout pour réaliser son rêve.

«Le cheminement qui permet à un athlète de se rendre aux Jeux est souvent une victoire en soi», explique Sylvie, qui a attendu jusqu’à la dernière minute pour annoncer sa décision à ses parents de peur qu’ils la fassent changer d’idée. «J’avais manqué les Jeux de Lillehammer par sept dixièmes de secondes. Par la suite, j’étais déménagée à Montréal pour y poursuivre mes études, alors que l’équipe était basée à Québec, et pendant deux ans, je n’avais pu m’entraîner autant que les autres. J’avais donc décidé de me donner une autre chance en arrêtant mes études et en cinq mois, j’avais réussi à me qualifier au 1000 m pour les Jeux de Nagano en réalisant le 13e meilleur chrono de l’année.

«Ma seule déception fut d’avoir été malade pendant les Jeux et d’avoir fini en 33e place. Mais quand j’analyse par où j’ai dû passer, je me dis que ma médaille, je l’ai eue en me rendant à Nagano.»

Dynamisée par sa rapide progression, l’ex-patineuse s’est demandé à son retour du Japon quel genre de performances elle pourrait obtenir si elle mettait encore plus d’efforts dans sa carrière sportive. Elle a pris un mois pour réfléchir à la situation et pour consulter les personnes importantes autour d’elle. Ayant des dettes d’études, elle en est venue à la conclusion que financièrement parlant, c’était impossible. Elle a aussi craint de ne plus retourner étudier si elle demeurait trop longtemps loin des bancs d’école.

«Il n’y a pas grand monde qui gagne sa vie en faisant du patinage de vitesse. Il fallait que je pense au futur. C’est certain, j’avais des petits regrets de ne pas avoir eu une carrière senior aussi prolifique que ma carrière junior. Mais à partir du moment où j’ai pris ma décision, j’ai été en paix avec moi même. Et avec les années, j’ai réalisé l’ampleur de ce que j’avais accompli.»

Pour Sylvie, la transition entre le patin et les études s’est faite en douceur. Comme elle avait déjà passé deux ans en médecine, elle a pu retourner dans un milieu qu’elle connaissait bien. Et même si elle perdait sa gang de patin, elle retrouvait sa gang d’université.

Médecine ou physio

Ayant toujours eu le désir d’aider les gens, Sylvie s’était découvert des intérêts pour le domaine de la santé lors de ses études collégiales. Elle a d’abord pensé poursuivre des études en physiothérapie. Mais après avoir complété son bac en sciences de l’activité physique à l’UL, elle a plutôt décidé de s’inscrire en médecine. «Je me disais que si je n’étais pas acceptée, ça me donnerait une année de plus pour me concentrer sur le patin. Quand j’ai reçu la réponse que j’étais acceptée, j’ai presque pleuré parce que je croyais que mon rêve de faire les Olympiques était terminé. Mais je me suis ressaisi. Je me suis dit que j’allais prendre les années une à la fois et que si malgré mes études, j’étais capable de rester dans le top 5 au Canada, j’allais me donner la chance d’aller à Nagano.»

Exerçant aujourd’hui la médecine familiale en Ontario, Sylvie a une pratique assez diversifiée. En plus de recevoir des patients en clinique, elle travaille à l’urgence de l’hôpital de Pembroke, de même qu’en pédiatrie et en soins palliatifs. Et une fois par semaine, elle se retrouve en chirurgie, un intérêt qu’elle a développé avec les années. 

«Il n’y a pas de doute que mon bagage d’athlète m’a façonné comme médecin et qu’il m’aide toujours dans ma manière de gérer certains problèmes.»

Mère de trois enfants, dont deux garçons, Sylvie a aujourd’hui troqué ses longues lames pour des patins de hockey afin d’enseigner la technique du patinage à ses deux fils qui, bon sang oblige, sont aussi d’excellents patineurs. Elle garde cependant contact avec son sport via les réseaux sociaux, où elle suit les exploits de la nouvelle génération en patinage de vitesse.

«Pour la première fois cette année, on a décidé avec des amis de réserver des heures de glace pour patiner. J’ai besoin de continuer à être active. Je fais de la course à pied et l’été, je joue au soccer. Mais même si je demeure compétitive et que j’ai le goût de me dépasser, la performance à tout prix n’est plus ce que je recherche. Je l’ai vécue, mais c’est maintenant fini.»

Même si à cause de ses obligations personnelles et professionnelles, elle doit encore courir après le temps comme elle le faisait jadis sur les anneaux de glace, Sylvie a compris avec les années qu’elle devait s’arrêter. Surtout quand elle est bouleversée après avoir dû composer avec des cas plus tragiques.

«Dans ce temps-là, je me dis qu’il faut que j’apprenne à vivre le moment présent, à être heureuse de ce que j’ai réalisé et à profiter de la vie.»

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Sports, etc

René Labbé, Néo-Brunswickois d’adoption

Même si ses racines sont québécoises, René Labbé se sent depuis plusieurs années déjà un Néo-Brunswickois. Exilé au sud de la frontière afin de jouer au hockey, il y a non seulement fait sa vie, mais il y a acquis une grande notoriété.

«Ça fait 36 ans que je vis au Nouveau-Brunswick», indique Labbé. «J’y suis arrivé à l’âge de 20 ans après mon hockey junior. C’est certain qu’au fond de moi, je serai toujours un Québécois. Mais j’ai fait ma place ici, j’ai été accepté par les gens, j’aime mon emploi et je vis dans un beau coin de pays, à Campbellton.»

L’amour que porte Labbé pour le Nouveau-Brunswick est réciproque. Toutes les villes par où il a passé l’ont adopté, à commencer par Edmundston qui, en mai 2014, l’a officiellement fait entrer dans son histoire en l’élisant dans son Temple de la renommée pour ses exploits sur la patinoire. Une grande fierté pour Labbé conscient qu’il allait se retrouver parmi des personnalités locales ayant accompli de grandes choses pour Edmundston.

«Même si je suis très bien à Campbellton, Edmundston c’est chez moi. J’y ai joué au hockey, j’y ai étudié et j’y ai travaillé. J’ai adoré la mentalité des gens et j’ai aimé y demeurer. J’y ai encore plein d’amis.»

Membre de la première édition des Couillards de Sainte-Foy de l’entraîneur-chef Jean-Claude Cantin, Labbé a d’abord évolué dans la LHJMQ pour les Remparts qui l’ont échangé, lors de la campagne 1979-1980, aux Draveurs de Trois-Rivières. Cette année-là, le hockeyeur, aussi reconnu pour son style robuste, a inscrit 39 buts et amassé 35 passes en 57 matchs. Une production qu’il croyait suffisante pour être repêché par une équipe de la LNH. Ce qui n’arriva pas. «C’est à ce moment-là que j’ai perdu l’illusion de la Ligue nationale. Je m’attendais tellement à sortir. Même si c’était en 10e ronde. Par la suite, j’ai continué à jouer junior, mais la motivation n’était plus là.

«Aujourd’hui, je fais quand même un bilan positif de mes années junior. Mais j’aurais peut-être pu en faire un peu plus. Même si je prenais le hockey au sérieux, je ne m’entraînais pas beaucoup. En le faisant, j’aurais pu avoir le petit step qui m’aurait peut-être permis de franchir une étape de plus comme jouer dans la Ligue américaine.»

Invité au camp d’entraînement des Nordiques à l’automne 1982 puis rétrogradé à celui de l’Express, Labbé a poursuivi sa carrière dans la défunte Ligue républicaine puis dans le circuit Roger-Lizotte.

Prendre sa vie en main

Labbé dit qu’entre 20 et 25 ans, il fut un hockey bum. «Ce n’est pas que j’étais un bum. Je ne l’ai jamais été. Mais je vivais du hockey. Et l’été, je jouais à la balle pour la Table du Roi. Je n’avais pas de grandes attentes, je ne vivais pas richement, mais j’avais du plaisir et j’étais heureux.

«Vers l’âge de 26 ans, j’ai décidé de me prendre en main. Je suis retourné aux études en nursing. Parce que j’aimais travailler avec les gens, mais aussi parce que je savais que c’était un domaine où il y avait de la demande. J’ai gradué en 1991 et je suis tout de suite tombé en amour avec mon travail. J’ai œuvré pendant huit ans en santé mentale.»

Ambitionnant depuis toujours d’être policier, Labbé a vu son rêve se réaliser quand, après avoir placé son nom sur une liste d’attente pendant plusieurs années, la Gendarmerie royale du Canada l’a recruté. «Je m’étais toujours dit que si j’étais appelé et que ça avait du sens au niveau d’où j’étais rendu dans ma vie, je ferais le move. Les gens de mon entourage connaissaient mes intentions. Ça fait 20 ans. Et je n’ai jamais regretté ma décision.»

Aidé par son expérience en santé mentale, son bagage de vie, le fait d’avoir été affecté à Campbellton, un coin du Nouveau-Brunswick qu’il connaissait bien, Labbé n’a pas eu de difficulté à s’adapter à son nouveau travail. Parallèlement, il a continué à jouer au hockey senior jusqu’à l’âge de 43 ans. Son emploi de policier a été l’une des raisons l’ayant poussé à accrocher ses patins. 

«La semaine, je me battais sur la patinoire contre des gars que j’arrêtais la fin de semaine quand je travaillais. Ça me mettait un petit peu en conflit avec mon travail. Je suis devenu entraîneur. Depuis trois ans, je coache à Kedgwick, dans le circuit Roger-Lizotte.»

L’ex-hockeyeur dit que ce n’est pas plus difficile pour lui de coacher parce qu’il est policier. «Au début de la saison, je mets les choses au clair avec les gars. Je leur dis : “Vous savez quelle job je fais et vous savez ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.”»

Jeune hockeyeur, Labbé rêvait de prendre la route qui le mènerait à la Ligue nationale. La vie a fait qu’il a pris un tout autre chemin. «Ma Ligue nationale à moi, c’est où je suis rendu. Le hockey m’a permis de vivre toutes sortes d’expériences, de développer toutes sortes d’habiletés et de connaître plein de gens. Et j’ai de la misère à m’imaginer comment je me serais rendu où je suis si je n’avais pas connu le cheminement que j’ai eu dans le hockey.»

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Sports, etc

Pierre-Luc Yao: être son premier sujet d’étude

Sa maîtrise en administration terminée, ambitionnant d’obtenir un diplôme universitaire de troisième cycle, mais désireux de faire de la recherche dans un domaine plus proche de ses intérêts personnels, Pierre-Luc Yao s’est réorienté et c’est en psychologie qu’il s’est inscrit au doctorat. Il ne se doutait cependant pas que son directeur de thèse allait lui proposer de travailler sur un sujet qu’il connaissait bien, soit la retraite sportive.

«C’est parce qu’il savait que j’étais un ancien athlète qu’il m’a proposé ce sujet de recherche», lance l’ex-porteur de ballon du Rouge et Or. «Et après réflexion, j’ai trouvé ça intéressant. C’est un phénomène qui, même si, en général, il est bien connu, il l’est un peu moins au niveau du Québec. Et en tant qu’ancien athlète, je pouvais être mon premier sujet d’étude.

«Comprendre le processus de manière quantitative, structurer comment la retraite fonctionne et connaître tous les aspects de son impact et ses conséquences, c’était séduisant parce que ça pouvait m’apporter des réponses à des questions que je me pose et que d’autres doivent se poser. L’idée, c’est de voir ce que la retraite représente chez les athlètes, de savoir si on peut généraliser certains effets et certaines réalités à l’ensemble du groupe des anciens athlètes afin d’aider les futurs retraités en sport.»

Interrogé sur la manière dont il avait vécu sa retraite sportive, l’ex-footballeur explique que son deuil avait été graduel. «À l’été 2009, je ne suis pas allé au camp d’entraînement des Eskimos. Puis j’ai vécu mon premier automne en 14 ans sans football et je n’ai plus eu à m’entraîner chaque jour. J’ai dû prendre un nouveau rythme de vie, me trouver d’autres occupations et de nouveaux défis et composer avec une nouvelle identité parce que je n’étais plus un joueur de football. Heureusement, j’avais d’autres opportunités comme celle d’étudier et de faire du sport autrement. Et je n’ai pas vraiment eu de regrets à ce jour.

«Aujourd’hui, même si je suis très fier de ma carrière avec le Rouge et Or, ce n’est pas la première carte de visite que je présente. Je suis très reconnaissant pour ce que j’ai vécu et le bagage que j’ai acquis, mais j’essaie de me définir comme je suis actuellement.

Des attentes

Arrivé avec le Rouge et Or en 2003, Yao y a évolué pendant cinq saisons. Il en a profité pour s’inscrire dans le livre de record de l’équipe pour le plus grand nombre de verges gagnées par la course (2768), des touchés au sol en carrière (31), des touchés en carrière (36) et des portées en carrière (387). Il a aussi savouré trois Coupes Vanier.

«Une expérience mémorable. Avoir la chance de jouer avec une belle organisation comme ça et avec des gens comme ça, c’est quelque chose qui est unique en soi. J’en ai retiré beaucoup. J’ai grandi et acquis beaucoup de maturité, tant comme athlète que comme étudiant.»

Occupant un poste clé au sein de l’attaque lavalloise, Yao a dû composer avec les projecteurs braqués sur lui pendant toute sa carrière. Il a navigué le plus simplement possible dans ce contexte en se concentrant sur ses études et le sport. S’il a pu le faire, c’est parce que la pression, ce sont tous les joueurs de l’équipe qui la partageaient, qu’il pouvait compter sur ses entraîneurs pour bien le préparer sur le terrain et à l’extérieur et qu’il était bien supporté par ses coachs et sa famille.

Sa carrière universitaire terminée, le porteur de ballon a signé un contrat avec Edmonton en tant que joueur autonome. «Comme je n’avais pas été repêché, je ne m’attendais pas à me retrouver dans la LCF. Ma dernière saison à Laval, je l’avais jouée pour mes coéquipiers et pour moi parce c’était ma dernière opportunité d’évoluer pour l’équipe qui m’avait permis de vivre cinq des plus belles années de ma vie.»

Yao n’a passé qu’une seule saison avec les Eskimos qui l’ont ensuite libéré. «J’aurais pu m’accrocher et essayer de poursuivre ma carrière ailleurs. Mais j’avais eu la chance de jouer au plus haut niveau possible et j’avais hâte de terminer mes études. J’étais bien avec ma décision d’accrocher mes crampons. Ce qui m’arrivait était décevant, mais c’était pas désespérant. Et le fait de me tourner vers le coaching [école Saint-Jean-Eudes et Académie des Estacades] fut un bel outil de transition.»

Heureux papa de deux jeunes enfants, Yao demeure un fan de football. Il songe d’ailleurs à retourner au coaching quand il aura plus de disponibilités. «Je ressens toujours un peu de nostalgie quand je regarde un match de football. À cause des belles expériences que j’ai vécues, des beaux souvenirs que j’ai conservés et des amitié précieuses que je me suis faites.»

Même s’il n’est plus aussi actif, l’ex-footballeur garde la forme, notamment en faisant de la course à pied. Et même s’il est toujours de nature compétitive, il n’a plus ce besoin de se dépasser à tout prix. «J’ai eu ma dose. Aujourd’hui, j’aime faire des activités demandantes sans nécessairement faire attention à la performance. J’ai beaucoup de plaisir, mais ça ne sera jamais le football.»

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Sports, etc

Le soccer a fait la différence pour Sara Russo Garrido

Qu’ont en commun Clarence Campbell, Paul Gérin-Lajoie, Bill Clinton, John Turner, Bob Rae, Wilder Penfield et Sara Russo Garrido? Ils ont tous été récipiendaires de la prestigieuse bourse Rhodes. Mais si c’est d’abord pour son excellence académique que l’ex-porte-couleurs du Rouge et Or a obtenu cette bourse en 2000, c’est aussi pour son brio sur un terrain de soccer qu’elle l’a méritée.

«Au cégep et à l’université, mon focus était vraiment sur mes études et le soccer», confie Sara, diplômée en science politique et en sociologie à l’UL. «J’y ai toujours été très à mon affaire. Je cherchais à bien performer dans les deux. C’est ce qui m’a permis de gagner une bourse Rhodes et d’aller étudier à l’Université Oxford. Pour en être récipiendaire, il ne suffisait pas d’avoir un bon profil académique, il fallait se distinguer dans un autre environnement comme le sport.»

C’est par hasard que la Québécoise avait connu l’existence de la bourse Rhodes et qu’elle avait décidé d’y appliquer. Ne connaissant pas le prestige de cet honneur, elle a saisi toute l’ampleur de ce qu’il représentait quand elle a quitté le Québec.

«Être boursier Rhodes, c’est beaucoup plus que d’étudier à Oxford. C’est être connecté avec la communauté des boursiers pendant son séjour en Angleterre et après dans sa vie en terme de réseautage. J’ai ressenti une certaine pression, car j’avais un double défi. Celui de réussir dans mes études, mais aussi celui de vivre ma vie en anglais. Car même si je parlais anglais et que j’avais étudié à St. Lawrence, je n’étais pas tout à fait prête pour ça.»

Sara a passé trois ans à Oxford où elle a étudié en développement international, un domaine multidisciplinaire qui touche l’anthropologie, la sociologie, la politique, l’économie. À son retour d’Angleterre, elle a travaillé au gouvernement canadien et dans des organisations syndicales sur des questions de condition de travail aux États-Unis. 

«Aujourd’hui, je suis au CIRAIG, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services. Mon équipe se penche sur les thématiques de développement durable qu’on met en perspective avec les cycles de vie des produits et des services afin de connaître les enjeux environnementaux et sociaux. On se demande qu’est-ce que l’on pourrait faire pour améliorer ces produits au niveau des matériaux utilisés, des procédés et des lieux de fabrication, etc.»

Une pionnière

Membre du Rouge et Or de 1996 à 1999, Sara s’est imposée. Elle a notamment été élue sur des équipes d’étoiles provinciales et au terme de la saison 1999, elle fut nommée chez les étoiles académiques canadiennes universitaires. Ce qu’elle retient de sa carrière à Laval, ce sont les expériences vécues sur le terrain sur le plan collectif, mais aussi le plaisir de jouer par un bel après-midi devant ses amis et les membres de sa famille et surtout les relations personnelles qu’elle a développées. 

«Je vais toujours me rappeler de l’esprit de camaraderie, du support, de l’esprit d’équipe que j’ai connus avec les filles avec qui j’ai joué et les coachs que j’ai eus. J’ai une belle nostalgie de toute cette époque-là.

«J’ai aussi vraiment aimé l’aspect un peu plus glamour du soccer féminin à l’UL. Avant de jouer avec le Rouge et Or, j’ai beaucoup goûté au soccer élite féminin. Nulle part je n’ai eu un environnement comparable à celui que nous avions à l’UL. Il y avait comme une professionnalisation du sport vraiment sympathique.»

Sa carrière à l’UL terminée, c’est à Oxford que la Québécoise a poursuivi son cheminement. Même si le calibre de jeu n’était pas celui qu’elle avait déjà connu, c’est la manière dont les gens considéraient le soccer féminin qui l’a le plus frappée. «J’ai vu que le Québec était beaucoup plus ouvert aux femmes qui voulaient jouer au soccer.»

Ayant moins de temps pour s’entraîner et commençant à planifier sa carrière professionnelle, Sara a commencé à faire son deuil du soccer de haut calibre. Aux prises avec des blessures, elle s’est tournée vers des activités moins exigeantes physiquement. Les années ont passé et elle n’a toujours pas trouvé un sport la passionnant autant que le soccer, seule la danse lui apportant un certain niveau de satisfaction. Et chaque fois qu’elle passe devant un terrain, surtout à l’automne, elle est envahie par une certaine nostalgie.

«Je ne me sens pas triste que ça soit terminé. C’est la reconnaissance d’avoir vécu quelque chose de vraiment beau et d’exceptionnel. J’ai été chanceuse d’avoir été en contact avec le soccer.»

Aujourd’hui, Sara garde un lien avec le ballon rond via ses deux garçons. «Ça me rend toujours heureuse de les accompagner et d’être dans un environnement de soccer l’été. Et quand je joue au soccer avec mes enfants et leurs amis, je me fais toujours un devoir de les déjouer et de leur faire un peu de showing off pour des fins éducatives. Je sais qu’à huit ans, les petits gars peuvent être un peu sexistes. Je veux leur faire comprendre que les filles peuvent aussi jouer au soccer.»

Jean-François Tardif

Julie Dionne comme si c'était hier

Chaque fois qu'elle se pointe au PEPS pour travailler, Julie Dionne a l'impression d'avoir une quinzaine d'années de moins. La directrice adjointe du Service des activités sportives et responsable du programme d'excellence sportive de l'Université Laval se remémore ses belles années avec le Rouge et Or et elle oublie que 15 ans se sont écoulés depuis qu'elle a remisé ses ballons de basket.
«Je n'ai pas vu les années passer», lance-t-elle. «J'ai l'impression que ma carrière vient de se terminer. Mais dernièrement, lors d'une présentation où je disais aux jeunes comment la vie d'étudiant-athlète passait rapidement, j'ai réalisé que j'avais fini ma carrière en 2002. Le fait de me retrouver au PEPS et de sentir des sentiments et des émotions que j'ai déjà vécus vient chercher en moi des souvenirs qui me semblent récents.»

Jean-François Tardif

Pascale Blouin: le blues du coaching

Détentrice d'un bac en science de l'activité physique et professeure d'éducation physique au Cégep Limoilou depuis 2006, Pascale Blouin a la chance de vivre chaque jour sa passion pour le sport. Comblée par son travail, elle avoue cependant qu'elle a toujours le blues des années qu'elle a passées comme entraîneure de volleyball.
«Le coaching en volleyball me manque depuis longtemps», lance la maman d'un garçon de 12 ans et d'une fillette de 9 ans. «La gang me manque, mais aussi le gymnase. J'y suis tous les jours dans mon travail de prof, mais ce n'est pas la même chose que d'y être comme entraîneure. On n'a pas les même relations avec les gens. Le coaching, c'est de prendre des individus au début d'une année, de travailler avec eux et à la fin de celle-ci de voir l'évolution qu'ils ont connue. Et faire partie d'une équipe, c'est spécial. Ça me manque aussi. Comme tous les insides et les petites affaires qui font que chaque saison est mémorable.»

Jean-François Tardif

André Trudel: une âme de bâtisseur

André Trudel a assurément une âme de bâtisseur. Membre de la première heure du programme de football de l'école Les Sentiers, il a amorcé sa carrière universitaire lors du premier entraînement de l'histoire du Rouge et Or en 1995. Un scénario qu'il a répété dans sa carrière professionnelle quand, avec son associé Sophal Khuong, il a fondé l'entreprise Caswil.
«J'ai toujours été à l'aise de me retrouver dans un environnement où il n'y a rien en avant de moi, où tout était à faire et où c'était start, il faut que tu crées», explique Trudel qui a aussi participé à un renouveau du programme de football des Condors du Cégep Beauce-Appalaches. «J'ai toujours été drivé par le besoin de me dépasser et de maximiser mon potentiel.»

Jean-François Tardif

Éric Lavigne: coach un jour, coach toujours

Il y a maintenant plus de six ans qu'Éric Lavigne a dirigé son dernier match de hockey. Au printemps 2011, il amorçait une nouvelle carrière en tant que coordonnateur du Service des sports du Cégep Garneau, un poste où il est maintenant bien en selle. Mais, dans sa tête et dans son coeur, il demeure toujours un entraîneur.
«Je suis encore un coach et je pense que je vais mourir coach», lance le Fidéen. «Le coaching, ça me coule dans les veines. Il n'y a pas une journée où je ne réfléchis pas comme un entraîneur. C'est plus fort que moi. Et quand je regarde un match de hockey, de volley, de football, etc., ce que j'observe avant tout, c'est le comportement des entraîneurs. Je me mets dans leur tête et je coache à leur place.»

Jean-François Tardif

Isabelle Gagnon et le bonheur du triathlon

Pour Isabelle Gagnon, triathlon rime avec bonheur. Triathlonienne accomplie et entraîneure, elle vit aussi sa passion à la maison et la partage avec les membres de sa famille puisque son conjoint et ses deux filles sont aussi adeptes du sport qu'elle chouchoute.
«Pour moi, le triathlon c'est un mode de vie parce que ce n'est pas monotone», explique l'ex-porte-couleurs du Rouge et Or aujourd'hui kinésiologue. «En pratiquant cette discipline, je peux entraîner des gens qui font du triathlon, mais aussi des nageurs, des cyclistes et des coureurs. Et il y le triathlon d'hiver, où l'on retrouve du patinage de vitesse, du ski de fond et de la course en raquettes, qui m'amène à développer mon champ d'expertises. Tout ça, c'est un boni au niveau professionnel.»