Sports, etc

Valérie Welsh: d’un rêve à l’autre

Tout au long de son adolescence, Valérie Welsh a caressé deux grands rêves. Nageuse synchronisée, elle ambitionnait de prendre part aux Jeux olympiques. Passionnée des animaux, elle se voyait aussi pratiquer la profession de vétérinaire. Après avoir réalisé son premier rêve en 2012, elle a fait de même pour le second en 2017 quand elle a gradué de la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe.

«Les animaux, c’est ma passion depuis que je suis toute petite, bien avant que j’aie commencé à nager», explique Dre Welsh qui pratique pour le Groupe vétérinaire Vetcom. 

«La plus belle récompense que mes parents pouvaient me faire, c’était de m’emmener à l’animalerie pour me montrer les chiens. Et dans mes cahiers au primaire, je faisais des dessins sur lesquels j’inscrivais : ‘’Plus tard, je serai vétérinaire’’. Au secondaire, j’ai développé une passion pour la médecine. Alors, je ne pouvais pas faire autrement que de combiner les deux», mentionne Valérie qui possède trois chats en plus d’héberger un chien qu’elle soigne.

La Lévisienne dit que son rêve d’aller aux JO était né plus tard que chez la moyenne des nageuses parce qu’elle n’était jamais la meilleure de son club. «J’étais une fille d’équipe qui travaillait fort. C’est quand j’ai commencé à obtenir des top 20 que j’ai pensé que ça serait peut-être possible d’aller sur les équipes nationales. Mon travail acharné et ma persévérance m’ont menée jusque-là. Mais c’est mon équipe qui m’a permis d’avancer comme athlète, de m’améliorer et de me rendre jusqu’aux JO.»

C’est à Londres que Valérie a pu vivre son rêve olympique. Des Jeux où l’équipe nationale a raté le podium de peu en finissant quatrième à quelques points des médaillées de bronze. «Les filles et moi, on était toutes sur la même longueur d’onde à la suite de notre performance. Il n’y a jamais eu une once de déception au sein de l’équipe. On s’était entrainées, au max de notre forme et on ne pouvait pas faire plus. Quand tu as tout donné, tu ne peux pas être déçue. La déception de cette quatrième place, je ne l’ai jamais ressentie. Par contre, je la vis depuis. Chaque fois que je mentionne que je suis arrivée quatrième, j’entends souvent : “Ah quatrième!”. Heureusement, ça ne m’affecte pas.

«Pour moi, ce n’est pas le résultat qui compte, c’est le parcours. Et ce dont je suis la plus fière, c’est la persévérance que j’ai démontrée. Les situations difficiles que j’ai vécues m’ont permis de maturer en tant que femme en général et ont forgé mon caractère.»

La retraite

Valérie a pris sa retraite dans les semaines qui ont suivi les Jeux et c’est sans difficulté qu’elle a tourné la page sur sa carrière. «Les deux premières années, j’ai vu ça un peu comme des vacances. C’est par la suite que le déclic s’est fait. Je n’étais plus Valérie la nageuse. J’étais entraîneure à Saint-Hyacinthe, mais être coach, ce n’est pas comme nager. C’est ce qui m’a incité à former une petite équipe avec d’anciennes coéquipières et on a participé aux Championnats du monde des maîtres, à Montréal. Retourner dans l’eau, recommencer à nager, avoir des entraînements pour le plaisir, ça m’a aidée à passer au travers.

«Aujourd’hui, je suis retournée avec Jojo (Carrier) au club Québec excellence synchro. Les filles avec qui je nage sont toutes de très haut niveau. Et notre coach est Marie-Hélène Morneau, notre entraîneure du temps. Elle connaît notre niveau. Et elle est capable de nous challenger. On a toujours le goût de performer à la hauteur de nos capacités. L’année prochaine, on aimerait prendre part à des compétitions.»

La Dre Welsh dit n’avoir aucun regret sur sa carrière. Pendant ses études, il lui est arrivé de s’ennuyer de l’esprit d’équipe qu’elle chérissait au sein de la formation nationale, mais elle l’a depuis retrouvé dans son job de vétérinaire. En fait, elle ne se pose parfois qu’une seule question. Aurait-elle dû faire quatre ans de plus en synchro? «Je pense que j’aurais eu la passion et que mon corps aurait été capable de le faire. Mais à l’époque, j’ai dû choisir. Et ce n’est pas un regret parce qu’aujourd’hui, je pratique la profession de mes rêves.»

Passionnée par son travail, l’ex-porte-couleurs de l’équipe nationale ne cache pas que celui-ci est parfois difficile. D’abord parce que ses patients ne peuvent pas lui dire où ils ont mal et comment ils se sentent. Mais aussi parce que les gens ignorent comment les soins médicaux peuvent être dispendieux.

«On nous demande souvent de faire de la médecine avec des budgets limités. Mais on ne peut pas poser un diagnostic efficace avec une simple prise de sang. On n’aime pas voir les animaux souffrir et on sait comment les gens qui viennent nous voir les aiment. Quand ils n’ont pas les moyens de les faire soigner, c’est déchirant. Il arrive que l’on ressorte de la salle d’examen les larmes aux yeux. On est souvent très affectés parce que l’on n’a pas été formés pour gérer la tristesse des gens. Mais c’est aussi la beauté des gens de notre profession. On demeure toujours empathiques et passionnés.»

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Sports, etc

Caroline Thorn: sortir de sa coquille

Le jour où elle a accroché sa raquette pour tourner la page sur sa carrière en badminton, Caroline Thorn n’a jamais regardé en arrière. Consciente que sa «nouvelle» vie allait être différente de celle qu’elle avait vécue jusque-là, elle ne se doutait pas que ce changement de cap allait provoquer une transformation majeure de sa personnalité.

«C’est comme si j’avais commencé une nouvelle vie», explique l’ex-athlète ayant pris sa retraite au début de la vingtaine. «Faire du social, rencontrer des gens de mon âge qui vivaient pleins de trucs, ça m’a changée et m’a donné comme un envol vers autre chose. Moi qui étais tellement introvertie, j’ai commencé à sortir de ma coquille.»

L’ex-joueuse avoue que toutes les années passées dans le sport avaient probablement été le prélude à son changement de personnalité. «Le sport, ça te sort de tes pantoufles. Tu es constamment challengée. Je me rappelle les partys plus guindés des championnats canadiens. Quand j’arrivais là, je me sentais mal à l’aise au point de vouloir m’en aller. Mais il fallait que je reste.»

C’est après avoir raté sa qualification pour les Jeux de Barcelone que Caroline a amorcé la réflexion qui allait la convaincre de se retirer. Consciente qu’elle avait encore plusieurs bonnes années devant elle, l’ex-joueuse a réalisé que son désir de gagner n’était plus là. «Je n’étais pas celle qui s’entraînait le plus. J’étais plus le genre à me fier à mon talent pour demeurer à mon niveau. J’ai réalisé que ce que j’aimais, c’était jouer et que j’avais peut-être un peu de difficulté à gérer la pression.»

La Québécoise a aussi ressenti le besoin de retrouver un certain équilibre. Se demandant quelle tangente prendrait sa vie après le badminton, elle a senti l’urgence de préparer son avenir. Après s’être demandé dans quel domaine elle aimerait retourner étudier, elle a choisi une technique en géomatique, une spécialité dans laquelle étudiait un de ses coéquipiers de l’équipe nationale.

La transition de Caroline entre sa carrière d’athlète et sa nouvelle vie s’est faite sans heurts. D’abord parce que toutes les amies avec qui elle avait évolué avaient déjà mis fin à leur carrière. «Et puis parce que j’ai commencé ma technique et que rapidement, j’ai travaillé. J’ai connu plein de gens avec qui j’ai pu pratiquer socialement plein de sports et faire plaisir à mon côté musical en assistant à plein de spectacles. Je ne me suis donc pas du tout ennuyée du badminton. Je n’y au fait jamais rejoué sauf occasionnellement pour le fun avec mon garçon de 12 ans.»

François-Bourrin

Caroline s’était initiée au badminton alors qu’elle était en secondaire un à François-Bourrin. Elle y a d’abord joué sur l’heure du dîner. Rapidement, l’équipe de son école l’a remarquée et recrutée. «J’avais joué au baseball. Je lançais bien. Et on retrouve le même mouvement en badminton. Mon évolution a été rapide. Alors que j’étais en secondaire trois, à seulement 14 ans, j’ai gagné mon premier championnat canadien (juvénile). J’ai fait la même chose au niveau junior.»

Après s’être entraînée au PEPS en compagnie des meilleurs athlètes de la région, Caroline s’est expatriée à Calgary afin de rejoindre l’équipe nationale et augmenter ses chances de prendre part aux Jeux olympiques. On connaît la suite...

«Je n’ai jamais eu de regret d’avoir mis le badminton de côté ou de ne pas être allée aux Jeux. J’ai donné ce que j’avais à donner et j’ai fait ce qu’il fallait faire. Mes regrets, ils sont peut-être au niveau de ma personnalité. Ç’a fait en sorte que je n’ai jamais gardé contact avec les personnes que j’ai côtoyées dans les autres pays. Ça aurait peut-être été le fun si je l’avais fait. Mais je ne peux pas changer le passé.»

Aujourd’hui spécialiste dans la gestion spatiale des éléments du territoire (géomatique), Caroline travaille dans le secteur des mines pour le gouvernement. En charge d’une petite équipe, son expérience sportive lui sert quotidiennement. Mais si quand elle amorce un projet, c’est avec le désir de bien le faire et de donner son 100 %, elle n’a plus le besoin de la performance à tout prix.

«Je veux bien performer tout en me respectant et en respectant les autres. C’est comme ça dans mon travail, mais aussi dans le sport où je n’ai plus rien à prouver. Maintenant, c’est le plaisir qui compte. Faire un 5 km de course pour prouver que je peux le faire, ça ne me tente pas.»

En ce qui a trait au badminton, Caroline demeure sur ses positions. Elle ne ressent pas le goût d’y rejouer. D’abord parce qu’elle n’est pas assez en forme pour évoluer au niveau où elle était. Mais aussi parce qu’après s’être blessée au tendon d’Achille, elle ne peut plus pratiquer certaines activités. Mais a-t-elle définitivement fermé la porte au badminton au point de ne pas faire profiter aux plus jeunes de son expérience?

«Si l’opportunité se présentait et si ça entrait dans mon horaire, je ne dirais peut-être pas non.. Il faudrait cependant que je me remette à jour dans les règlements et tout ça. Mais pour le moment, ma priorité, c’est ma famille. On verra donc.»

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Sports, etc

Évelyne Giroux: «C’est toi qui faisais de l’escrime?»

Même si elle a fait partie de l’équipe canadienne et qu’elle a passé une dizaine d’années à compétitionner un peu partout dans le monde, Évelyne Giroux demeure plutôt discrète sur son passé en escrime. Mais les gens ne l’ont pas oubliée. Plus de 20 ans après sa retraite, des inconnus l’abordent encore en lui disant : «C’est toi, Évelyne Giroux qui faisait de l’escrime?»

«Ça me surprend toujours un peu parce que je ne considère pas que je me suis rendue bien bien loin, lance l’ex-épéiste. À chaque fois, ça me fait un petit velours, mais je ne m’habitue pas. Même que ça me gêne un peu. Ça ne me dérange pas de parler d’escrime, mais je n’aime pas mettre ça à l’avant-plan. Et je me demande toujours comment ils ont entendu parler de moi, l’escrime n’étant pas un sport très connu et très suivi.»

Le même scénario s’est produit lorsqu’elle a commencé à travailler chez Louis Garneau Sports inc. Le grand patron de l’entreprise a tout de suite fait référence à son passé d’athlète quand il l’a rencontrée la première fois. Et depuis, elle est pour tous les employés «Évelyne l’escrimeuse». Un surnom qui a dépassé les murs de l’entreprise de Saint-Augustin.

Chez Louis Garneau, Évelyne est superviseure de l’équipe nationale des commandes personnalisées en plus d’être responsable du territoire ontarien. Elle travaille avec des équipes de cyclisme ou de triathlon, par exemple, qui choisissent l’entreprise québécoise pour confectionner leurs vêtements. Son travail commence avec les soumissions, suit ensuite le design avec l’équipe de graphistes et se termine avec la confection des vêtements et leur livraison. «Mon passé d’athlète me sert bien. Je suis peut-être plus en mesure de comprendre certains besoins de mes clients.»

Un bel accident

C’est un peu par accident qu’Évelyne s’était initiée à l’escrime vers l’âge de neuf ans. Elle avait suivi les traces son frère Gabriel au club Estoc qui, mordu des aventures des Trois mousquetaires à la télé, avait voulu pratiquer ce sport. «Je pense qu’à l’époque, ça faisait l’affaire de mes parents que l’on pratique la même activité. Mais les choses ont déboulé. J’ai pris part à de petites compétitions et j’ai gagné des médailles. C’était le fun. Ça m’a motivée à l’entraînement. Et plus je m’entraînais, plus je progressais. C’est comme ça que j’ai fait ma place au niveau provincial puis national et sur l’équipe canadienne.

«S’il n’y avait pas eu l’escrime, je ne sais pas si je me serais investie à fond dans un autre sport. À l’école, je jouais au basket. J’aimais ça, mais il n’y avait pas en moi un besoin ancré de faire du sport. Comme mon père, j’avais un côté plus artistique. Et pour moi, ce qui importait, c’était d’avoir de bonnes notes. Ce qui m’a accrochée en escrime, c’est que même si c’est un sport individuel, tu te retrouves quand même au sein d’une équipe où il y a une vie sociale riche et intense.»

Évelyne fleuretait avec la vingtaine quand elle a pris sa retraite. Plusieurs facteurs avaient peu à peu éteint la flamme qui l’animait. Un peu moins motivée à s’entraîner, elle a vu ses performances en subir les contrecoups. Elle a aussi commencé à ressentir le besoin de mener une vie plus «normale». Finalement, ses saisons au sein de l’équipe nationale lui coûtaient de plus en plus cher (entre 20 000 et 25 000 $), les commanditaires ne se bousculaient pas et pour grimper au classement mondial, elle aurait dû prendre part à plus de compétitions en Europe.

«Je me suis remise en question. Je rêvais d’aller aux Jeux olympiques, mais je n’avais pas nécessairement l’argent pour le faire. Et j’avais le goût d’avoir un chum, une gang d’amis à Québec, mais surtout, je voulais me consacrer à mes études et obtenir un diplôme qui me permettrait d’avoir un emploi stable.»

En paix avec sa décision, Évelyne a profité de sa nouvelle vie pour reprendre le temps qu’elle avait perdu, par exemple, en relaxant au chalet familial au lac Saint-Joseph. «J’étais contente de faire autre chose. J’étais peut-être rendue là.» Elle s’est aussi demandé quelle tangente donner à sa carrière professionnelle. Après une session en sociologie à l’université, elle a réorienté ses études en tourisme puis travaillé pour l’agence de voyage virtuelle du CAA-Québec. Son parcours l’a ensuite menée à Gatineau puis chez Louis Garneau Sports où elle a été engagée il y a maintenant 14 ans.

Maman de deux jeunes garçons, Évelyne dit garder de sa carrière de beaux souvenirs et de belles rencontres et de belles amitiés. «L’escrime m’a aussi permis de développer mon côté performante et perfectionniste qui me sert dans tout ce que je fais. Je n’ai cependant plus besoin de me donner à 100 % dans le sport. C’est maintenant dans ma vie familiale et au travail que je le fais.»

Évelyne dit que l’escrime ne lui a jamais manqué. Mais elle s’est demandé si elle pourrait en faire sur une base récréative pour garder la forme. Même son cœur lui a dit oui, elle a dû y renoncer à cause de ses obligations familiales. «Mais peut-être que dans une couple d’années, j’y reviendrai. On verra.»

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Sports, etc

Luc Vaillancourt, le grand voyageur

Luc Vaillancourt était au beau milieu de l’adolescence quand il quitté sa famille afin de vivre pleinement sa passion pour le hockey. Comme il le dit, il est devenu un «grand voyageur», et ce, pendant une douzaine d’années. Une période de sa vie qu’il a adorée, même si elle lui a demandé de nombreux sacrifices.

«C’est certain qu’à la fin de ma carrière, je cherchais de la stabilité», explique le gardien de but natif de Ferme-Neuve. «Même si j’ai trouvé ça pas mal tough de partir de chez moi à 14 ans, je m’en allais vers l’inconnu, j’ai apprécié la vie que j’ai eue. Quand tu quittes la maison, tu n’as pas le choix de prendre tes responsabilités et de grandir. Ce fut très positif comme expérience.

«À chaque fois que j’arrivais dans un nouvel endroit, c’était l’occasion de découvrir de nouvelles perspectives de vie. Et j’ai toujours eu la chance de demeurer dans des pensions incroyables. À Beauport, Clément et Rachel ont été comme des parents pour moi. Je leur suis infiniment reconnaissant pour tout ce qu’ils ont fait.»

Choix de quatrième ronde des Harfangs en 1995, Vaillancourt a vu sa carrière passer à la vitesse supérieure à sa deuxième campagne. Devant la cage des siens à 51 reprises, il a retenu l’attention de dépisteurs de la Ligue nationale. Dans la mire des Rangers, c’est finalement Anaheim qui l’a repêché en cinquième ronde (125e au total). «Ça avait super bien été à mon premier camp d’entraînement. Les Ducks m’avaient même fait parvenir une offre de contrat.»

De retour à Québec, le cerbère s’est retrouvé adjoint de Martin Biron avec les «nouveaux» Remparts avant d’être échangé à Rouyn-Noranda. Au camp des Ducks en 1998, il a été incapable de répéter ses exploits de l’année d’avant. N’ayant pas signé le contrat qu’on lui avait proposé, il n’a pas reçu de nouvelle offre.

«Plusieurs circonstances peuvent expliquer pourquoi ça n’a pas marché avec les Ducks. Entre 14 et 20 ans, je n’ai jamais eu deux ans de suite le même coach des gardiens. Comme, il n’y a pas deux entraîneurs qui ont la même approche, au niveau technique j’avais certaines lacunes. Et j’aurais peut-être dû accepter la première offre de contrat d’Anaheim. Après mon premier camp, il y avait eu tout un remue-ménage au sein de l’équipe. La nouvelle direction aurait peut-être été plus patiente si j’avais eu une entente. Toujours est-il que je me suis retrouvé à 20 ans sans contrat.»

Hockey et études

Issu d’une famille au sein de laquelle les études avaient toujours été importantes et élève appliqué et discipliné, il a même remporté en 1997 le trophée Marcel-Robert remis à l’étudiant par excellence dans la LHJMQ, Vaillancourt a vu une nouvelle possibilité de poursuivre sa carrière de hockeyeur quand Guy Boucher, entraîneur adjoint avec les Huskies et ex-porte-couleurs des Redmen de McGill, lui a parlé de hockey universitaire. Il a été séduit par l’idée. Approché par les Stingers et les Patriotes, il a opté pour les Redmen.

«J’ai ressenti une certaine amertume à la fin de ma carrière à McGill. Je ne voyais pas le hockey universitaire comme une fin. À l’époque, les équipes professionnelles commençaient à engager des joueurs des collèges. Et alors que j’étais avec les Redmen, Mathieu Darche avait signé avec les Blue Jackets. Je m’étais dit que j’aurais peut-être une deuxième chance de faire carrière si ça allait bien à McGill. Ce n’est jamais arrivé.

«Aujourd’hui, je n’ai aucun regret. J’ai eu une super expérience et plein de beaux moments, j’ai rencontré de super bonnes personnes et ce que j’ai vécu m’a aidé dans mon cheminement.»

Professeur en éducation physique au secondaire, Vaillancourt est retourné à l’Université de Montréal afin de faire un DESS menant à la maîtrise en administration en éducation. Engagé au cégep de Valleyfield comme prof d’éducation physique en 2009, il est aussi, depuis quatre ans, coordonnateur du département d’éducation physique.

Avec le Canadien

Après avoir quitté McGill, Vaillancourt a joué plusieurs années dans un circuit réunissant d’anciens Redmen. Une présence remarquée à un tournoi caritatif lui a même valu une invitation pour prendre part à des entraînements du Canadien.

«L’équipe avait besoin d’un gardien en l’absence de Carey Price. Quand j’ai eu l’appel, j’ai d’abord dit non. La session au cégep commençait et j’avais vécu mon trip par rapport à ça à Anaheim. C’est ma femme qui m’a dit que je devais penser à nos filles et à ce que je pourrais leur raconter quand elles seraient plus vieilles. J’ai rappelé le Canadien.»

Vaillancourt a profité de chaque instant qu’il a vécu aux côtés des Subban, Gionta, Pacioretty, etc. «C’était vraiment des entraînements. Pas juste du scrimmage. Je me sentais bien devant le but. Ç’a éveillé chez moi plein de souvenirs. Ç’a été vraiment le fun

Vaillancourt joue aujourd’hui au hockey avec des collègues au cégep de Valleyfield. Il a rangé ses grosses jambières et évolue à l’avant. Et c’est dorénavant dans son travail qu’il satisfait son besoin de compétition. «J’aime entreprendre des projets qui profiteront aux étudiants et à la communauté collégiale et les mener à terme.»

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Sports, etc.

Sacha Blanchet: de Donnacona à Phoenix

Sacha Blanchet a passé presque toute sa carrière de patineur artistique dans des arénas froids et sombres. C’est peut-être ce qui explique qu’au moment de prendre sa retraite, il a choisi de s’installer dans une ville où il pourrait profiter de la chaleur et d’un ensoleillement maximal. Habitant Phoenix, celui qui pratique la profession d’agent immobilier file le parfait bonheur.

«Je suis venu en Arizona pour un séminaire et j’ai vraiment aimé le climat», lance l’athlète originaire de Donnacona. «Il fait toujours soleil et c’est chaud à l’année. Je ne m’ennuie donc pas des hivers québécois. Quand je retourne au Québec, c’est habituellement à la fin du mois d’avril ou en juillet. Et puis en Arizona, il y a aussi beaucoup d’avenir dans le domaine de l’immobilier.»

Blanchet a connu son heure de gloire en 1998 quand il a gagné le championnat canadien junior en couple avec sa partenaire Marie-France Lachapelle. Un exploit qui lui valut le titre de partenaire national au Gala de l’athlète de Québec. À la fin de la saison suivante, il a décidé de réorienter sa carrière.

«Je m’entraînais à Montréal à la même école que Jamie Salé et David Pelletier. C’était clair qu’ils seraient les prochains champions. Lloyd Eisler m’avait dit que la compagnie Royal Carabbean faisait construire un nouveau bateau équipé d’une patinoire et qu’elle était à la recherche de patineurs. Comme je n’étais pas prêt à payer et à m’entraîner pendant huit ans afin d’avoir la chance d’aller aux Jeux olympiques, j’ai soumis ma candidature pour l’un des 10 postes disponibles. J’ai été retenu. Cette opportunité m’a permis de patiner au niveau professionnel, mais elle m’a aussi ouvert la porte des États-Unis. J’ai pu appliquer pour obtenir ma carte verte qui me permet de travailler en sol américain.»

Le Portneuvois, qui a inauguré le Voyager of the Seas avant de patiner sur l’Explorer of the Seas, avoue que travailler sur des bateaux de croisière était une vie de rêve. Il ne devait donner que deux ou trois spectacles par semaine et le reste du temps, il pouvait relaxer ou visiter les îles où le bateau accostait. «C’était comme être en vacances presque continuellement.

«Patiner sur un bateau est cependant très différent de ce que j’avais connu. La glace était beaucoup plus petite. Elle était située au deuxième étage, ce qui fait que c’était un peu plus stable lors des traversées. Mais quand on était dans l’Atlantique, il arrivait que c’était trop dangereux pour patiner. Il y avait moins de vagues dans les Caraïbes, mais il est arrivé que le capitaine doive annuler un spectacle.»

L’ex-patineur n’a jamais eu de regret d’avoir laissé son rêve d’aller aux Jeux olympiques. Il avoue toutefois qu’il a dû vivre un deuil de quelques mois. «Mais j’ai toujours été réaliste concernant mes chances d’aller aux JO. Et j’avais l’opportunité de patiner sur un bateau, quelque chose de révolutionnaire à l’époque, et de faire le tour du monde.»

Nouvelle carrière

Blanchet a accroché ses lames en 2006. Il a bien participé à quelques spectacles dans les années qui ont suivi en plus de prendre part à des émissions télévisées comme Skating with the stars, mais c’est sur sa carrière de courtier immobilier qu’il s’est concentré.  

«À mes dernières années sur les bateaux, j’approchais la trentaine», mentionne celui qui ne chausse plus qu’occasionnellement les patins. 

«Et j’ai commencé à chercher un domaine dans lequel je pourrais travailler. J’avais un intérêt pour le monde de l’investissement. J’ai fini par assister à des conférences sur l’immobilier, puis j’ai suivi des séminaires. Parallèlement à mes spectacles, j’ai étudié. Ça m’a permis d’avoir des revenus alors que je faisais ma transition vers ma nouvelle carrière.»

C’est avec ses économies personnelles que Blanchet a acheté ses premières propriétés qu’il a ensuite revendues. En 2007, l’obtention de sa licence d’agent immobilier lui a permis de démarrer Sacha Blanchet Real Estate — Coldwell Banker. La crise financière américaine ayant amené plusieurs Québécois à investir en Arizona, l’ex-patineur a vu son entreprise prendre une vitesse de croisière qu’elle a gardée.

Le Portneuvois ne s’ennuie pas du patinage artistique. C’est plutôt la performance qui lui manque. Un aspect de la compétition qu’il retrouve dans son travail. «Je continue aussi à faire de la course à pied pour rester en forme. Deux ou trois fois par année, je prends part à des demi-marathons. À chaque course, j’essaie d’être plus rapide. Je suis compétitif et je vais toujours le demeurer.»

Blanchet est aussi très impliqué socialement en tant que mécène et organisateur de collectes de fonds à la Fondation Live Love Malawi qui, s’est donnée comme mandat de construire des maisons et des écoles dans des villages du Malawi. Il s’est rendu en Afrique à quelques reprises. «Ça fait presque trois ans que j’œuvre au sein de la Fondation. J’avais le désir de faire une différence. Et le Malawi est un des pays les plus pauvres au monde. Et je sens que les gens là-bas apprécient ce que je fais.»

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Sports etc

Nancy Paradis: volley un jour, volley toujours

Volleyeuse professionnelle en Suisse après avoir évolué pour l’équipe nationale et le Rouge et Or de l’Université Laval, Nancy Paradis a pris sa retraite il y a une douzaine d’années. Mais elle n’a pas tourné le dos au volleyball pour autant.

«Depuis que je suis revenue au Québec, j’ai toujours été impliquée dans le volleyball», lance celle qui est entraîneure adjointe avec les Cougars du cégep de Chicoutimi et qui continue à jouer sur une base régulière. «Et j’espère que le volley va toujours faire partie de ma vie.» Ayant défendu les couleurs du cégep de Jonquière au niveau collégial, Nancy a amorcé sa carrière avec le Rouge et Or de France Vigneault à l’automne de 1993. «France étant originaire de la région, elle gardait un œil sur ce qui se passait chez nous. Le Rouge et Or avait un beau programme. Et même si j’avais été approchée par d’autres universités, Laval était mon premier choix parce que France avait fait ce qu’il fallait pour me donner le goût d’y aller. J’étais très fière quand j’avais reçu mon petit kit rouge.»

La Saguenéenne a passé cinq saisons avec le Rouge et Or pendant lesquelles elle a récolté de nombreux honneurs. Choisie recrue de l’année au Canada en 1994, elle a aussi eu sa place sur les équipes d’étoiles canadiennes en plus de mériter le titre d’étudiante-athlète de l’année à l’UL en 1998. 

«J’avais un peu de pression en arrivant à Laval. Il y avait des attentes à mon endroit. J’arrivais de l’équipe du Québec et nous avions gagné les Jeux du Canada. Mais j’étais prête. Ma transition s’est faite de manière assez facile et naturelle.»

L’ex-joueuse pro garde de beaux souvenirs de son passage avec le Rouge et Or en plus de belles amitiés qu’elle entretient toujours. «Je suis un peu mélancolique de cette époque-là. Mais dans le sens positif du terme. Ç’a été un super beau parcours. Mais le fait que l’on n’ait pas gagné de championnat canadien — on a fini deux fois deuxièmes  — reste encore une déception. C’est le petit côté sombre de mes souvenirs.»

Son stage universitaire terminé, c’est avec l’équipe nationale que Nancy a poursuivi sa carrière. Mais après que l’équipe eût manqué sa qualification pour les Jeux de Sidney (2000), elle a décidé d’aller jouer professionnelle en Suisse.

«Aller aux Jeux était la raison pour laquelle je voulais faire l’équipe nationale. Rater notre qualification fut une grosse déception. Mais je dirais qu’elle l’a été sur le plan personnel, alors que le fait de ne pas gagner le canadien avec le Rouge et Or l’a été au niveau collectif».

Embauchée par la formation de Wattwil, Nancy a ensuite joué pour l’équipe de Bienne, où elle a passé cinq ans. «Je suis tombée dans des organisations qui étaient vraiment le fun. J’ai adoré. J’étais partie avec mon copain et ç’a vraiment été un beau trip de vie, mais aussi une expérience qui m’a ouvert des perspectives au-delà du volleyball. Je serais restée en Suisse et j’aurais été bien heureuse. Mais je suis tombée enceinte. Cet événement a été comme le signal que le temps était venu d’arrêter. Car même si j’aimais encore beaucoup jouer, m’entraîner quotidiennement était devenu plus difficile.»

À son retour au Québec, la Saguenéenne a dû repartir de zéro. Après avoir vécu ce qu’elle qualifie de vie de rêve, elle a commencé une nouvelle vie, qui lui a demandé à faire de nombreux apprentissages. «Je dirais que ce fut presque une transition vers le monde adulte. Et comme tout arrivait en même temps, être enceinte, la recherche d’un endroit pour rester, la recherche d’un travail. Ce fut assez rock and roll la première année.»

Acquis profitables

Presque une vingtaine d’années après avoir quitté l’UL, Nancy profite toujours de ce qu’elle y a acquis. Diplômée en activités physiques, elle est aujourd’hui prof d’éducation physique. Et la volleyeuse partage son expérience et ses connaissances en coachant. Elle avoue cependant que l’athlète de haut niveau en elle a dû tempérer ses ardeurs. «Être entraîneure en deuxième division, ce n’est pas comme si j’avais été au niveau universitaire. Il a fallu que je m’adapte à la réalité. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile.»

Nancy avoue qu’elle a déjà pensé à pousser sa carrière de coach à un niveau supérieur. Mais elle est divisée. Elle aimerait vivre l’expérience sur les plans tactique et stratégique, mais elle doit aussi penser à ses obligations familiales. 

Aimant toujours autant se retrouver dans l’action, l’ex-Lavalloise joue dans des tournois. Toujours très compétitive, elle s’entoure de gens qui le sont autant qu’elle. «Le problème, c’est que je ne rajeunis pas. Et j’ai dû composer avec de grosses blessures. Il faut donc que j’accepte de ne plus avoir le niveau que j’avais. Mais je trouve que ça va encore assez bien. La technique est encore là.»

Nancy sera de passage au PEPS en fin de semaine. Elle prendra part à des retrouvailles organisées dans le cadre du championnat canadien de volleyball féminin. «J’ai hâte. C’est clair que les souvenirs vont sortir. Mais il ne devrait pas y avoir de mélancolie. Je pense que l’on va rire pas mal plus qu’être tristes.»

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Sports, etc

Mike Labadie: la croisée des chemins

Mike Labadie avait 25 ans quand il s’est retrouvé à la croisée des chemins. Passionné de hockey et rêvant de suivre les traces de son père Michel, il a dû choisir entre un poste de joueur-entraîneur en France et un travail de professeur d’éducation physique. Ayant accepté une proposition du Collège St. Lawrence quand il a reçu son offre de contrat, il a respecté son engagement. Heureusement, car s’il ne l’avait pas fait, le visage de la scène sportive régionale ne serait pas ce qu’il est devenu.

«Quand tu joues au hockey, le but ultime, c’est d’atteindre la Ligue nationale», avoue celui qui a notamment travaillé à la naissance du Rouge et Or football, mais aussi des programmes de basketball et de hockey du Collège St Lawrence et de la renaissance du circuit de hockey collégial. «À 25 ans, ma seule option était l’Europe. Et à la fin de ma carrière, il aurait fallu que je recommence à neuf. J’avais la chance de commencer quelque chose de concret dans un collège et de travailler dans un domaine où je pourrais passer ma vie. Le choix a été facile à faire.

«Aujourd’hui, quand je regarde ma famille et tout ce que j’ai bâti dans la région, je suis très fier. Et je n’ai aucun regret par rapport à la décision que j’ai prise.» 

Même s’il tournait le dos au hockey, Labadie n’a jamais craint la réaction de son père, un hockeyeur ayant marqué l’histoire des Citadelles et As de Québec et qui joua quelques matchs avec les Rangers de New York. L’enseignant avoue d’ailleurs que c’est à son père qu’il parla en premier des choix qui s’offraient à lui et que les conseils de son paternel appuyèrent sa décision. Et quand il a commencé dans le coaching, il a pu compter sur la présence régulière de son père dans les estrades.

«Mon père est décédé au printemps de 1990. Avant de partir, il m’a dit : “Quand je vais arriver en haut, je vais m’occuper de toi pour que tu gagnes le Bol d’Or.” Et nous l’avons remporté à l’automne 1990, une saison où on a eu un drôle de cheminement, mais où tout s’est bien mis en place. On n’aurait pas pu avoir un meilleur karma.»

Très bon joueur dans la Ligue inter-cité où il portait les couleurs de la formation de DSN, Labadie a pris part à deux reprises au camp des Remparts. Par la suite, il a fait carrière au football. C’est lors de son entrée à l’Université d’Ottawa qu’il a renoué avec le hockey. Il a joué avec les Gee Gees, puis dans des ligues estivales où l’opportunité d’aller en Europe s’est présentée. 

«On ne me fera jamais dire que je n’ai pas réussi ma carrière de hockeyeur parce que mon père m’a mis de la pression. Lui et ma mère ont toujours été positifs dans leur approche. Et ils m’ont donné tout ce dont j’avais besoin pour réussir.

«Aujourd’hui, je ressens une immense fierté à porter le nom de mon père. J’ai d’ailleurs dans mon porte-monnaie sa carte de hockey des Rangers. Mais quand je fais quelque chose, je ne le fais pas pour me démarquer au sens de mon propre nom. Je le fais parce que je ressens le besoin de créer quelque chose de nouveau, de rassembler les gens à travailler dans un projet collectif qui emmènera les jeunes à se surpasser et à gagner. Ç’a toujours été comme ça.»

Le grand détour

Quelque part, Labadie est toujours demeuré en contact avec sa passion première. Avec le Rouge et Or football, il a travaillé avec Maurice Filion, un homme de hockey, et Jacques Tanguay, un ex-hockeyeur. Et peu importe le sport dans lequel il s’est impliqué, son bagage lui a toujours servi et il ne s’est jamais senti dépaysé. 

«Le hockey, le football et le basketball sont des sports d’équipe où à la base, il y a l’enseignement. Il y a aussi beaucoup de choses qui sont les mêmes et qui peuvent être transférées, tant sur les point tactique et technique qu’émotionnel.»

N’ayant jamais oublié ses racines, il était normal pour Labadie d’y revenir avant la fin de sa carrière. Après un grand détour, il est retourné derrière le banc d’une équipe de hockey. «C’est sûr que c’était le fun de revenir au premier sport que j’avais choisi de pratiquer dans ma vie. Mais partout où je suis passé, j’ai vécu de grandes émotions. 

«Au cours des dernières années, j’ai eu la chance de travailler avec Guy Chouinard, un expert dans tous les sens du mot. J’ai beaucoup appris. Quand j’étais plus jeune, c’était une vedette dans la LNH. On s’en inspirait. Je me considère privilégié de me retrouver aux côtés d’un personnage qui a eu autant d’impact au niveau du hockey dans la région.»

Même s’il a atteint le cap de la soixantaine, Labadie dit s’attendre à être encore très productif dans les prochaines années. Après avoir travaillé à la naissance du Rouge et Or football, pourrait-il ramener le hockey à l’Université Laval? 

«Je veux pouvoir utiliser ma bonne santé pour mettre l’accent sur des choses que j’ai négligées et réaliser des projets axés sur la famille et ma blonde. Mais si on m’appelait pour me demander de donner un coup de main, je ne pourrais pas dire non. Je n’accepterais pas de conduire l’autobus. Je ne serais pas celui qui prendrait le lead. Mais je serais prêt à m’investir dans un rôle secondaire.»

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Sports, etc

Robert Rancourt: double identité

Il y a maintenant sept ans que Sunny War Cloud est monté pour la dernière fois dans le ring. Mais si le combattant indien est alors définitivement disparu de la scène de la lutte québécoise, il est demeuré bien présent dans la vie de Robert Rancourt, celui qui a partagé sa véritable identité avec la sienne pendant plus de 25 ans.

«Il n’y a pas beaucoup de monde pour qui je suis Robert Rancourt sauf peut-être les gens du gouvernement comme ceux de l’impôt», lance en riant l’ex-lutteur (www.sunnywarcloud.ca). «Ma blonde m’appelle Sunny, mes petits enfants, grand-papa Sunny. Presque partout c’est Sunny. Car même si j’ai fait couper mes cheveux, les gens me reconnaissent. 

«Au travail, c’est un peu la même chose. Les plus vieux m’appellent tous Sunny. Il n’y a que pour les plus jeunes que je suis Robert. Et je dois parfois faire attention, car il m’arrive de me présenter sous le nom de Sunny Rancourt quand je rencontre un nouveau client.»

Rêvant de devenir lutteur alors qu’il était enfant, le Jonquiérois a commencé à s’entraîner en gymnase à l’âge de 13 ans. Victime d’intimidation à l’école, il y a trouvé une manière de se valoriser. «En quelque part, Sunny a sauvé Robert.»

Rancourt n’avait que 15 ans quand il est monté dans le ring pour la première fois. «Je n’avais pas un talent extraordinaire. Mais j’avais le cœur gros de même, j’avais du chien, j’étais déterminé, passionné et je m’entraînais fort. Chaque fin de semaine, je partais de Jonquière pour aller lutter aux loisirs Saint-Jean-Baptiste à Montréal. Ça ne me donnait pas une cenne. C’est comme ça que je me suis fait connaître.»

Au début des années 80, Rancourt a décidé de devenir lutteur professionnel. Il a abandonné son travail à l’Alcan pour déménager à Montréal. «Ça faisait une couple d’années qu’Édouard Carpentier me disait : “Tout le monde peut travailler dans ton usine, mais ce n’est pas tout le monde qui peut lutter comme toi.” J’ai décidé de l’écouter.»

Dans la métropole, Dino Bravo lui a dit qu’il personnifierait un Indien, un personnage absent dans l’arène depuis la retraite de War Eagle, et qu’il lutterait sous le nom de Sunny War Cloud. Après avoir demandé à Roland Lafrenière, qui personnifiait War Eagle, la permission de prendre sa «gamique» d’Indien, Rancourt est allé s’acheter des vêtements et une coiffe et il a appris la danse indienne. Sunny War Cloud était né.

Ralentir la cadence

Sunny War Cloud a fait la pluie et le beau temps de la lutte pendant une vingtaine d’années dans la WCW et la WWF, mais aussi dans la CCW et la NCW. Sa carrière l’a amené aux quatre coins du Québec et du Canada, aux États-Unis, en Europe, au Japon et en Afrique du Sud. Partout où il est passé, il n’a jamais déçu ses fans. «Je suis toujours sorti par la porte d’en avant et je n’ai jamais refusé de signer des autographes. Des fois, ça prenait une demi-heure... sous la pluie.»

Sunny War Cloud a pris conscience qu’il était temps de penser à la retraite au milieu des années 2000. Au lendemain d’un combat Triple Menace où il était dans le ring avec Frankie The Mobster et Darko, il a lu le compte rendu de la soirée publié dans un quotidien. «Ce fut un bon combat dans l’ensemble, mais il y avait un Indien qui semblait pas mal plus vieux que les autres et qui ralentissait la cadence.»

«C’était embêtant. Les spectateurs paient pour voir un bon show. Et je n’étais plus capable de le donner. J’avais aussi moins de plaisir dans le ring entre les deux sons de cloche. J’avais peur de me faire blesser. J’ai fait deux-trois combats après ça et j’ai jeté mes plumes et tout le kit. Je suis remonté dans le ring une dernière fois en 2010, mais c’était dans le cadre d’un évènement spécial.» 

Travaillant dans le domaine de la sécurité pour les entreprises Garda et Sirois, Rancourt s’occupe aussi l’hiver du déneigement de boîtes postales à Cap-Rouge depuis une vingtaine d’années. De 52 boîtes, il est passé à 81, à 114, puis à 154. Un travail qu’il fait sans équipement motorisé. «Quand il tombe une bonne bordée, déneiger toutes les boîtes peut me prendre 8 à 10 heures. Mais le cardio est là. Et comme je m’entraîne presque tous les jours — je suis en amour avec le gym — j’ai de bons bras et je suis vaillant.»

Même s’il approche les 62 ans, Rancourt reçoit encore des offres pour lutter dans des événements spéciaux. Mais même s’il soigne sa condition physique, il n’est pas intéressé à ressusciter Sunny War Cloud dans le ring.

«J’ai toujours dit que quand tu prends ta retraite, tu prends ta retraite. Et la lutte a beaucoup changé. Les gars sont beaucoup plus rapides et athlétiques. Même si je suis très en forme, à cause de mon genou, je suis incapable de courir. Je ne serais donc pas capable de donner un bon show. Et je ne peux pas me permettre de me blesser. J’ai fait beaucoup d’argent en luttant. Mais c’était de l’argent de Monopoly. J’ai tout dépensé. Je dois aujourd’hui travailler pour vivre. Si je ne me présente pas au boulot, je n’aurai pas de paie. Et quand j’y pense bien, ça n’a vraiment pas d’allure un gars de 62 ans qui va lutter.»

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Sports, etc

Hugo Lemay: s’ennuyer des amis et du dépassement

Toujours passionné de planche à neige même s’il a tourné la page sur sa carrière d’athlète à la fin de la saison 2010, Hugo Lemay ne cache pas que la présentation des Olympiques de PyeongChang provoque chez lui une certaine nostalgie. Il ajoute cependant que même s’il en garde d’excellents souvenirs, ce n’est pas des Jeux ou de la compétition dont il s’ennuie le plus.

«Ce qui me manque, ce sont tous mes amis des quatre coins de la planète que je croisais sur le circuit de la Coupe du monde», explique le spécialiste de la demi-lune. «Des amis qui habitent la côte ouest et que je vois plus ou moins et des amis de la Finlande, de la Nouvelle-Zélande et du Japon que je ne vois plus du tout. On passait beaucoup de temps ensemble. Pendant les compétitions, mais aussi lors des camps d’entraînements.

«Ce qui me manque, c’est aussi l’entraînement intensif, de me donner à 200 % et de repousser mes limites. Quand tu réussissais une nouvelle manœuvre, il y avait la récompense de l’avoir faite et d’obtenir de meilleurs résultats. Je continue à faire du snowboard et je m’amuse encore. Sauf que maintenant, j’ai un travail, une famille, une maison. Je ne peux plus prendre de risques.»

Le planchiste explique qu’il y a cependant de bons côtés à faire de la planche d’une manière plus récréative. Il a moins de pression parce qu’il ne doit plus faire de nouvelles manœuvres. «Et quand les conditions ne sont pas bonnes, je ne suis pas obligé d’aller dans les pentes. Je dirais d’ailleurs que le seul irritant avec lequel j’ai dû composer dans ma carrière, c’était la météo. Ce n’était vraiment pas agréable de compétitionner quand il ventait ou qu’il neigeait.»

Membre de l’équipe canadienne ayant pris part aux Jeux de Turin en 2006 où il a terminé 18e, Lemay avait amorcé sa carrière sur le circuit de la Coupe du monde en décembre 2003. Des débuts mémorables puisqu’à sa troisième compétition, il avait obtenu une 10e place dans une épreuve de demi-lune disputée à Stoneham, son premier de cinq top 10 en carrière, son meilleur résultat étant une cinquième place à Lake Placid (2006). Se sont ajoutés cinq podiums en Coupe Nor-Am, dont une médaille d’or à Stoneham en 2010. C’est à l’issue de cette campagne qu’il a décidé de prendre sa retraite, lui qui avait raté sa sélection pour les Jeux de Vancouver.

«Je me suis blessé l’année de Turin (2006). Et quand je suis revenu à l’entraînement, il ne me restait que deux ans pour reprendre ma forme et me qualifier. Mais je n’étais pas à 100 %. J’ai raté ma qualification de très peu et je me suis retrouvé planchiste substitut sur l’équipe canadienne. À ce moment-là, je savais que je venais de passer mon tour et j’ai fait le constat que je n’avais peut-être plus ce qu’il fallait pour suivre les plus jeunes. J’approchais la trentaine, j’en avais un peu perdu. Et j’ai décidé d’arrêter la compétition... mais pas le snow pour autant.»

Ayant déjà commencé, après Turin, à préparer son après-carrière, Lemay a suivi le plan qu’il avait élaboré et il est retourné sur les bancs d’école. Intéressé par plusieurs champs d’études, il a finalement décidé de devenir électricien, un métier avec lequel il sentait avoir des atomes crochus, même s’il n’avait rien à voir avec les aptitudes qu’il avait développées comme athlète. Un choix qu’il n’a jamais regretté. «J’adore mon travail», dit-il.

Même si sa carrière lui avait permis de développer sa persévérance et son ardeur au travail, le planchiste de Québec indique que ce qu’elle lui avait apporté de plus précieux était l’humilité et la faculté de surmonter les obstacles. «On finit toujours par trouver une solution à nos problèmes.»

Aider les jeunes

Depuis quelques années déjà, Lemay transmet son savoir aux plus jeunes. Il est entraîneur au club de snowboard Team Bueno qui offre des cours de planche dans les différents centres de ski de la région de Québec en plus d’être rattaché au programme sports-études de l’école Le Sommet et de la concentration snowboard des écoles Cardinal-Roy et La Seigneurie.

«Je ne suis pas dans le créneau compétitif. J’aide les jeunes à devenir de meilleurs snowboarders. Je veux leur inculquer l’importance de faire de belles manœuvres et d’avoir un meilleur contrôle de soi et de leur corps pour avoir plus de plaisir en snow. Je veux aussi leur faire aimer les sauts et le half-pipe.» 

Encore capable de réaliser la grande majorité des manœuvres qu’il faisait quand il était sur le circuit de compétition à l’exception des plus techniques ou de celles demandant plus de rotation, Lemay ne traîne pas de séquelles des blessures qu’il a subies au cours de sa carrière. 

«La seule chose qui me dérange, c’est de vieillir», lance-t-il en riant. «Je suis chanceux. Je me suis toujours bien rétabli de mes blessures et je pense que c’est parce que je les ai toujours bien gérées et que j’ai pris le temps de guérir... sauf à ma dernière saison où j’ai poussé à fond pour me qualifier pour le JO. À l’époque, je pensais à court et moyen terme. Aujourd’hui, je peux dire que ça m’a servi à long terme.»

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Sports, etc

Le Guellec: pas de regrets... mais des papillons

Même si seulement quatre ans s’étaient écoulés depuis sa dernière participation aux Jeux, Jean-Philippe Le Guellec disait demeurer de glace à l’approche des Jeux olympiques de PyeongChang. «Je vis très bien avec le fait de ne pas aller aux JO», avait-il lancé une quinzaine de jours avant le début des Olympiques d’hiver. «Ma décision de me retirer était ferme.»

À quelques heures du grand rendez-vous hivernal du sport, Le Guellec a cependant nuancé ses propos. «Avec tous les gens que je connais qui commencent à mettre des photos de PyeongChang sur les réseaux sociaux, je commence à avoir des papillons. Je ne pensais pas que ça me ferait cet effet-là. C’est difficile de rester insensible. 

«Mais je suis en paix avec ma décision et je n’ai pas de regrets. Je suis en harmonie avec où je suis rendu. J’ai une petite fille qui a deux ans, on attend un petit gars au début du mois de mars et je suis en train de finir mon bac à l’université. Je suis passé à autre chose et je vis très bien avec ça.» 

Toujours passionné par le sport qu’il a pratiqué et branché sur les activités de la planète biathlon, l’ex-athlète ne vivra pas les Jeux comme un simple spectateur. Ses connaissances, son expérience, sa facilité à s’exprimer et son aisance devant la caméra lui ont permis d’obtenir un poste d’analyste à la télé. Un travail qu’il effectuera dans un studio à Montréal.

«L’objectif, c’est d’intéresser les gens au biathlon. L’idée de pouvoir leur montrer c’est quoi, de leur expliquer et de leur faire comprendre les dessous et les stratégies et de communiquer la passion, c’est quelque chose qui m’intéressait depuis les Jeux de Vancouver. Mais je ne l’avais pas vraiment manifesté. C’est Radio-Canada qui m’a contacté afin de m’offrir un travail d’analyste.»

Décision de longue date

C’est à son retour de Sotchi que Le Guellec a accroché ses planches. Une décision mûrie qui avait commencé à germer dans son esprit avant les Jeux de Vancouver. «On voulait commencer une famille. À 28 ans, il était aussi temps de m’assurer un futur après-sport. C’est clair que j’aurais pu continuer un autre quatre ans. Et d’un point de vue performance, j’aurais probablement été encore en meilleure position pour un podium. Ce ne fut pas une décision facile à prendre, mais une fois qu’elle a été prise, c’est sûr qu’on allait dans ce sens-là.»

Malgré ses nombreux succès, il a notamment été le premier Canadien à remporter une Coupe du monde (2012) et obtenu des cinquième (Sotchi) et sixième places (Vancouver) en sprint, l’ex-biathlonien ne se donne pas un A+ pour l’ensemble de sa carrière. Son objectif ultime était de monter sur le podium aux Jeux, un exploit qu’il a raté par trois secondes à Sotchi. «Ce n’est pas un regret ni une déception. J’ai donné tout ce que j’ai pu. Et il y en a qui ont été plus rapides. C’est ça, le sport. Mais en même temps, ça reste un objectif que je n’ai pas été en mesure d’atteindre.

«Quand je fais le bilan de ma carrière, je regarde cependant aussi mon développement et tout ce que j’ai pu aller chercher au niveau psychologique, physique, organisationnel, mais aussi marketing et représentation. Ce sont des habiletés que j’ai développées comme athlète que je n’aurais pas vu de façon aussi concrète à l’école.»

N’ayant pas eu de deuil à vivre, Le Guellec mentionne que les premières semaines de sa retraite avaient été les plus faciles parce qu’il avait senti un lâcher-prise complet au niveau de l’entraînement régimenté, de l’alimentation, etc. La difficulté qu’il a eue fut plutôt de se retrouver comme personne et de décider quelle tangente il donnerait à sa vie. Il a amorcé un bac en administration dans le but, une fois ses études terminées, de demeurer dans le monde sportif en y faisant de la gestion. Mais il s’est réorienté en intervention sportive, un domaine qui rejoint la gestion et l’administration, mais aussi le coaching.

Parallèlement à l’obtention de son bac à l’Université Laval, Le Guellec a commencé à coacher. «Je n’envisageais pas de devenir entraîneur immédiatement après Sotchi. La Fédération québécoise de biathlon m’a proposé de supporter l’équipe technique aux Jeux du Canada de 2015. J’ai vraiment aimé l’expérience. J’avais acquis un grand bagage dans mon sport et je me suis rendu compte que j’avais une certaine facilité sur le plan pédagogique pour transmettre ces connaissances-là. Comme je sentais le besoin de redonner et que la passion pour le biathlon était encore là, j’ai par la suite commencé à coacher. On a de beaux athlètes, de beaux potentiels, une belle équipe qui a une super cohésion. Pour moi, c’est hyper trippant.»

Le Guellec le lance sans hésiter, la compétition ne lui manque pas. «Il n’y a pas vraiment d’intérêt à faire une Coupe Québec quand tu as été aux Jeux olympiques. Quand j’étais biathlonien, il y a des choses que je ne pouvais pas faire. Je ne m’entraîne plus autant que je le voudrais, mais je suis abonné à une école de capoeira, un art martial brésilien. Je me développe dans d’autres aspects que j’avais dû mettre en stand by pendant ma carrière. Et je suis très comblé.»

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