Michel Lessard, Mathieu Grenier, Jean Anderson, François Drolet et Jacques Anderson étaient tout sourire après leur victoire, alors que trois d’entre eux frisent la soixantaine.

Jean Anderson remporte la course en canots du Carnaval pour la 25e fois

Jean Anderson a ajouté à sa légende en remportant dimanche sa 25e course en canots à glace du Carnaval de Québec. Pas pire pour «trois vieux pops»! a lancé le plus grand nom de ce sport typiquement québécois, au fil d’arrivée.

À bientôt 59 ans, Anderson n’était pas entouré que par des petites jeunesses dans son Château Frontenac/Le Soleil. Michel Lessard a le même âge que lui; son frère Jacques a 57 ans. La moitié de l’équipage «frôle» donc la soixantaine!

Ils ont gagné, et par beaucoup. Anderson avait eu le temps de faire deux entrevues, de prendre des photos avec son équipe et de pousser quelques jurons de satisfaction lorsque l’équipe Volvo a finalement croisé le fil d’arrivée en deuxième place.

Sur la banquise du bassin Louise, Anderson avait l’air d’un enfant la veille de Noël. En posant pour les photographes, il criait : «Vingt-cinq, vingt-cinq» avec toute la satisfaction du monde.

«Je ne le crois pas. Quand je me suis rendu à 15, je me disais déjà : “c’est du jamais-vu, c’est incroyable, je commence à être vieux.” Mais là, crime, je suis rendu à 10 de plus. Et ça continue...»

Il s’agit aussi de sa 94e victoire en carrière sur le circuit québécois de canots à glace. «On approche de 100! Je ne veux pas arrêter ça là», a lancé Anderson, signe qu’il compte bien s’y rendre plus tôt que tard. «Les gens me demandent parfois quand je vais prendre ma retraite. Je dis : ben… ça va bien. On a encore de belles années devant nous.»

La course de dimanche lui a particulièrement plu. Dans des conditions difficiles, son équipe a fait un travail impeccable, a-t-il pris soin de mentionner. «J’ai rarement vu une course avec si peu d’erreurs que celle-là. C’est incroyable. Tout allait bien : le canot glissait bien, les coupes d’eau, les changements de position [dans le bateau]. Tout était A1.»

Parmi les «jeunes» de l’équipe, Anderson comptait dimanche sur la présence de François Drolet, 45 ans, médaillé d’or olympique au relais de patinage de vitesse sur longue piste à Nagano. Il s’agissait de son premier triomphe au Carnaval. Quant à son frère Jacques, il n’avait pas remporté l’épreuve depuis 2002, alors qu’il ramait toujours avec Jean.

Chez les femmes, les canoteuses de l’équipe Financière Banque Nationale ont été les plus rapides. Elles luttaient pourtant pour la deuxième place après le premier des deux aller-retour, mais ont profité d’une erreur des meneuses, l’Archibald.

«L'adrénaline du gagnant»

Chez les femmes, Catherine Paquin et l’équipe Financière Banque Nationale ont été les plus rapides. Elles luttaient pourtant pour la deuxième place après le premier des deux aller-retour, mais ont profité d’une erreur des meneuses, l’équipe Archibald, qui a manqué sa dernière touche du côté de Lévis.

«C’est toujours "thrillant", l’adrénaline du gagnant! On travaille tellement fort, on est contentes de la décrocher une fois de temps en temps. Mais il y a eu un super beau combat sur le fleuve, c’est ça qui est l’fun, en fait», a lancé la mère de six enfants (!), encore essoufflée par l’effort. Il s’agit de sa deuxième victoire au Carnaval.

Groupe Voyages Québec a terminé au deuxième rang de cette course ardue. Si ardue que l’équipe a fait une pause dans un contre-courant, pendant le deuxième tour. «On a pris une gorgée d’eau, on était brûlées et fallait repartir, a raconté Geneviève Desroches. Sérieux, ç’a été vraiment difficile. Heille, on est passées en-dessous de la coque du traversier parce qu’il n’y avait pas de courant. Le nez de notre canot lui touchait. Ç’a été plein de surprises», a ajouté en riant celle qui faisait partie de l’équipe ayant représenté le Canada aux Mondiaux de rafting, en octobre.

Les aînés avaient par ailleurs fait du bruit avant même la victoire d’Anderson. L’équipe Normandin, dont fait partie le doyen des canotiers, Raynald Fortin, a triomphé dans la catégorie Sport. M. Fortin a prouvé qu’il avait toujours la grande forme malgré ses… 74 ans.

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Championne de l’épreuve du Carnaval l’an dernier, l’équipe La Capitale Groupe Financier a terminé troisième cette année.

ÉTAPE PAR ÉTAPE... AVANT MÊME DE PARTIR

Il y a bien sûr des heures et des heures d’entraînement, en solitaire et en équipe. Mais il y a tout le reste de la préparation, celle des dernières minutes. Afin d’en apprendre davantage sur l’avant-course, Le Soleil s’est entretenu avec Jean-Philippe Turcotte, de l’équipe La Capitale Groupe Financier, championne de l’épreuve du Carnaval l’an dernier.

La veille

Étape cruciale : le cirage du bateau. Les canotiers utilisent la cire du ski de fond pour assurer le meilleur glissement possible, le lendemain. «C’est un art avec plein de recettes secrètes!» rigole Turcotte. Les prévisions météorologiques sont scrutées à la loupe. En plus du cirage, il faut sécuriser l’équipement dans le canot «pour être sûr que tout est solide, parce que ça brasse». Au total, environ deux heures de travail.

6h, matin de la course

Pendant les premières heures d’une journée de course, chaque athlète a son histoire. Celle du quotidien. Pour Turcotte, levé du corps à 6h afin de s’occuper des enfants, comme d’habitude. N’empêche, sa tête est déjà dans le bateau, remarque-t-il. «Mon esprit est un peu plus focusé sur la course. Ma blonde comprend, elle aussi faisait du canot à glace. Je suis là un peu plus à moitié!»

10h30

Arrivée au bassin Louise. Toutes les embarcations sont descendues sur la banquise grâce à une grue, ensuite utilisée pour les remonter une fois la course terminée. C’est aussi à cette heure qu’on inspecte les équipements de sécurité. Pour s’inscrire officiellement, les équipages doivent se rendre au Musée naval de Québec, quartier général aux coureurs. Ça grouille et ça grenouille, là-dedans.

11h30

Une première cette année, le départ a été fait en deux tranches. Les membres de l’Élite hommes ont pu observer le départ des femmes. Une belle occasion pour analyser l’état du fleuve et de ses glaces, même si les choses seront forcément différentes deux heures plus tard. C’est aussi le temps d’un petit dîner, pour Turcotte un mélange de protéines et de carbs, «quelque chose qui soutient mais qui se digère vite, pour être léger» au départ, explique-t-il.

12h30

Réunion des capitaines. Les responsables de chacune des équipes rencontrent les organisateurs de la course afin de recevoir les changements de directive, s’il y a lieu.

12h45 à 13h40

Les athlètes se rendent tranquillement sur la banquise du bassin Louise, près de leur canot. C’est le moment des derniers préparatifs, mais aussi de l’échauffement. Les bateaux prennent tranquillement place sur la ligne de départ; les équipiers discutent stratégie. «Il faut avoir un plan A, quitte à l’adapter.»

13h45

Départ de la course. La Capitale Groupe Financier partait sixième sur la grille, en raison de sa position au classement cumulatif après les deux premières épreuves du Circuit québécois de canot à glace.

14h58

L’arrivée tant attendue. Après 73 minutes d’effort, les six équipiers de La Capitale Groupe Financier terminent en troisième place. Épuisés et heureux.

Les équipes se préparent au départ.

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UN BATEAU DE RECRUES

Six recrues dans le même bateau! Le canot à glace gagne en popularité, et le sextuor du Sandwicherie Fastoche en est la preuve. Tous ses membres ont commencé l’entraînement pour ce sport extrême en septembre — «un peu à l’aveugle», dit Mélanie Beaudette —, puis ont «connu» la glace pour la première fois en décembre. Tous sont tombés en amour et comptent poursuivre longtemps l’aventure. Pas question de prendre cette nouvelle passion à la légère. À l’automne, les recrues s’entraînaient quatre ou cinq fois par semaine. «Ça demande beaucoup de temps, beaucoup d’énergie...» explique Alexandre Paillé. «Et des conjoints compréhensifs!» ajoute Guillaume Mathieu. «Ma blonde avait hâte que la saison de voile finisse pour ne plus être veuve de voile. Et la saison de canot a commencé», rigole Paillé. À leur première sortie sur glace, plusieurs choses les ont étonnés. Que ce soit le bruit des rames sur l’eau glacée, ou la vitesse à laquelle le fleuve se transforme. «On peut s’en rendre compte quand on marche sur le bord du fleuve. Mais quand on est dessus, c’est pas qu’on le voit, c’est qu’on le vit», souligne Mathieu. 

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«ÇA AIDE À FAIRE LE DEUIL»

L’équipe La Korrigane/GloboCam a terminé sixième dans la catégorie Sports, mais la position au classement est secondaire pour son équipage. En décembre, l’un de ses membres, Daniel Malenfant, a perdu la vie lorsque son canot a chaviré devant Québec. La saison 2018 de la formation s’est un peu transformée en bouée pour ses amis. «Ça aide à faire le deuil», a affirmé Michel Maltais après la course. «Il aimait le canot, donc on poursuit son œuvre. […] C’est comme ça depuis le début de la saison : on y pense toujours, mais on va de l’avant.» 

Les compétiteurs à l'oeuvre sur le fleuve glacé!

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LES PODIUMS

Élite Hommes

  1. Le Château Frontenac/Le Soleil
  2. Volvo
  3. La Capitale Groupe Financier

Élite Femmes

  1. Financière Banque Nationale
  2. Groupe Voyages Québec
  3. Auberge Saint-Antoine

Compétition

  1. G.F.F.M. Leclerc
  2. Telops/H20 Bateau Dragon
  3. Spektrum/La Taverne Grande Allée

Sport

  1. Normandin
  2. UQAR Relève
  3. Microbrasserie des Beaux Prés/Bio-Fix