Martin Raymond a pardonné aux joueurs qui l’ont critiqué dans une vidéo filmée à leur insu lors de la dernière saison.

Incident Uber: Martin Raymond a tourné la page

Pour une deuxième fois en autant de jours, un ancien entraîneur des Sénateurs d’Ottawa s’est déniché du boulot ailleurs, dans le vaste monde du hockey.

Mardi, Marc Crawford a signé un contrat d’entraîneur-adjoint chez les Blackhawks de Chicago.

Mercredi, Martin Raymond a décidé à son tour de relever un nouveau défi. Il se trouvera plutôt loin de la Ligue nationale, l’automne prochain, lorsque débutera la prochaine saison. Il s’est déniché un boulot d’instructeur au sein du programme de hockey de l’École secondaire De Mortagne, à Boucherville.

Il faut dire que Crawford a 18 années d’expérience dans les ligues majeures et une bague de la coupe Stanley. Son nom est gravé sur le trophée Jack-Adams.

Raymond, un artisan de l’ombre, s’est retrouvé sous les projecteurs pour de mauvaises raisons au cours de la dernière saison.

Des joueurs, filmés à leur insu dans une voiture Uber, ont vivement critiqué ses aptitudes.

Raymond veut d’abord qu’on sache que cette histoire appartient au passé. Il a pardonné aux joueurs qui étaient impliqués. Il a tourné la page sur cet épisode.

« Ce fut difficile à vivre, pour tout le monde », a-t-il confié au Droit.

« Je ne veux pas parler pour les joueurs. J’ai quand même senti, dans nos conversations, qu’ils ont vécu tout cela difficilement. Personnellement, je peux te dire que j’ai trouvé ça difficile. Je n’ai pas aimé le fait que toute cette histoire devienne publique. »

« Tout le monde, un jour ou l’autre, s’échappe. Tout le monde critique. Tout le monde se fait critiquer. Personne n’est à l’abri de ça. Le fait que ça sorte dans les médias, ça m’a fait mal. »

Au plus fort de la crise, l’entraîneur-chef Guy Boucher ne voulait pas trop parler. Il avait néanmoins déploré que cette histoire tombe sur « le meilleur être humain que j’ai connu dans ma vie ».

Dans sa façon de parler de tout ça, sept mois plus tard, Raymond fait certainement preuve de classe. Il démontre beaucoup de maturité.

« En même temps, tout cet épisode a beaucoup simplifié les choses », de dire cet enseignant de formation, qui détient une maîtrise en Éducation physique.

« Nous avons donné la chance aux joueurs de venir me parler. Ils m’ont offert leurs excuses. J’ai choisi de les accepter. Pour moi, c’était clair. Je devais leur pardonner. Je ne suis pas parfait. Je ne peux pas exiger aux gens qui m’entourent d’être parfaits. »

« Guy m’a donné la chance de m’adresser à toute l’équipe. Quand j’ai pris la parole devant le groupe, j’ai dit qu’il fallait tourner la page. Je leur ai rappelé que nous formions une jeune équipe. Il fallait apprendre de nos erreurs. Les gars ont bien répondu. Si je me souviens bien, nous avons gagné les deux matches qui ont suivi. »

Progression

Martin Raymond est surtout fier d’avoir contribué à faire progresser les unités spéciales des Sénateurs.

Au moment où la vidéo a été diffusée, l’équipe présentait le pire taux d’efficacité de toute la ligue en infériorité numérique.

Elle a complété la saison au 23e rang, avec un taux d’efficacité de 79,2 %.

Les Sénateurs étaient alors tout près du milieu du peloton. Le détenteurs du 16e rang, les Bruins de Boston, ont complété la saison à 79,9 %.

« On savait qu’il fallait des changements. Nous n’étions pas plus contents que les joueurs d’occuper la 31e position. Nous avons apporté des changements de personnel et des changements stratégiques. Les gars ont bien réagi à tout ça. »

« La vie, c’est ça. C’est apprendre. »

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UN MÉTIER OÙ ON PREND LES CHOSES «UNE ANNÉE À LA FOIS»

C’est un retour aux sources, en quelque sorte. Martin Raymond est issu des rangs universitaires. Il a passé de très nombreuses années à McGill, avec les Redmen, avant d’obtenir une première opportunité de travailler dans le hockey professionnel.

Il se retrouvera donc — un peu — en terrain connu, quand il retournera dans le monde du hockey scolaire.

« Quand je travaillais à l’université, je ne faisais jamais de publicité, autour de moi, pour monter. J’étais résigné. Je ne pensais pas que le hockey pro viendrait me chercher », dit l’homme qui est âgé dans la jeune cinquantaine.

Il a fini par goûter à la LNH grâce à Guy Boucher.

« J’ai été chanceux. Un bon ami à moi m’a donné la chance de l’accompagner, à Hamilton, avec le club école du Canadien. J’avais beaucoup de plaisir à l’université, mais j’ai eu la chance de passer quelques belles saisons à Hamilton, à Tampa ainsi qu’à Ottawa. Je me considère chanceux d’avoir pu faire tous ces endroits. Je l’ai d’ailleurs dit, en quittant. J’ai apprécié l’opportunité qui m’a été offerte par les Sénateurs. Je me suis toujours senti soutenu par les gens de l’organisation. »

Raymond ne tourne pas définitivement le dos au hockey professionnel.

« Je n’ai aucune idée de ce que l’avenir nous réserve. J’y vais vraiment une année à la fois, dit-il. Pour l’instant, j’espère simplement que mes nouveaux employeurs seront satisfaits de mon travail. On révisera par la suite. Je n’ai jamais fait de plans à long terme. »

Entre ses séjours à Tampa et Ottawa, Raymond a passé trois années dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, à titre d’entraîneur-chef des Voltigeurs de Drummondville.

Dans les 10 dernières années, sa conjointe et ses enfants n’ont jamais quitté la région de Montréal. Il a presque toujours été obligé de voyager pour passer un peu de temps en famille.

Cela explique, en partie, sa décision d’accepter un boulot en Montérégie.

« Je suis rendu au point où je veux être plus près de mes enfants. On ré-évaluera tout ça, plus tard, quand ils auront quitté la maison. »