À la Une du <em>Soleil</em> au lendemain de ce dernier match, c’est un texte du chroniqueur politique Donald Charette qui fait la manchette. «Au revoir… ou adieu?», demandait-on à la suite de cette défaite jumelée à la décision des Nordiques de refuser la dernière offre du gouvernement dirigé par Jacques Parizeau.
À la Une du <em>Soleil</em> au lendemain de ce dernier match, c’est un texte du chroniqueur politique Donald Charette qui fait la manchette. «Au revoir… ou adieu?», demandait-on à la suite de cette défaite jumelée à la décision des Nordiques de refuser la dernière offre du gouvernement dirigé par Jacques Parizeau.

Il y a 25 ans, le dernier match des Nordiques

«Pendant toute la saison, on évitait d’en parler. Pour nous, la vente des Nordiques n’était qu’au stade des rumeurs. Quand le dernier match a pris fin, je ne me disais pas que je venais de jouer pour la dernière fois avec les Nordiques. Je ne voulais pas y croire, et à mes yeux, c’était impossible que l’équipe déménage.»

Vingt-cinq ans plus tard, le gardien Stéphane Fiset a encore de la misère à le croire. Retiré à la faveur d’un sixième attaquant avec un peu moins de deux minutes à faire, il était sur le banc des joueurs au Madison Square Garden de New York alors que les dernières secondes s’écoulaient. En ce mardi 16 mai 1995, les Nordiques disputaient ce qui allait devenir leur dernier match dans la LNH. Quelques jours plus tard, le 25 mai, ils partaient pour Denver afin de devenir l’Avalanche du Colorado.

«Dans le vestiaire, on sentait plus la déception d’avoir subi l’élimination qu’à l’idée d’avoir joué un dernier match pour les Nordiques. Toute la saison, on s’était concentré sur le hockey, on ne parlait pas trop de l’avenir de l’équipe entre nous. J’ai toujours pensé que ça n’arriverait pas, qu’on trouverait une solution pour les garder à Québec. Jouer pour les Nordiques, c’était trop le fun, ça ne pouvait pas finir comme ça», raconte celui qui avait été leur choix de deuxième ronde en 1988.

Gardien numéro 1 des Fleurdelisés, Fiset formait un tandem tout québécois avec le jeune Jocelyn Thibault. Il avait été le partant pour les trois premiers matchs de cette série 4 de 7 de première ronde contre les Rangers avant d’être remplacé par Thibault pour les trois suivants. Bombardé de 16 lancers en première période de ce sixième match, Thibault avait redonné sa place à Fiset en début de deuxième.

«Jocelyn et moi, on formait un duo incroyable, on aurait pu avoir du succès longtemps, ensemble. Nous sommes encore de bons amis. La journée de la vente de l’équipe, on jouait une ronde de golf à Victoriaville avec René Lavigueur et René Lacasse, nos deux préposés à l’équipement. Lorsque la nouvelle était sortie, on se disait que ça ne se pouvait pas. Nous, on continuait notre carrière, mais on était triste pour eux, parce que c’était la fin. Du jour au lendemain, ils perdaient leur job.»

À la Une du Soleil au lendemain de ce dernier match, c’est plutôt un texte du chroniqueur politique Donald Charette qui faisait la manchette. «Au revoir… ou adieu?», demandait-on à la suite de cette défaite jumelée à la décision des Nordiques de refuser la dernière offre du gouvernement dirigé par Jacques Parizeau.

«Ça n’a pas marché, je le déplore, mais ça clôt l’épisode. Nous avons le devoir d’essayer, nous avons maintenant le devoir de conclure, disait le premier ministre, qui dans une pointe envers le président de l’équipe Me Marcel Aubut, ajoutait notamment qu’on «se laisse prendre par une sorte d’ambition, qui chez certains, font que les yeux deviennent plus gros que la panse...»

De l'espoir

Les journalistes affectés à la couverture des Nordiques, autant au Soleil qu’ailleurs, se doutaient bien que la fin approchait, mais l’espoir d’une entente était toujours présent.

«Après le dernier match à New York, je n’étais pas convaincu à 100 % qu’ils partiraient. Je me disais que ça allait se régler à la dernière minute. Mais pendant la semaine qui a suivi, j’ai réalisé que c’était vraiment la fin», dit Maurice Dumas, alors chroniqueur et directeur des sports au Soleil.

«Le matin du match, les journalistes ont fait un pèlerinage au sommet de l’Empire State Building, sachant qu’on ne reviendrait plus. Dans l’avion ramenant le club à Québec, le climat était morose, on savait que c’était le dernier voyage de l’équipe», rappelle Kevin Johnston, qui a couvert ce match pour Le Soleil avec son collègue Yves Poulin et le columnist Claude Larochelle. Il a même conservé son billet pour l’activité matinale et son accréditation du dernier match.

À sa deuxième saison dans la LNH, Jocelyn Thibault n’a réalisé qu’après la rencontre que l’aventure était terminée.

«Je suivais comme tout le monde les péripéties sur le plafond salarial et les négociations sur le nouveau Colisée, mais après le lock-out, on avait surtout la tête au hockey. On jouait pratiquement aux deux jours, c’était intense. Après le match, les membres de l’équipe qui nous accompagnaient avaient des visages longs, c’est là que ça m’avait frappé. Je n’en reviens pas que ça fasse déjà 25 ans!»

Comme le reste de l’équipe, Thibaut a pris le chemin de Denver, où il a vite été échangé à Montréal en retour de Patrick Roy. Ironie du sort, Fiset enfilera aussi l’uniforme du Canadien, plus tard.

«On avait une bonne jeune équipe, il ne nous manquait pas grand-chose. Nous avions fini au premier rang de la conférence de l’Est après le lock-out, mais on a eu la malchance d’affronter une équipe expérimentée qui venait de remporter la Coupe Stanley, la saison précédente», rappelle Thibault, en revoyant les images de Joe Sakic, Peter Forsberg, Owen Nolan, Adam Foote et ses autres coéquipiers de l’époque.

Ne subissant qu’une défaite à domicile, en cette saison écourtée par un conflit de travail, les Nordiques avaient remporté le championnat de la division Nord-Est, celui de la conférence de l’Est et pris le deuxième rang du classement général de la LNH avec une récolte de 65 points (30-13-5) en 48 matchs. «Les Rangers n’auraient pas dû finir au 8e rang de la conférence, c’était une première série difficile pour une jeune équipe comme la nôtre», rappelle Thibault.

Les Nordiques avaient donc perdu cette série en six matchs, le quatrième étant marqué par l’erreur de l’arbitre Andy Van Hellemond, qui avait refusé un but aux Nordiques alors qu’ils menaient 2-0 dans le match. Les Rangers sont ensuite revenus de l’arrière pour l’emporter 3-2 en prolongation et prendre les devants 3-1 dans la série. L’ami Johnston a encore la lettre d’excuse de la LNH à ce sujet dans sa boîte à souvenirs…

«La situation actuelle permet de revoir plusieurs vieux matchs, les jeunes découvrent les Nordiques. On dirait qu’ils sont en train de revivre! Ce serait tellement le fun s’ils revenaient», ajoute Fiset, qui n’oubliera pas de sitôt d’avoir été témoin de l’une des plus belles feintes en carrière d’Alex Kovalev, soit celle d’avoir simulé une blessure lors du fameux but refusé à Sakic...

Pour l’amour du hockey

Dans les pages du Soleil, contrairement à certains, le chroniqueur urbain Louis-Guy Lemieux était l’un de ceux qui affichaient son amour du hockey. «Aussi incroyable que cela puisse paraître, certains semblent souhaiter le départ pour le Colorado ou autre Eldorado de l’équipe locale… Perdre les Nordiques serait aussi dramatique que de perdre l’orchestre symphonique et l’école de musique. Aussi irremplaçable que de perdre toutes les troupes de théâtre et leurs écoles. Aussi fou que de se couper des musées, des galeries, de Méduse et de l’école des beaux-arts. Pour l’amour de Dieu, pour l’amour du hockey, ne vendez pas notre âme pour un plat de “beans” du Colorado.», écrivait-il au lendemain de l’élimination. À vous de juger s’il avait raison!

SOMMAIRE

QUÉBEC 2 

NY RANGERS 4

Première période

1. NY Rangers, Verbeek 2 

(Leetch, Messier), 2:11 (an)

2. NY Rangers, Kovalev 3

(Zubov, Lowe), 8:26

3. NY Rangers, Nemchinov 3

(Leetch, Larmer), 19:57

Pénalités – Kovalenko Qué (accrocher) 0:52, Lowe NYR (trébucher) 3:04, Québec banc (trop de joueurs, servie par Deadmarsh) 5:37. Beukeboom NYR (accrocher) 12:13, Wolanin Qué (bâton élevé), Messier NYR (coude) 17:46.

Deuxième période

4. NY Rangers, Kovalev 4

(Nemchinov, Kypreos), 10:18

5. Québec, Sakic 4

(Leschyshyn, Corbet), 15:56 (dn)

Pénalités – Nedved NYR (charger) 5:41, Lapointe Qué (retenu) 7:02, Wolanin Qué (retenu) 7:20, Nolan Qué (rudesse) 13:00, Foote Qué (rudesse) 14:36.

Troisième période

6. Québec, Forsberg 2

(Sakic, Clark), 5:34 (an)

Pénalités – Verbeek NYR (retenu) 5:03, Simon Qué (assaut par derrière, inconduite de match) 7:29, Leetch NYR (trébucher) 8:30.

Tirs au but

Québec: 8-9-11 — 28

NY Rangers: 16-11-12 — 39

Gardiens (tirs-arrêts) – Québec: Thibault (20 min, 16-13), Fiset (38 min 58, 23-22); NY Rangers: Richter (60 min, 39-37).

Avantages numériques (buts-chances) – Québec: 1-4; NY Rangers: 1-8

Arbitre - Richard Trottier. Juges de lignes - Bob Hodges, Dan Schachte. Assistance – 18 200

Le commissaire de la LNH Gary Bettman (droite) et Marcel Aubut.

+

JEAN MARTINEAU A CRU À UN SAUVETAGE JUSQU'À LA DERNIÈRE MINUTE

Vice-président aux communications de l’Avalanche du Colorado, Jean Martineau, qui était le directeur des relations publiques des Nordiques en 1995, croyait encore au sauvetage de l’équipe lorsque les Bleus ont disputé leur dernier match le 16 mai au Madison Square Garden de New York.

«Je me souviens très bien que, quand on est partis à New York, on était dans le crunch avant la décision finale sur l’avenir de l’équipe. On espérait encore tous que le gouvernement donne un coup de main à l’entreprise», raconte-t-il lors d’une entrevue avec Le Soleil.

Les Nordiques faisaient face à l’élimination lors du sixième match de la première ronde après avoir terminé une saison écourtée par le lock-out au deuxième rang du classement général derrière les Red Wings de Detroit.

Jean Martineau avoue avoir ressenti une grande tristesse à la fin du match, perdu 4 à 2 par les Nordiques. «J’étais là à New York, Marcel Aubut y était aussi. La tristesse que nous ressentions, c’était celle d’avoir été éliminés, car on gardait espoir d’une décision favorable du gouvernement québécois», poursuit-il.

Les joueurs

«Quant aux joueurs, on leur disait de se concentrer sur le fait de jouer leur match, car ils n’avaient aucun contrôle sur l’avenir de l’équipe», poursuit Martineau, concédant toutefois que tous savaient depuis quelques mois que l’avenir de l’équipe à Québec était incertain.

«Les joueurs savaient que la situation était précaire. La LNH avait refusé d’adopter un plafond salarial et il n’y avait donc aucun contrôle des dépenses. Sans un soutien gouvernemental et un nouvel amphithéâtre, l’équipe allait perdre beaucoup d’argent», poursuit-il.

Lorsque l’annonce du déménagement des Nordiques a finalement été faite, neuf jours plus tard, la plupart des joueurs avaient déjà quitté la capitale.

De son côté, Jean Martineau ne savait pas du tout s’il garderait son emploi. «Je ne savais pas si je resterais quand l’équipe serait officiellement vendue. C’est Pierre Lacroix qui est venu me voir pour me dire qu’il aimerait que je reste avec lui. La décision n’a pas été difficile à prendre. Il n’y a pas des tonnes d’endroits où tu peux relever le défi de la LNH!», déclare-t-il en ajoutant qu’il garde d’excellents souvenirs de ses années à Québec. 

Bonne affaire

Selon lui, les années ont démontré que le gouvernement Parizeau aurait fait une bonne affaire en gardant les Nordiques à Québec. 

«Imaginez, il en aurait alors coûté 130 millions $ pour un nouvel amphithéâtre et les retombées économiques n’auraient pas été perdues avec le départ de l’équipe. Ce n’était pas une mauvaise idée du tout que Marcel [Aubut] avait eu, mais à cause des gros chiffres, ça semblait énorme à l’époque», poursuit-il. 

Il insiste aussi pour rappeler qu’une équipe d’expansion de la LNH peut coûter aujourd’hui près de 650 millions $ et que la construction du Centre Vidéotron a coûté 400 millions $. «À Denver, le gouvernement a énormément investi de fonds publics, d’abord dans l’aéroport, puis dans la construction du Coors Field [baseball majeur] et du Empower Field [NFL]», fait-il remarquer. Quant au Pepsi Center, domicile de l’Avalanche, il a été bâti grâce à des investissements privés.

«La vérité, c’est que le climat politique n’était pas favorable aux Nordiques. Le premier ministre Parizeau ne voulait pas embarquer et, contrairement à d’autres villes sportives, nous n’avions même pas l’appui de notre maire. Non seulement Jean-Paul L’Allier n’appuyait pas le projet, mais c’était toujours tout un débat quand venait le temps de renouveler notre bail», conclut-il. Ian Bussières

+

L'UNIFORME DES NORDIQUES POURRAIT RÉAPPARAÎTRE AU COLORADO

Vice-président aux communications de l’Avalanche du Colorado, Jean Martineau indique qu’il n’est pas impossible que l’uniforme des Nordiques soit utilisé à nouveau la saison prochaine, qui sera la 25e depuis que l’équipe est installée à Denver. 

«C’est une possibilité. Rien n’est défini encore, car on ne sait même pas quand la prochaine saison va commencer. Cependant, l’Avalanche a toujours respecté le passé de l’équipe à Québec. Il y a toujours eu des ex-Nordiques dans l’organisation : présentement, c’est moi et Joe Sakic, le directeur général. Nous avons toujours vendu des chandails et des tuques des Nordiques dans nos magasins, nous avons gardé les records de la franchise et nous sommes allés à Québec deux fois pour des matchs hors-concours», explique M. Martineau, qui croit que l’utilisation des anciens uniformes des Whalers de Hartford par les Hurricanes de la Caroline démontre qu’une telle initiative pourrait être bien reçue.

«Je pense que les gens aimeraient ça, tant à Québec qu’à Denver, même si ça ne faisait peut-être pas l’unanimité. C’est une option que nous analysons. Je crois que si une telle option s’offrait à nous et qu’on n’analysait pas la possibilité de le faire, les gens auraient raison d’être frustrés», poursuit-il.

Jean Martineau cite d’ailleurs une autre initiative couronnée de succès il y presque 20 ans pour célébrer le passé de l’Avalanche à Québec. 

«En 2001, quand l’Avalanche a remporté sa deuxième Coupe Stanley, nous avons organisé un déjeuner avec la Coupe et les anciens employés des Nordiques et de 75 % à 80 % étaient présents», termine-t-il. Ian Bussières