Le cycliste sur piste Hugo Barrette a été frappé de plein fouet pendant un entraînement la semaine dernière à la sortie du quatrième virage, par l’Allemande Lea Sophie Friedrich. La force de l’impact a été telle que les deux vélos se sont cassés en deux.

Hugo Barrette milite pour le retour à l’ancienne période d’échauffement

Hugo Barrette aimerait bien que l’Union cycliste internationale revoit son nouveau règlement adopté cette saison concernant la période d’échauffement lors d’une compétition. Et pour cause. Il a failli lui coûter la vie mercredi dernier aux Championnats du monde de Pruszkow, en Pologne.

Le Madelinot âgé de 27 ans s’échauffait en piste lorsqu’il a vu apparaître sans avertissement devant lui, à la sortie du quatrième virage, l’Allemande Lea Sophie Friedrich. La force de l’impact a été telle que les deux vélos se sont cassés en deux.

«Heureusement, nous nous en sommes sortis sans blessure grave. C’est tout mon torse qui a encaissé la force de l’impact, a-t-il évoqué en entretien téléphonique avec La Presse canadienne. J’ai tout de même perdu le souffle pendant une trentaine de secondes. Ç’a été assez épeurant.»

Plutôt que durer quatre heures, comme c’était le cas auparavant, la période d’échauffement a été réduite à deux : la première heure est dédiée à tous les coureurs, alors que la deuxième est réservée à ceux qui performeront pendant la compétition.

«Pendant une heure, il peut y avoir jusqu’à 100 personnes sur la piste — il y a des accidents, ça revole de tout bord, tout côté, ça crie —, et pendant l’heure suivante il n’y a plus que trois ou quatre personnes sur la liste», a-t-il raconté, visiblement frustré.

Barrette suggère donc de retourner au système précédent, où les fédérations nationales se partageaient entre elles les trois ou quatre heures d’échauffement réglementaires.

«Nous avons le temps. Les courses commencent à 14h. Au lieu d’ouvrir la piste à midi, on pourrait l’ouvrir à 9h du matin. Comme ça, si tous les pays arrivent en même temps, alors ils se sépareront ça naturellement. Présentement, il faut s’échauffer, il faut tester la piste le plus vite possible. Alors tu as 60 à 65 personnes qui s’exercent au sprint, au keirin, en poursuite, à différentes vitesses, à différents endroits sur la piste. C’est le chaos.

«Tous les pays ont exprimé leurs frustrations; ça frôle le ridicule. Comment l’UCI peut laisser 60 à 65 coureurs être en piste, alors que pendant une course les règlements interdisent d’en laisser plus de 28? Je n’ai aucune idée (pourquoi ils ont adopté ça). Je crois que c’est une question de logistique; ils ne veulent pas devoir se présenter plus tôt à la piste.»

«J’ai vraiment été chanceux»

Cet accident était bien différent de celui qui a aussi failli lui coûter la vie à Cali en 2015, alors qu’il avait perdu lui-même la maîtrise de son vélo avant de traverser une barrière de sécurité et d’aller s’écraser dans les gradins, en béton. Il avait perdu conscience sur la force de l’impact, mais — une fois encore — ses blessures s’étaient révélées moins graves que ce qui avait été appréhendé.

Cette fois-ci, Barrette en a été quitte pour plusieurs bonnes lésions et ecchymoses — mais, miraculeusement, aucune fracture, ni commotion cérébrale. La situation aurait cependant pu être beaucoup plus grave.

Kristina Vogel a subi un accident similaire au sien, le 26 juin 2018. L’Allemande, la meilleure sprinteuse au monde, a perdu l’usage de ses deux jambes lorsqu’elle est entrée en collision à pleine vitesse avec une cycliste danoise qui testait ses départs. En raison de la force de l’impact, Vogel a subi plusieurs fractures ainsi qu’une rupture de la moelle épinière, la laissant paralysée.

«J’ai été chanceux dans ma malchance. Parce que je n’étais pas responsable de l’impact. Il aurait fallu un millimètre de plus à gauche ou à droite, et je me serais retrouvé comme Vogel, a-t-il indiqué. Finalement, je n’ai aucune séquelle, et je sais que je pourrai reprendre l’entraînement sous peu.

«Sur le coup, je pensais que je m’étais brisé le genou, mais finalement c’est mon quadriceps, qui est devenu bleu foncé, qui a complètement barré, a-t-il ajouté. Ceci étant dit, une fois que l’inflammation [au quadriceps] est partie, celle du genou a suivi. J’ai vraiment été chanceux.»

Même s’il a dû se contenter d’une 15e place à l’épreuve de vitesse et d’une 20e au keirin aux Mondiaux de Pruszkow, Barrette ne s’en fait pas trop avec l’avenir. Il prendra maintenant deux semaines de repos pour panser ses plaies, avant d’enfourcher de nouveau son vélo.

«Si le processus de qualification olympique se terminait aujourd’hui, je serais qualifié [pour Tokyo 2020]. En ce moment, il suffit de me présenter aux courses et d’éviter les blessures. Si tout va bien au niveau de la santé, ça devrait bien aller. [...] Après les Jeux panaméricains de Lima cet été, je vais m’arranger pour alléger mon calendrier. Je vais surtout m’entraîner [au Centre d’entraînement national] à Milton, en Ontario, prendre part à un camp en Floride et aussi peut-être à un autre en Pennsylvanie.»