Le nom de Gordon «Gordie» Howe inscrit sur la Coupe Stanley pour célébrer la conquête des Red Wings de Detroit en 1954-1955 est sur le point de disparaître, comme c’est le cas aussi pour Maurice Richard et Bobby Hull.

Howe, Hull et Richard retirés de la Coupe Stanley

BOSTON — So long, Gordon Howe. Bye bye, Robert Hull. Au revoir, M. Richard.

Ces trois légendes de la LNH ainsi que tous les joueurs ayant soulevé la Coupe Stanley entre 1954 et 1965 vont disparaître sous peu du fameux trophée afin de faire place aux noms de ceux qui le remporteront dans les prochaines années. Pour éviter notamment que la Coupe devienne trop grosse et trop lourde lorsque les vainqueurs feront le tour de la patinoire à bout de bras avec le prix ultime du circuit Bettman.

«Il y a des gens en Saskatchewan qui sont un peu frustrés parce que le nom de Gordie ne sera plus sur la Coupe, mais c’est comme ça», explique Mike Bolt, un des employés du Temple de la renommée du hockey chargé «d’escorter» la Coupe Stanley lors de ses déplacements. Le trophée, qui porte le nom de l’ancien gouverneur général du Canada Frederick Stanley, est unique en son genre, car la LNH le fait circuler d’une équipe championne à l’autre, contrairement aux autres sports, qui, eux, produisent un nouveau trophée chaque année pour chaque nouvelle équipe championne. C’est aussi le seul trophée sur lequel sont inscrits les noms de tous les joueurs qui le gagnent, faisant en sorte que certains noms doivent inévitablement disparaître pour que le trophée conserve sa taille actuelle. 

Depuis que Lord Stanley a offert le trophée en 1892 — ses premiers vainqueurs, le club AAA de Montréal, l’ont remporté l’année suivante — la taille de celui-ci a considérablement changé, passant d’un petit bol de sept pouces de hauteur à une «tour» haute de trois pieds. Sous le bol original, on retrouve trois petites couches, puis ensuite se trouvent les cinq plus larges tranches qui contiennent chacune les noms des joueurs de 13 équipes championnes. Ce sont ces cinq dernières tranches qui sont condamnées à être retirées. 

La première de ces cinq tranches «modernes», qui fait la belle place à la dynastie du Canadien de Montréal des années 50 et à trois des quatre équipes championnes de Punch Imlach avec les Maple Leafs de Toronto, sera donc la prochaine à être reléguée au Temple de la renommée, à Toronto. 

«Lorsque je rencontre des anciens joueurs des années 70 et 80, ils me demandent : “Hey, Mike, je suis encore sur la Coupe pour combien d’années?”» raconte Mike Bolt. «Mais certains d’entre eux font le calcul et constatent qu’ils seront probablement décédés quand leur nom disparaîtra, à moins de l’avoir gagné très jeune.»

Des hommes en pleurs

La semaine dernière, afin de promouvoir les prochaines séries de la LNH, qui débuteront mercredi, Bolt a notamment visité un hôpital pour enfants de Boston avec le prestigieux objet, avant de se rendre dans un aréna pour surprendre quelques jeunes enfants qui ne s’attendaient de recevoir de la si grande visite. 

Lorsqu’on observe les trois couches de base, on découvre avec amusement des erreurs dans certains noms, et on constate même qu’un nom a été effacé par le temps. Bien sûr, ces petites imperfections ne gâchent en rien le plaisir des amateurs de pouvoir s’approcher du plus vieux trophée du sport professionnel nord-américain. 

«Voir la réaction des gens, c’est la partie la plus amusante du boulot», dit Bolt, chargé entre autres d’accompagner la Coupe lors de sa tournée estivale, au cours de laquelle les joueurs l’amènent dans leur ville ou dans leur pays d’origine. «J’ai vu bien des hommes pleurer, ne pouvant croire qu’ils sont si proches de la Coupe Stanley. C’est une célébrité qui rend tout le monde heureux!» ajoute le «garde du corps».

Si, à leur époque, Gordie Howe, Bobby Hull et Maurice Richard n’étaient pas vraiment conscients que leur immortalité avait une date de péremption, les joueurs modernes sont plus sensibles au fait qu’ils ne seront pas sur le trophée pour toujours. «On sait qu’on sera là pour environ 40 ans, c’est un feeling spécial», dit Patrice Bergeron, qui a remporté la Coupe Stanley en 2011 avec les Bruins de Boston. 

Son coéquipier Brad Marchand, qui était de l’équipe de 2011, se console toutefois en se disant que lorsque la bande où se trouve son nom sera retirée, elle sera placée sous les yeux du public qui visiteront le Temple de la renommée.

«Personne ne pourra nous retirer notre victoire, elle est gravée dans nos mémoires», conclut le petit attaquant.»