Jeudi à la place Jean-Béliveau, on inaugure la statue en l’honneur des frères Marian, Peter et Anton Stastny, qui ont tant marqué la capitale durant les années 80.

Hommage aux Stastny: retour aux sources

On inaugure la statue de Peter, Anton et Marian Stastny jeudi, place Jean-Béliveau. L’œuvre revisite l’histoire des Nordiques et de leur plus célèbre trio composé de trois frères, qui seront sur place avec leur famille. La tenue du Pro-Am Gagné-Bergeron en soirée au Centre Vidéotron permettra de rallier art et sport, de relier passé et présent.

Paul Stastny revient à Québec pour la première fois en 20 ans. Rare retour dans sa ville natale où lors de sa dernière visite, au Tournoi pee-wee, à 13 ans seulement, il a commencé à mesurer l’impact qu’ont eu son père et ses oncles sur le monde du hockey.

«Wow! Ça fera 20 ans, effectivement... Je n’avais pas réalisé ça. Le temps passe vraiment vite!» lâche au bout des ondes téléphoniques le numéro 26 des Golden Knights de Las Vegas.

Le Soleil l’a joint à Denver, au Colorado, où il avait d’abord joué à l’université puis amorcé sa carrière dans la LNH avec l’Avalanche, avant de s’y réinstaller tous les étés depuis six ou sept ans.

Cette fois, Québec sera très différente que dans ses yeux d’enfant. «Je suis né à Québec, mais les Nordiques ont échangé mon père quand j’avais quatre ans, alors j’en garde peu de souvenirs.»

«J’ai quand même en tête ces énormes quantités de neige durant l’hiver et le plaisir de patiner sur des glaces extérieures. Je suis ensuite revenu à Québec plusieurs étés pour un camp de hockey de deux semaines, à l'Université Laval, avec mon frère [Yan]. J’avais 9, 10, 12 ans», se remémore-t-il.

Ovation au Colisée

Mais en 1999, sa participation au Tournoi international pee-wee de Québec, avec les petits Blues de St. Louis, a changé la vision qu’il avait de son père.

«Je l’ai surtout compris plus tard en côtoyant des joueurs qui avaient joué avec lui. Mais aux Pee-wee, je réalisais pour la première fois l’importance de ses réussites dans le monde du hockey», explique Paul. 

«Mon père avait fait la mise au jeu protocolaire avant un match et avait reçu une ovation de quelques minutes. Pour moi, c’était très impressionnant et très cool à voir. Après, par contre, chaque fois que je touchais à la rondelle, on dirait que tout le monde dans le Colisée espérait que je marque un but!»

«Mais bon, tu es jeune, tu ne réalises pas tant que ça, ta vie continue. Et mon père et mes oncles sont très humbles et ne parlent pas beaucoup d’eux», poursuit-il.

«C’est surtout à ma première année pro que des gars comme Ian Laperrière, Pierre Turgeon et Joe Sakic, qui avaient joué avec ou contre mon père, m’ont permis de vraiment comprendre l’impact qu’il a eu comme joueur, ce qu’il a fait pour les autres et pour le sport. Je voyais aussi à quel point il était connu partout où on jouait.»

Le dévoilement de l’œuvre Toucher la cible, du collectif Pierre&Marie, sera en plus l’occasion d’un grand rassemblement pour la famille Stastny.

«Ce sera plaisant! Mon père et ses frères vont recevoir beaucoup d’amour, ils le méritent. On reconnaît ce qu’ils ont fait pour le club et pour la ville. Je sais qu’ils aimeraient voir le retour d’une équipe de la LNH à Québec. Cet hommage, ce sera un moment très touchant pour eux et pour nous. On sera tous là, mon frère, mes sœurs, nos cousins et cousines. Ce sera une grosse réunion de famille», se réjouit-il déjà à l’avance.

Dépasser le père

Paul Stastny a 33 ans. Le joueur de centre amorcera sa 14e saison dans la LNH, cet automne, sa deuxième avec Vegas, avec qui il a encore deux années de contrat. Ses 42 points en 50 matchs de l’hiver dernier constituent son meilleur ratio de point par partie (0,84) en cinq ans. Il franchira bientôt la barre des 900 matchs de saison en carrière, son compteur étant à 874.

Peter Stastny, lui, a disputé 15 campagnes et 977 rencontres régulières dans la grande ligue. À sa défense, il est arrivé tard, à 24 ans, après avoir fait défection de la Tchécoslovaquie.

«J’espère bien en jouer plus que lui, car c’est la seule catégorie statistique où je pourrai le dépasser!» s’esclaffe Paul, conscient que ses 688 points constituent à peine la moitié de la récolte de 1239 du paternel, deuxième pointeur de la décennie 1980 après un certain Wayne Gretzky.

Les deux hommes jasent encore beaucoup de hockey. Quand Peter est en Amérique, il suit souvent les matchs de Paul. «En fait, je sais qu’il les regarde tous! Que je sois dans une bonne ou une mauvaise séquence, il peut encore m’en apprendre. Il est passé par là et sait exactement ce que je vis», affirme fiston.

Stastny se dit très à l’aise dans sa nouvelle équipe, même si l’élimination frustrante au septième match dès la première ronde contre San Jose demeure «une pilule très difficile à avaler».

«Pour gagner, tu dois être bon, mais parfois, ça prend plus. On était la meilleure équipe des deux, mais on n’a pas gagné. Et quand tu vieillis, tu réalises à quel point c’est difficile de gagner. Ça va me prendre tout l’été, mais une fois de retour sur la glace, faudra tous avoir tourné la page.»

Paul Stastny revient à Québec pour la première fois en 20 ans.

Invité par Marchessault

Il évolue aux côtés de son bon ami Max Pacioretty, qu’il a d’abord connu par l’entremise de Kevin Shattenkirk, à l’époque où Paul portait l’uniforme des Blues. Jonathan Marchessault fait aussi partie de ses coéquipiers chez les Golden Knights. Le petit attaquant de Québec l’a convaincu de participer au Pro-Am Gagné-Bergeron, jeudi soir.

«March ne peut pas être là cette année, mais il m’en a parlé et comme ça adonne bien avec l’hommage à mon père, je suis très content de pouvoir y être. Le monde du hockey est un petit milieu et on se connaît tous. Quand on peut allier hockey et aide aux enfants, il n’y a pas de question à se poser», conclut Paul Stastny.

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«ON A DÉCOUVERT QU'ILS ÉTAIENT BONS EN MAUDIT!»

«Au début, on avait le sentiment qu’ils arrivaient ici pour venir prendre les jobs de joueurs canadiens et nord-américains. Mais ça n’a pas été trop long qu’on a découvert qu’ils étaient bons en maudit!»

Alain Côté a toujours son franc-parler et la rigolade n’est jamais loin. Le robuste ailier a joué 12 saisons avec les Nordiques de Québec, dont les neuf dernières aux côtés de Peter et Anton Stastny, quatre avec Marian.

Le «Beu de Matane» peut se vanter de s’en être fait des amis. Il sera sur place jeudi pour l’inauguration de la statue en l’honneur du trio de frères qui a tant marqué la capitale durant les années 80.

Lors de la campagne 1981-1982, leur première réunis, les Stastny ont cumulé à eux trois 300 points en saison, plus 50 autres en séries.

«Il y avait de la réticence de notre bord, à leur arrivée. Et un peu de méfiance de leur part. Mais ç’a duré le temps d’un camp d’entraînement. Quand ça s’est mis à jouer, ça! Ils ont pris leur place assez vite», se rappelle Côté.

La venue dans la LNH de patineurs originaires du Bloc de l’Est constituait à l’époque encore une curiosité. «Ce n’était pas des gars qui s’ouvraient beaucoup pour parler d’eux. Mais plus ça avançait, plus la relation était bonne. On allait prendre une bière, on jasait de l’équipe, mais on n’est jamais allé dans les détails de leur évasion», dit Côté.

Documentaire révélateur

Qui a fini par en apprendre davantage par le biais d’un documentaire télé sur les Stastny et du livre de Gilles Léger. «Ça m’a donné une autre vision de ce qu’ils ont vécu. Quand tu revois leur conférence de presse à leur arrivée à Montréal, les deux [Peter et Anton] ont des faces de carême. Ils n’ont pas envie de rire pantoute, pas une mautadite de minute! Mais ils viennent de laisser leur frère [Marian] en arrière, la famille. On comprend mieux ce qu’ils ont traversé.»

Sur le plan du hockey, «ç’a été grandiose pour les Nordiques! C’est comme si tu ramassais trois gars de première ronde, Peter le premier choix, et sans donner personne», souligne Côté.

«Mais l’autre affaire qui fait qu’ils ont été très appréciés, c’est qu’ils ont appris le français, pouvaient donner une entrevue en français et jaser avec le monde. Ils se sont vraiment intégrés. C’est aussi pour ça que les gens de Québec les ont tant appréciés et les apprécient encore.»

Les frères Anton, Peter et Marian Stastny

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Québec 85, grosse cuvée!

Patrice Bergeron (813 points en saison) et Paul Stastny (688) sont tous deux nés à Québec. La même année, 1985, à cinq mois d’intervalle. On les retrouve aujourd’hui aux troisième et sixième rangs des joueurs nés en 1985 les plus productifs dans l’histoire de la LNH! Le top cinq de ceux qui auront 34 ans cette année est complété par Alexander Ovechkin (1211), Ryan Getzlaf (923), Corey Perry (776) et Jeff Carter (705). Stastny et Bergeron font partie des 20 joueurs professionnels, la grande majorité actifs dans la LNH, qui participent au Pro-Am Gagné-Bergeron, jeudi soir, au Centre Vidéotron. Un événement caritatif aux profits de cinq fondations dévouées au mieux-être des enfants. L’entrée coûte 25 $ et le groupe rock Simple Plan offre une prestation après la joute de hockey. 

Heureux pour les Blues

Après avoir passé la majeure partie de sa jeunesse à Saint-Louis où son père Peter a joué les deux dernières saisons de sa carrière, Paul Stastny a à son tour porté l’uniforme des Blues durant quatre ans, de 2014 à 2018. Alors de les voir soulever la Coupe Stanley, alors qu’il est rendu à Las Vegas, ne le laisse pas de glace. «Comme partisan des Blues, je peux juste être heureux», assure le joueur de centre, qui avait atteint la finale de l’Association Ouest avec eux en 2016. «L’équipe a vécu des hauts et surtout des bas au fil des ans. Ils reviennent de loin! Et je suis proche de quelques gars dans l’équipe. Alex Steen est l’un de mes meilleurs amis, Jaden Schwartz est comme mon petit frère, Robert Bortuzzo, Tyler Bozak. Alors de les voir atteindre le pinacle de notre sport après tout ce qu’ils ont traversé, c’est super.»