Pas de tignasse au vent, de patins ou de bâton non plus. Pour Hervan Nkogho, c’est petite barbe en pointe entre dobok, plastron et casque du taekwondo de combat.

Hervan Nkogho, un Gretzky à sa façon

«Déjà quand il était tout jeune, je disais : “C’est un Wayne Gretzky, ce petit gars-là!”

Pas de tignasse au vent, de patins ou de bâton non plus. Pour Hervan Nkogho, c’est petite barbe en pointe entre dobok, plastron et casque du taekwondo de combat.

Bien que toute comparaison avec le meilleur joueur de hockey de tous les temps s’avère toujours boiteuse, son entraîneur Alain Bernier rappelle ici que l’immense talent du garçon crevait les yeux dès son entrée au club de taekwondo de Sainte-Foy, il y a déjà une quinzaine d’années.

Encore jeudi après-midi, au Centre des congrès de Québec, à le voir vaincre le champion canadien des 74 kg, la catégorie de poids supérieure à la sienne, les 68 kg, l’athlète de 22 ans a encore prouvé qu’il possède quelque chose comme un don.

Qui pourrait le mener jusqu’aux Jeux olympiques dès 2020, à Tokyo. «Je pense vraiment à ça et c’est l’un de mes plus grands rêves. Si je continue comme ça, je pense que ça peut être possible», a-t-il confié en toute humilité, après sa victoire de 14-10 aux dépens d’Andrew Park, de Winnipeg.

Du Gabon à Québec

Deuxième des trois fils d’un couple d’immigrants gabonais arrivés à Québec dans les années 1990, lui et son jeune frère sont nés ici, Nkogho a vite eu le béguin. Il a aussi joué au basketball et au soccer étant plus jeune, mais le taekwondo a pris toute la place dans son cœur et son corps dès l’âge de 10 ans.

«J’habite à 10 minutes de marche du club. Mes parents surveillaient le local où on s’entraîne et ils trouvaient que c’est un beau sport, que ça apporte la discipline. Alors ils m’ont inscrit et j’ai aimé ça. En plus, j’étais bon», laisse-t-il tomber, comme une évidence.

Il cumule depuis les succès. Vainqueur dans la catégorie jeunesse du US Open en 2012 et des championnats panaméricains en 2013, il est devenu champion senior du Commonwealth en 2017, puis a terminé deuxième senior du US Open et troisième de la Coupe du Président à Las Vegas, pas plus tard qu’en 2018. Il est aussi champion canadien en titre dans sa catégorie.

Trois inspirations

«Pas de doute, il est parmi les candidats dans la course» pour les prochains Jeux olympiques, confirme l’entraîneur Bernier, qui a mené trois de ses athlètes aux JO de 2012, soit Karine Sergerie, Sébastien Michaud et François Coulombe-Fortier.

Trois grandes inspirations pour Nkogho, qui s’est entraîné quelques années à leur côté. Car contrairement à ses habitudes, le maître avait fait une exception en l’incluant dans son groupe d’élite à l’âge aussi précoce de 13 ans.

«Il est trop tôt pour dire que la possibilité est forte pour Tokyo, mais Hervan gagne sur une base régulière sur la scène internationale. Chez les hommes, avec Marc-André [Bergeron, aussi du club Sainte-Foy], il est l’un des deux seuls Canadiens sur le circuit international des Grands Prix, qui regroupe les 32 meilleurs au monde dans les quatre catégories olympiques», explique Bernier.

«Il a atteint une maturité dans son style et sa façon d’être. C’est un athlète très instinctif. Et instinct avec expérience, ça donne de très bons résultats. Depuis un an, un an et demi, il a trouvé sa zone. Il sera prêt pour 2020 et reste un bon espoir pour 2024», constate celui que le surdoué considère comme «plus qu’un coach».

Un style unique

Sur le tapis, notre homme adopte un style très particulier, bien à lui, où sa position de base le place plus penché que la moyenne. Il se tient de plus en mouvement constant, de gauche à droite avec les genoux bien fléchis. Un style qu’il a composé par lui-même, dès ses débuts, tout naturellement.

«Il a toujours eu cette façon de se battre. Ce qui donne une cible qui n’est pas à la hauteur habituelle pour son adversaire. Il n’est pas si grand pour sa catégorie de poids, mais par sa façon de bouger, de se déplacer, ses adversaires ne savent pas bien où il va être et lui détermine en une fraction de seconde le moment pour marquer le point», analyse un Bernier admiratif.

Grand vainqueur des seniors de moins de 68 kg tard jeudi soir, Nkogho représentera le Canada aux sélections pour les Jeux panaméricains, en République dominicaine. Son coéquipier au club de Sainte-Foy Christopher Iliesco fera de même chez les moins de 80 kg.

Maxime Potvin (-80), du club de Beauport, et Marc-André Bergeron (+80), Sainte-Foy, ont perdu leur finale respective et demeure réserviste pour cette compétition. L'action se poursuit au Centre des congrès de Québec jusqu'à samedi.