La première capitaine du Rouge et Or soccer, Marie-Claude Dion, raconte qu’elle ne pourra «jamais être assez reconnaissante» envers Helder Duarte.

Helder Duarte: adieu, «Big Boubou»

«Je l’appelais toujours mon “Big Boubou”. Parce que Helder était le chef de notre tribu, c’est lui qui dirigeait. Sans le savoir, il occupait un grand espace pour nous.»

L’onde de choc provoquée par le décès soudain de l’homme de soccer Helder Duarte, jeudi, à 56 ans, a eu des échos bien au-delà de la région de Québec. Montréal, Canada, États-Unis, France et même... Rimouski, où habite sa première capitaine avec le Rouge et Or, Marie-Claude Dion.

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«Ça m’a pris du temps à vous rappeler, ça n’a juste pas de bon sens», s’excuse au bout du téléphone l’ancienne défenseure étoile originaire de Québec, encore abasourdie par la mauvaise nouvelle.

Dion a été l’une des meilleures joueuses de ballon rond que la région ait portées, régnant sur les pelouses durant les années 90 en même temps qu’Isabelle Harvey. Les deux ont fait partie de l’équipe canadienne senior, Dion étant du programme des équipes nationales de 1993 à 2001. Elle a disputé 25 matchs avec la grande équipe.

À Québec, elle était des premières joueuses de soccer à revêtir le maillot du Rouge et Or de l’Université Laval, en 1995. Équipe lancée par Duarte et qu’il pilotait toujours jusqu’à son décès, près d’un quart de siècle plus tard.

«Helder nous coachait sur le terrain, nous conduisait en minibus, nous écoutait quand on était triste, nous motivait. Au début, il payait même les ballons!» se souvient la femme de 44 ans, qui dirige maintenant ses deux enfants de 15 et 13 ans au soccer l’été.

Les débuts du R et O

Dion s’alignait déjà avec l’équipe d’élite régionale du Dynamo entraînée par Duarte, puis a fait son entrée à l’Université Laval en 1994.

«J’étais dans les programmes de l’équipe canadienne depuis 1993 et les offres d’universités américaines affluaient, surtout de la part d’El Paso, au Texas. Les dirigeants de Soccer Canada, eux, me mettaient de la pression en me disant : “Si tu ne joues pas dans un circuit universitaire de haut niveau, tu ne pourras pas continuer avec nous.” Je voulais rester chez nous, mais il n’y avait pas d’équipe universitaire», explique-t-elle.

«On connaissait déjà Helder avec le Dynamo, alors on lui a proposé de toutes se réunir et de mettre le programme sur pied», poursuit la pionnière. «On n’a pas eu à lui tordre le bras. Il n’a pas hésité à croire en nous et nous à croire en lui.» L’équipe féminine de soccer du Rouge et Or est née.

Et son surnom de l’époque aussi. En référence au Grand Boubou, chef des Bisons des Prairies dans les Pierrafeu, série animée alors télédiffusée tous les midis.

Dion a été la première de trois joueuses en 24 saisons d’histoire du Rouge et Or à être nommée joueuse universitaire par excellence au Canada, en 1996. Année où Duarte et ses protégées ont gagné leur tout premier championnat québécois, un de deux consécutifs pour huit maintenant au total. Dion a aussi été recrue de l’année au Québec en 1995 et meilleure joueuse au Québec en 1998.

«J’étais la capitaine, alors j’arrivais toujours de bonne heure dans le vestiaire et avec Helder, on placotait de n’importe quoi», poursuit-elle, disant ne pouvoir être «jamais assez reconnaissante envers lui».

Les deux sont demeurés en contact au fil des années, à distance. Elle est venue chez lui à Lac-Beauport pour son 50e anniversaire, grosse fête avec famille et amis.

Elle reviendra pour les funérailles. «Il a touché vraiment beaucoup de monde au cours de sa vie. L’église ne sera pas assez grande pour lui», conclut celle qui perd un grand ami et mentor.