En 42 ans au club Estoc, Guy Boulanger a formé de nombreux champions qui se sont ensuite signalés sur la scène internationale, dont Charles St-Hilaire et Évelyne Giroux.

Guy Boulanger: quand on pense escrime

Quand on pense escrime dans la région de Québec, on pense naturellement à Guy Boulanger. Depuis 42 ans, le maître d’armes tient non seulement son sport à bout de bras dans la Vieille capitale, mais il a aussi formé de nombreux champions canadiens, des athlètes qui se sont démarqués sur la scène internationale.

«Je n’ai pas de mérite, lance le fondateur du club Estoc en 1976. Je suis là parce que je suis passionné d’escrime, que j’ai du plaisir à faire découvrir cette activité aux jeunes et aux mois jeunes et que je suis bien entouré. D’avoir la chance de les accompagner dans leur développement pendant des années, ça m’encourage à demeurer impliqué et à continuer à pousser. Quand ils atteignent l’équipe canadienne et qu’ils font de bons résultats au niveau international, ça m’alimente.»

C’est en 1969 que Boulanger s’est initié à l’escrime. Sa progression rapide lui permet de connaître ses premiers succès comme athlète, mais aussi de se faire remarquer par les gens du Séminaire de Québec qui lui offrent un poste d’entraîneur. Trois ans plus tard, il se retrouve à l’Université Laval où il fonde un club. Mais désireux d’approfondir ses connaissances et de développer ses qualités d’escrimeur, il s’expatrie en France pour y suivre une formation de deux ans pour devenir maître d’armes. 

«Là bas, je n’ai pas arrêté de faire de l’escrime. En plus de ma formation de 30 heures semaines, j’ai donné des cours, j’ai démarré des activités dans des clubs et je me suis entraîné. À l’époque, mon ambition était de compétitionner. J’ai d’ailleurs participé à 36 compétitions en deux ans.»

De retour au pays, Boulanger a dû abandonner son rêve. Le président de la Fédération canadienne a statué qu’il était un professionnel parce qu’il avait gagné de l’argent comme entraîneur. «J’étais barré de toutes les compétitions portant le titre de championnat. Ce fut un choc. C’est là que ma carrière sportive s’est arrêtée. 

«J’ai décidé de vivre avec la décision de la fédé et je me suis concentré sur l’enseignement avec l’intention de donner le maximum aux jeunes. Et j’ai fondé le club Estoc. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret. Sauf que si je n’avais pas eu de succès comme entraîneur, j’aurais eu l’impression d’avoir manqué ma vie. Mais j’ai eu la chance d’accompagner de nombreux athlètes pendant plusieurs années, de les développer à leur plein potentiel et de les voir pratiquer l’escrime à un très haut niveau.

L’environnement

Au fil des ans, le club Estoc a produit de nombreux champions qui se sont signalés sur la scène internationale. Qu’il suffise de penser aux Marie-Huguette Cormier, Charles St-Hilaire, Évelyne Giroux, Marie-Ève Pelletier, Vincent Pelletier, etc. Pourtant, le club Estoc n’a pas toujours profité d’installations de qualité et l’escrime d’une grande vitrine. Mais comment Boulanger a-t-il fait?

«Il y a une partie de hasard parce je ne peux pas les recruter les jeunes. Quand je détecte quelqu’un qui a un potentiel, j’essaie de l’encourager à poursuivre et je lui donne l’attention dont il a besoin. Le succès, c’est pas mal de travail et d’encouragement. Mais à ce niveau, je n’ai qu’une partie du rôle à jouer. Si les parents ne sont pas là pour encourager leur enfant et payer les déplacements et le matériel, le talent d’un athlète et les qualités d’un coach ne servent à rien.

«L’escrime est un sport de développement à long terme. Ce qui est intéressant c’est que les athlètes qui sont venus au club y sont demeurés assez longtemps. Même si certains ont connu des périodes difficiles, ils sont restés. Je pense que c’est à cause de l’ambiance. Il y a toujours des athlètes pour encourager les autres et les aider. C’est un milieu de vie stimulant.»

Boulanger a dû faire face à son lot d’épreuves au fil des années. Et il lui est arrivé de vouloir tout abandonner. Mais résilient et inspiré par le maître d’armes italien Livio Di Rosa, un modèle, il est revenu plus fort. Il a aussi eu la chance de pouvoir compter sur des administrateurs bénévoles, comme Jean-Yves Pelletier et Simon Duchesne, le président actuel du club, qui l’ont toujours appuyé.

Âgé de 67 ans, Boulanger a commencé, il y a quelques années, à penser à sa succession au club Estoc. Le candidat qu’il recherchait était un pédagogue d’abord, un entraîneur ensuite et il avait sa philosophie de coaching. Le destin a mis sur sa route Erik Medina Diaz, un escrimeur d’origine cubaine qu’il a rencontré à Montréal et qui a poursuivi sa carrière avec l’Estoc. 

«Je ne savais pas à ce moment-là qu’il pourrait devenir mon successeur. Avec le temps, je l’ai impliqué dans l’organisation de certaines activités. Et ça marche bien. Il a toutes les qualités que je recherche. Il sait s’exprimer et il est doux. Les parents l’aiment et les jeunes l’apprécient. Sa présence est très rassurante. C’est vraiment une bonne personne pour prendre le relais. Je vais pouvoir me décharger tranquillement de quelques fonctions pour lui laisser plus d’espace et me consacrer davantage à l’enseignement. Car ce n’est pas encore dans mes plans de me retirer complètement.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Plus grande qualité

R  Ma résilience. À cause de certaines des épreuves que j’ai eues dans les dernières années, certains étaient persuadés que j’allais arrêter. Mais j’ai continué à travailler et à développer des gens. On est quatrième club au Québec en terme de classement. Si je n’avais pas été résilient, on serait là, je pense.

Q  Meilleur athlète dirigé

R  Charles St-Hilaire. Au point de vue physique, technique, tactique et au point de vue qualité morales et psychologiques, ç’a été le plus fort. Peu importe la personne qui était en face de lui, il n’avait pas peur. Peu importe la situation du match, il était capable de revenir.

Q  Plus belle surprise

R  Tommy Linteau. Il a commencé l’escrime à 21 ans. Quatre ans après, il était sur l’équipe nationale senior. Il n’a pas eu une place gratis. Il a fallu qu’il se batte et qu’il se fraie un chemin. Mais il avait le talent et les qualités de base qui lui ont permis de faire ça.

Q  Plus grande fierté

R  C’est d’avoir persisté et d’avoir aidé un grand nombre d’escrimeurs qu’on peut qualifier de haut niveau à se développer comme personne et comme compétiteur et de les avoir amenés en équipe nationale.

Q  Dans 10 ans

R  Je me vois encore prof d’escrime, c’est clair. Je pense m’éloigner tranquillement, mais je vais rester toujours à proximité parce que le club Estoc, c’est mon bébé.