C'est lors d'une conférence de presse à New York jeudi après-midi que Vladimir Guerrero a annoncé qu'il avait choisi de porter la casquette des Angels lors de son intronisation au Temple de la renommée le 29 juillet prochain.

Guerrero, premier Angels à Cooperstown

MONTRÉAL — Même s’il a joué plus longtemps avec les Expos de Montréal et qu’il y a obtenu de meilleures statistiques offensives qu’avec les Angels de Los Angeles, c’est avec la casquette de ces derniers que Vladimir Guerrero fera son entrée au Temple de la renommée.

Guerrero a fait part de son choix lors de la conférence de presse officielle du Temple, jeudi, dans un hôtel de New York.

«Ça a été un choix très difficile, a-t-il déclaré par le truchement de l’interprète Jose Mota. J’ai même pensé aux Rangers du Texas, seule équipe avec laquelle j’ai participé à la Série mondiale. Aujourd’hui, je représente toutes les équipes pour lesquelles j’ai joué.»

L’ex-voltigeur, qui a passé huit de ses 16 saisons dans les majeures avec les Expos, a été élu mercredi. Son nom s’est retrouvé sur 392 des 422 bulletins dans ce scrutin mené auprès des Chroniqueurs de baseball d’Amérique, soit 92,9 %.

Guerrero, qui a aussi évolué pour les Orioles de Baltimore, a disputé 1004 rencontres avec les Expos, au cours desquelles il a récolté 1215 coups sûrs, dont 226 doubles et 234 circuits. Il a produit 702 points, en plus d’en marquer 641.

En comparaison, au cours des six campagnes disputées en Californie, le Dominicain de 42 ans a joué 846 matchs, frappé 1034 coups sûrs, 194 doubles et 173 circuits. Il y a aussi produit et marqué moins de points. Guerrero y a aussi maintenu des moyennes (au bâton, de puissance et de présence sur les sentiers) inférieures à celles qu’il avait obtenues à Montréal.

Au total, le natif de Nizao a frappé 2590 coups sûrs, dont 477 doubles et 449 circuits, et maintenu une moyenne de ,318, en plus de produire 1496 points. Guerrero n’a été retiré que 985 fois sur des prises et n’a jamais connu une saison de plus de 95 retraits au bâton, un fait d’armes chez les frappeurs de puissance, d’autant plus que Guerrero n’était pas reconnu pour sa patience, comme en font foi ses 737 buts sur balles.

Le premier de l’histoire

Par contre, c’est à Anaheim qu’il a goûté au succès : les Angels ont gagné le titre de la section Ouest de l’Américaine lors de cinq de ses six saisons. C’est aussi à Anaheim qu’il a remporté son unique titre de joueur par excellence, en 2004.

Il a participé à autant de matchs des étoiles avec les Expos qu’avec les Angels, soit quatre. Il a été sélectionné une dernière fois avec les Rangers, à l’âge de 35 ans, en 2010.

En faisant ce choix, Guerrero a donc décidé de devenir le premier représentant des Angels à Cooperstown au lieu du dernier des Expos, dont la casquette orne les plaques de Gary Carter, Andre Dawson et Tim Raines.

«Je n’oublierai jamais mes années passées à Montréal. Elles ont été très spéciales, a-t-il expliqué. Mais c’est à Anaheim où j’ai appris à gagner. [...] J’y ai pensé longtemps, car les partisans canadiens comptent beaucoup pour moi. Mais de faire mon entrée au Temple en tant que membre des Angels est énorme à mes yeux. Ce sont eux que je représente maintenant.»

C’est une décision qui n’est pas pour déplaire à Dino Ebel, l’adjoint au gérant des Angels Mike Scioscia, et grand ami de Guerrero.

«Je sais que je suis biaisé, car je travaille pour l’organisation, mais je suis heureux qu’il fasse son entrée au Temple comme représentant des Angels, a-t-il déclaré au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne. C’est un honneur qui rejaillira sur toute l’organisation.»

Ebel, qui s’est joint au personnel de Scioscia en 2005, s’est rapidement lié d’amitié avec Guerrero.

«J’étais instructeur au troisième but à mon arrivée et nous discutions sans cesse. On savait qu’il allait jouer tous les jours, alors je me chargeais de prendre soin de lui, de prendre de ses nouvelles ainsi que de sa famille. C’est comme ça que nous sommes devenus bons amis.»

Même s’il refuse de s’en attribuer le mérite, Ebel a joué un certain rôle dans les succès qu’a connus Guerrero : c’est lui qui était chargé de lancer les entraînements au bâton aux partants des Angels. Il a même accompagné Guerrero au match des étoiles de 2007, à San Francisco, où Guerrero a remporté le concours de circuits.

«Il a probablement regardé plus de lancers pendant ce concours de circuits que pendant toute sa carrière!» s’est rappelé Ebel. Il avait un excellent plan de match pour ce concours. Il a pris son temps. Il a attendu les lancers au centre du marbre ou légèrement à l’intérieur à la hauteur de la ceinture : ses zones favorites. Dans les matchs, c’était différent!»

Guerrero a été élu en compagnie de Chipper Jones, Jim Thome et Trevor Hoffman par les membres de l’Association des chroniqueurs de baseball d’Amérique. Jack Morris et Alan Trammell ont été élus par le comité des vétérans le mois dernier. Ils feront officiellement leur entrée à Cooperstown le 29 juillet, lors de la cérémonie d’intronisation.

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LA PLUS BELLE TROUVAILLE DE FERREIRA

Sur un terrain de la République dominicaine, par une chaude journée de 1993, Fred Ferreira s'apprête à évaluer tout un paquet de jeunes baseballeurs pour les Expos de Montréal, son employeur de l'époque. Soudainement, un type s'amène sur une moto avec un grand gars derrière lui.

— «Accepterais-tu qu'un autre gars se joigne au groupe?» lui demande l'homme.

— «Bien sûr. À quelle position joue-t-il?»

— «C'est un voltigeur», lui répond son interlocuteur.

Un grand gaillard dégingandé, portant deux chaussures différentes (pas de la même pointure!), se dirige alors sur le terrain. C'est Vladimir Guerrero. Fred Ferreira, qui a fourni 75 joueurs au baseball majeur et qui à une certaine époque comptait sept de ses trouvailles dans la formation partante des Expos, ne découvrira jamais meilleur joueur de toute sa carrière.

«Avec les voltigeurs, je commence habituellement par les faire lancer au troisième but et au marbre», raconte celui qui travaille maintenant pour les Orioles de Baltimore. «J'ai tout de suite aimé ce que j'ai vu : ses lancers étaient “vivants”. Sa balle ne fléchissait jamais avant d'atteindre sa cible. Quand est venu le temps d'effectuer une course sur 60 verges, il a tout simplement survolé la distance en 6,6 secondes! Je lui alors demandé s'il avait une autre paire de chaussures comme les siennes à la maison. Il a bien ri!»

Pour 1500 $

Ferreira n'hésite pas une seconde et demande à Guerrero, alors âgé de 18 ans, de disputer un match avec les 18 meilleurs éléments parmi les 35 évalués ce jour-là. «J'ai dit à mon adjoint : “Ce gars qui lance et court si bien, faisons-le frapper premier à chaque manche, afin que je le vois le plus possible.” J'avais un vol à attraper et je voulais le voir frapper.»

À sa première présence au bâton, Guerrero frappe un roulant vers l'arrêt-court. En courant au premier sac, il s'étire un muscle de la cuisse et sa journée est terminée. «C'était pénible à voir. Alors que nous continuions le match, lui était assis dans l'abri, la tête entre les jambes. Je n'arrêtais pas de le regarder et soudain, j'ai dit à mon assistant : “Tu sais quoi? Donnons-lui une chance. J'ai vu ses lancers. J'ai vu sa course. Je vais prendre une chance sur son coup de bâton.”»

Ferreira est alors passé par la résidence de Guerrero, où sa mère était très ravie de l'accueillir, et il lui a fait signer un contrat. «Sports Illustrated a déjà dit de cette entente que c'était la deuxième meilleure de toute l'histoire du baseball, après la vente de Babe Ruth des Red Sox aux Yankees! J'avais mis sous contrat Vladimir Guerrero pour 1500 $!» Il s'est bien repris : il a touché plus de 125 millions $US au cours de sa carrière.

«C’est la plus belle trouvaille de ma carrière», note Ferreira. «Quand j'ai parlé à Felipe Alou [gérant des Expos] de Guerrero la première fois, je lui ai dit que je croyais avoir déniché un joueur pour les majeures, mais qu'on devrait garder les instructions à son endroit plutôt simples. “Laissons-le faire ce qu'il sait faire. Il fait les choses à sa manière, mais il est très talentueux”, avais-je dit. J'avais frappé dans le mille!»

«Je suis extrêmement excité par son élection au Temple de la renommée», a avoué le vétéran dépisteur, qui a sa propre section à Cooperstown, en raison de ses nombreuses trouvailles, dont Bernie Williams et Orlando Cabrera.